Lorenzo Vinciguerra, Spinoza et le signe. La genèse de l’imagination, Paris, Vrin, 2005, coll. « Bibliothèque d’histoire de la philosophie », 334 p.
- Par Julie Henry
Pages 485zl à 544zl
Citer cet article
- HENRY, Julie,
- Henry, Julie.
- Henry, J.
https://doi.org/10.3917/rphi.094.0485zl
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- Henry, J.
- Henry, Julie.
- HENRY, Julie,
https://doi.org/10.3917/rphi.094.0485zl
1 L’entreprise de Vinciguerra dans cet ouvrage est double : interroger la pensée spinoziste par un biais rarement emprunté dans les commentaires – le signe et l’exploration de son champ, bien au-delà de l’herméneutique théologique – et mener une véritable généalogie de ce concept, à la manière spinoziste. Ce travail présente alors deux grands intérêts que sont la lecture précise et rigoureuse des textes (notamment le Traité de la réforme de l’entendement, Éthique II et le TTP) et une réinscription fructueuse et stimulante tant dans l’histoire des idées que dans l’historiographie la plus actuelle.
2 Après une introduction réflexive présentant la méthode – à la fois ontologique, physique et phénoménologique – et les enjeux d’un tel travail, l’A. établit dans une première partie que le corps naît avec l’affection, mais en insistant sur le fait que, loin d’être limitée à sa conception naturaliste, la sensibilité donne lieu à des interprétations car tout doute consiste en un déséquilibre intenable ; ce point introduit ainsi d’emblée une distinction entre le corps que j’ai et le corps que je suis. L’A. peut dès lors, dans une deuxième partie, aborder une véritable théorie de l’affection comme lieu de rencontre entre une ontologie et une phénoménologie, théorie à partir de laquelle peut être progressivement affinée une conception de la trace, de ses conditions de possibilité physiques à son rapport problématique avec la forme du corps, « le sentir étant précisément témoin d’une singularité qui se signale dans un processus que l’esprit ignore » (p. 117).
3 Spinoza
4 La troisième partie consiste en une construction généalogique du signe, que l’A. élabore comme une « physique du sens », la signification étant un processus naturel et le corps de l’interprète, avec les habitudes liées à ses pratiques de vie, se manifestant lui-même comme activité sémiotique, selon ce qui est appelé une « rhétorique naturelle des corps » (p. 166). En ce sens, ontologie et sémiologie déterminent ensemble la formation et la constitution des corps. La quatrième et dernière partie est alors consacrée à l’usage des signes, partant de l’idée qu’ils jouent un rôle déterminant dans la constitution des champs de relations intra- et intersubjectives. Remarquant avec Spinoza qu’il est à la fois vain et contre nature d’interdire l’interprétation, l’A. tente de délimiter l’empire du signe, qui « fait autorité », et distingue par ce biais le prophète (intermédiaire théologico-politique de Dieu) et le philosophe (qui tente de faire naître à la philosophie la vie de ceux à qui il s’adresse).
5 Seul ce parcours peut être à même de nous faire comprendre que le signe est à la fois retrait et supplément de sens : partant de l’absence de signe de la vérité, il tente alors de déterminer la logique et la signification du signe dans les registres du corps, de l’affect et de l’interprétation. Par cette lecture renouvelée et rigoureuse des textes, l’A. nous propose ici d’étendre le champ de la sémiotique bien au-delà de l’herméneutique et d’en faire un instrument historiographique pour comprendre la portée de la pensée spinoziste, permettant alors d’en souligner une certaine spécificité, ce qui remet en cause les classifications foucaldiennes dans lesquelles il ne trouvait pas place. Cet essai fonctionne ainsi comme un puissant outil de questionnement et de recherche, stimulant et convaincant, à condition toutefois de lui rester fidèle en lui appliquant en retour la méthode qui est la sienne – à savoir, de le réinterroger dans son orientation même, son statut et ses enjeux sans chercher à en extraire une thèse exclusive de toute autre.
6 Julie HENRY.