Disparition du principe d’autorité et transformations en cours dans le monde du travail. L’actualité de la pensée d’Hannah Arendt
- Par Éric Hamraoui
Pages 103 à 116
Citer cet article
- HAMRAOUI, Éric,
- Hamraoui, Éric.
- Hamraoui, É.
https://doi.org/10.3917/pp.058.0103
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- Hamraoui, É.
- Hamraoui, Éric.
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https://doi.org/10.3917/pp.058.0103
Notes
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[1]
Dans son article intitulé « Qu’est-ce que l’autorité ? », publié dans La crise de la culture : huit exercices de pensée politique (Arendt, 1972/1954 : 121-185), tour à tour consacrés à l’analyse des rapports entre tradition et modernité, vérité et politique, des concepts d’histoire et de liberté, de la crise de l’autorité, de l’éducation et de la culture, ainsi que du sens de la conquête de l’espace, Hannah Arendt évoque également, dans une perspective autre, les conséquences de la disparition de l’autorité dans la « sphère pré-politique » de l’éducation.
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[2]
Qui a donné dominus régnant sur la famille organisée comme « monarchie ».
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[3]
Ce terme signifie ici « ce qui relie tout acte au début sacré de l’histoire romaine, ajoutant à tout moment singulier le poids entier du passé », que la gravitas permet de porter (Arendt, 1972/1954 : 162). « Les Romains, ajoute Hannah Arendt, ont également besoin de Pères fondateurs et d’exemples autoritaires dans les choses de la pensée et dans les idées ; ils admirent les grands ancêtres grecs comme leurs autorités pour la théorie, la philosophie et la poésie » (p. 163). Ainsi que le montre Hannah Arendt dans un texte longtemps resté inédit, la chute de toute autorité tutélaire, et plus particulièrement, de l’autorité politique, entraîne une révolution valant comme acte de refondation (Arendt, 2019/2018).
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[4]
À une conclusion proche semblent aboutir, bien que dans une configuration autre que celles des années 1930, les auteurs qui, tels Pierre Dardot et Christian Laval (2010), soutiennent la thèse de la rupture actuelle avec la démocratie de régimes se voulant pourtant d’inspiration démocratique, du passage de la démocratie à la dé-démocratie.
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[5]
Pierre Musso (2017 : 390) montre en quoi le processus d’industrialisation peut, à cet égard, être défini comme « projection à l’extérieur du travail sur soi (in-dustria) » [ou acte d’industriationattendu de l’ouvrier pour acquérir la maîtrise de son geste.
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[6]
Voir sur cette question les travaux de Claude Veil (2012).
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[7]
Kierkegaard décrit en des termes d’une étonnante actualité les effets à redouter de cette extension en trompe-l’œil du champ des possibles : « Les possibles deviennent bien de plus en plus intenses, mais sans cesser d’en être, sans devenir du réel, où il n’y a en effet d’intensité que s’il y a passage du possible au réel. À peine l’instant révèle-t-il un possible qu’il en surgit un autre, finalement ces fantasmagories défilent si vite que tout nous semble possible, et nous touchons alors à cet instant extrême du moi, où lui-même n’est plus qu’un mirage. »
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[8]
Cette recherche-action, qui a pour objet l’analyse diachronique des parcours croisés de travail – incluant des temps de chômage – et de santé, a été conduite, entre février 2020 et mai 2022, par deux laboratoires de recherche du Conservatoire National des Arts & Métiers (CNAM) : le Laboratoire interdisciplinaire de sociologie économique (LISE) et le Centre de Recherche sur le Travail et le Développement (CRTD). Elle a été soutenue financièrement par l’Association de gestion du fond pour l’insertion des personnes handicapées (AGEFIPH), la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) et la Caisse nationale de l’assurance maladie, avec pour partenariats « terrain » Pôle Emploi, Cap Emploi, une Mission locale Territoire zéro chômeur de longue durée (TZCLD) et l’association nationale Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) auprès des membres de laquelle nous avons pratiqué une quinzaine d’entretiens dédoublés et organisé des ateliers mensuels de partages d’expériences. La recherche a été clôturée par le colloque « Vivre en santé au travail et au chômage : l’affaire de tous », qui a eu lieu au CNAM les 29 et 30 septembre 2022 (vGuyot, 2022, p. 89-98).
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[9]
Voir Hamraoui, Lhuilier, Porstmouth et Waser (2021 : 62).
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[10]
« Apothéose d’une forme de pouvoir sans limite extérieure, sans dehors, qui a renoncé au mythe de la sortie, d’un autre monde à venir », le brutalisme, considéré dans sa substance même, est « une dialectique de la démolition (délétion) » (Mbembe, 2020 : 11).
Partant de la thèse d’un devenir en absence de l’autorité, comprise en tant que principe de limitation du pouvoir et de conjuration de la violence, soutenue par Hannah Arendt dans La crise de la culture (1954), la présente contribution tente de discuter l’actualité en faisant le lien entre la question politique et celle du travail. Distincte d’un pouvoir de commandement ( imperium et potestas ), l’autorité, dont la temporalité constitue la matrice et la substance, connaît aujourd’hui une phase d’effacement inédite de notre horizon de sens dans le contexte de la prévalence du régime d’historicité présentiste qui est celui de l’enfermement dans un présent perpétuel, déconnecté du passé et sans ouvertures à la pensée d’un avenir en commun de l’humanité. Le culte de l’immédiateté, qui en résulte, va de pair avec la passion de l’illimité concernant la recherche d’une amélioration constante de la performance, entraînant la confusion du réel avec l’idéal, comme le montre l’analyse de l’évolution des logiques d’organisation du travail depuis le début des années 1980. L’appui sur des données d’enquête récentes de terrain permet de mettre en lumière la prévalence de cette même logique au niveau de l’administration du chômage, miroir d’un monde du travail où la liberté de l’individu n’est que liberté d’obéir et de s’auto-exploiter, sans médiation possible du tiers en lequel consiste le principe d’autorité.
- autorité
- institution
- liberté
- limitation
- pouvoir
- temporalité
- travail
Mots-clés éditeurs : autorité, institution, liberté, limitation, pouvoir, temporalité, travail
The disappearance of the principle of authority and ongoing transformations in the world of work. The current thinking of Hannah Arendt.
Taking as its starting point Hannah Arendt’s thesis in The Crisis of Culture (1954) that authority, understood as the principle of limiting power and warding off violence, is becoming absent, this contribution attempts to discuss its topicality by making the link between the political question and the question of work. Distinct from a power of command (imperium and potestas), authority, whose matrix and substance is temporality, is today undergoing a phase of unprecedented erasure from our horizon of meaning in the context of the prevalence of the presentist regime of historicity, which is that of confinement in a perpetual present, disconnected from the past and without openings to the thought of a common future for humanity. The resulting cult of immediacy goes hand in hand with a passion for the unlimited in the quest for constant improvement in performance, leading to the confusion of the real with the ideal, as shown by an analysis of changes in the logic of work organisation since the early 1980s. Recent field survey data is used to highlight the prevalence of this same logic in unemployment administration, mirroring a world of work in which the freedom of the individual is simply the freedom to obey and self-exploit, with no possible mediation by the third party in whom the principle of authority consists.
- authority
- institution
- freedom
- limitation
- power
- temporality
- work
Mots-clés éditeurs : authority, freedom, institution, limitation, power, temporality, work