L’IMPOSSIBLE RÉPARATION. DÉPORTÉS, BIENS SPOLIÉS, OR NAZI, COMPTES BLOQUÉS, CRIMINELS DE GUERRE, Jean-Marc Dreyfus, Paris, Flammarion, 2015, 400 pages
Page XIV
Citer cet article
- WISSMANN, Nele Katharina,
- Wissmann, Nele Katharina.
- Wissmann, N.-K.
https://doi.org/10.3917/pe.152.0189n
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- Wissmann, N.-K.
- Wissmann, Nele Katharina.
- WISSMANN, Nele Katharina,
https://doi.org/10.3917/pe.152.0189n
1 Les recherches sur l’Holocauste ont connu ces dernières années un nouvel élan, en particulier suite à l’enquête initiée en 2005 en Allemagne par Joschka Fischer, avec la mise sur pied d’une commission indépendante d’historiens sur l’histoire du ministère des Affaires étrangères. Les résultats de cette étude ont été publiés en 2010 dans un rapport qui concluait que ce ministère, contrairement à ce qui fut longtemps suggéré, n’avait pas été un lieu de résistance, mais qu’il avait au contraire apporté un soutien actif à la déportation et l’extermination des juifs. La publication de ces résultats a déclenché un changement de cap, et le Parlement a alors incité le gouvernement à commander un état des lieux sur le travail de mémoire mené sur l’histoire des ministères et services administratifs allemands.
2 La décision de 2014 de l’État français de dédommager à hauteur de 60 millions de dollars les victimes américaines transportées par la SNCF vers les camps de concentration a ouvert une nouvelle ère dans la manière dont les Français se confrontent à leur passé et à leur possible implication dans les crimes nazis. Jusqu’ici, rares sont les travaux de recherche en allemand ou en anglais (ils sont inexistants en français) qui se sont intéressés à la dimension diplomatique de la négociation des réparations, de la restitution des biens volés ou de la recherche des victimes de l’holocauste. Cette lacune est ici comblée.
3 À partir d’un travail méticuleux de confrontation des archives allemandes (ainsi qu’américaines et britanniques en raison de la période d’occupation) et françaises, l’auteur couvre les événements et les débats qui ont eu lieu entre 1944 et 2001. Comme l’auteur le souligne lui-même, il s’agit à proprement parler d’un livre d’histoire franco-allemand. Alors qu’il met en lumière le fait que d’anciens diplomates ayant exercé leurs fonctions sous le Troisième Reich ont retrouvé leur poste après la refonte du ministère des Affaires étrangères allemand en 1951, il se demande aussi dans quelle mesure un antisémitisme traditionnel a pu persister au Quai d’Orsay. Les négociations autour de la question des réparations destinées aux victimes françaises du national-socialisme ont été closes en 1960 par un accord entre la France et l’Allemagne. L’auteur met en exergue le fait que, jusqu’en 2001 – date de la signature de la convention franco-américaine sur les biens spoliés –, de nouvelles négociations ont fait l’objet d’un travail diplomatique de longue haleine, du fait d’un contexte géopolitique marqué par un fragile processus de réconciliation franco-allemande, la guerre froide et l’inquiétude de voir l’histoire se répéter avec un nouveau Traité de Versailles.
4 70 ans après l’Holocauste, l’ouvrage de Jean-Marc Dreyfus marque un important jalon pour la recherche française sur le sujet. Son effort de dépassement des tabous devrait permettre de défricher des voies nouvelles pour les enquêtes à venir.
5 Nele Wissmann