Article de revue

Il y a économie résidentielle et économie résidentielle...

Pages 50 à 52

Citer cet article


  • Davezies, L.
(2008). Il y a économie résidentielle et économie résidentielle... Pour, 199(4), 50-52. https://doi.org/10.3917/pour.199.0050.

  • Davezies, Laurent.
« Il y a économie résidentielle et économie résidentielle... ». Pour, 2008/4 n° 199, 2008. p.50-52. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-pour-2008-4-page-50?lang=fr.

  • DAVEZIES, Laurent,
2008. Il y a économie résidentielle et économie résidentielle... Pour, 2008/4 n° 199, p.50-52. DOI : 10.3917/pour.199.0050. URL : https://shs.cairn.info/revue-pour-2008-4-page-50?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pour.199.0050


Notes

  • [1]
    Voir notamment Laurent Davezies, « Revenu et territoire » in Gérard-Varet & Mougeot, Le développement local, Rapport n° 31 du Conseil d’analyse économique, Documentation française, 2001, ou Laurent Davezies, La république et ses territoires. La circulation invisible des richesses, coll. « La république des idées », éd. du Seuil, 2008.

1Le thème de l’économie résidentielle a, depuis quelques mois, envahi le paysage de l’analyse territoriale. Pour autant, cette notion n’est pas toujours bien comprise et renvoie à des définitions ambiguës. Le même vocabulaire est utilisé pour désigner des phénomènes différents.

2Deux trains de travaux semblent rouler sur la même voie. D’un côté, une reformulation fondamentaliste de la théorie de la « base économique », proposée par l’équipe de l’Œil (Université de Paris XII), a conduit à une réhabilitation de cette approche et fait émerger, aux côtés de l’économie basique productive, une autre base, résidentielle [1]. De l’autre, l’Insee a récemment produit des traitements de l’emploi permettant d’isoler ceux qui font partie de ce qu’il appelle l’économie résidentielle. Cette nouvelle production de l’Insee est flatteuse pour les auteurs des travaux de modernisation de la théorie de la base (encore qu’ils ne soient que peu ou pas cités), mais introduit et diffuse malheureusement une certaine confusion conceptuelle.

3L’économie résidentielle de l’Insee s’exprime en nombre d’emplois. Il s’agit de l’ensemble des emplois qui répondent localement à la demande des ménages. C’est ce que l’on a appelé, dans des travaux antérieurs, les emplois qui se localisent pour vendre (par opposition à ceux qui se localisent pour produire ou ceux, publics, qui se localisent pour servir). Dans l’abondante littérature internationale du siècle passé portant sur la théorie de la base, ces emplois sont appelés « emplois domestiques ». C’est le terme qu’utilisent des auteurs comme Hoyt, North ou Tiebout. Certes, ce terme de domestique est peu élégant, voire péjoratif, mais c’est celui qui s’est établi dans les milieux de l’analyse économique. On peut comprendre que l’Insee ait souhaité proposer une autre terminologie, qui est à cet égard bienvenue. Sauf que ce terme renvoie directement, dans l’esprit de lecteurs troublés, à l’économie résidentielle dérivée des travaux de la base économique, dont la définition est totalement différente.

4La théorie de la base est une approche des moteurs du développement local par les revenus. Ce sont les revenus – dits basiques – qui viennent irriguer les territoires et qui insufflent leur développement : il s’agit de la contrepartie des biens et services produits localement et vendus à l’extérieur, des salaires de fonctionnaires, des prestations sociales, des dépenses de tourisme, etc. Dans un deuxième temps, c’est la circulation interne des revenus dans les territoires qui permet le développement des emplois domestiques par le jeu de multiplicateurs d’emploi et de revenu. En bref, ce modèle est néoclassico-keynésien, combinant offres territoriales de toutes natures vis-à-vis du reste du monde, qui attirent les revenus basiques, et demande interne qui libère les effets multiplicateurs.

5L’économie résidentielle désigne, dans ce modèle, l’offre territoriale vis-à-vis d’agents résidants inactifs sur le territoire : retraités, touristes, actifs employés ailleurs (« navetteurs »). La mesure de cette économie s’exprime en valeurs monétaires. Il s’agit donc de montants monétaires de base économique, jusqu’ici largement ignorés des analystes, qui viennent accroître la base productive des territoires (mais aussi les bases publiques, sociales et médicales).

6Bref, à l’Insee, l’économie résidentielle désigne des nombres d’emplois de boulanger, commerçant ou médecin et, dans nos travaux, elle renvoie à des montants monétaires de retraites, de navetteurs ou de dépenses touristiques. L’Insee désigne sous ce terme ce que la littérature, avant nous, nomme « emplois domestiques ». Il ne s’agit pas de dire qui a raison et qui a tort, et d’autant moins que l’auteur de ces lignes serait ici juge et partie. Du moins est-il important, pour le lecteur, de savoir à quelles notions distinctes et à quels univers théoriques renvoie ce même terme.


Date de mise en ligne : 09/12/2014

https://doi.org/10.3917/pour.199.0050