SCIOLDO-ZÜRCHER Yann, HILY Marie-Antoinette, MA MUNG Emmanuel (dir.), 2019, Étudier les migrations internationales, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, Migrations, 388 p.
- Par Swanie Potot
Pages 198 à 199
Citer cet article
- POTOT, Swanie,
- Potot, Swanie.
- Potot, S.
https://doi.org/10.3917/popu.2101.0198
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- Potot, S.
- Potot, Swanie.
- POTOT, Swanie,
https://doi.org/10.3917/popu.2101.0198
1Cet ouvrage réunit les contributions de trente-deux chercheuses et chercheurs autour de l’analyse de la question migratoire, telle qu’elle a été mise en pratique au laboratoire Migrinter pendant une trentaine d’années. L’ouvrage met au jour – ou rappelle – les apports de cette unité de recherche, fondée en 1985 par Gildas Simon, à un domaine devenu aujourd’hui majeur en sciences humaines et sociales, après être resté longtemps une portion congrue de la recherche française. Les travaux menés dans ce laboratoire illustrent une dynamique collective qui s’est maintenue dans le temps, au sein de laquelle les auteures et auteurs n’appartiennent pas à une école unifiée mais se stimulent mutuellement et explorent des pistes et des domaines variés. Le corpus présenté est donc hétérogène mais loin d’être hétéroclite.
2Les quatre parties qui composent cet ouvrage montrent la diversité des travaux produits dans une unité dominée par la géographie, mais marquée par l’interdisciplinarité. On note tout d’abord la multiplicité des thématiques abordées. Si, dès sa création, l’analyse des migrations en termes de flux et de trajectoires – bientôt relayée par une approche en termes de circulation et de territoires – fut une des spécialités de Migrinter (partie I), les nombreuses thèses et les multiples programmes de recherche ont également porté sur les dynamiques urbaines (partie II), les liens avec les sociétés d’origine dans une perspective transnationale (partie III) ou les migrations dites forcées (partie IV). Au-delà de l’organisation de l’ouvrage autour de ces quatre thèmes, les chapitres témoignent d’un intérêt pour les questions de ségrégation spatiale, les centralités marchandes, les associations et les réseaux de migrants, les enfants migrants, l’usage des nouvelles technologies, la santé ou, en filigrane, les questions d’ethnicité.
3La richesse du livre tient également à un parti pris des coordinateurs : faire le bilan de plusieurs décennies de recherche d’une unité, c’est bien entendu rendre hommage aux chercheuses et chercheurs qui ont fait sa notoriété par des contributions théoriques majeures. Les apports de Gildas Simon, Alain Tarrius, Emmanuel Ma Mung, Michelle Guillon, Stéphane De Tapia et d’autres encore sont utilement présentés, et serviront de référence aux futurs étudiants. Mais ce retour en arrière met également en valeur les très nombreuses contributions de doctorants, de jeunes chercheurs et chercheuses ainsi que de collègues qui constituent aujourd’hui les forces vives de la recherche sur les migrations.
4La multiplicité des auteurs cités rend compte de la très grande variété des terrains conduits de par le monde à partir du laboratoire poitevin. On y perçoit la complémentarité des recherches menées en France avec celles conduites dans les mondes hispaniques (Espagne et Amérique latine), les mondes arabes (la Tunisie y occupe une place de premier choix), l’Amérique du Nord ou, de façon plus ponctuelle, l’Afrique du Sud, Haïti, l’Europe de l’Est et d’autres espaces. Si ces travaux ne sont pas exploités dans une démarche comparative, ils permettent cependant une mise en perspective qui éclaire la diversité des formes que peuvent revêtir des processus généraux.
5C’est enfin en termes méthodologiques que le foisonnement de travaux présenté retient l’attention. Se nourrissant de plusieurs disciplines, les recherches exposées font état de méthodes variées. La démarche quantitative a depuis longtemps été complétée par des approches qualitatives inspirées de l’anthropologie notamment, s’appuyant sur la récolte de la parole des acteurs et sur des éléments biographiques. Au cours de la dernière décennie, plusieurs « innovations » ont été tentées dans le domaine et l’ouvrage présente en ce sens un chapitre original portant sur une utilisation inédite du logiciel R appliqué aux récits de jeunes migrants sur leurs parcours africains. Si cette méthode reste encore à affiner pour convaincre de sa valeur heuristique, la démarche témoigne de l’audace méthodologique qui caractérise ce laboratoire.
6Au cours de différents chapitres, l’ouvrage rend également un hommage mérité à la Revue européenne des migrations internationales, plus connue sous son acronyme, la Remi. Par les multiples références qu’elle offre sur plus de trente ans, elle témoigne de la carrière de notions fondamentales de la recherche sur les migrations tout comme de la variété des travaux dans le domaine, bien audelà du seul cercle de Migrinter. Reconnue comme l’une des principales publications des études migratoires en français, elle est sans aucun doute l’une des grandes réussites de ce laboratoire.
7Pour conclure, on notera que l’orientation de cette unité de recherche a sans conteste contribué à une meilleure compréhension des mobilités à travers le monde, mais elle laisse dans l’ombre, ou s’intéresse peu, à un certain nombre de questions portant sur les contraintes structurelles qui déterminent la réalité que les individus concernés affrontent. Les rapports de domination qui pèsent sur la condition d’immigré, les discriminations (institutionnelles), la relégation professionnelle, le racisme, l’exploitation économique, l’exclusion sociale des « sans-papiers », etc., sont des sujets relativement peu étudiés à Migrinter. Dès lors, la question migratoire y demeure peu abordée dans sa dimension politique, à l’heure où elle est pourtant un sujet de prédilection de la politique.
8Il reste que les contributeurs signent ici un ouvrage majeur qui donne à voir la recherche en train de se faire, dans une unité dynamique et en perpétuel renouvellement. Il constitue non seulement une mémoire précieuse pour l’histoire de ce champ de recherche, mais également un manuel à mettre entre toutes les mains de personnes intéressées par les études migratoires.
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Date de mise en ligne : 02/07/2021
https://doi.org/10.3917/popu.2101.0198