Évolution de la mortalité dans la péninsule Ibérique au cours de la seconde moitié du XXe siècle
Pages 353 à 379
Citer cet article
- CANUDAS-ROMO, Vladimir,
- GLEI, Dana,
- GÓMEZ-REDONDO, Rosa,
- COELHO, Edviges
- et BOE, Carl,
- Canudas-Romo, Vladimir.,
- et al.
- Canudas-Romo, V.,
- Glei, D.,
- Gómez-Redondo, R.,
- Coelho, E.
- et Boe, C.
https://doi.org/10.3917/popu.802.0353
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- Canudas-Romo, V.,
- Glei, D.,
- Gómez-Redondo, R.,
- Coelho, E.
- et Boe, C.
- Canudas-Romo, Vladimir.,
- et al.
- CANUDAS-ROMO, Vladimir,
- GLEI, Dana,
- GÓMEZ-REDONDO, Rosa,
- COELHO, Edviges
- et BOE, Carl,
https://doi.org/10.3917/popu.802.0353
Notes
-
[*]
Department of Population, Family and Reproductive Health, Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, Baltimore, USA.
-
[**]
Department of Demography, University of California, Berkeley, USA.
-
[***]
Facultad de Ciencias Politicas y Sociologia, Universidad Nacional de Educación a Distancia, UNED, Madrid, Espagne.
-
[****]
Departamento de Estatísticas Sociais, Instituto Nacional de Estatística, Lisbonne, Portugal.
Traduit par Éric Vilquin. -
[1]
Pour évaluer la qualité de la codification dans les systèmes d’enregistrement des causes de décès, l’OMS utilise comme indicateur la proportion des décès portant l’un des codes attribués aux « symptômes, signes et pathologies mal définis » de la Classification internationale des maladies (codes 780-799 de la CIM-9, et codes R00-R99 de la CIM-10) (Mathers et al., 2005). Sur la base de ce paramètre, la qualité de la codification s’est améliorée avec le temps, au Portugal comme en Espagne. Néanmoins, il faut reconnaître que les seuils adoptés par l’OMS pour qualifier les données de bonnes, moyennes ou mauvaises sont arbitraires.
1Au début des années 1960, l’écart de mortalité entre les deux pays ibériques était considérable (6,5 ans d’espérance de vie à la naissance supplémentaires pour les femmes espagnoles et 7,2 ans pour les hommes espagnols par rapport à leurs voisins). La surmortalité portugaise frappait essentiellement les nourrissons, les enfants et les adolescents. Aujourd’hui, l’écart s’est fortement réduit mais l’espérance de vie au Portugal (81,3 années pour les femmes et 74,9 années pour les hommes en 2005) est encore inférieure d’environ deux ans à celle de l’Espagne, qui se place certes dans les premiers rangs en Europe. Vladimir Canudas-Romo et ses collègues analysent ici cette évolution en examinant l’impact de la mortalité selon l’âge et pour chacune des grandes causes de décès sur l’écart entre les deux pays tout au long du dernier demi-siècle. Ils contribuent ainsi à identifier les objectifs qu’une politique de santé devrait viser pour continuer de rapprocher le Portugal de son voisin.
2La seconde moitié du XXe siècle a connu une profonde modification des structures de la mortalité en Europe. À partir des années 1970, les tendances de la mortalité de l’Europe du Nord et celles de l’Europe du Sud ont commencé à converger (Monnier et Rychtarikova, 1991). Le recul des décès dus aux causes externes et aux maladies cardio-vasculaires, qui, dans la plupart des pays industrialisés, a permis à l’espérance de vie de continuer à croître (Meslé et Vallin, 2002), est également en partie responsable de ce rapprochement.
3En Europe du Sud, l’Espagne et le Portugal, bien que voisins, présentent des niveaux de mortalité bien différents. En 2005, l’espérance de vie à la naissance des femmes espagnoles était l’une des plus élevées d’Europe occidentale (83,5 ans), alors que celle des hommes portugais était parmi les plus basses (74,9 ans) (Human Mortality Database, 2007). Ces deux pays représentent ainsi les deux extrêmes en termes de situation de la mortalité en Europe occidentale (Nations unies, 2006). Cet écart est le plus grand observé entre pays voisins de cette sous-région et il invite les chercheurs à lui trouver une explication. Une comparaison fine des tendances de la mortalité dans les deux pays de la péninsule Ibérique peut fournir des indices qui aideront à comprendre les divergences et convergences de la mortalité entre les divers pays européens.
4Au cours des dernières décennies, les deux pays ont engagé de façon similaire un important processus de modernisation. Ils sont sortis d’un régime dictatorial au milieu des années 1970 et ils ont intégré l’Union européenne en 1986 ; néanmoins, leurs systèmes de sécurité sociale sont peu développés. De plus, ils ont connu une importante immigration pendant les années 1990 (Canudas-Romo et al., 2006 ; Glei et al., 2006). Ces transformations économiques, politiques et sociales ont amené des modifications radicales dans les niveaux de vie, les modes de vie et les attitudes, surtout parmi les jeunes générations.
5En outre, les deux pays ont en commun des facteurs de risque associés à certains types de mortalité. Par exemple, le Portugal, suivi de près par l’Espagne, enregistre les taux de surmortalité hivernale les plus élevés d’Europe occidentale (Healy, 2003). On observe en effet une association nette entre l’isolation thermique des logements ou l’inégalité des revenus et la mortalité due aux températures extrêmes (Keatinge et al., 2000 ; Healy, 2003). En ce qui concerne les modes de vie, le tabagisme s’est répandu plus tardivement au Portugal et en Espagne que dans les autres pays d’Europe occidentale, surtout chez les femmes ; les deux pays vont ainsi probablement connaître à l’avenir une réduction de l’avantage comparatif dont jouissent les femmes face aux causes de mortalité liées au tabac (Pampel, 2005). D’après les études disponibles, la consommation d’alcool est également élevée dans les deux pays (Ramstedt, 2002). Divers travaux montrent que 65 % des habitants du Sud de l’Europe, y compris l’Espagne et le Portugal, ont un régime alimentaire de type méditerranéen, contre 35 % dans le Nord de l’Europe ; ces habitudes alimentaires, ainsi que d’autres éléments du mode de vie, ont été associés à des taux de mortalité inférieurs à la moyenne pour certaines causes de décès (Knoops et al., 2004). Dans les deux populations que nous étudions ici, le régime alimentaire, le mode de vie et le niveau de vie ont évolué au fil du temps et ont influencé l’évolution des structures de la mortalité par âge et par période, ainsi que de nombreux autres facteurs connus et inconnus. Démêler les éléments constitutifs des différences de mortalité entre l’Espagne et le Portugal devrait donc nous éclairer sur le passé, le présent et le futur de la mortalité dans la péninsule Ibérique.
6La recherche présentée ici examine les tendances de la mortalité observées au Portugal et en Espagne dans la seconde moitié du XXe siècle et au début du XXIe, à partir des données de la Human Mortality Database (HMD) et de celles de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Après l’exposé des données et de la méthode, nous présentons les tendances de l’espérance de vie et de quelques autres indicateurs permettant de comparer la mortalité des deux pays, puis nous procédons à une analyse plus fine, afin de déterminer quels sont les groupes d’âges qui contribuent le plus aux écarts d’espérance de vie constatés, et comment ces contributions ont évolué au cours du temps. De même, nous déterminons les causes de décès responsables de la différence d’espérance de vie entre les deux pays de 1980 à 2003, et leur évolution à travers le temps. Enfin, en combinant ces décompositions par groupes d’âges et de causes, nous analysons l’écart d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal et examinons certaines sources potentielles de cette différence.
1 – Données et méthode
7Nous exploiterons dans cette étude deux sources de données. Les tables de mortalité portugaises et espagnoles de 1950 à 2005 sont tirées de la Human Mortality Database (HMD, 2007) ; les données sur la mortalité par cause de 1980 à 2003 sont empruntées à la base de données de l’OMS (2006). Alors que la plupart de nos analyses couvrent la période 1950-2005, nous avons limité l’examen des causes de décès à la période 1980-2003 pour éviter certains problèmes de comparabilité spatiale et temporelle dus aux différences de classification des maladies [1].
8Nous utiliserons les tables de mortalité HMD par sexe et année d’âge. Les données de mortalité des deux pays sont généralement considérées comme fiables, malgré quelques problèmes de qualité, comme des âges arrondis ou surestimés (Canudas-Romo et al., 2006 ; Glei et al., 2006). C’est pourquoi nous avons évité d’interpréter de manière trop pointilleuse les fluctuations d’une année de calendrier à la suivante ou d’une année d’âge à la suivante, nous concentrant plutôt sur les tendances générales, dont les écarts reflètent très probablement des différences réelles de mortalité.
9La base de données de mortalité de l’OMS contient les données officielles des États membres. Elle fournit les nombres déclarés de décès par cause (codés suivant les 9e et 10e révisions de la CIM), par sexe et par groupe d’âges (0, 1, 2, 3, 4, 5-9…, 80-84, 85 ans et plus) de 1980 à 2003. Les décès par cause classés selon la 9e révision de la CIM sont disponibles de 1980 à 2001 pour le Portugal et de 1980 à 1998 pour l’Espagne ; les données sont classées selon la 10e révision de 2002 à 2003 pour le Portugal et de 1999 à 2003 pour l’Espagne. L’OMS estime que, dans les deux pays, les taux de couverture et d’exhaustivité des données de mortalité atteignent 100 % pour les années les plus récentes. Pour les besoins de notre analyse, nous avons regroupé les causes de décès en huit grandes catégories, plus une neuvième pour les « autres causes ». Le tableau annexe A présente la correspondance entre ces catégories et les codes de la CIM.
10Pour bien comprendre l’évolution des espérances de vie à la naissance au fil du temps et les différences d’espérance de vie entre le Portugal et l’Espagne, nous avons utilisé des méthodes de décomposition (Pollard, 1982, 1988 ; Arriaga, 1984 ; Pressat, 1985) qui isolent les contributions spécifiques des groupes d’âges et des groupes de causes à l’évolution du phénomène. Nous avons appliqué tout d’abord la méthode d’Arriaga (1984), basée sur les paramètres de la table de mortalité, pour montrer comment les divers groupes d’âges contribuent à l’écart d’espérance de vie entre le Portugal et l’Espagne sur un intervalle de temps déterminé. Ensuite, en utilisant la même méthode, nous avons analysé les contributions des groupes d’âges à la variation de cet écart au cours du temps.
11Pour déterminer la contribution de chaque âge à l’évolution de l’espérance de vie dans chaque pays séparément, nous désignons par ?0,ESP(x, t) en Espagne et par ?0,PRT(x, t) au Portugal la contribution de l’âge x à l’évolution de l’espérance de vie de la date t à t+1. Ensuite, nous retranchons simplement la valeur portugaise de la valeur espagnole, ?0,ESP(x, t) ? ?0,PRT(x, t), pour obtenir la contribution de l’âge x à la variation de l’écart d’espérance de vie entre les deux pays de la date t à la date t+1. Cette méthode nous permet de déterminer si cette variation est due à l’évolution du phénomène au Portugal, en Espagne ou dans les deux pays.
12Pour déterminer les contributions des causes de décès, nous appliquons la méthode de décomposition de Pollard (1982, 1988), qui utilise à la fois les paramètres de la table de mortalité et les décès par âge et par cause. Pour l’estimation de la mortalité par cause, nous avons adopté une hypothèse de proportionnalité en calculant le taux de mortalité pour une cause particulière comme le produit du taux global de mortalité par la proportion des décès dus à la cause en question. Le taux global de mortalité est basé sur la fonction de survie :
2 – Les différences de mortalité
14La mesure de mortalité la plus largement utilisée est l’espérance de vie à la naissance (e0). Nous examinerons ici les tendances de cet indicateur, ainsi que l’évolution du taux de mortalité infantile et les écarts et décalages d’espérance de vie entre les deux pays.
Espérance de vie à la naissance au Portugal et en Espagne, par sexe, de 1950 à 2005
Espérance de vie à la naissance au Portugal et en Espagne, par sexe, de 1950 à 2005
15La figure 1a présente l’évolution des espérances de vie masculine et féminine au cours du temps en Espagne et au Portugal. Si l’espérance de vie a augmenté dans tous les cas, le rythme de cette croissance varie selon le sexe et le pays. Au cours de la période considérée, le Portugal a engrangé des gains d’espérance de vie plus importants que l’Espagne, surtout chez les hommes. Au Portugal, l’espérance de vie féminine s’est accrue de 20,3 ans entre 1950 et 2005 (de 61 ans à 81,3 ans), tandis que dans le même temps les femmes espagnoles gagnaient 19,3 ans d’espérance de vie (de 64,2 ans à 83,5 ans). De même, les hommes portugais ont gagné 19,1 ans d’espérance de vie (de 55,8 ans à 74,9 ans), alors que leurs homologues espagnols n’en ont conquis que 12,5 (de 59,4 ans à 76,9 ans). L’?écart d’espérance de vie entre les deux pays s’est accru pendant les années 1950, atteignant en 1961 un maximum de 6,5 ans entre les femmes et de 7,2 ans entre les hommes en faveur des Espagnols. Depuis lors, les tendances convergent ; en 2005, l’écart est ramené à environ 2 ans.
Taux de mortalité infantile au Portugal et en Espagne, par sexe, de 1950 à 2005
Taux de mortalité infantile au Portugal et en Espagne, par sexe, de 1950 à 2005
16La convergence est encore plus frappante si on considère les tendances de la mortalité infantile des deux pays (figure 1b). Du côté masculin, le Portugal enregistrait, en 1950, 100 décès à moins d’un an pour 1 000 naissances, tandis que le taux de mortalité infantile espagnol était de 74 ‰ ; la différence était du même ordre de grandeur du côté féminin. En 2005, les deux pays se sont rejoints à un niveau inférieur à 5 ‰. Néanmoins, l’écart d’espérance de vie reste important (figure 1a). Comme on le verra dans la section 3, cette réduction de la différence de mortalité infantile entre l’Espagne et le Portugal explique en grande partie la convergence des espérances de vie observée entre la fin des années 1950 et les années 1970.
17Après avoir examiné la différence d’espérance de vie entre les deux pays, qui indique, à un moment donné, de quel supplément de longévité bénéficient les Espagnols par rapport aux Portugais, nous pouvons déterminer le retard (ou l’avance) de ces derniers (Goldstein et Wachter, 2006 ; Canudas-Romo et Schoen, 2005), c’est-à-dire le nombre d’années nécessaires aux Portugais pour atteindre un niveau d’espérance de vie dont bénéficient déjà les Espagnols. Dans les années 1950, l’écart d’espérance de vie féminine entre les deux pays était en moyenne de 4,4 ans (figure 2a), mais le retard était de 10 ans, ce qui signifie que les Portugaises ont dû attendre les années 1960 pour avoir l’espérance de vie dont bénéficiaient déjà les Espagnoles dans les années 1950. La figure 2b présente les courbes d’évolution de l’espérance de vie (par sexe) dans les deux pays, mais les courbes du Portugal ont été décalées (de 10 ans pour les femmes et de 15 ans pour les hommes) afin de coïncider avec les courbes espagnoles au début des années 1950.
Écart d’espérance de vie à la naissance entre l’Espagne et le Portugal, par sexe, de 1950 à 2005
Écart d’espérance de vie à la naissance entre l’Espagne et le Portugal, par sexe, de 1950 à 2005
Évolution des espérances de vie portugaise et espagnole par sexe, avec un décalage de 10 ans vers l’arrière pour la courbe portugaise féminine et de 15 ans pour la courbe portugaise masculine
Évolution des espérances de vie portugaise et espagnole par sexe, avec un décalage de 10 ans vers l’arrière pour la courbe portugaise féminine et de 15 ans pour la courbe portugaise masculine
Note : les courbes sont décalées vers la gauche de 10 ans pour les femmes portugaises et de 15 ans pour les hommes portugais.Source : Human Mortality Database.
18Manifestement, pour les hommes comme pour les femmes, le décalage entre les deux pays est pratiquement constant dans le temps : quel que soit le niveau de l’espérance de vie espagnole, il est atteint 10 ans plus tard par les Portugaises et 15 ans plus tard par les Portugais. Les années les plus récentes font peut-être exception du côté masculin : en 2005, les hommes portugais ont atteint une espérance de vie de 74,9 ans, valeur observée en Espagne en 1996, soit 9 ans auparavant.
19Globalement, ces tendances montrent que la baisse de la mortalité au Portugal suit la même trajectoire que celle suivie antérieurement par l’Espagne. Même si la figure 1a indique que les espérances de vie des deux pays évoluent de façon convergente, la figure 2b met en évidence un rythme de baisse de la mortalité tout à fait similaire si on compare le Portugal et l’Espagne au même stade de la transition épidémiologique. Ce paradoxe provient du fait que, quand l’espérance de vie est plus élevée, le gain annuel est plus faible. Par exemple, les femmes espagnoles ont gagné 7,4 ans d’espérance de vie entre 1950 et 1960 et seulement 1,7 an entre 1995 et 2005. Leurs consœurs portugaises ont gagné 2,1 ans entre 1995 et 2005, ce qui, décalé de dix ans, équivaut au gain des Espagnoles entre 1985 et 1995 (2,1 ans). Chaque année, le Portugal progresse davantage que l’Espagne parce qu’il est à un stade moins avancé du processus de diminution de la mortalité. Par conséquent, il reste à examiner si le rythme de baisse de la mortalité observé en Espagne sera suivi par le Portugal dans les années qui viennent.
3 – Analyse différentielle par âge
3.1 – Contribution des groupes d’âges à l’écart entre l’Espagne et le Portugal
20L’une des questions soulevées par l’étude des différences d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal est celle des contributions respectives des divers groupes d’âges à cet écart. Une manière d’aborder cette question consiste à évaluer la contribution de chaque groupe d’âges à l’écart entre les deux pays à différents moments du temps. On peut aussi estimer la contribution de chaque groupe d’âges à la variation de cet écart dans des intervalles de temps donnés. Nous présentons dans cette sous-section les résultats du premier type d’analyse, et nous traiterons de la variation de l’écart dans la sous-section suivante.
21Les figures 3a et 3b présentent les contributions des groupes d’âges (0, 1-19, 20-39, 40-59, 60-79, 80 ans et plus) à l’écart d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal pour chaque sexe séparément. Au cours de la première décennie de la période considérée, la mortalité infantile est la principale source d’écart entre les deux pays. Au fil du temps, sa part de responsabilité dans la différence de mortalité diminue, tandis que la mortalité dans les autres groupes d’âges commence à jouer un rôle croissant. Cette observation concorde avec le fait que l’Espagne avait atteint en 1950 un stade plus avancé que le Portugal dans la transition épidémiologique (Omran, 1971), avec une moindre fréquence des maladies infectieuses. La réduction de la contribution de la mortalité infantile avec le temps concerne les deux sexes. Mais, ces toutes dernières années, le principal responsable de l’écart d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal est le groupe d’âges 20-79 ans du côté masculin, alors que c’est le groupe des 60 ans et plus du côté féminin. Par conséquent, les principaux facteurs explicatifs individuels, sociaux et environnementaux du retard portugais risquent de varier d’un sexe à l’autre. Chez les hommes, il convient de rechercher les causes de surmortalité des adultes, jeunes et plus âgés, tandis que chez les femmes, il faut se concentrer sur les facteurs de surmortalité aux âges élevés.
Contribution des groupes d’âges à l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal de 1950 à 2005
Contribution des groupes d’âges à l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal de 1950 à 2005
Contribution des groupes d’âges à l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal de 1950 à 2005
Contribution des groupes d’âges à l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal de 1950 à 2005
3.2 – Contribution des groupes d’âges à la variation de l’écart entre l’Espagne et le Portugal
22La diminution des taux de mortalité à différents âges affecte de manière différentielle l’espérance de vie. On peut recourir à des méthodes de décomposition pour quantifier ces effets. Dans cette sous-section, nous allons isoler les contributions respectives des groupes d’âges à la variation de l’écart d’espérance de vie en deux étapes. Tout d’abord, en traitant les deux pays séparément et en distinguant les deux sexes, nous décomposerons les contributions respectives des groupes d’âges à la variation de l’écart d’espérance de vie sur des périodes de dix ans (tableaux 1a et 1b).
23Comme il fallait s’y attendre, la plupart des groupes d’âges ont des contributions positives au recul de la mortalité (c’est-à-dire que les taux de mortalité à ces âges ont diminué et font ainsi croître l’espérance de vie). Mais la contribution de la classe d’âges 20-39 ans est faible ou négative entre 1980 et 1990. Dans une recherche récente, Gómez-Redondo et Boe (2005) ont également noté une évolution défavorable de la santé des jeunes adultes en Espagne à la fin des années 1980, surtout chez les hommes. Au Portugal, seuls les hommes ont subi une hausse de mortalité à ces âges, mais la mortalité de leurs homologues féminines n’a diminué que très légèrement. Pendant les années 1950, les groupes d’âges inférieurs à 40 ans étaient les principaux responsables de l’évolution de l’espérance de vie. Mais, ces dernières décennies, de grands progrès ont été enregistrés entre 60 et 79 ans. Cette transition, de la prédominance des enfants vers celle des adultes en matière de réduction de la mortalité, s’est opérée en Espagne à la fin des années 1970 et au début des années 1980, mais seulement dans les années 1990 au Portugal.
24Les données des tableaux 1a et 1b nous permettent ensuite de calculer les contributions respectives des groupes d’âges à la variation de l’écart d’espérance de vie entre les deux pays, séparément pour chaque sexe. Chaque groupe d’âges contribue à amplifier ou à amoindrir la variation de la différence d’espérance de vie. Les figures 4a et 4b présentent ces contributions pour chaque période ; la variation totale de l’écart d’espérance de vie par période est indiquée sur l’axe horizontal. Comme on pouvait s’y attendre sur la base des résultats de la sous-section 3.1, la mortalité des enfants et des adolescents (0-19 ans) est le principal responsable de l’accroissement de l’écart d’espérance de vie pendant la période 1950-1960, et de son rétrécissement entre 1960 et 1980. Cela signifie que les différences de mortalité entre les deux pays aux très jeunes âges se sont d’abord amplifiées du fait que l’Espagne a connu une baisse particulièrement rapide de sa mortalité infantile, et qu’elles se sont ensuite réduites quand le Portugal a commencé à rattraper les niveaux espagnols. Dans la dernière période du XXe siècle, d’autres groupes d’âges se sont mis à leur tour à jouer un rôle dans la réduction de l’écart d’espérance de vie. Entre 2000 et 2005, la mortalité des 20-79 ans est responsable de près des deux tiers de la réduction de l’écart d’espérance de vie, pour les hommes comme pour les femmes. Pendant les années 1990, chez les hommes, le groupe d’âges 20-39 ans a eu un effet amplificateur, parce que la mortalité des Espagnols a baissé plus fortement que celle des Portugais à ces âges.
Contribution des groupes d’âges à la variation de l’espérance de vie au Portugal, par sexe et par période (en années)
Contribution des groupes d’âges à la variation de l’espérance de vie au Portugal, par sexe et par période (en années)
Contribution des groupes d’âges à la variation de l’espérance de vie en Espagne, par sexe et par période (en années)
Contribution des groupes d’âges à la variation de l’espérance de vie en Espagne, par sexe et par période (en années)
Contribution des groupes d’âges à la variation de l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal, par période de 1950 à 2005
Contribution des groupes d’âges à la variation de l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal, par période de 1950 à 2005
Contribution des groupes d’âges à la variation de l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal, par période de 1950 à 2005
Contribution des groupes d’âges à la variation de l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal, par période de 1950 à 2005
4 – Analyse différentielle par cause de décès
4.1 – Contribution des causes de décès à l’écart entre l’Espagne et le Portugal
25Pour des raisons qui tiennent à la qualité et à la comparabilité des données, les analyses différentielles par cause de décès développées dans les deux sous-sections suivantes sont limitées à la période 1980-2003. Comme dans la section consacrée à la contribution des groupes d’âges, nous étudierons l’effet des causes de décès en deux temps : l’impact sur l’écart d’espérance de vie entre les deux pays puis l’impact sur la variation de cet écart au cours du temps. Les huit catégories de causes de décès retenues pour cette analyse sont celles dont la part dans l’ensemble des décès est la plus importante ces dernières années : les maladies de l’appareil circulatoire, les tumeurs, les maladies mal définies, les maladies endocriniennes et métaboliques, les causes externes ou traumatismes, les maladies infectieuses, les maladies de l’appareil digestif et les troubles mentaux (voir l’annexe). Le groupe des « autres causes » est responsable de la part de l’écart d’espérance de vie qui n’est pas imputable à ces huit causes. Les figures 5a et 5b présentent les contributions respectives des causes de décès à l’écart d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal, séparément pour chaque sexe, annuellement entre 1980 et 2003.
26Les figures 5a et 5b sont analogues aux figures 3a et 3b. Mais, alors que l’analyse par âge a montré que tous les groupes d’âges ont contribué à l’écart d’espérance de vie entre les deux pays, nous observons que la contribution de certaines causes de décès a été négative. Les maladies mal définies et les maladies de l’appareil circulatoire sont les principales responsables de la différence d’espérance de vie entre les deux pays (c’est-à-dire que les taux de mortalité associés à ces causes sont plus élevés au Portugal qu’en Espagne), quel que soit le sexe. Du côté masculin, les traumatismes apportent également une importante contribution à cet écart. En revanche, la contribution négative des troubles mentaux signifie que les taux de mortalité associés à cette cause sont plus faibles au Portugal qu’en Espagne. Alors que les tumeurs ont un impact assez nettement réducteur pour le sexe masculin, elles ont un effet légèrement amplificateur pour le sexe féminin. Pendant les toutes dernières années, les maladies endocriniennes et métaboliques ont contribué à augmenter l’écart. Les maladies de l’appareil digestif, qui peuvent refléter certains comportements en matière de santé, comme la consommation d’alcool, amplifient l’écart chez les hommes. Enfin, la contribution des maladies infectieuses à l’écart d’espérance de vie entre les deux pays est positive pendant la majeure partie des années 1980, négative au début des années 1990 et de nouveau positive à partir de 1996-1997. Ceci reflète le décalage temporel dans le déclenchement de l’épidémie de VIH/sida, qui a touché l’Espagne avant le Portugal.
Contribution des causes de décès à l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal, 1980-2003
Contribution des causes de décès à l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal, 1980-2003
Contribution des causes de décès à l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal, 1980-2003
Contribution des causes de décès à l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal, 1980-2003
4.2 – Contribution des causes de décès à la variation de l’écart entre l’Espagne et le Portugal
27Quant à la contribution des causes de décès à la variation de l’écart d’espérance de vie entre les deux pays, nous procéderons, comme pour l’analyse de la contribution des âges développée à la sous-section 3.2, en deux étapes. Tout d’abord, le tableau 2 présente, pour chaque pays et pour chaque sexe, la décomposition par cause de décès de l’évolution de l’espérance de vie entre 1980 et 2003.
28On constate les grands progrès réalisés dans la réduction de la mortalité due aux maladies de l’appareil circulatoire, responsable d’une grande partie de l’accroissement de l’espérance de vie (tableau 2). Le recul des maladies de l’appareil digestif a également apporté une contribution significative à cet accroissement. Les traumatismes ont aussi beaucoup régressé, quoique seulement dans la dernière sous-période (1990-2003). En revanche, la mortalité due aux tumeurs et aux maladies infectieuses a globalement augmenté, ce qui a eu un effet négatif sur l’espérance de vie.
29Les données du tableau 2 permettent de calculer les contributions respectives des diverses causes de décès à la variation de l’écart d’espérance de vie entre les deux pays au cours du temps (figure 6). La réduction de l’écart d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal de 1980 à 2003 résulte de la combinaison des évolutions des différentes causes de décès. Les traumatismes ont eu un effet réducteur pendant toute la période, en particulier chez les hommes. C’est-à-dire que la baisse de la mortalité due aux accidents et à la violence a été plus prononcée chez les hommes portugais que chez leurs homologues espagnols. Les maladies infectieuses ont également contribué à réduire l’écart de longévité entre les deux pays entre 1980 et 1990, mais le sens de leur influence s’est inversé entre 1990 et 2003, époque où l’Espagne a connu plus de succès que le Portugal dans la lutte contre ces maladies (entre autres, le VIH/sida). On peut faire le même constat en ce qui concerne la mortalité due au cancer chez les hommes. En revanche, les maladies de l’appareil circulatoire ont eu un effet amplificateur sur l’écart d’espérance de vie entre les deux pays entre 1980 et 1990, et un effet réducteur entre 1990 et 2003.
Contribution des causes de décès à la variation de l’espérance de vie au Portugal et en Espagne, par sexe, au cours des périodes 1980-1990 et 1990-2003 (en années)
Contribution des causes de décès à la variation de l’espérance de vie au Portugal et en Espagne, par sexe, au cours des périodes 1980-1990 et 1990-2003 (en années)
Contribution des causes de décès à la variation de l’écart d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal, par sexe, au cours des périodes 1980-1990 et 1990-2003
Contribution des causes de décès à la variation de l’écart d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal, par sexe, au cours des périodes 1980-1990 et 1990-2003
5 – Combinaison des contributions des groupes d’âges et des causes de décès
30Dans cette section, nous allons combiner les analyses par âge et par cause développées dans les sections 3 et 4. Pour évaluer l’ampleur du changement sur la période 1980-2003, nous présentons, pour chaque sexe, les résultats de la décomposition au début (1980) et à la fin (2003) de la période. Les figures 7a et 7b présentent les contributions respectives des groupes d’âges et des causes de décès à la différence d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal à ces deux dates ; les mêmes résultats pour le sexe masculin sont illustrés par les figures 8a et 8b.
31Ces résultats mettent en évidence un fort contraste entre les deux sexes. Chez les femmes, la plus grande partie de l’écart d’espérance de vie entre les deux pays vient du fait que la mortalité due aux maladies de l’appareil circulatoire aux âges élevés (au-dessus de 40 ans, mais surtout au-dessus de 60 ans) est plus importante au Portugal qu’en Espagne – et plus encore en 2003 qu’en 1980. Chez les hommes, la mortalité cardio-vasculaire contribue également beaucoup, et de plus en plus, à l’écart entre les deux pays, mais les traumatismes y ont aussi une grande part de responsabilité, à presque tous les âges (entre 1 et 79 ans), quoique de manière nettement atténuée en 2003.
Contribution combinée des groupes d’âges et des causes de décès à l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal en 1980
Contribution combinée des groupes d’âges et des causes de décès à l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal en 1980
Contribution combinée des groupes d’âges et des causes de décès à l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal en 2003
Contribution combinée des groupes d’âges et des causes de décès à l’écart d’espérance de vie féminine entre l’Espagne et le Portugal en 2003
Contribution combinée des groupes d’âges et des causes de décès à l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal en 1980
Contribution combinée des groupes d’âges et des causes de décès à l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal en 1980
Contribution combinée des groupes d’âges et des causes de décès à l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal en 2003
Contribution combinée des groupes d’âges et des causes de décès à l’écart d’espérance de vie masculine entre l’Espagne et le Portugal en 2003
32On observe aussi, pendant cette période, un renversement remarquable du rôle de la mortalité due aux maladies endocriniennes et métaboliques, chez les deux sexes. Alors que, au début de la période, cette mortalité n’a qu’une contribution faible, voire négative à l’écart entre les deux pays, elle a en 2003 une contribution positive importante, surtout entre 60 et 79 ans. À ces âges, le diabète est responsable d’une grande partie de la mortalité dans cette catégorie de causes de décès. Cette évolution peut donc résulter d’un accroissement de la mortalité due au diabète plus important au Portugal qu’en Espagne. En tout cas, les hommes et les femmes portugais présentent maintenant, entre 60 et 79 ans, une mortalité par maladies endocriniennes et métaboliques plus forte que les Espagnols.
33La contribution des maladies infectieuses à l’écart d’espérance de vie était concentrée dans la première année de vie en 1980 ; en 2003, elle s’est déplacée vers le groupe d’âges 20-59 ans. Comme nous l’avons mentionné dans les sections précédentes, le décalage temporel de l’épidémie de VIH/sida explique l’augmentation de la contribution des maladies infectieuses à l’écart entre les deux pays dans les toutes dernières années. Enfin, après 60 ans, certaines causes de décès (entre autres, les troubles mentaux, les cancers et les « autres causes ») réduisent l’écart de longévité entre les deux pays et ce, de façon accrue au cours du temps. Autrement dit, les Portugais bénéficient d’une mortalité plus faible que les Espagnols pour ces causes-là. L’?écart serait donc encore plus grand s’il n’y avait cet avantage au profit du Portugal.
6 – Discussion
34Dans cette étude, nous avons comparé les tendances de l’espérance de vie au Portugal et en Espagne dans la seconde moitié du XXe siècle, afin d’évaluer le degré de convergence de ces deux pays voisins de la péninsule Ibérique. Si les deux pays ont accompli des progrès remarquables dans la lutte contre la mortalité à tous les âges, les indicateurs de mortalité présentent des signes de convergence. Le Portugal a engrangé davantage de gains d’espérance de vie que l’Espagne pendant la période étudiée, ce qui a réduit l’écart entre les deux pays. Néanmoins, il subsiste une différence de deux ans d’espérance de vie, et les données indiquent que la baisse de la mortalité au Portugal accuse, par rapport à l’Espagne, un retard de dix ans pour les femmes et de quinze ans pour les hommes. Si on déplace les courbes portugaises de manière à compenser ce décalage, on constate que le Portugal suit la même trajectoire que l’Espagne.
35La décomposition de cet écart entre l’Espagne et le Portugal indique que les contributions des divers groupes d’âges varient selon le sexe dans les dernières années. Chez les hommes, c’est le groupe d’âges 20-79 ans qui est responsable de la plus grande partie de l’écart actuel entre les deux pays, tandis que c’est le groupe d’âges 60 ans et plus chez les femmes.
36Les principales causes de décès à l’origine de l’écart d’espérance de vie sont les maladies de l’appareil circulatoire, ainsi que – pour les hommes seulement – les causes externes. Si toutes les causes de décès avaient contribué à amplifier la différence d’espérance de vie entre l’Espagne et le Portugal, cet écart serait beaucoup plus grand. Mais certaines causes de décès (entre autres, les troubles mentaux) ont eu un effet réducteur sur l’écart, du fait que la mortalité due à ces causes est plus forte en Espagne qu’au Portugal.
37Les différences relatives aux causes de décès reflètent aussi le décalage temporel entre l’évolution de la mortalité de l’Espagne et celle du Portugal. Par exemple, le cancer de l’estomac, qui a été le principal facteur du recul de la mortalité par cancer en Europe (Levi et al., 2004), entraîne une mortalité deux fois plus élevée au Portugal qu’en Espagne. De même, si la mortalité cardio-vasculaire a diminué jusqu’au niveau enregistré par l’Espagne dans les années 1990, la mortalité cérébro-vasculaire reste plus élevée au Portugal que partout ailleurs en Europe occidentale et s’apparente à la situation observée en Europe de l’Est (Levi et al., 2002).
38L’incidence du VIH est plus forte au Portugal et en Espagne que dans les autres pays d’Europe de l’Ouest (Gómez-Redondo et Boe, 2005). La mortalité due au sida a sensiblement diminué dans toute la région, mais pas au Portugal (White et Cash, 2003). Ces dernières années, les maladies infectieuses (y compris le VIH) ont eu un effet amplificateur sur l’écart d’espérance de vie entre les deux pays ; de nouveau, cela tient au retard du Portugal sur l’Espagne dans l’évolution de cette épidémie. Quant aux causes externes, telles que les accidents de la circulation, les suicides et les homicides, elles ont eu un effet réducteur. Certes, les hommes portugais ont encore, comparativement à leurs homologues espagnols, plus d’accidents (Garcia-Rodriguez et Cayolla da Motta, 1989) et se caractérisent par une plus forte incidence du suicide et des causes de décès indéterminées (Chishti et al., 2003). Mais les progrès réalisés dans la baisse de la mortalité due à ces causes ont été plus importants au Portugal qu’en Espagne (Treurniet et al., 2004 ; Chishti et al., 2003).
39Notre étude souffre d’une certaine fragilité du fait que la comparaison des données de mortalité par cause entre pays et entre périodes pose certains problèmes (Kunst et al., 1998 ; Kunst et al., 2004). Pour en contourner quelques-uns, nous avons limité nos analyses à la période 1980-2003 et regroupé les causes de décès en grandes catégories. Bien que la qualité de la codification des décès conformément à la CIM ait été meilleure pendant cette période qu’aux époques antérieures, il a pu y avoir encore certains glissements dans les pratiques de codification au fil du temps. En particulier, la part des décès classés dans le groupe des « maladies mal définies » a tendance à diminuer parce que les causes de décès sont de mieux en mieux identifiées.
40L’?espérance de vie espagnole a augmenté à un rythme accéléré pendant les années 1970 et au début des années 1980. Mais la progression s’est ralentie pendant les années récentes (Gómez-Redondo, 1995 ; Chenet et al., 1997). Nos analyses montrent que le Portugal connaît actuellement l’augmentation accélérée d’espérance de vie que l’Espagne a connue plus tôt. Le Portugal finira-t-il par rattraper son retard sur l’Espagne en matière d’espérance de vie ? Si ce pays réussit à réduire la mortalité due aux maladies de l’appareil circulatoire chez les personnes âgées et aux maladies infectieuses (entre autres le VIH/sida) chez les adultes d’âge moyen, et s’il continue de gommer la surmortalité due aux causes externes chez les hommes, cela pourrait amener davantage de convergence en matière d’espérance de vie dans la péninsule Ibérique. Cependant, si la réduction du handicap portugais relatif à ces causes de décès s’accompagne d’une augmentation d’autres causes de mortalité (entre autres, le diabète et les maladies de l’appareil digestif), alors une différence d’espérance de vie pourra subsister entre les deux pays.
Annexe
Tableau annexe. Regroupement des causes de décès et correspondance avec les codes des 9e et 10e révisions de la CIM(a)
Tableau annexe. Regroupement des causes de décès et correspondance avec les codes des 9e et 10e révisions de la CIM(a)
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Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.
Date de mise en ligne : 08/10/2008
https://doi.org/10.3917/popu.802.0353