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Article de revue

Le Théâtre-action

Pages 21 à 26

Citer cet article


  • Mourin, G.
(2002). Le Théâtre-action. Pensée plurielle, no 4(1), 21-26. https://doi.org/10.3917/pp.004.0021.

  • Mourin, Georget.
« Le Théâtre-action ». Pensée plurielle, 2002/1 no 4, 2002. p.21-26. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2002-1-page-21?lang=fr.

  • MOURIN, Georget,
2002. Le Théâtre-action. Pensée plurielle, 2002/1 no 4, p.21-26. DOI : 10.3917/pp.004.0021. URL : https://shs.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2002-1-page-21?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pp.004.0021


1Donner la parole par la voix théâtrale à ceux qui ne l’ont pas, travailler à ce que des spectateurs de leur quotidien en deviennent les acteurs, au travers des projets de créations collectives, porter cette parole auprès de publics dit « culturellement et socialement défavorisés ».

2Voilà un travail auquel notre compagnie ainsi que d’autres de théâtre-action se sont attelées depuis près de 20 ans.

3Action culturelle ? Action sociale ? V aste débat, voir même grosse bagarre, car derrière ces questions semblant anodines, il y a le nerf de la guerre sans quoi rien n’est possible.

4Le théâtre-action, c’est du théâtre, donc très clairement une activité culturelle, mais une activité culturelle spécifique, nous ne partons pas d’un texte d’auteur et ne faisons pas appel à des comédiens professionnels ni amateurs au sens habituel du terme.

5Au sein d’une association, d’un groupement de fait, vivant des situations sociales, économiques et culturelles difficiles et œuvrant à l’amélioration de leur condition, nous créons à partir d’ateliers d’écritures appropriés des textes porteurs de leurs vécus et de leurs espoirs : ces textes dont ils sont les auteurs sont à la base d’une pièce de théâtre dont ils seront les comédiens.

6Cette pratique originale donne la parole à ceux qui ne l’ont jamais.

7Cette phase affirme la force créatrice de chacun et a une fonction formatrice qui se reporte sur le quotidien personnel et professionnel.

8Cette forme a ses rigueurs et le résultat tant dans la forme que sur le fond doit avoir des qualités propres à une large diffusion.

9Le spectacle créé doit avoir une structure, un coût qui le rend accessible à un maximum de public et peut et doit être joué dans des lieux tels que des locaux de réunion, des salles de gym, des classes, parfois même des salles de théâtre, partout sur des lieux de vie. Son langage doit rencontrer l’actualité, la culture, les préoccupations du public visé et susciter en lui l’envie d’une prise de parole lors de l’animation qui suit nécessairement le spectacle.

10Ce concept théâtral n’est pas une utopie, il est pratiqué depuis de nombreuses années en Communauté française et en région bruxelloise par un ensemble de troupes professionnelles.

11Le Théâtre du Copion est une de ces compagnies.

Un exemple de travail réalisé en Belgique

12Actuellement dans la région du Centre et du Borinage, en collaboration avec l’association « Droits Devant », nous travaillons sur la thématique de l’exclusion et de la santé mentale. Le projet se déroule en 3 étapes :

1. La création du texte

13 À partir du groupe certains adhérents à « Droits Devant » (une dizaine de personnes) : création d’un atelier d’écriture sur le thème de l’exclusion, les difficultés de vie, la santé mentale. Un premier stade a été de sécuriser la production à partir de « jeux » dont le but est de trouver le « plaisir » à écrire ensemble et à se lire.

14Cette phase a permis de passer à une proposition d’écriture plus personnelle où chacun a pu s’exprimer sur la perception du thème choisi.

15Les productions ont fait l’objet de confrontations des idées devant aboutir à une option commune pour le traitement de la thématique, « distancée » par une réécriture du groupe.

16La proposition de réécriture est de créer, d’inventer des situations, des histoires, de réécrire sur des modes divers afin de produire une diversité de styles qui permettent un choix quant à la production finale à savoir un texte de théâtre.

2. La création théâtrale

17La mise en scène a été concertée (Copion - Droits Devant) en privilégiant le respect du texte, le souci d’un spectacle permettant d’être joué dans un maximum de lieux non pourvus de structures techniques.

18Souci d’un spectacle ouvert et laissant une place conséquente à l’échange avec le public.

3. La diffusion

19La plus large possible auprès de la vie associative, des écoles, des mouvements d’éducation permanente, dans tout ce qui est lieu de vie et de rencontre, même dans les théâtres.

20Le projet est soutenu par le ministère des affaires sociales et de la santé de la région wallonne.

21L’écriture finale de la pièce ainsi que les textes des phases successives feront l’objet d’un numéro des éditions « Travailler le social ».

22La pièce sera présentée à partir de septembre 2002.

4. Le Partenaire : « Droits Devant », une association née dans l’action

23- DROITS DEV ANT est un groupe pluraliste, indépendant de toute institution, qui a pris naissance dans l’action.

24- En effet, notre association a été créée par quelques militants, déjà présents et actifs dans la lutte contre l’exclusion sociale qui ont ressenti la nécessité d’unifier les initiatives prises çà et là par différentes organisations, qu’elles soient syndicales ou autonomes au mouvement syndical.

25- En mai-juin 97, une grande manifestation, ponctuant une marche européenne de chômeurs et de précaires avait lieu à Amsterdam.

26- Une manifestation est toujours propice à des rencontres et à des échanges. C’est une occasion pour contester, pour revendiquer, pour imposer un rapport de force, mais c’est aussi un moment pour se parler et confronter les expériences.

27Dans les cars, on plaisante, on rit, on chante et on discute.

28- L’idée de créer DROITS DEV ANT a émergé, durant le trajet qui nous conduisait et nous ramenait d’Amsterdam, dans la tête de quelques chômeurs et minimexés, militants syndicaux et travailleurs sociaux qui ne voulaient plus agir de façon dispersée.

29La première réunion eut lieu en juillet 1997.

30- Lors des premières rencontres, un débat s’est immédiatement enclenché entre les militants syndicaux et d’autres, qui, chômeurs et minimexés, se sentent délaissés, abandonnés, par ces grandes organisations sociales. Ce débat ne fut pas facile à mener et les points d’entente ne furent pas évidents à trouver. Mais au bout de quelques assemblées, les gens avaient appris à se connaître et à un peu mieux se comprendre. T out le monde était d’accord pour dire qu’il ne fallait pas attendre les syndicats pour bouger, mais qu’il fallait absolument les faire bouger. Un syndicat, c’est une infrastructure qui doit être au service des affiliés et des luttes. Les sans-emploi représentent une grande masse de syndiqués, il faut absolument se battre pour que la F.G.T.B. et la C.S.C. organisent en leur sein des structures représentatives des chômeurs et des précaires avec droit de décision. Il faut que les revendications des sans-emploi soient entendues et défendues par tous les syndiqués et donc, y compris, par ceux qui ont encore la chance d’avoir un emploi. Et, justement, mener une action en direction du mouvement syndical permet de faire le lien avec les actifs, car le combat est commun. Ceux qui ont un boulot, en ont marre de travailler autant et en plus, dans la situation économique actuelle, ils peuvent devenir des chômeurs ou même minimexés à tout moment et ceux qui sont chômeurs ou minimexés voudraient un travail. « La société est mal faite » et ne contente personne, seuls les intérêts économiques sont satisfaits.

31- Finalement, pour notre combat, DROITS DEV ANT a retenu « la formule suivante » : que l’on soit syndiqué ou pas, on doit trouver les moyens pour lutter ensemble afin de créer un rapport de force le plus favorable possible pour que nos revendications soient prises en considération et aient une chance d’aboutir.

32- Dans notre groupe, des actifs, chômeurs, minimexés, travailleurs en contrat précaire, militants syndicaux se sont toujours côtoyés.

33- DROITS DEV ANT n’est donc pas un collectif de chômeurs et de minimexés, mais bien un collectif contre l’exclusion sociale qui essaye continuellement de réaliser l’unité entre les différentes composantes de la population et entre les associations, partis politiques et syndicats, car nous pensons que le mouvement social qui porte les revendications des chômeurs, minimexés et précaires est encore trop divisé que pour avoir un poids suffisant par rapport aux pouvoirs économique et politique. Notre priorité est donc de constamment faire appel à TOUS dans toutes les activités que nous entreprenons. Ceci étant dit et bien que les membres de notre association soient issus de différents milieux, nous attachons beaucoup d’importance au fait que notre action doit être basée avant tout sur la prise de parole de ceux qui vivent quotidiennement la précarité. C’est à partir de leur vécu, de leurs aspirations, de leurs témoignages que les revendications du mouvement social contre l’exclusion doivent être élaborées. Dans tous les débats que nous avons organisés, par exemple, nous avons tenu à ce que les personnes concernées puissent exprimer ce qu’elles avaient sur le cœur, leurs difficultés au quotidien et aussi, leurs souhaits d’amélioration de leur vie quotidienne.

34- S’il y a nécessité d’unité, il y a aussi nécessité de mener l’action avec les personnes concernées et de ne pas reproduire à l’intérieur des associations, les phénomènes d’exclusion du droit à la parole et à l’expression que nous connaissons dans la société.

35- Depuis juillet 1997, nous avons été présents sur le terrain de la réflexion et de l’action.

36- Réfléchir, prendre du recul par rapport à ce qu’on fait, se confronter à d’autres façons de pratiquer, c’est important. Nous tenons donc à être un lieu de débats et c’est pour cette raison que nous en avons organisé deux importants à La Louvière. L’un portait sur l’exclusion vécue par les chômeurs et les minimexés « dans la vie de tous les jours » et l’autre, sur le rôle joué par les organisations syndicales vis-à-vis de l’exclusion sociale.

37- Dans le cadre des élections européennes et législatives de juin 1999, nous avons interpellé les partis politiques sur les propositions contenues dans le Livre Gris, une brochure qui fait un tour d'horizon des situations d'exclusion vécues par les minimexés, les chômeurs et les personnes en contrat précaire. Ce document comprend également les alternatives que nous proposons. Nous tenons à être des citoyens actifs et en tant que tels, nous ne voulons pas louper les événements politiques propices à mettre au pied du mur les partis politiques. Dans le cadre d’élections, nous jugeons important que le citoyen force ceux-ci à parler de ce qui intéresse les gens. Au-delà des slogans, nous voulons connaître leurs réelles intentions, ce qu’ils feront effectivement quand ils seront au pouvoir.

38- L’action, nous essayons de la mener en interpellant un maximum de monde : les personnes précarisées, les syndicats, les associations, les partis politiques. Nous avons organisé différentes mobilisations dans notre région du Centre afin que le plus grand nombre possible de gens soient présents à la manifestation des chômeurs français à Paris en mars 98, à la manifestation des chômeurs et des minimexés organisée par le Collectif des Marches européennes le 30 avril 98 à Bruxelles, à la manifestation des syndicats le 11 septembre 98 et le 20 mai 2001 à Bruxelles. Depuis janvier 2001, avec la Ligue des Droits de l'Homme, nous mobilisons pour la suppression du statut cohabitant. À cette fin, nous avons organisé un débat et diffusons toujours une brochure de sensibilisation qui contient des contributions de différentes associations sur ce sujet. Depuis septembre 2001, nous développons l'action dans la région du Centre contre le projet de loi sur le droit à l'intégration sociale du gouvernement arc-en-ciel qui sera bientôt proposé au vote des parlementaires. Cette action, nous la menons en liaison avec plus de 130 associations regroupées dans la plate-forme commune nationale « non au projet de loi sur le droit à l'intégration sociale, oui à une amélioration de la loi sur le minimex ! » À chaque fois, au travers de ces initiatives, nous avons fait appel à la plus grande unité possible et nous nous battons pour que chacun comprenne qu’il faut dépasser les intérêts particuliers pour construire un mouvement social fort.

39- Nous tenons également à être présents dans les mobilisations européennes, car beaucoup de décisions se prennent au niveau de l’Europe. Celles qui sont envisagées pour le futur ne vont pas dans le sens du progrès social, mais bien dans celui de la régression. Il est donc important qu’un mouvement européen de chômeurs, de minimexés, de précaires, d’actifs se développe de façon importante. À DROITS DEV ANT, nous sommes attentifs à la dimension internationale que doit prendre le mouvement contre l’exclusion sociale et c'est pour cette raison que nous avons participé activement aux mobilisations internationales de Cologne, Nice et tout dernièrement de Bruxelles les 13 et 14 décembre 2001.

Un exemple de travail réalisé en Afrique

40Depuis 1993, nous avons axé une partie importante de nos activités en Afrique occidentale, particulièrement au Burkina Faso et au Sénégal, où en collaboration avec des groupements locaux et avec le soutien d’ONG nous travaillons dans la vie associative de base à des créations collectives à destination de publics européens, faire croiser les gens de là bas avec ceux d’ici et promouvoir des projets d’échanges, de collaboration, de soutien.

41Á ce jour, une dizaine de créations ont été réalisées et diffusées.

42La dernière a été créée à Nganda, en pleine brousse, au Sénégal, à quelques kilomètres de la frontière gambienne, au sein d’une association de femmes en milieu rural.

43Trois femmes issues de pays différents se sont rencontrées pendant un peu plus d’un mois et ont eu à se confronter, à se comprendre, à parler de leur statut : le mariage, la religion, leur condition sociale, elles ont eu à s’accepter et à créer ensemble une pièce de théâtre : « Les Belles-mères ».

44- Cinzia est une ouvrière belge issue de l’immigration italienne, elle est mariée, mère de famille et travaille comme trieuse de vêtements dans l’entreprise T erre.

45- Hortense travaille dans le secteur informel au Burkina Faso et participe activement à une association de femmes à Ouagadougou.

46- Amy vit et travaille comme animatrice en milieu rural au Sénégal, elle s’occupe principalement des projets de maraîchage gérés par des femmes.

47Cette rencontre est aboutie dans sa première phase, la pièce est créée et sera diffusée en Communauté française, en France et peut-être en Italie en septembre-octobre-novembre 2002.

« Les Belles-Mères » : L’histoire

48Lucia Dufour a une fille, Alice, celle-ci lui annonce avoir rencontré Bounama, l’homme de sa vie. Lucia n’est pas raciste, mais quand même, devant l’entêtement de sa fille, elle décide de rencontrer la famille de Bounama et fait le voyage en Afrique.

49Et c’est la rencontre avec Maréme, la mère de Bounama, c’est l’affrontement, le noir, le blanc, les catholiques et les musulmans.

50Pourquoi ?
Une griotte conte et chante les origines de la terre et son évolution.
Écriture : collective
Mise en scène: Georget Mourin (Théâtre du Copion - Belgique)
Comédiennes: Cinzia Carta (Une autre Terre - Belgique)
Amy M’baye (Daara-ji - Sénégal)
Hortense Y ameogo (le Baobab - Burkina Faso)
C’est un projet soutenu par l’ONG « Une autre Terre » et la fondation «  CERA ».

51Pour tous renseignements concernant les spectacles :
Théâtre du Copion
112, avenue Goblet 7331 Baudour
Tél/Fax : 065 643 531 Courriel : theatreducopion@ skynet. be


Date de mise en ligne : 01/10/2005

https://doi.org/10.3917/pp.004.0021