Ivan T. Berend, Europe since 1980, Cambridge / New York, Cambridge University Press, coll. « The World Since 1980 », 2010
Pages 141e à 142e
Citer cet article
- DA COSTA RODRIGUES DA SILVA, Júlio Joaquim,
- Da Costa Rodrigues da Silva, Júlio Joaquim.
- Da Costa Rodrigues da Silva, J.-J.
https://doi.org/10.3917/psud.033.0125e
Citer cet article
- Da Costa Rodrigues da Silva, J.-J.
- Da Costa Rodrigues da Silva, Júlio Joaquim.
- DA COSTA RODRIGUES DA SILVA, Júlio Joaquim,
https://doi.org/10.3917/psud.033.0125e
1 La crise financière de 2008-2009 a gravement affecté l’économie mondiale, mais elle a été particulièrement difficile pour l’Europe. Elle a surgi suite à la difficile ratification du Traité de Lisbonne de 2007 qui venait de révéler les fragilités du processus d’unification européenne. Les difficultés sur le plan politique ont eu un réflexe négatif sur la capacité de l’Union Européenne à offrir une réponse immédiate aux problèmes économiques créés par la crise. Les hésitations de ses membres ont démontré un manque de coordination des différents gouvernements et une impossibilité présumable d’une coopération efficace, en commençant par les pays les plus développés d’Europe. L’absence apparente d’un leadership politique traduisait également les problèmes issus de la complexité de la construction de l’unité européenne au fil des dernières années du xxe siècle et au début du siècle suivant. La pleine compréhension de la viabilité d’un « projet européen » dans un monde souffrant d’une transformation profonde, passe par une analyse de son évolution historique des dernières décennies. Bien que le processus ait démarré pendant la période immédiatement postérieure à la Seconde Guerre mondiale, il a eu un nouvel élan dans les années 70 et 80 du xxe siècle. Ainsi, il est tout à fait pertinent de faire l’analyse de la situation actuelle de l’Union Européenne, en prenant comme point de départ ce tournant décisif en le prolongeant jusqu’à l’actualité.
2 Ivan T. Berend, professeur à l’Université de Californie, propose de le faire dans ce livre en soulignant que le choix de l’année 1980 est symbolique et arbitraire. Le début du « projet européen » se situe réellement à la fin des années 70, en assumant en Europe du Sud un rôle fondamental qui ne peut pas être négligé au profit d’un élargissement ultérieur à l’Europe Centrale et de l’Est. Son option n’est compréhensible que si nous prenons en considération les principaux facteurs qu’il considère essentiels dans ce processus, en donnant priorité au collapsus du communisme et de l’Union Soviétique. La fin de la Guerre Froide a provoqué la fin de la division de l’Europe en deux blocs antagoniques, dépendants des deux superpuissances hégémoniques : URSS et USA. L’auteur est conscient des transformations profondes économiques et sociales au niveau mondial qui ont également eu un impact direct dans les sociétés européennes, en commençant par la « révolution » dans les technologies de l’information et de la communication. La globalisation des années 80 est étroitement liée à ce changement radical, en particulier pour ce qui est des structures économiques, sociales, culturelles et politiques de l’Europe. Tous ces facteurs ont pesé, d’une façon déterminante, dans le processus d’intégration européenne, en créant des tensions et des contradictions qui se sont perpétuées jusqu’à nos jours. La question de savoir ce qu’est actuellement l’Europe ne devient compréhensible que si nous nous centrons sur son histoire récente et sur le conflit d’un fédéralisme européen et ses opposants.
3 Ensemble, tous ces éléments sont le point de départ d’une analyse profonde du « projet européen ». L’auteur structure et divise son œuvre en cinq parties dans lesquelles les problèmes économiques et sociaux sont liés aux thèmes politiques et culturels. Dans la première, il analyse l’évolution de l’Europe entre 1968 et 1980 ; ce qui constitue une sorte de préambule au corps du travail. Il éclaircit l’évolution dramatique de cette époque marquée par les crises économiques, politiques et culturelles de l’Europe Occidentale et leurs répercussions ultérieures. Néanmoins, il valorise les transformations politiques et culturelles dans les périphéries, principalement la démocratisation de l’Europe méditerranéenne. Il reconnait l’importance de la chute de la dictature militaire en Grèce, de la Révolution des Œillets au Portugal et la transition pacifique de l’Espagne des années 70. Parallèlement il révèle les signes de malaise économique et politique en Europe de l’Est, préludes à la chute des régimes communistes des années 80. Ceci lui permet, dans la deuxième partie de son livre, de décrire le collapsus des régimes communistes et de l’Union Soviétique, en finissant avec la division de l’Europe en deux parties. Le nouveau dessin de la carte politique européenne ouvre un chemin vers un processus de transformation de la Communauté Européenne vers l’Union Européenne, à travers l’élargissement progressif des autres pays d’Europe et l’intégration des anciens pays du bloc communiste.
4 La troisième partie de l’ouvrage d’Ivan T. Berend est plus pessimiste dans l’approche des transformations culturelles et politiques de l’Europe à la fin du xxe et au début du siècle suivant. L’émergence des tendances politiques, néolibérales et néoconservatrices, vont de pair avec le triomphe partiel d’un populisme de droite et une perte générale de l’identité idéologique à gauche. Sur le plan de l’intégration européenne, la tragédie des guerres civiles dans les Balkans, issues de la désintégration de la Yougoslavie, le triomphe d’un autoritarisme politique en Russie et dans ses anciennes républiques, sont un mauvais signe pour l’avenir. Dans la quatrième partie de ce travail l’auteur se concentre sur les réponses économiques et sociales à la globalisation et à l’intégration des pays d’Europe de l’Ouest et de l’Est, en soulignant le succès relatif de l’Irlande, du Portugal, de la Grèce et de l’Espagne en cheminant rapidement de la périphérie vers le centre. Les difficultés de l’Europe de l’Est sont un problème structurel, pour l’Union Européenne, difficile à résoudre dans l’immédiat. La crise financière de 2008 semble annoncer la fin du régime néolibéral qui a dominé les économies occidentales sans identifier clairement les possibilités. La partie cinq du livre analyse les changements démographiques et sociaux dramatiques de l’intégration, en soulignant les problèmes créés par l’immigration et l’existence des minorités ethniques. Les inégalités croissantes et la crise de l’État Providence sont une menace à la cohésion politique et sociale en un moment particulièrement difficile du point de vue économique et financier.
5 Ivan T. Berend, nous laisse, néanmoins une vision plus positive de ces questions, en soulignant la survie de l’État Social et en minimisant les inégalités sociales. L’optimisme modéré de l’auteur domine l’épilogue, intitulé « Quo Vadis Europa ? » dans lequel la possibilité actuelle d’une fédération européenne ne l’amène pas à prévoir la désintégration de l’Union Européenne. Il croit plutôt à la capacité des européens à résoudre leurs problèmes, malgré les difficultés actuelles et aussi, au maintien du « Projet Européen » à long terme.
6 Júlio Joaquim da Costa Rodrigues da Silva
7 Université Nouvelle de Lisbonne (C.H.C.) Université de Coimbra (CEISXX)