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George Floyd et l’Afrique : retour sur le lieu du crime

Pages 473 à 490

Citer cet article


  • Gondola, D.
(2021). George Floyd et l’Afrique : retour sur le lieu du crime. Politique africaine, 161-162(1), 473-490. https://doi.org/10.3917/polaf.161.0473.

  • Gondola, Didier.
« George Floyd et l’Afrique : retour sur le lieu du crime ». Politique africaine, 2021/1 n° 161-162, 2021. p.473-490. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2021-1-page-473?lang=fr.

  • GONDOLA, Didier,
2021. George Floyd et l’Afrique : retour sur le lieu du crime. Politique africaine, 2021/1 n° 161-162, p.473-490. DOI : 10.3917/polaf.161.0473. URL : https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2021-1-page-473?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/polaf.161.0473


Notes

  • [1]
    « Être Noir en Amérique, c’est côtoyer la mort à tous moments et de façon effrayante et pourtant si banale. Il n’y a pas de répit, pas de pause, pas de coupure, pas de désabonnement qui peut nous soustraire de son ombre. Et pourtant, nous devons vivre. » H. Georgis, « How Many Black People Can you Mourn in one Week », Buzzfeed, 7 juillet 2016.
  • [2]
    « Peut-être que le nom “Noir” désignait quelqu’un qu’on a dégradé, un être humain devenu objet, un objet devenu un paria. » T.-N. Coates, Between the World and Me, New York, Spiegel & Grau, 2015, p. 55.
  • [3]
    F. Fanon, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952, p. 91.
  • [4]
    Ce terme, qui signifie en français sous-homme, apparaît pour la première fois en 1922, comme pendant de übermensch, que l’on doit à Nietzsche, sous la plume de l’eugéniste et nativiste Lothrop Stoddard, The Revolt Against Civilization: The Menace of the Under-Man, New York, Charles Scribner’s Sons, 1922, avant d’être récupéré par les Nazis comme justification de la solution finale.
  • [5]
    À l’instar du « partage » de l’Afrique effectué lors de la conférence de Berlin, les premiers linéaments du racisme anti-Noir se dessinent en Europe à travers les théories et les taxonomies pseudo-scientifiques.
  • [6]
    C’est en arborant un t-shirt blanc portant cette inscription que Floyd se fait connaître dans l’industrie pornographique.
  • [7]
    Selon les données du Center for Disease Control (CDC), les décès et les hospitalisations dus à la Covid-19 sont respectivement 1,9 et 2,9 fois plus élevés chez les Noirs, comparés aux Blancs.
  • [8]
    M. Fernandez et A. D. S.Burch, « George Floyd, from “I Want to Touch the World” to “I Can’t Breathe” », The New York Times, 9 juin 2020.
  • [9]
    Pour commémorer le 400e anniversaire de cet événement, le New York Times s’est embarqué dans un projet à rebrousse-poil, « Project 1619 », qui revendique 1619, et non 1776, comme moment fondateur des États-Unis, et explore le sillon douloureux tracé par l’esclavage dans la trajectoire historique de cette jeune nation. L’initiatrice de « Project 1619 », la journaliste noire Nikole Hannah-Jones, donne le ton en affirmant que « le racisme anti-Noir fait partie de l’ADN même de ce pays ». N. Hannah-Jones, « America Wasn’t a Democracy, until Black Americans Made it One », The New York Times, 14 août 2019.
  • [10]
    Soumis jusqu’alors à la servitude sous contrat (indentured servitude), les Noirs se voient, suite à la fuite de l’un des leurs – un certain John Bunch faisant partie d’un groupe de fugitifs (beaucoup sont des Blancs) qui tentent de trouver refuge dans le Maryland en 1640 –, condamnés à la servitude perpétuelle. Inscrit dans la loi et adopté par tous les États, à commencer par le Massachusetts en 1641, le statut d’esclave devient aussi héréditaire par la mère.
  • [11]
    Elle est exprimée par Thomas Jefferson dans une formule abondamment citée, « As it is, we have the wolf by the ear, and we can neither hold him, nor safely let him go » (« Nous tenons le loup par l’oreille et nous ne pouvons ni le tenir ni le relâcher en sécurité »), une variation sur le thème mythique de l’esclavage comme mal nécessaire (necessary evil).
  • [12]
    L’historien et politicien trinidadien Eric Williams fut le premier à mettre en évidence les liaisons incestueuses et dangereuses entre esclavage racial et capitalisme (voir son Capitalism and Slavery, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1994 [1944]). Voir également bon nombre d’études, à commencer par l’ouvrage fondateur de Cedric J. Robinson, Black Marxism: The Making of a Black Radical Tradition, Chapel Hill, University of Carolina Press, 2000 [1983] ; J. Melamed, « Racial Capitalism », Critical Ethnic Studies, vol. 1, n° 1, 2015, p. 76-85 ; J. Matlon, « Racial Capitalism and the Crisis of Black Masculinity », American Sociological Review, vol. 81, n° 5, 2016, p. 1014-1038.
  • [13]
    A. Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, 1955, p. 55.
  • [14]
    « L’un des moyens qui a été utilisé pour simplifier cette réponse a été de profiter de la présence des Noirs américains et de les utiliser comme une balise, un symbole de démarcation, une métaphore de l’altérité » ; R. Ellison, « Essay: What America Would Be Like without Blacks », Time, 6 avril 1970, cité dans C. West, Race Matters, New York, Vintage Books, 1994, p. 3.
  • [15]
    L’ouvrage de W. E. B. Du Bois, Black Reconstruction in America: An Essay Toward a History of the Part which Black Folk Played in the Attempt to Reconstruct Democracy in America, 1860-1880, New York, Harcourt, Brace and Company, 1935, pose le premier jalon théorique de ce qui deviendra au début des années 1990 les Whiteness Studies. Voir aussi J. Baldwin, The Fire Next Time, New York, Dial Press, 1963 ; T. W. Allen, Class Struggle and the Origin of Racial Slavery: The Invention of the White Race, Hoboken, Hoboken Education Project, 1975 ; C. W. Mills, The Racial Contract, Ithaca, Cornell University Press, 1997.
  • [16]
    D. R. Roediger, Towards the Abolition of Blackness, Londres, Verso, 1994, p. 3.
  • [17]
    S. Wilentz, No Property in Man: Slavery and Antislavery at the Nation’s Founding, Cambridge, Harvard University Press, 2018, p. 65-69.
  • [18]
    Selon l’expression de W. E. B. Du Bois, « The slave went free, stood a brief moment in the sun, then moved back again towards slavery. » (« Libéré, l’esclave se réjouit un instant sous le soleil, puis repart dans la servitude »), Black Reconstruction…, op. cit. ; cité dans I. X. Kendi, Stamped from the Beginning: The Definitive History of Racist Ideas in America, New York, Bold Type Books, 2016, p. 263. La « reconstruction de l’esclavage », note Kendi (p. 235), provient justement du 13e amendement de la constitution qui abolit l’esclavage et la servitude involontaire mais laisse la porte ouverte à tout un arsenal juridique criminalisant les Noirs de façon disproportionnée.
  • [19]
    Malcom X, « The Ballot or the Bullet », discours prononcé le 12 avril 1964 au King Solomon Baptist Church à Détroit. À la question « où êtes-vous né ? », Richard Wright répond à un journaliste en 1960, « [d]ans le Mississippi. Le Mississippi n’est qu’un immense ghetto noir, une immense prison dans laquelle les Blancs sont les geôliers et les Noirs les détenus » (« Entretien avec Richard Wright », L’Express, 18 août 1960).
  • [20]
    W. E. B. Du Bois, The Souls of Black Folk: Essays and Sketches, Chicago, A. C. McClurg & Co., 1908, cité dans I. X. Kendi, How to Be an Antiracist, New York, One World, 2019, p. 28.
  • [21]
    Dans son ouvrage intitulé White Fragility: Why It’s so Hard for White People to Talk about Racism, Boston, Beacon Press, 2018, Robin DiAngelo soutient que les Blancs répugnent à aborder le sujet du racisme à cause d’une certaine gêne et d’un sentiment d’anxiété qui, en réalité, sont des mécanismes dilatoires qui leur permettent de protéger leur privilège racial. Voir également J. Dailey, White Fright: The Sexual Panic at the Heart of America’s Racist History, New York, Basic Books, 2020.
  • [22]
    Depuis 2015, en moyenne, plus de 220 Noirs se font tuer chaque année par la police américaine ; les officiers de police auteurs de ces actes ne sont quasiment jamais condamnés. Sur cette même période, les Noirs avaient presque trois fois plus de chance de se faire tuer par la police que les Blancs. Police Shootings Database 2015-2021 of the Washington Post ; voir aussi <www.mappingpoliceviolence.org>.
  • [23]
    Sélectionné en 2011 comme « quarterback » de l’équipe de football américain des 49ers de San Francisco, Kaepernick déclenche une controverse très médiatisée lors de la saison de 2016 en s’agenouillant pendant que se joue l’hymne national américain pour protester contre le racisme et les violences policières. À la fin de la saison, considéré comme trop militant, il est attaqué par les médias conservateurs et par le président Trump lui-même, qui l’accusent de ne pas respecter le drapeau américain, et aucune équipe ne souhaite le recruter alors qu’il est au sommet de son talent.
  • [24]
    Fondé en 2013, sous le second mandat de Barack Obama, en réaction à l’acquittement du meurtrier de l’adolescent Trayvon Martin en Floride, Black Lives Matter (BLM) a été farouchement contesté par ceux qui continuent à prôner « all lives matter » et « blue lives matter » (« blue » étant ici synonyme de la police). Marginalisé par l’arrivée au pouvoir de Trump, BLM est devenu aujourd’hui le fer de lance du mouvement international contre le racisme malgré les appels à droite pour l’assimiler à une organisation terroriste. Dans le sillage de BLM et à la suite du meurtre de Floyd, « Defund the police » est devenu un slogan réclamant le transfert d’une partie du budget alloué à la police vers le financement de programmes sociaux et municipaux.
  • [25]
    La plus grande organisation des études africaines, l’ASA (African Studies Association), créée en 1957, est en passe d’être présidée pour la première fois par une chercheure d’origine africaine et se prépare à avoir sa première conférence annuelle en Afrique ! Son plus prestigieux prix annuel, décerné au meilleur ouvrage sur l’Afrique, a été débaptisé du nom du premier président de l’ASA, l’anthropologue Melville Herskowits (1895-1963).
  • [26]
    Pour un réquisitoire du savoir ectopique généré et diffusé par l’africanisme français, voir D. Gondola, Africanisme : la crise d’une illusion, Paris, L’Harmattan, 2007.
  • [27]
    P. Marchesin, « Mitterrand l’Africain », Politique africaine, n° 58, 1995, p. 8.
  • [28]
    M. Beti, La France contre l’Afrique. Retour au Cameroun, Paris, La Découverte, 1993, p. 143.
  • [29]
    Voir F.-X. Verschave, La Françafrique. Le plus long scandale de la République, Paris, Stock, 2003.
  • [30]
    A. Sarraut, Grandeur et servitudes coloniales, Paris, Éditions du Sagittaire, 1931, cité dans D. Gondola, Africanisme…, op. cit., p. 161.
  • [31]
    F. Mitterrand, Présence française et abandon, Plon, Paris, 1957, p. 169. Marchesin (« Mitterrand l’Africain », art. cité, p. 8) cite un propos sidérant du président selon lequel « il ne pourra y avoir d’histoire authentique de l’Afrique si la France en est absente » [c’est moi qui souligne].
  • [32]
    P. de Saint-Exupéry, « Quatre ans après, de nouvelles questions sur la politique africaine de la France. France-Rwanda : un génocide sans importance… », Le Figaro, 12 janvier 1998, p. 4.
  • [33]
    A. Traoré, L’Afrique humiliée, Paris, Fayard, 2008. L’humiliation pour Traoré réside non seulement dans la violence inhumaine infligée par l’Occident, mais aussi dans « notre refus de comprendre ce qui nous arrive, d’organiser la résistance et d’influer sur les rapports de force », p. 23-24. Voir également M. Gassama (dir.), L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le discours de Dakar, Paris, Philippe Rey, 2008.
  • [34]
    « Pour nous », met en garde Fanon, « celui qui adore les nègres est aussi “malade” que celui qui les exècre » (Peau noire…, op. cit., p. 26).
  • [35]
    On trouve cette même effusion pour l’Afrique chez Giscard d’Estaing : « C’est vrai que j’aime l’Afrique », avoue-t-il dans ses mémoires. V. Giscard d’Estaing, Le pouvoir et la vie. L’affrontement, tome 2, Paris, Compagnie, 1994.
  • [36]
    À Orléans, devant les militants du RPR et sous des applaudissements et des rires nourris, Chirac vilipende le regroupement familial qui amènerait en France des Musulmans et des Noirs. Il illustre son dégoût en prenant l’exemple de cette « famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses », entassée dans un HLM de la Goutte d’Or, nantie de plus de 50 000 francs de prestations sociales, et incommodant le travailleur français et sa femme, voisins de palier, avec des bruits et des odeurs.
  • [37]
    P. Bernard et J.-P. Tuquoi, « France-Afrique : la fin des “années Chirac” », Le Monde, 13 février 2007.
  • [38]
    Cette organisation, créée à l’initiative de la fondation Bill & Melinda Gates, connue également pour financer des projets qui promeuvent des solutions malthusiennes aux problèmes de sous-développement, invite chaque année à New York (en marge de l’assemblée générale de l’ONU) des sommités internationales afin d’accélérer le progrès vers les SGS (Sustainable Development Goals).
  • [39]
    Ce même discours malthusien vis-à-vis de l’Afrique se retrouve dans le volumineux rapport du Sénat français (n° 104, 29 octobre 2013) qui s’alarme des projections démographiques de l’ONU prévoyant, en 2050, une Afrique jeune, de près de 2 milliards d’habitants, aux portes d’une Europe vieillissante ; des prévisions qui provoquent « une peur d’un péril noir où une Afrique exsangue et proche alimentera le déferlement de hordes d’affamés et de demandeurs d’asile africains vers l’Europe » (p. 69).
  • [40]
    M. Beti, La France contre l’Afrique…, op. cit., p. 10.
  • [41]
    A. Mbembe, Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée, Paris, La Découverte, 2013, p. 26.
  • [42]
    À l’exception notable de la présidente de Médecins sans frontières, Joanne Liu, qui dans une tribune, « Libye : la France, l’UE et les réseaux criminels, main dans la main », Libération, 6 septembre 2017, dénonce une « entreprise prospère d’enlèvement, de torture et d’extorsion » où des « personnes sont traitées de marchandises » et déplore la « complicité cynique » de la France.
  • [43]
    F. Nietzsche, Humain, trop humain. Le voyageur et son ombre, Paris, Société du Mercure de France, 1902, p. 239.
  • [44]
    P. Tévanian, Le racisme républicain. Réflexions sur le modèle français de discrimination, Paris, L’esprit frappeur, 2002, p. 12. Pour la généalogie du racisme quotidien des « mots » et du « verbe », voir l’ouvrage récent d’Alain Ruscio, Des racines coloniales du racisme « à la française ». Petit dictionnaire des insultes racistes, Paris, Les Indes savantes, 2020.
  • [45]
    « Obono l’Africaine : où la députée insoumise expérimente la responsabilité des Africains dans les horreurs de l’esclavage », Les couloirs du temps, Valeurs actuelles, 26 août 2020.
  • [46]
    Voir, entre autres, F. Pigeaud, « Le collectif “Faidherbe doit tomber” veut déboulonner un symbole du colonialisme », Mediapart, 12 juin 2018.
  • [47]
    L’exemple le plus emblématique est la restitution du sabre d’El Hadj Omar Tall lors d’une cérémonie tenue à Dakar le 17 novembre 2019 en présence du Premier ministre français Édouard Philippe et du président Macky Sall. L’inventaire (plusieurs dizaines d’œuvres d’art et culturelles volées) et le calendrier dressés par le rapport remis au président français par les chercheurs Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, le 23 novembre 2018, restent toujours lettres mortes.
  • [48]
    En effet, l’idée d’un retour sur le continent-mère (motherland) sature l’imaginaire des esclaves noirs des Amériques et s’inscrit dans nombre de rites funéraires pratiqués dans les communautés noires du Nouveau Monde. Les recherches pionnières d’Albert J. Raboteau, Slave Religion: The “Invisible Institution” in the Antebellum South, Londres, Oxford University Press, 1978, qui soulignent l’aspiration (yearning) d’un retour posthume en Afrique, ont été renouvelées par plusieurs chercheurs, notamment L. M. Harris, In the Shadow of Slavery: African Americans in New York City, 1626-1863, Chicago, University of Chicago Press, 2003, qui analyse à Manhattan des tombes d’esclaves (les plus anciennes datant des années 1650) où la présence abondante de cauris (symboles de la mer mais aussi convoyeurs de l’âme) et d’autres objets rituels indique la croyance d’un afterlife en Afrique. D. M. Stewart, dans Three Eyes for the Journey: African Dimensions of the Jamaican Religious Experience, New York, Oxford University Press, 2005, évoque la croyance d’une « reunification with the African homeland » (p. 30) dans les rites funéraires des esclaves jamaïcains ; et J. R. Young, dans Rituals of Resistance: African Atlantic Religion in Kongo and the Lowcountry South in the Era of Slavery, Baton Rouge, Louisiana University Press, 2007, parle d’un « glorious return to Africa » (p. 164) symbolisé par les multiples décorations recouvrant les sites funéraires des esclaves. Dans l’île d’Antigua, des esclaves n’hésitent pas à se suicider : « When I die, confesse William avant de se donner la mort en se tranchant la gorge, I shall return to my own land » (W. C. Rucker, Gold Coast Diasporas: Identity, Culture, and Power, Bloomington, Indiana University Press, 2015, p. 183).
  • [49]
    Il faut rappeler que les Noirs sont les premières personnes en France à avoir été assujetties au contrôle d’identité. À partir de 1778, la « Police des Noirs » (instituée par Louis XVI l’année précédente) les oblige à se munir d’une « cartouche » (ou fiche) comportant leur nom, âge et nom de leur maître, faute de quoi ils sont arrêtés et envoyés en prison. Voir S. Peabody, “There Are No Slaves in France”: The Political Culture of Race and Slavery in the Ancien Régime, New York, Oxford University Press, 1996, p. 128-129 ; E. Noël, Être noir en France au xviiie siècle, Paris, Tallandier, 2006, p. 85.
  • [50]
    Dans un récent ouvrage, La vie. Mode d’emploi critique, Paris, Seuil, 2018, Didier Fassin applique les théories « biopolitiques » de Foucault et d’Agamben au traitement des migrants, « nomades forcés », à Calais ; voir également K. Genel, « Le biopouvoir chez Foucault et Agamben », Methodos, n° 4, 2004, <http://journals.openedition.org/methodos/131>, consulté le 18 mars 2021.
  • [51]
    Celles-ci leur sont restituées, en guise de gratification, pour des exploits. En témoigne le parcours de Mamoudou Gassama, sans-papiers devenu héros pour avoir sauvé un enfant d’une chute certaine en escaladant un immeuble de Paris le 26 mai 2018. Sa bravoure lui a valu un poste chez les pompiers et lui a donné droit à une procédure de régularisation suivie d’une naturalisation expéditive ainsi qu’une entrevue personnelle avec le président Macron.
  • [52]
    C’est dans ce contexte de panique démographique qu’il faut comprendre le mot choquant du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, répondant à la question d’un journaliste de France Inter au sujet de l’enlisement de la France que « non, [le Mali] c’est notre frontière du sud » (24 janvier 2021) ; voir également J.-C. Notin, La guerre de la France au Mali, Paris, Tallandier, 2014, qui décrypte les enjeux géostratégiques et économiques de ce « conflit » sahélien.
  • [53]
    Rapport d’information n° 104 du Sénat [fait par le groupe de travail sur la présence de la France dans une Afrique convoitée], Session ordinaire de 2013-2014, p. 26.
  • [54]
    A. Mbembe, Sortir de la grande nuit…, op. cit., p. 27.
  • [55]
    Cité dans D. Gondola, Matswa vivant. Anticolonialisme et citoyenneté en Afrique-Équatoriale française, Paris, Les éditions de la Sorbonne, 2021, p. 394.
Français

Cet article examine les soubresauts causés par le meurtre de George Floyd aux États-Unis. Il questionne les enjeux que cette mort et des dizaines d’autres revêtent pour la condition des Noirs, en inscrivant ces enjeux dans la longue durée, en particulier celle de la croissance rhizomatique du racisme anti-Noir en Amérique et ailleurs. Il désarticule les ressorts qui sous-tendent les bavures policières et autres crimes racistes, en retenant finalement la construction ainsi que la mise à l’index du Noir comme les motifs principaux et l’Afrique comme le lieu du crime.


English

George Floyd and Africa: Back to the Crime Scene

This article explores the new global configuration that coalesced in the wake of George Floyd’s murder. It provides a rather unique and provocative interpretive framework that teases out the meaning of his death, and that of countless other Black victims, through the longue durée—that is, the rhizomatic growth of anti-Black racism in America and elsewhere. In examining the arsenal that weaponizes anti-Black racism, by allowing police brutality against Blacks to run amok and become systemic, the article’s main argument points to Africa as the crime scene, and the essentialization and demotion of Black people as the motive of the crime.


Date de mise en ligne : 17/06/2021

https://doi.org/10.3917/polaf.161.0473

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