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Compte rendu

VERSCHAVE (François-Xavier), Noir silence : qui arrêtera la Françafrique ?, Paris, Les Arènes, 2000, 597 pages

Pages 192g à 200g

Citer cet article


  • Quantin, P.
(2000). VERSCHAVE (François-Xavier), Noir silence : qui arrêtera la Françafrique ?, Paris, Les Arènes, 2000, 597 pages. Politique africaine, 79(3), 192g-200g. https://doi.org/10.3917/polaf.079.0192g.

  • Quantin, Patrick.
« VERSCHAVE (François-Xavier), Noir silence : qui arrêtera la Françafrique ?, Paris, Les Arènes, 2000, 597 pages ». Politique africaine, 2000/3 N° 79, 2000. p.192g-200g. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2000-3-page-192g?lang=fr.

  • QUANTIN, Patrick,
2000. VERSCHAVE (François-Xavier), Noir silence : qui arrêtera la Françafrique ?, Paris, Les Arènes, 2000, 597 pages. Politique africaine, 2000/3 N° 79, p.192g-200g. DOI : 10.3917/polaf.079.0192g. URL : https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2000-3-page-192g?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/polaf.079.0192g


1 Il s’agit de la toute dernière publication du président de l’association « Survie », écrite dans la lignée des Dossiers noirs de la politique africaine de la France. Ce travail militant comporte les qualités et les défauts liés à ses conditions de production. À son actif, il convient de souligner qu’il porte des dossiers à la connaissance du grand public et cherche à imposer un débat pour rompre le « noir silence » qui pèse sur la politique en Afrique. À son passif, il faut relever le parti pris qui consiste à n’instruire qu’à charge. Il en résulte une description au vitriol, non seulement de la France en Afrique, mais aussi de la politique en France. En effet, hanté par la volonté de mettre au jour des réseaux, ce livre, qui commence avec une analyse actuelle (et bien renseignée) de la guerre au Congo-Brazzaville et continue avec la présentation tout aussi intéressante d’autres crises, s’enlise finalement dans l’exhumation des scandales de la ve République tels que, parmi tant d’autres, l’affaire Markovic ou le suicide de Robert Boulin.

2 Malheureusement, la démonstration n’est pas toujours à la hauteur de la dénonciation. C’est dommage car, en étant aussi excessive et éclectique dans sa recherche de révélations, l’entreprise de clarification en vient à s’annuler. Elle ne peut convaincre que des convaincus, et elle donne prise à sa propre disqualification. Comme il ne fait pas de doute que les avocats des hommes politiques français mis en cause et les journalistes à la solde des dictateurs africains se chargeront de ce travail, il convient plutôt de se concentrer sur les aspects positifs du livre. Cela conduit, après un hommage au travail de collecte, à rechercher un mode d’emploi permettant de faire la part de l’anecdote et de l’humeur.

3 Le livre de F.-X. Verschave est enfermé dans des injonctions paradoxales qui brouillent son analyse de la politique africaine de la France. Il tire presque exclusivement ses sources de la presse française (la Lettre du Continent est la plus sollicitée, mais la palette est extrêmement large). Comment se peut-il qu’une presse nationale (tous médias confondus), largement dépendante des forces économiques et politiques dominantes, soit à la fois manipulée pour taire des situations gênantes (Congo-Brazzaville en décembre 1998) ou en présenter des versions édulcorées (Niger en janvier 1996), et, en même temps, fournisse tous les matériaux permettant d’écrire un livre aussi dévastateur ?

4 La solution, nous semble-t-il, tient dans une réponse simple et lourde de désenchantement : il n’y a pas de complot, pas plus qu’il n’y a un chef d’orchestre au centre d’un réseau des réseaux. Il faudrait d’ailleurs aller jusqu’au bout du raisonnement en termes de réseaux. Ces derniers sont tout le contraire de structures hiérarchiques gouvernées par un centre qui fixe des règles et des objectifs (comme le sont par exemple les services de renseignement, les sociétés pétrolières ou les Affaires étrangères). Les réseaux (dont les membres appartiennent très souvent à ces structures bureaucratiques) mettent en contact des acteurs qui opèrent et interagissent de manière plutôt individuelle. Certes, les trois « E » (Élysée, Elf, état-major) sont les lieux de prise de décision de la politique africaine de la France… quand décision il y a.

5 Dans la plupart des cas rapportés par l’auteur, il n’y a ni décision, ni plan d’ensemble ; les différents acteurs agissent à leur guise en fonction d’habitudes et de routines pour gérer des intérêts sectoriels, ou, tout simplement, à des fins d’enrichissement personnel. Ces fameux réseaux supposés omniprésents, omniscients et omnipotents ne seraient-ils pas plutôt la soupape de sécurité des machines à gouverner bureaucratiques ? Dès lors, il reste une multitude de faits et d’événements à retrouver dans ce livre très utile – mais en renonçant toutefois à y trouver la solution d’une énigme.

6 Patrick Quantin


Date de mise en ligne : 15/11/2012

https://doi.org/10.3917/polaf.079.0192g