Faire des gays et des lesbiennes des citoyen·ne·s responsables. Construction élitaire d’un public minoritaire par un dispositif de démocratie participative à Boston au début des années 1980
- Par Hugo Bouvard
Pages 59 à 82
Citer cet article
- BOUVARD, Hugo,
- Bouvard, Hugo.
- Bouvard, H.
https://doi.org/10.3917/parti.025.0059
Citer cet article
- Bouvard, H.
- Bouvard, Hugo.
- BOUVARD, Hugo,
https://doi.org/10.3917/parti.025.0059
Notes
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[1]
Dans cet article, « homosexuel·le·s » et « gays et lesbiennes » sont utilisés de manière interchangeable, bien que cela ne soit pas le cas dans le dispositif (voir infra). Plus spécifiquement, on écrira « gay » lorsque l’adjectif qualifie directement un individu, et « gai » dans les autres cas de figure.
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[2]
Tenues les 28 avril, 3, 21, 23 juin et 6 juillet 1983, ces « roundtables » ont réuni chacune une douzaine de participant·e·s, soit une soixantaine au total.
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[3]
Dédiés à des sujets définis comme « sensibles », ces « special panels » se sont tenus les 5, 12 et 19 mai, 1er et 2 juin 1983, et ont réuni chacun une quinzaine de participant·e·s, soit une cinquantaine au total.
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[4]
Si aucun événement n’est spécifiquement dédié à l’épidémie de sida qui fait déjà rage à Boston à l’époque, c’est parce qu’est créée à cette époque une commission travaillant spécifiquement sur cette question et dépendant directement du cabinet du maire.
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[5]
Ces « neighborhood hearings » ont eu lieu les 25, 26 et 27 juillet 1983 à l’hôtel de ville de Boston.
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[6]
Diffusé à 5 700 exemplaires via le tissu associatif local ainsi que la presse communautaire. Près de 1 340 exemplaires du questionnaire sont retournés au 1er septembre 1983, soit un taux de réponse jugé très satisfaisant par l’équipe du Boston Project (23 %).
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[7]
Excepté les répondant·e·s au questionnaire, toutes les personnes qui ont participé au dispositif ont donc été expressément invité·e·s par l’équipe du pilotage du Boston Project (voir infra), sur proposition des comités consultatifs composés par cette même équipe de pilotage.
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[8]
Sauf mention contraire, tous les documents d’archive mentionnés sont issus du fonds Brian R. McNaught no 7590, hébergé à la Division of Rare and Manuscript Collections de la bibliothèque de l’Université Cornell.
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[9]
Éditée en plusieurs volumes sous le titre : Transcripts. The Boston Project. Toward an Agenda For Gay & Lesbian Citizens. Ci-après, ce document est simplement désigné par « Transcripts ». Toutes les traductions ont été effectuées par nos soins.
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[10]
Cette fonction est proche de celle d’« intermédiaire communautaire » décrite par Cesare Mattina (2016, p. 247), à ceci près qu’à Marseille elle ne donne pas lieu en tant que telle à rémunération.
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[11]
Ce que nous mettrons en lumière dans l’analyse du processus de recrutement.
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[12]
Dans la suite de l’article, par souci d’économie cette fonction sera désignée simplement par l’expression « agent·e de liaison ».
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[13]
Cette base électorale regroupe les « classes moyennes blanches progressistes n’ayant pas migré en banlieue », les Noir·e·s et les Italien·ne·s-Américain·e·s (Tissot, 2011, p. 78).
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[14]
Executive Order de Kevin White, juin 1982, carton 7, dossier 36.
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[15]
Carton 10, dossier 17.
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[16]
Mémorandum de Lisa Savereid à Kevin White du 10 mars 1982, p. 2, carton 7, dossier 35.
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[17]
Contrat de travail de Brian McNaught signé le 21 juin 1982, carton 7, dossier 34.
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[18]
Nous parlerons de « l’équipe de pilotage » du Boston Project pour faire référence à ces trois individus ainsi qu’aux autres membres du cabinet du maire qui suivent le dispositif de manière plus distante.
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[19]
Table ronde « Institutions Pénales », Transcripts, p. 676.
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[20]
Transcripts, p. 10 et 853.
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[21]
Mémorandum de B. McNaught à S. Marwell du 15 mars 1983, dossier 14, carton 7.
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[22]
Idem.
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[23]
Transcripts, p. 12.
-
[24]
Toutes ces données sont compilées dans Transcripts, p. 859-862.
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[25]
Données du U.S. Census Bureau (Boston Redevelopment Authority Research Division, 2015).
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[26]
« Méthodologie du questionnaire », Transcripts, p. 853.
-
[27]
A profile of Boston’s Gay and Lesbian Community, p. 25.
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[28]
Les seules informations présentes dans les archives du dispositif sur les participant·e·s sont le sexe, l’appartenance éventuelle à une organisation gay/lesbienne et la profession exercée lorsque celle-ci est pertinente quant à la thématique de l’événement. Si le niveau de diplôme n’est pas indiqué, un nombre assez important de participant·e·s sont désignés par leur titre, conformément à la tradition nord-américaine – PhD pour les docteur·e·s de l’enseignement supérieur, MD pour les docteur·e·s en médecine, JD pour les docteur·e·s en droit –, pour qu’on puisse établir la forte dotation globale en capital scolaire du public du dispositif.
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[29]
Cette tension n’est pas spécifique à l’équipe du dispositif mais renvoie à des luttes de définition propres au champ politique sur le fondement de la légitimité de la représentation politique. Voir Achin (2001).
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[30]
Transcripts, p. 10.
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[31]
Ibidem, p. 19.
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[32]
Panel spécial « Jeunesse, Handicap et Vieillesse », Transcripts, p. 363-364.
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[33]
L’étude de la réception du dispositif par les membres de la communauté gaie et lesbienne de la ville qui n’ont pas été invité·e·s à y participer, et notamment par les fractions plus radicales du monde militant tel le collectif Combahee River ou les journalistes qui travaillent à Gay Community News, amènerait sans doute à nuancer cette analyse. Une telle étude nécessiterait néanmoins de mobiliser d’autres types de sources (dépouillement de la presse, archives des groupes militants en question) que celles sur lesquelles s’appuie cet article.
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[34]
Transcripts, p. 4.
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[35]
Transcripts, p. 9.
-
[36]
Ibidem, p. 13.
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[37]
Retranscriptions de la table ronde « Femmes », Transcripts, p. 477.
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[38]
Il y a un caractère paradoxal à ce que cette invisibilité fasse consensus chez tou·te·s les protagonistes du dispositif alors même que le harcèlement policier des lieux gais et lesbiens ainsi que les discriminations homophobes dans l’emploi public et le logement social sont dénoncées par les participant·e·s au cours des discussions, autant d’éléments qui permettent de questionner cette prétendue invisibilité des gays et des lesbiennes aux yeux des fonctionnaires de la ville.
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[39]
Transcripts, p. 14.
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[40]
Retranscriptions de la table ronde « Femmes », Transcripts, p. 500.
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[41]
Ibidem, p. 477. Cette injonction ne vient bien sûr pas que des pouvoirs publics : elle constitue aussi un élément du répertoire d’action d’une large frange du militantisme gay et lesbien de l’époque, dans sa version radicale comme réformiste (Stulberg, 2018), et un « National Coming Out Day » est par exemple même institué de façon annuelle à partir de 1988 (Smith, Haider-Markel, 2002, p. 46).
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[42]
Retranscriptions de la table ronde « People of Color », Transcripts, p. 604.
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[43]
Transcripts, p. 7.
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[44]
Par exemple en tant que membres des divers comités consultatifs.
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[45]
Transcripts, p. 7.
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[46]
Transcripts, p. 21.
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[47]
Compte rendu de la table ronde « Femmes », Transcripts, p. 471.
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[48]
Transcripts, p. 10.
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[49]
Pour la critique d’une conception additive et cumulative des rapports sociaux, voir les discussions autour du concept d’intersectionnalité (Bilge, 2010).
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[50]
Table ronde « People of Color », Transcripts, p. 579.
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[51]
Ibidem, p. 583.
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[52]
Date de la fête nationale étasunienne.
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[53]
Ibidem, p. 587.
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[54]
Extrait de la fiche de poste de l’agent·e de liaison (21 juin 1982). Carton 7, dossier 34. Nous soulignons.
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[55]
Ainsi que le suggèrent les documents conservés dans ses archives, notamment dans le dossier 18 du carton 7.
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[56]
À titre de comparaison, le Boston Project a un budget de fonctionnement de 50 000 dollars, ce qui représente environ 150 000 $ en 2019, compte tenu de l’inflation. Outre les salaires de Christie et Laforest (50 %), les dépenses engagées consistent essentiellement dans l’impression et la distribution des 5 700 questionnaires et des différents rapports issus du dispositif, dont le dernier est largement distribué en décembre 1983.
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[57]
La thèse en cours de l’auteur de cet article vise à retracer cette histoire et à restituer ces débats autour de la « bonne » représentation politique des gays et des lesbiennes.
À travers l’étude d’un dispositif de démocratie participative mis en œuvre à Boston en 1983, cet article restitue les modalités de fabrication d’un « nouveau » public de l’action publique, à savoir les « citoyen·ne·s gays et lesbiennes », et analyse les logiques qui sous-tendent ce processus de catégorisation. Si la conception du dispositif prend en compte l’hétérogénéité de la population cible, des logiques élitaires et socialement sélectives sont néanmoins à l’œuvre dans le recrutement d’« expert·e·s » fortement doté·e·s en capitaux scolaires. Afin de déconflictualiser les relations entre la communauté gaie et lesbienne et les pouvoirs publics, une approche psychologisante des rapports sociaux est promue par l’équipe du dispositif.
- participation
- public
- catégorisation
- groupes minorisés
- minorités sexuelles
- États-Unis
- Boston
- citoyenneté locale
- représentation politique
- clientélisme
- psychologisation des rapports sociaux
- Boston Project
Mots-clés éditeurs : Boston, Boston Project, catégorisation, citoyenneté locale, clientélisme, États-Unis, groupes minorisés, minorités sexuelles, participation, psychologisation des rapports sociaux, public, représentation politique
Making gay and lesbian people responsible citizens. The elitist construction of a minority group using a device of participatory democracy in Boston in the early 1980s
Making gay and lesbian people responsible citizens. The elitist construction of a minority group using a device of participatory democracy in Boston in the early 1980s
Through the study of a device of participatory democracy implemented in Boston in 1983, this article explains the ways in which policymakers created a “new” population, namely “gay and lesbian citizens.” I analyze the rationale behind this categorization process, focusing on the sociodemographic characteristics of the participants. While the design of the device of participatory democracy acknowledged the heterogeneity of the target population, elitist and socially selective approaches were nevertheless at play in the recruitment of “experts” with a high level of educational capital. In order to pacify relations between the city’s gay and lesbian community and the public authorities, the organizing committee of the device promoted a psychologizing approach to social relations.
- citizen participation
- population
- categorization\
- minority groups
- sexual minorities
- United States of America
- Boston
- citizenship at a local level
- political representation
- clientelism
- psychologization of social relations
- Boston Project
Mots-clés éditeurs : Boston, Boston Project, categorization\, citizen participation, citizenship at a local level, clientelism, minority groups, political representation, population, psychologization of social relations, sexual minorities, United States of America
Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.
Date de mise en ligne : 12/12/2019
https://doi.org/10.3917/parti.025.0059