Compte rendu

Jacques Gernet, La raison des choses. Essai sur la philosophie de Wang Fuzhi (1619-1692), Paris, Gallimard, 2005, 436 p., 27,50 E.

Pages 201f à 265f

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  • Verdeau, P.
(2007). Jacques Gernet, La raison des choses. Essai sur la philosophie de Wang Fuzhi (1619-1692), Paris, Gallimard, 2005, 436 p., 27,50 E. Revue philosophique de la France et de l'étranger, Tome 132(2), 201f-265f. https://doi.org/10.3917/rphi.072.0201f.

  • Verdeau, Patricia.
« Jacques Gernet, La raison des choses. Essai sur la philosophie de Wang Fuzhi (1619-1692), Paris, Gallimard, 2005, 436 p., 27,50 E. ». Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2007/2 Tome 132, 2007. p.201f-265f. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-philosophique-2007-2-page-201f?lang=fr.

  • VERDEAU, Patricia,
2007. Jacques Gernet, La raison des choses. Essai sur la philosophie de Wang Fuzhi (1619-1692), Paris, Gallimard, 2005, 436 p., 27,50 E. Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2007/2 Tome 132, p.201f-265f. DOI : 10.3917/rphi.072.0201f. URL : https://shs.cairn.info/revue-philosophique-2007-2-page-201f?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rphi.072.0201f


1 L’ouvrage de Jacques Gernet s’efforce de restituer la pensée de l’un des plus éminents philosophes chinois, et ce, à l’usage des lecteurs occidentaux, à travers une introduction extrêmement claire et maîtrisée. Le cheminement du livre se propose d’explorer progressivement la question des rapports entre la pensée discursive et de la pensée combinatoire, entre nature et artifice, le problème des mutations, de l’énergie universelle, d’un principe d’organisation, le rapport entre perception et savoir, enfin la question de la nature humaine, la morale, les habitudes et comportements et les religions.

2 Wang Fuzhi récuse le langage, créateur de divisions superficielles, impuissantes à rendre compte de la complexité du monde. Il refuse d’isoler l’abstrait du concret, les sens des formes, les notions des réalités, le suprasensible du sensible. De fait, il entend maintenir le lien « qui unit le signe, le symptôme, l’indice... au signifié ; la réflexion aux réalités concrètes » (p. 102). Il admet l’idée de mécanismes communs à des phénomènes sans rapport les uns avec les autres. Ordre et hasard ne sont pas contradictoires, en ce que tout ordre inclut d’infinies variations de détail. Ce penseur affirme la transformation incessante et la relativité de toutes choses. Au lieu d’une matière brute, des énergies contribuent au fonctionnement de l’univers : « On a donc ici une conception du cosmos comme une masse d’énergies qui ne connaît qu’assemblages et dissociations incessantes, mais aucun accroissement ni déperdition. L’univers ne cesse de se détruire en même temps qu’il se construit » (p. 196). La critique de la perception est centrale dans la pensée de Wang Fuzhi, en ce qu’elle touche aux rapports de l’homme et du monde, du concret et de l’abstrait, mais aussi aux questions de conduite humaine et morale. Il est indispensable de montrer que le monde est bien réel, et que l’action, partant, est non seulement possible, mais encore nécessaire. Jacques Gernet approfondit alors la question de la nature humaine chez Wang Fuzhi, sujet fondamental pour la morale mais rendu complexe par les influences du taoïsme philosophique et du bouddhisme. Sans absolu, sans être en soi, cette pensée s’éloigne de ce que la tradition occidentale entend par « philosophie ». La morale, selon Wang Fuzhi, ne peut être fondée que sur une réciprocité sans laquelle aucune société ne pourrait subsister. Parce qu’elles développent des sentiments intéressés et la croyance au surnaturel, les religions de salut sont immorales.

3 Face à la séparation grecque de l’homme d’avec la nature, condition première de la pensée rationnelle, Wang Fuzhi montre qu’une autre philosophie est possible, fondée sur les notions de nature et d’ordre naturel et accordant une place fondamentale à la position et au moment, ce qui conduit ce philosophe à n’admettre que le relatif et à tenir pour indissociables « le visible et l’invisible, l’ordre et le hasard, le sensible et le suprasensible, les désirs et la morale » (p. 428). Même si Wang Fuzhi ne saurait être isolé de son époque, la particularité de ses engagements ne rend que plus expressive la vision de la tradition dont il se veut le défenseur.

4 Patricia VERDEAU.


Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/rphi.072.0201f