Patricia Verdeau, La Personnalité au centre de la pensée bergsonienne, préface de Jean-Louis Vieillard-Baron, Louvain-la-Neuve, Éd. de l’Institut supérieur de philosophie et Louvain/Paris, Éd. Peeters, 2011, coll. « Bibliothèque philosophique de Louvain », IV + 452 p
Pages 241e à 247e
Citer cet article
- GABAUDE, Jean-Marc,
- Gabaude, Jean-Marc.
- Gabaude, J.-M.
https://doi.org/10.3917/rphi.122.0241e
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- Gabaude, J.-M.
- Gabaude, Jean-Marc.
- GABAUDE, Jean-Marc,
https://doi.org/10.3917/rphi.122.0241e
1 Cet ouvrage est le premier qui place la personnalité au centre de la pensée bergsonienne et le premier également qui suive le développement et l’évolution du bergsonisme en analysant chronologiquement tous les textes à partir de 1889, y compris articles et conférences. Une telle relecture minutieuse valide l’hypothèse de recherche qui a pris à la lettre les premières phrases des Gifford Lectures de 1914. Celles-ci ont constitué le problème de la personnalité en problème central et suprême de la philosophie. Certes, tout concept est une abstraction qui, artificiellement, généralise, immobilise, symbolise et déforme ; toutefois, Bergson pose la personnalité comme un concept, mais un concept nouveau et opératoire en qualité d’image médiatrice. En effet, les intuitions, ainsi la durée, finissent par se loger dans des concepts sur mesure qu’elles les fluidifient. Avec le renversement des perspectives positiviste, associationniste, spencérienne et kantienne, l’Essai sur les données immédiates de la conscience découvrit la durée – nous dirions duration – qui allait susciter une pensée de la personnalité. Celle-ci s’authentifie, dans le sillage biranien, par le fait de l’intériorité qualitative individuelle et ensuite par la novation du moi dont la personnalité habite les couches profondes. L’évolution d’une durée hétérogène et purement qualitative correspond à une évolution de toute la personne.
2 Dans L’Évolution créatrice, la personnalité tire d’elle-même, créative, de l’imprévisible et l’intuition de la durée fonde l’unité de la person- nalité dans son devenir irrépétable. La personnalité assume continûment l’opposition redoublée de l’intuition et de l’intelligence, de l’esprit et de la matière, de l’unité et de la multiplicité, de la permanence et de la mouvance, de la concentration et de la dilution/éparpillement. Bergson tire les implications du passage du mécanique au psychométaphysique. En conséquence de ce maître-ouvrage, la personnalité, aboutissement de l’évolution et élan créateur elle-même, participe plus nettement à la durée créatrice cosmologique et, substantialité sans substrat, elle s’ouvre vers l’éternité de vie et l’absolu mouvant. Désormais, Bergson traite prioritairement pour elle-même la pensée de la personnalité, « clef d’appréhension de la réalité » (p. 248). Avec les conférences de 1914 et de 1916, la personnalité s’expérimente en se définissant comme continuité indivisible de changement, volontaire élan en avant, causation psychique, permanente unité du mouvement de la vie intérieure. Elle devient raison d’être de l’évolution vitale. Elle prolonge et étend l’action du Créateur, si bien que Bergson proclame les droits inviolables de la personne humaine et même de toute la société. La personnalité, source consciente tant de l’humanité que d’elle-même, est un processus spécifique qui « médiatise le moi, le monde et Dieu » (p. 315).
3 Les Deux Sources de la morale et de la religion (é)prouvent que la personnalité en acte participe au et du divin. Bergson a fort évolué depuis 1889 en reconnaissant désormais la valeur du moi social et le rôle actif de la société. Il s’agit de participer au courant créateur, le plus créateur étant le courant mystique. Comme toute personnalité, celle du mystique est complexe et pourtant Bergson la ressent simplifiée, car elle est pleinement intensifiée et unifiée. Le mystique « atteint à une essence inaccessible » (p. 360). Il se manifeste « comme la personnalité supérieure de la religion dynamique » (ibid.). L’élan vital s’accomplit dans la personnalité et il culmine téléologiquement dans « la figure absolument réalisée de la personnalité » (ibid.) qu’est le mystique. L’élan divin, l’élan vital et l’élan du mysticisme, lequel entraîne l’élan personnel et social et l’élan de l’humanité, s’unissent en un courant créateur commun. La pensée centrale de la personnalité et tout le philosopher bergsonien, de la durée initiale à la mystique suprême, s’authentifient et se garantissent par l’effort de l’intuition, épreuve personnelle et preuve irréfutable. Cet acte expérientiel, désigné comme intuition en 1903, valide notamment les images médiatrices que sont le pur, le profond, l’absolu, l’immédiat, le mouvant, l’élan, le dilaté, l’éparpillé, le concentré, le virtuel, l’indéfinissable… Les sériations à double entrée et les inversions font problème. Alors que la perception pure, intuitionnement désubjectivé, inverti et asymptotique atteindrait virtuellement l’immédiateté de l’extériorité, la pure intuition, elle, désobjectivée, dévoile l’immédiateté de l’intériorité. C’est la conception de la personnalité qui permettrait de comprendre cette dualité de directions de l’intuitivité de même que l’évolution du rapport science/métaphysique entre 1903 et 1922.
4 Patricia Verdeau offre un ouvrage de référence, pertinent, méthodiquement composé avec, écrit le préfacier, « une grande précision et une grande rigueur » (p. 6). Cet instrument de travail « rendra service à tous les chercheurs » (ibid.).
5 Jean-Marc Gabaude