Pichon Pascale, Girola Claudia, Jouve Élodie (dir.), 2016, Au temps du sans-abrisme. Enquêtes de terrain et problème public, Saint-Étienne, PUSE, 454 p.
- Par Pierre Eloy
Pages 565 à 567
Citer cet article
- ELOY, Pierre,
- Eloy, Pierre.
- Eloy, P.
https://doi.org/10.3917/popu.1703.0565
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- ELOY, Pierre,
https://doi.org/10.3917/popu.1703.0565
Notes
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[1]
Yaouancq F., Duée M., 2014, « Les sans-domicile en 2012 : une grande diversité de situations », France portrait social.
1Cet ouvrage recueille une bonne vingtaine de contributions présentées au colloque international tenu en 2012 à Saint-Etienne, intitulé « Espace public et sans domicile fixe, la recherche s’expose ». Leurs auteurs proviennent d’universités françaises mais également de bon nombre d’universités étrangères, et ils relèvent de disciplines diverses (sociologie, sciences de l’éducation, histoire, anthropologie, ethnologie, sciences politiques…). Les terrains d’enquêtes se situent en France (Paris et Saint-Etienne), mais aussi à Tokyo, Montréal et Buenos Aires.
2L’ouvrage est centré sur l’analyse de politiques publiques de lutte contre l’exclusion menées au cours des vingt dernières années, et leurs effets tant sur les populations sans-abri que sur la mobilisation citoyenne. Deux idées principales marquent l’ensemble de l’ouvrage, à savoir : la mise en valeur du caractère cumulatif de la recherche et le grand intérêt de la perspective comparative. L’enquête de terrain occupe une place importante, tant dans sa description analytique que du point de vue de sa « portée épistémologique ».
3Les huit chapitres de l’ouvrage sont répartis en trois parties. Dans la première, les auteurs mènent une réflexion sur l’enquête de terrain et s’interrogent tour à tour sur la place qu’y prennent les intervenants et les chercheurs. Le premier chapitre permet de contextualiser l’émergence du problème public du sans-abrisme au cours du xxe siècle. À l’aide d’une approche sociohistorique, Axelle Brodiez et Bertrand Ravon décrivent la mise en place des dispositifs ayant rendue invisible une population laissée dans les marges. Dans le deuxième chapitre, Daniel Cefaï nous mène au cœur de l’urgence sociale, à travers une enquête de terrain réalisée avec le Samu social. L’analyse des politiques publiques autour du « logement d’abord » fait l’objet du chapitre suivant, par la présentation des exemples du Québec et d’une initiative municipale décrite par Marine Maurin, menée à Saint-Etienne.
4La deuxième partie de l’ouvrage se concentre sur l’engagement des chercheurs auprès des enquêtés, du travail de restitution jusqu’à la question de la place des artistes dans le débat sur le sans-abrisme. Claudia Girola introduit le premier chapitre en insistant sur l’importance de la réflexivité dans la recherche auprès des sans-abri. Ensuite, le texte de Dalhia Namian montre l’intérêt de deux procédés, l’ironie et la métaphore, afin d’étudier l’itinérance et la fin de vie. Ces procédés vont permettre de mieux définir et d’approcher le travail d’enquête auprès d’une population aux « marges du social », ce qui renvoie aux difficultés, tant épistémologiques que méthodologiques, auxquelles se retrouvent confrontées les chercheurs. Dans le chapitre suivant, Jérôme Beauchez dépasse ce questionnement épistémologique et rend compte des tensions entre « engagement » et « distanciation » à propos d’une enquête menée sur des groupes de punks, skinheads et squatteurs. Ce travail souligne l’importance de l’entretien biographique, que l’on retrouve dans le texte de Christophe Blanchard, à propos d’une étude sur les jeunes sans-abri accompagnés de chiens. Le travail d’enquête, mis en parallèle avec le parcours autobiographique, s’accompagne d’un retour réflexif permanent sur l’usage des catégories et des concepts sociologiques. Le dernier texte, rédigé par Fabrice Fernandez, s’intéresse aux usagers de drogue « en errance urbaine ». Il reprend le parcours du chercheur, en partant d’une rencontre avec un fumeur de crack, qui prendra le rôle de guide et lui permettra de s’introduire dans un terrain d’enquête où les cadres et les règles sont produits par les consommateurs de drogues et non par les institutions. Le dernier chapitre de cette partie décrit des solutions portées par les politiques publiques. L’article de Shirley Roy, à partir de l’exemple du Québec, montre les difficultés et les potentialités de la recherche partenariale à partir d’une enquête sur l’itinérance. Le rapport entre recherche et politique est au centre de l’article d’Elodie Jouve et de Claire Lemarchand. Elles analysent l’engagement des artistes dans la dénonciation des conditions de vie des sans-abri et montrent également l’impact de créations artistiques et de dispositifs « inventifs, polémiques ou innovants ». Cette partie se termine par l’article d’Etienne Tassin sur le rôle des designers dont l’objectif dans cette dénonciation n’est pas d’y apporter des réponses, mais bien de provoquer la réflexion.
5La description ethnographique est au centre de la troisième partie de l’ouvrage. Son objectif est de rendre compte des « métamorphoses de la question sociale », à partir d’exemples internationaux (France, Italie, Japon, Argentine). Les premiers articles traitent de la question de l’implantation, de l’habitat précaire, tente ou cabane, installé dans l’espace public. Gaspard Lion, décrit tout en finesse l’expérience des hommes installés dans un bois parisien, qu’il a suivis pendant quatre ans. Des difficultés rencontrées aux négociations permanentes avec les autorités jusqu’à l’expulsion, l’auteur met en avant la résistance de ces personnes. Tout comme dans l’article de Lucas Graeff, autour de la mobilisation des Enfants de Don Quichotte, qui montre que la création du droit au logement opposable renforça cependant « la naturalisation des représentations catégorielles ». Dans l’enquête d’Estelle Degouys sur les groupements de tentes dans les parcs publics de Tokyo, article faisant écho à celui de Gaspard Lion, on observe aussi « la lutte quotidienne pour habiter » et les efforts pour créer une organisation conduisant à un « vivre ensemble ». La présence de sans-abris dans l’espace public est également étudiée par Griselda Pelleres et Paula Rosa dans la ville de Buenos Aires où une loi promulguée récemment reconnaît aux sans-abri l’usage de l’espace public. Les chercheuses critiquent la logique assistancielle de cette loi à laquelle de nombreux sans-abri souhaiteraient échapper. Les limites de cette logique, sont mises en évidence dans l’article de Marie-Thérèse Têtu sur les squats de migrants sans abri et sans papiers. En effet, si les sans-abri peuvent revendiquer un droit au logement ou à l’hébergement, les sans-papiers ne le peuvent pas. Les squats deviennent ici des lieux de mobilisation afin de revendiquer le « droit à être là ». Cette mobilisation peut donner lieu à des arrangements avec les acteurs institutionnels ou associatifs, et aussi à la transmission d’un savoir, comme le montre Maurizio Bergamaschi à propos du recrutement d’anciens sans-abris comme des travailleurs pairs en Italie.
6On pourra noter que les contributions à cet ouvrage dans le cas de la France montrent peu la diversification de la population sans abri au cours des dernières années (augmentation du nombre de femmes, d’enfants, et d’étrangers) [1] et l’impact potentiel de ces évolutions sur la construction du problème public et des réponses apportées. Cet recueil permet néanmoins de faire le point sur l’état de la recherche dans le domaine du sans-abrisme, grâce à un ensemble d’articles qui analysent des enjeux locaux tout en les plaçant dans une perspective historique et internationale.
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Date de mise en ligne : 31/10/2017
https://doi.org/10.3917/popu.1703.0565