Les pôles d'excellence rurale Services et accueil : réponse à des besoins, structuration de services ou création d'emplois en milieu rural ?
Pages 157 à 163
Citer cet article
- BONERANDI, Emmanuelle,
- Bonerandi, Emmanuelle.
- Bonerandi, E.
https://doi.org/10.3917/pour.208.0156
Citer cet article
- Bonerandi, E.
- Bonerandi, Emmanuelle.
- BONERANDI, Emmanuelle,
https://doi.org/10.3917/pour.208.0156
Notes
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Cet article est issu d’une recherche coordonnée par l’auteur et intitulée Services ruraux, services en milieu rural : nouveaux gisements d’emplois réalisée dans le cadre du programme de recherche évaluative sur les PER porté par la Diact. La recherche a été conduite sur un corpus d’intentionnalités d’actions à partir des dossiers de candidature et documents annexes déposés sur le site de la Diact par les structures porteuses des PER Accueil et services labellisés. Il s’est donc agi d’analyser la construction de l’argumentaire des besoins de services justifié par des contextes démographiques, économiques, sociaux et organisationnels, ainsi que les opportunités de créations d’emplois et les types d’emplois concernés.
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[2]
Il s’agit de la localisation des territoires de compétences des structures porteuses des PER.
1Sur 376 pôles d’excellence rurale (PER) labellisés en 2007, seuls 53 sont concernés par la thématique Services et accueil. On peut s’étonner de cette faible attractivité au regard des mutations résidentielles des espaces ruraux [1]. Parmi les critères d’évaluation établis dans l’appel à projets piloté par la Datar (Diact à l’époque), le cahier des charges retient l’« ambition en matière d’emploi », ce qui donne une dimension économique forte à ces projets en termes de maintien et/ou de création d’emplois en milieu rural.
2Au-delà de l’ambition affichée, les projets de PER Services et accueil donnent plus à voir une réponse aux besoins de populations rurales en recomposition et une structuration des services aux populations que des potentiels de création d’emplois, posant alors la question des faibles qualifications et rémunérations des emplois dans le secteur des services aux personnes.
1 – Des types d’espaces ruraux préférentiels
3Si l’on reprend la typologie Segesa-Datar des trois France rurales (Datar, 2002), les PER Services et accueil [2] sont localisés dans quatre types d’espaces ruraux préférentiels :
- des espaces ruraux des campagnes fragiles du rural agricole vieilli et peu dense ;
- des nouvelles campagnes du rural en transition ;
- des petites villes rurales ;
- des campagnes des villes, notamment celles du rural en voie de périurbanisation.
2 – Des dynamiques démographiques contrastées…
4Le croisement des critères de solde migratoire et de solde naturel définit des localisations soit dans des espaces ruraux sous pression démographique, soit dans des espaces ruraux à dynamique démographique fragilisée voire déclinante.
5Cinq dynamiques démographiques types peuvent être dégagées :
- des espaces ruraux attractifs par arrivée de populations jeunes bi-actives ;
- des espaces ruraux attractifs par arrivée de populations âgées ;
- des espaces ruraux en déclin démographique par vieillissement et départ de population ;
- des espaces ruraux globalement stables démographiquement ;
- des espaces ruraux aux dynamiques contrastées.
3 – …qui dessinent des priorités en termes de besoins de services
6L’analyse des PER Services et accueil fait ressortir des réponses adaptées aux besoins locaux en termes de services aux populations. Trois types de publics sont plus particulièrement visés : les personnes âgées, les jeunes et les couples avec enfants.
7Les domaines d’activité sont directement corrélés aux dynamiques territoriales : par exemple, services petite enfance quand la dynamique démographique croît par solde migratoire positif avec l’arrivée de jeunes couples avec enfants ; services médicaux en direction des personnes âgées dans les espaces en déclin ou en croissance démographique (mais due essentiellement à l’arrivée de personnes à la retraite).
8Un deuxième groupe de projets concerne les services aux populations orientés vers l’emploi et la formation. Il s’agit souvent de services visant à offrir aux jeunes locaux des formations ou des emplois pour éviter qu’ils ne s’exilent. Les PER cherchant à assurer le maintien du tissu économique local par la reprise de très petites entreprises familiales relèvent de ce groupe à visée socio-économique.
Des réponses adaptées aux besoins locaux de services aux populations
Des réponses adaptées aux besoins locaux de services aux populations
9Les PER Services et accueil répondent à trois visées principales :
- la visée territoriale a pour objectif le maintien ou le développement des services de proximité et des équipements (publics et/ou privés) qui structurent le territoire. Il s’agit de garantir la présence de services du quotidien efficaces et de qualité pour la population locale. L’objectif visé est la structuration du territoire local et le maintien de la population ;
- la visée économique tend à assurer le développement du territoire par le maintien ou la croissance des structures économiques locales (essentiellement très petites entreprises). Elle porte ses priorités sur les enjeux de formation et d’emploi et de services aux entreprises. L’objectif visé est la croissance économique du territoire local ;
- la visée sociale cherche à répondre aux besoins de services de groupes ciblés qui présentent des enjeux forts en termes de dynamiques du territoire local : jeunes couples bi-actifs avec enfants, jeunes en formation ou en début de vie active, populations âgées, demandeurs d’emploi, publics vulnérables. L’objectif visé est le bien-être des populations locales.
4 – Les services aux populations : de nouveaux gisements d’emploi pour les territoires ruraux ?
10Les PER Services et accueil ont pour ambition l’amélioration des services aux populations sur leur territoire. En cela, ils s’inscrivent dans un contexte porteur de réflexions, de propositions et d’actions sur les enjeux des services à la personne (Plan de développement des services à la personne du 16 février 2005 dit « Plan Borloo » ; Cerc, 2008) et des services à la population en milieu rural (Durieu P., 2005 ; Blot Y., Fromion J.-M., 2006) ou l’accueil des jeunes enfants (Juilhard, 2009), relayé par les trois thématiques retenues dans le cadre des assises des territoires ruraux de 2009 (valoriser les atouts des territoires ruraux, satisfaire aux besoins de la vie quotidienne, organiser et animer les territoires). Ces enjeux sont également portés au niveau européen dans le cadre des programmes Leader.
11Deux orientations se dégagent par rapport à l’emploi :
- soit le but premier du PER est de répondre à des besoins de services de l’ensemble de la population ou d’un public ciblé, sans que cela implique la création d’emplois ;
- soit le but affiché est clairement le maintien et le développement des emplois par le biais des services aux populations.
12L’analyse des fiches Impact emplois des dossiers de candidature montrent que les PER Services et accueil génèrent peu d’emplois directs en termes de création. Si les effectifs annoncés sont très variables puisque la fourchette va de un à 470 emplois, les informations disponibles sont très hétérogènes et la définition des types d’emplois est souvent floue entre emplois créés, emplois induits, emplois maintenus, emplois indirects ou incités. En outre, les informations concernant la durée de travail hebdomadaire est rarement renseignée.
13Pour nombre de PER, l’intérêt premier en termes d’emploi n’est pas dans la création d’emplois directs, ce que limite d’ailleurs fortement le subventionnement des projets en investissement et non en fonctionnement, mais plutôt dans la création de conditions satisfaisantes pour permettre le maintien des emplois locaux ou le développement d’emplois indirects.
5 – Des emplois faiblement qualifiés
14La plupart des emplois de services à domicile créés ou induits sont des emplois qui requièrent une faible qualification professionnelle. On peut regretter ce manque d’ambition et le peu d’excellence qu’ils renferment ; cependant ce type d’emplois permet d’une certaine façon de créer de l’offre d’emploi à destination des publics peu qualifiés. Cela ne signifie cependant pas que les emplois soient pourvus par les demandeurs d’emploi locaux. Les métiers des services à la personne demandent une souplesse d’emploi du temps, à laquelle ne peut pas toujours répondre une personne, généralement une femme, qui doit composer avec les contraintes d’emploi du temps des enfants. En outre, ce type d’emploi nécessite bien souvent (notamment pour l’aide à domicile aux personnes âgées en milieu rural) d’être personnellement motorisé, or les personnes en difficultés économiques et sociales le sont peu, qui ne possèdent parfois même pas le permis de conduire. Enfin, il s’agit d’emplois au contact direct de personnes fragiles (enfants ou personnes âgées), et les populations éloignées du monde du travail ne possèdent pas toujours, du moins au départ, les capacités relationnelles nécessaires. S’ajoutent les faibles rémunérations d’emplois majoritairement proposés à temps partiel.
6 – Femmes : un public doublement ciblé
15Les femmes constituent des cibles privilégiées à plusieurs titres. Il s’agit notamment de trouver des gisements d’emplois pour les femmes nouvellement installées en milieu rural. Cela concerne avant tout les espaces ruraux en voie de périurbanisation. Les emplois recherchés sont plus particulièrement ceux peu qualifiés de la petite enfance (assistantes maternelles) et de l’accompagnement des personnes âgées (auxiliaire de vie sociale). Dans cette configuration, le jeune couple est venu s’installer à la campagne, le mari trouvant un travail sur le territoire du PER ou à proximité ou conservant son emploi urbain. La pérennisation de l’installation est soumise à la possibilité pour la femme de trouver un emploi à proximité du domicile. On est là dans le schéma bien connu où s’avère la nécessité de créer un potentiel d’emplois féminins, qui concerne également certains espaces du rural de faible densité. Les PER qui relèvent du domaine de la petite enfance entendent agir à deux niveaux. La dynamisation de l’emploi féminin est l’une des priorités pour créer de l’emploi à domicile, qui lui-même, par un cercle vertueux espéré, permettra de créer des emplois salariés, et donc sera en mesure de participer au développement du tissu économique local, ou au moins à sa consolidation.
16Au final, les PER Services et accueil sont peu créateurs d’emplois directs, l’accent est davantage mis sur la structuration des services existants (notamment par le biais de la création de maisons de services pluridisciplinaires ou de maisons de santé en milieu rural) ou sur les effets indirects et induits (par le biais de la reprise d’entreprises artisanales et commerciales). Il semble donc que la visée première des PER soit davantage territoriale qu’économique, en recherchant davantage une amélioration de l’offre et de la structuration des services aux populations que le maintien et la création d’emplois en milieu rural.
À lire
- Y. Blot, J.-M. Fromion, Rapport sur les « Relais Services Publics » en Milieu rural, ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire, 2006, 74 p.
- Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (Cerc), Les services à la personne, La Documentation française, rapport n° 8, 2008, 146 p.
- Datar, Quelle France rurale pour 2020 ? Contribution à une nouvelle politique de développement rural durable, La Documentation française, 2003, 64 p.
- P. Durieu, Conférence national des services publics en milieu rural, Rapport au Premier ministre, 2005, 32 p.
- J.-M. Juilhard, Rapport d’information fait au nom de la commission des Affaires sociales sur l’accueil des jeunes enfants en milieu rural, Sénat – Commission des Affaires sociales, Les rapports du Sénat n° 545, 2009, 41 p.