Compte rendu

Nicolas Bancel, Thomas David et Dominic Thomas (dir.), L’Invention de la race. Des représentations scientifiques aux exhibitions populaires, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2014, 440 p., 27 €.

Pages 567j à 594j

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  • Deprez, S.
(2015). Nicolas Bancel, Thomas David et Dominic Thomas (dir.), L’Invention de la race. Des représentations scientifiques aux exhibitions populaires, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2014, 440 p., 27 €. Revue philosophique de la France et de l'étranger, Tome 140(4), 567j-594j. https://doi.org/10.3917/rphi.154.0567j.

  • Deprez, Stanislas.
« Nicolas Bancel, Thomas David et Dominic Thomas (dir.), L’Invention de la race. Des représentations scientifiques aux exhibitions populaires, Paris, La Découverte, coll. “Recherches”, 2014, 440 p., 27 €. ». Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2015/4 Tome 140, 2015. p.567j-594j. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-philosophique-2015-4-page-567j?lang=fr.

  • DEPREZ, Stanislas,
2015. Nicolas Bancel, Thomas David et Dominic Thomas (dir.), L’Invention de la race. Des représentations scientifiques aux exhibitions populaires, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2014, 440 p., 27 €. Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2015/4 Tome 140, p.567j-594j. DOI : 10.3917/rphi.154.0567j. URL : https://shs.cairn.info/revue-philosophique-2015-4-page-567j?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rphi.154.0567j


1 Ce remarquable ouvrage collectif s’attache à la période qui a vu la naissance du concept moderne de « race », soit le xix esiècle et le tout début du xx e. Il n’y a donc pas d’analyse de l’utilisation politique du racisme, notamment par le nazisme. La question de la place des minorités (noirs, juifs…) n’est pas abordée non plus. L’objet est plus restreint, et pourtant déjà très vaste : montrer l’importance majeure de la race dans les représentations scientifiques d’une part, dans les visions du monde populaires d’autre part.

2 Trois parties structurent le livre. La première décrit l’émergence des théories raciales. Étudiant les figures de Bernier, Buffon et Linné, Thierry Hocquet montre la biologisation croissante du terme de « race ». Miriam Claude Meijer s’intéresse à Camper, premier auteur à répartir les crânes selon un angle facial, laissant ouverte la possibilité d’une hiérarchisation des différents types de crânes humains. S’appuyant lui aussi sur Camper, mais en outre sur Blumenbach et Virey, Francesco Panese montre comment la science a fabriqué la figure du Nègre. Martial Guédron met en évidence le rôle de l’image dans la hiérarchisation des races. Brita Rupp-Eisenreich présente l’œuvre de Christoph Meiners, qui lie biologie et ethnographie, dans une démarche classificatrice fondée sur la supériorité de l’Occident.

3 La deuxième partie du livre couvre les années 1860-1914 et traite de l’institutionnalisation du racisme dans l’enseignement de l’anthropologie physique et dans les musées ethnographiques. Un grand intérêt de cette section est qu’elle traite de plusieurs continents. La situation française est évidemment exposée, par Carole Reynaud-Paligot, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet (dont De l’identité nationale. Science, race et politique en Europe et aux États-Unis. xix e-xx e siècle ; recension dans la Revue, 2012-3, p. 437). Sont ensuite abordés la Belgique et le Congo (Maarten Couttenier), le Danemark (Rikke Andreassen), la Russie, dont le caractère impérial n’a pas empêché la diffusion d’une idéologie racialiste (Vera Tolz), la Chine et le Japon (Gérard Siary, Arnaud Nanta) et enfin l’Afrique du Sud (Patrick Harries). Particulièrement instructives, ces con- tributions font regretter l’absence d’études sur d’autres pays ou régions : Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Empire ottoman, États-Unis, Amérique du Sud…

4 La troisième partie est consacrée aux exhibitions publiques de « naturels ». On pourrait avoir l’impression de s’éloigner du problème principal – le développement d’une science des races. En réalité nous restons au cœur du sujet, car les contributeurs de cette section se rejoignent pour montrer les relations étroites de l’anthropologie physique et des spectacles ethniques. Le divertissement contribue à populariser les théories raciales, qui apportent en retour leur cachet de scientificité aux exhibitions. Gilles Boëtsch et Pascal Blanchard retracent la filiation menant des cabinets de curiosité aux exhibitions de « chaînons manquants », dont la célèbre « Vénus hottentote ». Robert Bogdan analyse les phénomènes de foire, entre exposition de vrais et faux « sauvages » et exploitation de la crédulité du public. Plusieurs contributions éclairent le rôle des expositions universelles : celles tenues aux États-Unis de 1876 à 1916 (Robert W. Rydell), l’exposition de Chicago en 1893 (Catherine Hodeir, Charles Forsdick), les Journées anthropologiques de Saint-Louis en 1940 (Fabrice Delsahut), le Village noir de Genève en 1896 (Patrick Monder). Herman Lebovics s’intéresse au Muséum américain d’histoire naturelle. Nicolas Bancel compare l’histoire des spectacles ethniques en Europe et aux États-Unis. Enfin, Christian Joschke montre l’entrelacement des préoccupations scientifiques et des attentes du public à travers le cas des photographies anthropométriques.

5 Si on peut regretter l’absence d’un index, il faut saluer l’abondante bibliographie (89 pages), qui aurait peut-être gagné à être divisée en sources et commentaires.

6 Stanislas Deprez


Date de mise en ligne : 02/11/2015

https://doi.org/10.3917/rphi.154.0567j