Les quatre « Lettres d’Amman » ouvrent Affiliation, propulsant le texte poétique dans le mouvement du monde où tout semble concourir de Londres à Amman, en passant par le Liban ou la Cisjordanie, à attester de la dynamique spécifique de l’exil palestinien dont les formes de l’éclatement, de l’effacement, de l’empêchement et de l’appropriation en viennent à se combiner avec les effets contemporains de la mondialisation. L’écriture à la première personne de Mira Mattar traverse et partage des états politiques, domestiques, intimes, économiques où se déploient des affiliations coloniales, nationalistes, capitalistes et patriarcales. Elle en restitue les violents processus internes, passant du refus de s’y soumettre à l’impossible échappée. Le vers devient l’instrument de ces traversées et de ces heurts, un vers qui utilise la ponctuation, les virgules et les points, mais qui n’hésite pas non plus à rejeter à la ligne, à couper, sans pour autant isoler un ensemble de mots, une image ou un affect. Cette poésie ne joue pas du blanc ni d’une syntaxe bouleversée ou méconnaissable. Elle mobilise plutôt les effets conjugués de la prose et de la poésie pour constituer une densité visuelle, syntaxique et sémantique. Mais la poésie de Mira Mattar a ceci de particulier qu’elle reprend des formes de circulation, celles qui sont autorisées, facilitées, comme celles qui sont au contraire entravées et interdites. La densité des vers cherche à restituer la globalisation des échanges, des productions, la libre circulation des marchandises qui alimentent l’homogénéisation des désirs, les réduisant parfois à l’état de clichés…
Cet article est en accès conditionnel
Acheter cet article
3,00 €
Acheter ce numéro
18,00 €
S'abonner à cette revue
À partir de 75,00 €
Accès immédiat à la version électronique pendant un an
4 numéros papier envoyés par la poste