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Article de revue

Bakary Diallo

Pages 27 à 30

Citer cet article


  • Diallo, B.
(2015). Bakary Diallo. Po&sie, 153-154(3), 27-30. https://doi.org/10.3917/poesi.153.0027.

  • Diallo, Bakary.
« Bakary Diallo ». Po&sie, 2015/3-4 N° 153-154, 2015. p.27-30. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-poesie-2015-3-page-27?lang=fr.

  • DIALLO, Bakary,
2015. Bakary Diallo. Po&sie, 2015/3-4 N° 153-154, p.27-30. DOI : 10.3917/poesi.153.0027. URL : https://shs.cairn.info/revue-poesie-2015-3-page-27?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/poesi.153.0027


Notes

  • [1]
    Loûla : prénom d’une jeune femme apparue en rêve au poète.
  • [2]
    Ɓaljol (ngol) -i : plaine sablo-argileuse située en contre-bas d’un versant, que l’on rencontre dans le Diêri.
  • [3]
    Joolol (ngol) -i : terme désignant toute dépression de terrain, cuvette ou vallon, située entre deux dunes, que l’on trouve dans le Diêri.
    Ici, le poète se sert d’une métaphore géomorphologique (plaine/vallon) pour évoquer l’inégale présence de la vie dans une zone fortement touchée par les changements hydromorphiques survenant en fonction des saisons (sèche ou saison des pluies). Au lieu de se répandre équitablement sur un territoire (image de la plaine), la vie ne se concentre désormais plus que dans des dépressions de terrain, où l’eau stagne (image du vallon).
  • [4]
    Allusion au fait que la vie n’a plus rien de permanent dans le Diêri, touché de façon intermittente par le manque d’eau. En saison sèche, la vie semble déserter cette zone dont le couvert végétal est tributaire des eaux de pluie.

Bakary Diallo (1892-1978)

Description de l'image par IA : Homme âgé avec turban blanc et veste claire, regard sérieux.

Bakary Diallo (1892-1978)

1Bakary Diallo (1892-1978) est l’un des premiers écrivains africains de langue française, auteur de Force-Bonté (1926), récit retraçant son engagement volontaire en tant que tirailleur sénégalais dans l’armée française en 1911. Grièvement blessé en 1914, il devient interprète et rentre au Sénégal en 1928. Force-Bonté suscita plusieurs controverses de son vivant. Il publie en 1949 un poème en version bilingue peul/français, Mbâla, passé totalement inaperçu. La majeure partie de son œuvre, poétique notamment, et dans des langues africaines, reste encore à découvrir.

2

AVERSE !
La vie, Ah ma Loûla [1], n’est qu’un mot…
Mais que de merveilles en son sein !
Les premiers venus disaient que la vie était une plaine [2]
Une fois partis, d’autres prirent leur place et dirent : « Non, un vallon ! » [3]
L’oiseau du Diêri, sentant que la vie était instable [4],
Se faufila à travers la saison sèche.
Qu’il pleuve à verse…
Mon Dieu, de la brousse au village, Toi seul est Tout-Puissant !
Qu’il pleuve, tant que des bourrasques balaient les plumes que la saison sèche rejette !
Tant, que les gouttes d’eau étouffent au-dessus des cases en paille le feu de la saison
sèche, que de coquettes jeunes filles écoutent…
Tant, que les applaudissements des femmes retentissent au milieu des arbustes Kel
bourgeonnant !
De fines tiges grisâtres de feuilles tressées !
Défibrées, blanchissent et embellissent l’intérieur des cases peules !
Des cases que les yeux contemplent, l’esprit mesure, le cœur évalue, où l’âme
devine la valeur d’une femme exceptionnelle…
Mon Dieu, qu’il pleuve car on ne trouve la paix que s’il pleut !
Les herbes renaissent, se balancent au gré du vent, les plantes rampantes prolifèrent !
Les péponides tracent en pointillé des colliers de jeunes fruits à la brillance fauve,
Les lianes couvrent les arbres de voiles maures naturels ! L’épervier est las, Les yeux lourds de fatigue s’assèchent, les lézards abondent, la surveillance du bétail est aisée !
Le sommeil est paisible, les gazelles s’éveillent, gambadent, s’approchent en groupe à grand bruit, s’arrêtent et contemplent
Une étendue d’herbes variées, de fleurs attirantes, une terre nouvelle étincelante…
Et sous les éclairs et les grondements de tonnerre, il pleut,
Les grenouilles célèbrent Dieu, les crapauds gémissent, les salamandres jouent du luth !
Regarde bien ma Loûla…
Le miel de la saison des pluies se prélève sur la piste de pâturage, dans les empreintes de sabots gorgées d’eau de pluie…

3

TOƁ JOLOLOLOLO
Duniyee, aa Luulam, ko konngol…
Esi ndaw kaawisaaji e nder hee ngol !
Adinooɓe mbiyiino dunyee ko ɓaljol,
Nde ɓe njawtunoo, woɗɓe lomtii mbii : « alaa ko ɗum joolol ! »
Sonndu jeeri, nde tinnoo dunyee natti wonde kewlol,
Sori e nder ceeɗu.
Toɓ jololololo…
Allam, gila ladde faa wuro, ko Aan tan woni Ɓuro !
Yoo toɓ faa paayaale pitta ɓoro ceeɗu weɗoo !
Faa baade nyippa e dow cuuɗi kuɗooli safaara ceeɗu,
bamaaji na keɗoo…
Faa kelle rewɓe kella e nder kelle baɗɗe cofcofti !
Looci puri cewɗi ɗi kaakaali bami !
Ɓooltoteeɗi ndanwa njooɗna nder cuuɗi pulfuli !
Cuuɗi ɗi gite njiyata, hakkille ɓeta, ɓernde nisnoo, wonki tina no jonngoma foti…
Allam, yoo toɓ sabu nde jam wonnoo danyeede toɓa !
Kuɗooli nguurta mbeeyweyta, layanteeri waɓa !
Pirndille tippa medaaji cooyle bagge na neyɓa.
Tirtirooɗe kuura leɗɗe melfaaji tagooɗi !
Ndaddo haaɓa,
Gite ɗoyɗi njoora, gundooji keewɗi, ngaynaaka weeɓa !
Ɗoyɗi mbela, lelli pina ndippa ndira ndaroo njeeɓa
Feeteeto jiidaaro piindi na nooɓa, lesdi kesiri ina neyɓa…
E les majje digaaji asamaan na toɓa,
Paaɓi na inna Alla, guri paaɓi na uuma, gedde na koɗa !
Ƴeew Luulam…
Njuumri ndunngu nyeɗetee ko e diwre sawaawo ɗo kolce nayi na tuɗa…


Date de mise en ligne : 01/10/2016

https://doi.org/10.3917/poesi.153.0027