Des agents de développement en périurbain : quelles réalités et quelles spécificités ?
- Par Monique Poulot
Pages 421 à 430
Citer cet article
- POULOT, Monique,
- Poulot, Monique.
- Poulot, M.
https://doi.org/10.3917/pour.240.0421
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- Poulot, M.
- Poulot, Monique.
- POULOT, Monique,
https://doi.org/10.3917/pour.240.0421
Notes
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[1]
Les programmes BIMBY (Built in my back yard ou « construire dans mon jardin ») en réponse au NIMBY (Not in my back yard) en témoignent.
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[2]
Certaines licences professionnelles le mentionnent à l’inverse dans leurs intitulés : ainsi la licence professionnelle « Aménagement du territoire et urbanisme, espaces péri-urbains » de l’Université de Lyon 2 rattachée il est vrai à l’UFR de droit.
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[3]
Monique Poulot en a assuré la direction de 2008 à 2014 et depuis cette date Claire Aragau en est la responsable. Son site est : https://master-urba-paris-ouest.fr.
1 Les études sur les agents de développement (Claude, 2006 ; Othelet, 2008), comme les offres d’emploi, évoquent rarement le périurbain. Serait-ce que cet espace n’offre pas d’emploi ou qu’il ne montre aucune spécificité ? Pourtant, depuis le début de la périurbanisation, soit les années 1960, cet espace n’a cessé d’être scruté par la recherche (Berger, 2004) pour comprendre ses caractéristiques, et de plus en plus souligner une nécessaire prise en compte différente de celle de l’urbain dense ou du rural. Un temps qualifié de ni ville ni campagne, il est désormais analysé comme un tiers espace (Vanier, 2003), un entre-deux (Aragau et Poulot, 2016), un territoire en mouvement qu’il faut saisir et planifier de manière originale (Rougé et Aragau 2014). Séverine Bonin-Oliveira l’évoque dans ce numéro constatant « un décentrement de l’approche des questions d’habitat et de renouvellement urbain, auparavant très centrées sur les quartiers d’habitat social, vers d’autres types de territoires […] comme les espaces périurbains, voire plus ruraux, aux tissus pavillonnaires ensuite […], les besoins d’ingénierie dans ces territoires étant forts » (cf. article de Consalès dans ce numéro). De même, après quelque cinquante ans de périurbanisation, l’espace périurbain n’est pas devenu la ville et il reste marqué par la présence d’espaces ouverts, soit des espaces non bâtis non imperméabilisés, susceptibles de réversibilité d’usages (Poulot, 2013) et qui portent une grande partie du potentiel agricole français (Poulot, 2014) ou encore nombre de parcs naturels régionaux (Baron et Lajarge, 2015).
2 Si les définitions de cet espace ont varié depuis 1990, il concentre quelque 30% de la population nationale sur près des 2/5 de la superficie française. Son absence dans les métiers du développement ne cesse d’interroger sauf à rappeler sa « mauvaise réputation » (Billard et Brennetot, 2009), ou encore à évoquer le flou qui entoure les métiers du développement (cf. les articles de Grasset dans ce numéro). À l’évidence, nombre d’agents de développement travaillent dans ce périurbain : il suffit de citer la multiplication des Projets alimentaires territoriaux dans ces espaces, les projets d’agriculture sur des terrains communaux ou encore les expériences originales autour des tissus pavillonnaires [1]ou de petits collectifs (Poulot et al., 2016). Plusieurs formations universitaires ont d’ailleurs intégré dans leurs maquettes les problématiques caractéristiques de ces espaces. Nous évoquerons dans un premier temps une de ces formations, celle de l’Université de Paris Nanterre, le second temps sera celui des propos d’étudiants issus de ce parcours entrés dans le métier.
Former aux métiers du développement en périurbain : entre urbanisme et questions foncières
Des parcours rattachés au master d’Urbanisme et aménagement
3 S’il existe des parcours de master qui préparent aux métiers du développement en périurbain, peu le mentionnent dans leur intitulé [2]. Certains appartiennent à la mention Géographie, Aménagement, Environnement et Développement : ce sont alors des parcours assez généralistes qui annoncent une formation transversale aux métiers du développement urbain, rural et périurbain. La plupart émargent à la mention Aménagement et urbanisme, et l’intitulé porte dans son titre développement durable ou encore mobilités durables, voire alternatives urbaines ou paysages. Ce rattachement à la mention Urbanisme, Aménagement rappelle combien les problématiques urbaines l’ont longtemps emporté dans l’approche de cet espace d’entre-deux, conçu jusqu’à la loi SRU dans les années 2000 comme une ville en devenir. Le choix d’intitulés autour de la durabilité n’est également pas neutre, désignant encore le périurbain comme un espace qu’il faut rendre durable. On peut citer les parcours de l’Université Gustave Eiffel, celui d’Aix-Marseille ou encore de Grenoble Alpes.
4 Celui de l’Université de Paris Nanterre intitulé « Ville étalée et aménagement durable » [3](VEAD) est un des rares qui porte en son titre la notion de périurbanisation. Il a été créé en 2008 et s’est progressivement imposé dans l’offre de formation master d’urbanisme et d’aménagement de l’Université de Paris Nanterre, avec désormais des promotions de 25-30 étudiants (une centaine de demandes). Ce Master Urbanisme, aménagement, études urbaines est une formation ancienne, héritière de la maîtrise d’aménagement et du DESS Développement local de Nanterre mise en place il y a plus de quarante ans. Dans un premier temps très spécialisé dans la ville dense avec notamment le parcours « Politiques urbaines, projet urbain et montage d’opérations » qui veut doter les étudiants d’outils d’analyse centrés sur la fabrication de la ville et ses modalités opérationnelles, il s’est ouvert en 2008 à la périurbanisation avec le parcours « Ville étalée et aménagement durable » ; il s’est également adjoint un parcours habitat avec la création en 2014 de la spécialisation « Habitat et innovations » (HABI) qui se propose de répondre aux demandes de formation pour les métiers traditionnels de l’habitat, ainsi qu’aux demandes émergentes relativement à la participation, la coopération, la promotion collective ou encore l’habitat autogéré. Reconnu dans le cadre de la région académique Île-de-France comme la formation à l’urbanisme et à l’aménagement de référence de l’Ouest parisien, le master Urbanisme, aménagement, présente une offre stable et bien identifiée dont les points forts sont une approche en sciences sociales, une mutualisation avec l’École d’architecture Val-de-Seine, et la participation d’un réseau d’intervenants issus du milieu professionnel qui assure environ 40 % de la formation.
5 Le parcours « Ville étalée et aménagement durable » vise à réinterroger le modèle de la ville compacte au travers des questions de densités (bâti, population), des arbitrages fonciers (entre espaces bâtis et espaces ouverts, agricoles et de nature), de la juste répartition des centralités dans les territoires urbains et métropolitains (services, équipements, ZAE, logements) (figure 1).
Figure 1. Visuel de la formation VEAD
Figure 1. Visuel de la formation VEAD
Enseignements et pratique de la commande
6 On peut citer quelques-uns des cours qui caractérisent ce parcours et montrent son double ancrage côté ville, côté campagne. L’objectif est de révéler la complexité de ces espaces marqués par l’étalement urbain et l’imbrication ville/campagne, les innovations qu’ils portent et l’arsenal de mesures que le droit français leur a dédié. Deux cours par an (en M1 et M2) sont dédiés au périurbain ; l’originalité est l’attention portée aux espaces ouverts et aux articulations agriculture-ville et plus généralement à l’aménagement des marges et franges (comment penser les lisières, comment penser les polarités secondaires…).
Ce cours interroge les processus de métropolisation au Nord comme au Sud : l’étalement urbain, la recomposition des centralités et polarités dans les territoires de la ville, l’imbrication ville/campagne. Textes de la littérature scientifique internationale et études de cas sont mobilisés pour nourrir la réflexion de futurs aménageurs.
(2014-2019) M2 – Le périurbain pour une nouvelle forme de la ville durable(12h CM/an + encadrement d’interventions de professionnels).
Cet enseignement interroge les périphéries urbaines présentées trop souvent comme des modèles de contre durabilité. Si les contraintes et dysfonctionnements sont bien réels (monofonctionnalité, ségrégations socio-spatiales, le tout automobile), ces espaces de franges urbaines montrent des évolutions. Il s’agit de montrer les innovations à l’œuvre dans cet espace : innovations territoriales avec des articulations inédites entre ville et campagne, innovations en termes de gouvernance, innovations habitantes. Le cours alterne réflexions fondamentales et interventions de professionnels sur les pratiques d’aménagement qui se dessinent.
(2014-2019) M2 – Espaces couverts, durabilité et projet urbain (12h CM/an + encadrement d’interventions de professionnels)
La notion d’espaces ouverts, issue du terme anglo-saxon Open spaces apparu dans les années 1970, est largement reprise aujourd’hui en aménagement pour désigner les espaces non bâtis (agricoles entre autres). Le cours s’attachera à analyser les différentes formes d’espaces ouverts qui participent pleinement de la « fabrique » d’une ville durable à travers leur multifonctionnalité (économique, écologique et sociale). Des exemples viendront illustrer les articulations espaces bâtis/espaces non bâtis, en France et à l'international.
(2008-2011) M2 – Les espaces ruraux périurbains dans les pays du Nord : des espaces du « tiers espace » en quête d’innovations(24h CM/an)
Cet enseignement interroge les périphéries urbaines comme des espaces « de campagnes entrées en périurbanisation leur donnant une place revivifiée par les pratiques habitantes et les stratégies agricoles post-productivistes » (Vanier, 2008). Autre ville pour les géographes de l’urbain, le périurbain est aussi une autre campagne. Il s’agit de montrer les innovations à l’œuvre dans cet espace.
7 De surcroît, ce parcours utilise « l’expérience pédagogique singulière de la “commande financée” mise en place depuis plusieurs années au sein du master “Urbanisme, aménagement” de l’université Paris-Nanterre pour répondre aux enjeux complexes de professionnalisation. […] Au second semestre de la deuxième année de master, l’exercice dit de la “commande” financée, vise à former les étudiants “hors les murs” de l’université. Avec la commande, l’idée est de reproduire les conditions d’une mise en situation professionnelle “réelle” face à un commanditaire (bailleur, établissement public d’aménagement, collectivité territoriale, bureau d’études, promoteur immobilier…) qui passe commande à l’université d’un sujet d’étude. L’ambition de réalisme va jusqu’à demander une rémunération, faible mais plus que symbolique. La réalisation d’une commande mobilise en pratique une équipe de plusieurs étudiants (4 à 7 étudiants) pendant trois mois à temps plein, de janvier à avril. L’exercice est encadré par un enseignant » (Carriou, 2018). L’objectif est d’initier les étudiants à l’exercice professionnel et de leur permettre de se former au management du projet et aux échanges avec le milieu professionnel, à la gestion du travail collectif (calendriers prévisionnels, rédaction de notes de de diagnostics et de propositions). Le champ de la commande est assez varié (réflexion de type prospectif ; évaluation de dispositifs ; étude de programmation sur un projet...) comme le montrent quelques-unes des commandes réalisées depuis 2012.
Commandes menées en lien avec le périurbain
2018 : « Habiter un territoire agri-urbain : quelles implications, quelles formes d’engagement ? ». Commanditaire Plaine d’Avenir 78.
2015 : « Requalification du cœur de village ». Commanditaire : Commune de Breux-Jouy (91), Christophe Barbara.
2013 : « Polarités secondaires : pratiques de chalandises, emploi dans la CC du Pays Houdanais ». Commanditaire : IAU-Île-de-France, programme PUCA, Catherine Mangeney.
2013 : « Mobilités, mobilités douces et pratiques de chalandise dans le PNR du Vexin ». Commanditaire : PNR du Vexin.
2012 : « Désir de nature, alimentation et qualité urbaine à Paris : quand les citadins veulent refaire “Campagne” ». Commanditaire : la Mairie de Paris, Laboratoire CNRS-Ladyss dans le cadre d’un Paris 2030, Michel Streith.
2012 : « Friches agricoles en Île-de-France ». Commanditaire Terres de liens et PNR Vallée de Chevreuse.
8 Avec ces différentes modalités, il s’agit de préparer les étudiants à intégrer de nouveaux postes créés par des collectivités ou des bureaux d’études autour des questions de l’aménagement des franges urbaines alors que les centres urbains ont de longue date été l’objet d’importantes opérations de renouvellement urbain. La fiche de présentation du parcours porte ainsi comme métiers visés :
9 « Le titulaire peut exercer :
- les métiers en lien avec le portage du foncier agricole ou à bâtir (SAFER, EPF et autres nouvelles structures liées à ces missions de réserves et d’arbitrages fonciers),
- les métiers engagés dans la protection des espaces de nature, dits espaces ouverts (c’est-à-dire non bâtis) associés aux logiques de protection environnementale (trame verte et bleue, agriculture urbaine…) et à la fabrique d’une métropole verte.
- les métiers de la programmation et du montage d’opération pour envisager un renouvellement des formes urbaines dégradées, notamment en grande couronne (friches commerciales et renouvellement des zones d’activités), pour repenser le tissu pavillonnaire et l’insertion du petit collectif dans les nouvelles opérations de logements (mêlant la promotion privée et sociale).
- les métiers qui interviennent dans le projet territorial associant développement local (maintien des commerces et services de proximité, maintien d’une activité agricole) et contexte métropolitain (mobilités, transports et zones d’emploi). »
Propos de développeurs en périurbain
11 Nous reproduisons ci-dessous des entretiens informels avec deux anciens du parcours VEAD qui participent activement à l’association des anciens et viennent chaque année expliquer les métiers auxquels ouvre la formation.
Devenir urbaniste en périurbain : promouvoir l’urbanisme endogène
12 Stéphane est issu d’une des premières promotions du diplôme. Après des études de géographie, il intègre et obtient le master VEAD en 2013.
- « Pouvez-vous nous indiquer les emplois occupés depuis 2013 ? »
14 J’ai débuté à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France où j’ai été employé durant une année pour instruire le projet d’un nouveau parc naturel régional, celui du Bocage du Gâtinais en continuité du PNR du Gâtinais entre Région Île-de-France et Centre. Le projet n’a pas abouti mais l’année d’après j’ai été recruté par le PNR du Gâtinais au service d’urbanisme comme chargé d’urbanisme. J’y suis resté presque huit ans avant de rejoindre le conseil départemental de Seine-et-Marne toujours dans le service d’urbanisme.
- « Comment vous définissez-vous : agent de développement urbain, périurbain ou rural ? »
16 Je suis chargé de mission urbanisme mais j’exerce en périurbain. C’est vrai que le terme existe peu dans la terminologie des postes. Et pourtant l’urbanisme que je pratique est tout à fait caractéristique des espaces périurbains et je ne suis pas sûr que je ferais la même chose dans l’urbain dense ou le rural.
17 Je prendrai l’exemple de l’urbanisme endogène qui est ce que le PNR du Gâtinais comme les autres PNR franciliens prônent sur leurs territoires. C’est une notion qui a été formalisée par un ancien directeur du PNR de haute Vallée de Chevreuse dans les Yvelines, et qui recouvre deux dimensions : celle de tirer parti des tissus urbains existants – et qui rejoint donc la notion de renouvellement urbain – et celle de sauvegarder un cadre de vie avec le maintien d’espaces ouverts. La notion se rapproche de celle de densification mais elle n’est utilisée que dans le périurbain en proposant des démarches d’aménagement soucieuses de s’enraciner dans des formes locales. Quand on travaille avec les élus, ils emploient le terme pour préciser qu’il s’agit d’arrêter de consommer les terres agricoles et densifier l’existant pour répondre au manque de logements. À rebours du modèle de la ville dense, les élus du périurbain défendent en guise de densification la maison de ville construite à l’alignement, inscrite qui plus est dans l’histoire des villages ; ils veulent s’éloigner du lotissement même si nombre d’habitants du périurbain continuent de le plébisciter. À défaut d’une remise en cause complète des formes urbaines, ils soutiennent une meilleure intégration des constructions dans l’environnement : choix des haies plutôt que des murets, soin apporté aux transitions entre partie rurale et partie bâtie.
18 On peut également citer les formes de réhabilitation des vieux bâtiments avec constructions dans les dents creuses (ferme patrimoniale, ancien presbytère) et surtout un travail de consolidation des centres bourgs avec mise en valeur des espaces publics. Certes, cela se rapproche de ce que l’on fait en urbain dense ou dans le rural mais les morphologies sont différentes et surtout on est dans la couture entre les différents types d’espaces qui constituent le périurbain.
- « Est-ce à dire que l’espace périurbain appelle des aménagements spécifiques ? »
20 Pour moi oui, je citerai sa composition mi-urbaine mi-rurale, la nécessité de penser des densités dispersées mais plus importantes qu’en rural. Tout cela fait que l’on se doit d’inventer, d’aller vers des aménagements spécifiques. C’est vrai qu’ayant travaillé en PNR, il y a aussi la spécificité PNR qu’on ne peut gommer, mais pour avoir travaillé avec des collègues d’autres PNR, ce n’est pas la même chose en PNR rural par exemple, au moins en ce qui concerne l’urbanisme.
Prospecteur de foncier : quelles spécificités en périurbain ?
21 Le second parcours est plus récent avec une obtention de diplôme en 2017, et correspond à une forte demande : celle des métiers en lien avec le portage du foncier agricole ou à bâtir (SAFER, EPF et autres nouvelles structures liées à ces missions de réserves et d’arbitrages fonciers). Estelle a ainsi intégré la SAFER Île-de-France.
- « Comment décririez-vous votre mission à la SAFER ? »
23 Je suis chargée de mission portage foncier : mes tâches sont de découvrir, recenser, sécuriser du foncier agricole avant tout. Il y a les missions classiques des SAFER d’intervention avec éventuellement préemption mais de plus en plus on est sollicité par d’autres acteurs comme les communes qui souhaitent mettre en réserve des terres agricoles avec un projet d’installation d’agriculteurs en circuit court : là, notre rôle va jusqu’à l’appel d’offres et à l’audition d’éventuels agriculteurs.
24 Les tâches ont tendance à s’élargir avec l’entrée en relation avec les autres acteurs du portage foncier comme les foncières citoyennes (Terres de liens) mais aussi l’établissement public foncier. Le ZAN ou zéro artificialisation nette, et le développement des compensations deviennent également très importants.
25 Parallèlement, cela veut dire beaucoup de temps passé avec les élus des différents niveaux, ceux des communes et des intercommunalités mais aussi les élus départementaux ou régionaux puisque tous les échelons territoriaux sont aujourd’hui entrés dans le portage foncier en Île-de-France.
- « Quelles sont les zones sur lesquelles vous intervenez le plus ? »
27 C’est clairement dans la Ceinture verte (entre 0 et 30 km de Notre-Dame) que nous intervenons car c’est là que les concurrences foncières sont les plus grandes ; mais on a aussi une grande demande plus loin, d’autant que toutes les intercommunalités ont leur projet d’agriculture de proximité. On peut citer les territoires agri-urbains, cette dizaine de territoires qui sont une procédure soutenue par la Région et qui ont placé l’agriculture au cœur de leur projet de territoire. On peut citer le Plateau de Saclay, le Triangle Vert ou encore le Triangle de Gonesse.
- « Pensez-vous que les procédures que vous menez sont spécifiques au périurbain et qu’elles font de vous un agent de développement périurbain ? »
29 C’est certainement spécifique par rapport à l’urbain dense car dans les zones où on intervient on travaille sur la pleine terre et non sur les toits ou l’agriculture en bac comme dans l’urbain. C’est sans doute plus proche des procédures en rural mais le phénomène des concurrences foncières y est beaucoup plus important, de même que la déprise agricole avec des départs importants sans parler des demandes d’installation d’agriculteurs hors cadre familial.
30 Le portage foncier débouche sur des projets de territoire dans les zones sur lesquelles j’interviens. Je suis d’ailleurs à mi-temps sur le portage et à mi-temps sur l’animation d’un territoire agri-urbain avec le montage des dossiers des nouveaux agriculteurs, l’organisation des réunions des différentes parties prenantes.
Conclusion
31 L’absence du terme périurbain dans la nomenclature des métiers du développement ne signifie pas que ces métiers n’existent pas. Cela dénote la tendance à toujours penser l’espace selon les deux modalités de l’urbain et du rural et à quasi oublier le tiers espace qui s’est fortement développé depuis cinquante ans. La complexité de cet espace peine sans aucun doute à être prise en compte, toujours renvoyé dans les procédures d’aménagement au rural ou à l’urbain ; la mise au jour de ses spécificités est absolument nécessaire pour envisager de nouvelles manières de faire ; l’injonction de durabilité ne peut suffire en termes d’aménagement. Ces espaces périurbains dénoncés comme contre-modèle de durabilité font pourtant l’objet de situations d’urgence et d’emplois nouveaux pour de futurs aménageurs et urbanistes.
Bibliographie
- Aragau, C., Poulot, M. (2016), « Le périurbain : entre marge, frange et entre-deux », in E. Grésillon, F. Alexandre, B. Sajaloli (dir.), La France des marges,Paris, Armand Colin, coll. « Horizon », pp. 327-340.
- Baron, N., Lajarge, R. (2015), Les parcs naturels régionaux. Des territoires en expériences. Versailles, Quae.
- Berger, M. (2004), Les périurbains de Paris. De la ville dense à la métropole éclatée ?, Paris, Éditions du CNRS.
- Billard, G., Brennetot, A. (2009), « Le périurbain a-t-il mauvaise presse ? Analyse géoéthique du discours médiatique à propos de l’espace périurbain en France », Articulo-Journal of Urban Research. URL : http ://journals.openedition.org/articulo/1372.
- Carriou, C. (2018), « Former “hors les murs”. L’expérience des “commandes financées” au sein du master d’urbanisme de l’université Paris Nanterre ». Cahiers RAMAU, Éditions de la Villette, Les activités et les métiers de l’architecture et de l’urbanisme au miroir des formations, pp. 74-86. hal-01917528
- Claude, V. (2006), Faire la ville, les métiers de l’urbanisme au 20e siècle, Marseille, Parenthèses.
- Othelet, A. (2008), La reconnaissance socio-professionnelle des agents de développement local en milieu rural, Thèse, Nancy.
- Poulot, M. (2013), « Du vert dans le périurbain. Les espaces ouverts, une hybridation de l’espace public », EspacesTemps.net, http://www.espacestemps.net/articles/du-vert-dans-le-periurbain-les-espaces-ouverts-une-hybridation.
- Poulot, M. (2014), « Agriculture et acteurs agricoles dans les mailles des territoires de gouvernance urbain : nouvelles agricultures, nouvelles identités ? », Espaces et sociétés, 158, https://doi.org/10.3917/esp.158.0013.
- Poulot, M., Aragau, C., Rougé, L., Mettetal, L. (2016), « L’urbanisme endogène dans le périurbain de l’Ouest francilien : des morphologies négociées ? », in J. Sery, F. Saunier (dir.), Ruralités et métropolisation, à la recherche d’une équité territoriale,ERPS, vol. 6, pp. 118-134.
- Rougé, L., Aragau, C. (2014), « Saisir et planifier un territoire en mouvement, le cas des espaces périurbains ouest-franciliens », in V. Le Grand (dir.), Quel droit pour un urbanisme durable ?, Paris, Mare et Martin, pp. 103-119.
- Vanier, M. (2003), « Le périurbain à l’heure du crapaud buffle : tiers espace de la nature, nature du tiers espace ? », Revue de géographie alpine, 91(4), 79-89.