Article de revue

L'irrigation et ses impacts sur la ressource en eau. L'exemple du bassin de l'Adour

Pages 107 à 111

Citer cet article


  • Miqueu, C.
(2012). L'irrigation et ses impacts sur la ressource en eau. L'exemple du bassin de l'Adour. Pour, 213(1), 107-111. https://doi.org/10.3917/pour.213.0107.

  • Miqueu, Claude.
« L'irrigation et ses impacts sur la ressource en eau. L'exemple du bassin de l'Adour ». Pour, 2012/1 N° 213, 2012. p.107-111. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-pour-2012-1-page-107?lang=fr.

  • MIQUEU, Claude,
2012. L'irrigation et ses impacts sur la ressource en eau. L'exemple du bassin de l'Adour. Pour, 2012/1 N° 213, p.107-111. DOI : 10.3917/pour.213.0107. URL : https://shs.cairn.info/revue-pour-2012-1-page-107?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pour.213.0107


Notes

  • [1]
    Ce texte reprend les grandes orientations d’une communication de janvier 2012, co-signée avec Jean Glavany, ancien ministre de l’Agriculture et des conclusions du rapport d’information parlementaire n° 4070 rectifié « Géopolitique de l’eau – Le défi de la gouvernance ».

1Il n’est plus possible d’engager des analyses micro-territoriales dans nos bassins et sous-bassins sans rappeler la situation de l’eau dans le monde.

2Certes nous sommes des aménageurs et des développeurs de nos territoires, mais nous ne pouvons ignorer pour autant dans notre action locale que :

  • 900 millions de personnes, dans le monde, n’ont pas accès à l’eau potable ;
  • 2,9 milliards de personnes, dans le monde, n’ont pas l’eau courante à l’intérieur de leurs habitations. Elles se ravitaillent à un puits, souvent dans des conditions d’accès difficiles ;
  • 3,2 millions de personnes meurent chaque année par manque d’accès à l’eau potable. Un enfant meurt toutes les trois secondes par manque d’eau ou à cause d’une alimentation en eau de mauvaise qualité !
La loi Oudin-Santini permet aux collectivités territoriales d’accompagner des projets de coopération décentralisée. Les acteurs locaux doivent poursuivre, malgré le contexte de grave crise des finances publiques, ces dossiers de solidarité internationale en liaison, notamment, avec les agences de l’eau et l’Office international de l’eau. Cette dimension citoyenne est irréversible. Les approches territoriales intra-nationales se heurteront à l’incompréhension sociétale pour les projets de barrages, par exemple, qui sont désormais refusés lorsqu’ils apparaissent comme des justifications d’une agriculture productiviste. Ces arguments sont devenus inaudibles et dangereux pour l’avenir économique et écologique du monde.

3Notre ardente obligation collective est de concrétiser rapidement de nouvelles pratiques de gestion plus vertueuses pour l’environnement, portées par des décisions décentralisées respectueuses d’une démocratie locale modernisée, voire réinventée. En France, comme dans tous les pays développés, on gaspille encore trop d’eau, pour l’ensemble des usages.

4Si chaque être humain dispose, en moyenne, et tous usages confondus, de 5 000 m3 d’eau douce par an, cette moyenne cache une répartition très, très inégale : de 59 m3/personne/an à Gaza, à 630 000 ( ! !) en Islande… et 33 000 en Europe ! ! Nous mesurons les fragilités de l’analyse comparative. Notre trépied : « L’eau domestique, l’eau pour les économies locales, l’eau pour les milieux » n’a pas la même signification dans les cinq continents.

5Pour des raisons philosophiques, morales, il n’est plus possible de poursuivre cette course à la ressource supplémentaire, quelle que soit sa légitimité dans certains territoires, sans, pour le moins, penser (et agir en même temps) à la rationalisation des usages. C’est un enjeu politique majeur qui nécessitera de la lucidité dans l’analyse et du courage dans la mise en œuvre.

L’agriculture dans le bassin de l’Adour

6Les agriculteurs du bassin, les maïsiculteurs en particulier, ne sont en rien des accusés. Ils font ce que la société leur demande de faire, les encourage à faire en les subventionnant.

7Changeons les règles, changeons les encouragements, définissons d’autres incitations et nos agriculteurs s’adapteront. À une condition : qu’on leur propose des marchés alternatifs réels.

8Si aujourd’hui ils font du maïs, c’est parce que c’est la culture qui leur procure le meilleur revenu. Plusieurs décideurs politiques et socioprofessionnels se sont battus au Gouvernement, au Parlement, dans les instances de gestion de bassin, dans les départements, pour défendre les « référence historiques » qui contribuent à ces revenus.

9Mettons en œuvre, par exemple, un vrai plan pour les protéagineux au plan européen, et la sole maïs diminuera, prioritairement sur des sols et dans des conditions de production inadaptés. Des innovations technologiques récentes (mises en œuvre en 2012) pour la récolte du chanvre industriel donnent aussi à cette culture une autre rentabilité par la valorisation renforcée de la paille et du grain. Rien n’est définitif et la recherche prépare d’autres lendemains.

10La Politique agricole commune (PAC) va changer. L’Union européenne s’engage progressivement, par sa directive cadre d’octobre 2000, vers une rationalisation renforcée de l’usage de l’eau, déclinée aujourd’hui en droit français, puis dans son schéma directeur 2010-2015 et son programme d’action dans le sous-bassin de l’Adour. La seule augmentation de la ressource, déconnectée de ce contexte irréversible, n’a aucun sens si les évaluations des besoins en eau ne préemptent en rien les évolutions futures de la Politique agricole commune.

11Alors préparons, dans une démarche responsable permettant la satisfaction de tous les usages, une réponse globale, intégrant le changement climatique, précédée d’une étude fiable sur les prochaines évolutions de la Politique agricole commune. Se priver de cette connaissance serait pour le moins imprudent.

12Selon la loi française, les agriculteurs irrigants doivent, comme tous les consommateurs d’eau :

  • compter et enregistrer l’eau qu’ils consomment pour l’irrigation ;
  • payer cette consommation.
Dans le bassin Adour-Garonne et, en particulier dans le bassin de l’Adour, des agriculteurs comptent et payent leur eau, d’autres pas. D’après les chiffres de l’Agence du bassin, sur 32 000 irrigants, il n’y aurait que 14 000 dossiers pour 8 600 irrigants, certains ayant plus d’un compteur. Cette inégalité pose problème. Des seuils d’exonération excluent les irrigants redevables qui consomment moins de 7 000 m3 par an ou reçoivent une facture de moins de 100 euros. Ces clauses dérogatoires n’existent pas pour les autres consommateurs, notamment domestiques.

13Là encore, évitons de stigmatiser une profession et travaillons avec elle, pour trouver le chemin d’une doctrine homogène pour l’ensemble des usagers.

Les volumes prélevables

14Aujourd’hui, les volumes prélevables sont fixés avec la profession agricole, depuis le mois de novembre 2011. Ces volumes prélevables fixés pour les irrigants sont calculés en intégrant la ressource actuelle et future, après avoir vérifié la couverture des besoins en eau des autres usages.

15Demain (2012 ?) un organisme unique de gestion sera désigné par le représentant de l’État déconcentré dans les sous-bassins ou les bassins, en fonction des réalités géographiques, hydrauliques, économiques et institutionnelles. Il s’agira pour lui de répartir la ressource en eau entre les irrigants. Cette souplesse peut être un avantage. Elle peut être aussi un inconvénient si les acteurs locaux refusent de s’entendre pour mettre en place une gouvernance commune. Dans cette hypothèse, un modèle de gouvernance proposé par l’État central sera utile, pour définir une typologie des meilleures réponses opérationnelles entre, notamment, les chambres d’agriculture, les établissements publics territoriaux de bassins (EPTB), les associations syndicales autorisées (ASA) ou leurs fédérations, les sociétés d’aménagement régional (SAR), etc.

16Nous ne pourrons, dans ce nouveau contexte technico-juridico-politique, envisager l’accroissement de la ressource sans avoir l’assurance que tous les consommateurs d’eau, irrigants compris, comptent et payent l’eau. La police de l’eau devra recevoir les moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions.

Le déficit en eau

17Les ingénieurs dont le métier est de produire de la ressource ou de la gestion vertueuse doivent aussi, dans une démarche pluridisciplinaire, en rationaliser l’usage. Il ne peut y avoir de segmentation des missions. Ces experts nous disent que le déficit en eau du bassin de l’Adour serait d’au moins 10 millions de mètres cubes. Le Plan de gestion des étiages (PGE) et le Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) en cours d’élaboration, doivent le confirmer. Ce chiffre est contesté dans des notes des services déconcentrés de l’État. Vérifions ce déficit, dans la transparence, en particulier lors de la présentation du Sage dans les procédures internes au Comité de bassin.

18En outre, il existe des solutions alternatives. Pas de démagogie ! Il n’est pas question de dire « Non » à tel ou tel projet de barrage, sans proposer, en même temps, des solutions concrètes alternatives pour augmenter ou mieux gérer la ressource. Puisque les financements existent, nous pourrions engager des études opérationnelles pour évaluer par exemple :

  • des lâchers mieux coordonnés depuis les lacs de montagne ;
  • une meilleure gestion des canaux de transfert entre sous-bassins ;
  • la réalisation immédiate d’un barrage dont l’acceptabilité sociale est vérifiée, y compris celle des élus locaux. Au XXIe siècle, on ne peut plus, on ne doit plus réaliser quelque équipement que ce soit sans l’aval majoritaire des représentants légaux du peuple. C’est ce qu’a fait l’Institution Adour depuis sa création en 1978 (72 millions de m3 stockés dans 20 barrages en 25 ans). Aucun projet n’a été réalisé contre des élus locaux. Ce qui a été possible hier, sera possible demain ;
  • l’achèvement de l’étude des canaux d’irrigation qui, mieux gérés, dégagent un potentiel de ressource important ;
  • des prélèvements ciblés à certaines périodes, dans la nappe d’accompagnement des gravières demain mieux utilisées. L’expérimentation engagée est prometteuse, il faut la confirmer et la développer.
Il s’agit donc d’engager la rationalisation des usages, les pratiques vertueuses, une meilleure gestion quantitative de l’eau, dans une organisation volontariste, voire militante, multi-partenariale. Enfin, la police de l’eau reste dans notre ordre républicain un moyen toujours utile de régulation des prélèvements.

19Il est donc urgent d’arriver à un constat partagé sur les solutions alternatives. La réalisation de barrages ne peut plus être la seule réponse pertinente. L’utilisation de fonds européens disponibles (crédits du Feader affectés à l’hydraulique agricole) facilitera une approche systémique trop souvent négligée.

20Ainsi, c’est dès 2012 que l’accroissement de la ressource sera possible, dans la diversité des solutions, sans traumatisme sociétal, territorial ou/et environnemental.


Date de mise en ligne : 04/06/2014

https://doi.org/10.3917/pour.213.0107