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Une nouvelle section dans la revue Partances : « Regards croisés »

Pages 39 à 45

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  • Entretien avec Batoux, M.,
  • Faradji, C.,
  • Pannekoucke, F.,
  • Étienne Bélanger, C.
  • et Laffore, S.
(2022). Une nouvelle section dans la revue Partances : « Regards croisés » Partances, 5(1), 39-45. https://doi.org/10.3917/parta.005.0039.

  • Entretien avec Batoux, Marie.,
  • et al.
« Une nouvelle section dans la revue Partances : “Regards croisés” ». Partances, 2022/1 N° 5, 2022. p.39-45. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-partances-2022-1-page-39?lang=fr.

  • Entretien avec BATOUX, Marie,
  • FARADJI, Cécile,
  • PANNEKOUCKE, Fabrice,
  • ÉTIENNE BÉLANGER, Charles
  • et LAFFORE, Sandrine,
2022. Une nouvelle section dans la revue Partances : « Regards croisés » Partances, 2022/1 N° 5, p.39-45. DOI : 10.3917/parta.005.0039. URL : https://shs.cairn.info/revue-partances-2022-1-page-39?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parta.005.0039


1 Le Conseil Scientifique de l’accès au départ en vacances, à l’initiative de la publication de la revue Partances, a toujours œuvré dans l’objectif de créer des passerelles entre champs de la recherche et action socio-économique, pour outiller la réflexion de part et d’autre, visibiliser et légitimer l’accès aux vacances comme thématique d’intérêt.

2 La création de cette nouvelle section s’inscrit dans ce cadre. Au travers de quelques questions posées lors d’entretiens réalisés par les membres du Conseil Scientifique, la parole est donnée à des acteurs et actrices de terrain, des personnes participant activement aux départs en vacances.

3 Pour cette première édition, retrouvez-les témoignages de cinq personnalités. Elles exposeront leur avis sur l’accès aux vacances pour toutes et pour tous, et vous feront découvrir les actions déployées sur les territoires.

Entretien avec Marie BATOUX

De votre angle de vue, où en est l’accès aux vacances pour toutes et pour tous sur Marseille ?
La question des vacances pour les Marseillais et les Marseillaises doit devenir centrale, c’est un vrai projet éducatif et social. Une forme de résignation s’est installée, dans un environnement socio-économique complexe.
La municipalité a repris le chantier des vacances, pour créer du lien social et des dynamiques sur les quartiers. Si la question du logement est une préoccupation majeure pour la Ville, il est important de faire respirer les quartiers, de permettre à toutes et tous de prendre du recul, de trouver les moyens de sa propre émancipation, de supporter le quotidien. Les vacances peuvent contribuer à cette finalité.
Selon vous, qu’est-ce qui explique cette situation ?
La ville de Marseille n’est pas très différente des autres villes quant à la gestion des freins aux départs en vacances : freins économiques, freins psychologiques, une faible acculturation aux vacances viennent dresser le tableau. Ce qui accentue la fracture, c’est la situation du parc immobilier de certains quartiers socialement enclavés et la gestion des galères du quotidien qui rendent complexe l’enjeu des vacances. Cet enjeu est d’autant plus accru dans une ville qui, pour de nombreuses personnes, est considérée comme touristique et où la mer devrait ponctuer le quotidien, ce qui est loin d’être le cas.
Comment vous positionnez-vous autour de ces enjeux ?
Depuis deux années la ville se mobilise autour des familles et tout particulièrement des enfants. L’action gouvernementale à travers les « colos apprenantes » a permis de structurer un dispositif pour permettre aux enfants de bénéficier d’une offre éducative qui mobilise plus d’acteurs. Ce sont 1 600 enfants qui ont eu un temps de respiration. Cette action a permis de remobiliser le terrain autour des centres sociaux et ainsi apporter un accompagnement social pour les enfants et les familles. Aujourd’hui, la Ville porte majoritairement ce dispositif « Vacances pour tous ».
À votre échelle, quelles sont les actions que vous déployez actuellement pour œuvrer en faveur de l’accès aux vacances ?
Nous constatons l’accroissement du besoin de répit et de vacances ; le Covid y est pour beaucoup et a fait évoluer la réflexion de la Ville.
Des actions sur la jeunesse existent, avec des projets « jeunes citoyens ». Beaucoup de jeunes construisent par exemple des projets montagnes. Ces projets démontrent l’appétence qu’ils ont à découvrir un autre environnement et ainsi répondent à une autre identification sociale qu’ils n’auraient pas sans ce projet. Les familles et les séniors sont aussi des publics pour lesquels le sujet des vacances est à déployer.
Quelles sont les partenariats qui vous permettent de déployer vos actions ?
L’enjeu partenarial est prépondérant en ce qui concerne le droit aux vacances pour tous mais avant tout il se structure autour d’enjeux partagés et d’un diagnostic commun.
La Caisse d’Allocations Familiales des Bouches-du-Rhône fait partie de ces partenaires, ainsi que les services de l’État à travers la politique de la ville et l’égalité des chances. Les initiatives associatives et les savoir-faire particuliers, tels que ceux de Vacances Ouvertes ou de Vacances et Familles, peuvent contribuer au droit aux vacances. Ce qui nous importe est de partager une conviction commune : les vacances pour nous sont de véritables objets permettant la fraternité, la rupture de l’isolement (notamment chez les séniors) et la création de solidarité nouvelle. Il est important de porter sans relâche le sujet des vacances !

Entretien avec Cécile FARADJI

Pouvez-vous vous présenter succinctement vous-même et votre structure ?
Je travaille au sein de l’AROEVEN Caen Normandie en tant que coordinatrice départementale projets vacances.
L’association se déploie sur la région Normandie au travers de différents secteurs d’activités : formation, séjours enfants – jeunes, Centre de loisirs, accompagnement de projets.
Le poste que j’occupe a été créé en 2016. Il est né d’un partenariat déjà très ancré depuis de nombreuses années, entre la CAF du Calvados et l’Aroeven, qui travaillaient étroitement sur la question des vacances en famille.
L’enjeu de ma mission est de favoriser le départ en vacances des familles du département qui en sont les plus éloignées en utilisant plusieurs leviers :
  • l’animation de réseaux de professionnels
  • la diversification de l’offre de séjours
  • la mise en œuvre de dispositifs spécifiques
De votre angle de vue, où en est l’accès aux vacances pour toutes et tous ?
L’accès aux vacances est inégal suivant les situations des personnes. Si l’aspect financier est un vrai frein, l’histoire que chacun entretient avec les vacances est également déterminant. En effet, il est plus compliqué d’engager un projet vacances lorsque l’on n’est jamais parti que lorsque l’on a déjà pu expérimenter les joies du départ. Il faut pouvoir d’une part s’autoriser à partir mais également s’en sentir capable.
Il faut de plus pouvoir avoir accès à l’information sur les dispositifs ou organismes qui peuvent être un soutien dans la réalisation du projet. Pour certaines personnes, il y a de nombreuses étapes à franchir qui parfois sont autant d’obstacles.
Qu’est-ce qui explique cette situation ?
Le fonctionnement de notre société induit que les vacances sont comme une récompense pour un travail accompli et beaucoup de personnes ne se sentent pas légitimes à partir, d’une part parce que ce n’est pas dans leurs habitudes mais aussi parce qu’elles estiment « qu’elles ne le méritent pas ».
Comment vous positionnez-vous autour de ces enjeux ?
Notre rôle est d’aider les personnes à mettre en œuvre leur projet vacances, permettre le départ effectif et au-delà, favoriser la reproductibilité des vacances ; et ce que nous pouvons constater c’est que nombreuses sont les familles qui sont dépendantes des aides sociales pour pouvoir partir en vacances. Mais il existe des dispositifs d’épargne bonifiée qui permettent à des familles d’anticiper et de se projeter positivement. Au-delà de l’aspect financier, ce que je peux constater c’est que le cadre des séjours proposés aux familles et les modalités de préparation sont déterminants pour permettre le départ et garantir la réussite d’un séjour. En effet, l’accompagnement des familles sur leur projet vacances doit prendre en compte l’ensemble des freins que les personnes peuvent rencontrer : mobilité, difficultés organisationnelles, difficultés intra-familiales, se projeter dans un nouvel environnement, se projeter dans le temps …
Ainsi, si l’on veut favoriser l’accès aux vacances pour toutes et tous, cela nécessite de mettre en œuvre des moyens conséquents, tant financiers qu’humains afin de gommer les inégalités d’accès.
À votre échelle, quelles sont les actions que vous déployez actuellement pour œuvrer en faveur de l’accès aux vacances, et quels sont les effets que vous en observez ?
À mon niveau j’ai différents moyens d’action : je peux agir au niveau des professionnels du territoire pour leur permettre d’accéder à une information centralisée sur l’ensemble des dispositifs d’aide existants. C’est la boîte à outils administrative dont ils peuvent se saisir pour aider les familles à réaliser leurs projets.
Par l’animation du réseau, je contribue à favoriser les interactions entre les professionnels sur le principe des échanges de pratiques, favorisant ainsi une porosité entre les différents territoires, les différents projets vacances des structures.
En développant une offre de séjours diversifiée : séjours collectifs accompagnés, autonomes, séjours camping…
Par le biais de groupes de travail composés de ces mêmes professionnels, je coordonne la création d’une nouvelle offre de séjours : c’est ainsi que depuis 2016 ont été créés des séjours semi-autonomes en camping sous tente qui permettent chaque année à une trentaine de familles (soit une centaine personnes) de découvrir ce mode de vacances Notre association a créé depuis plusieurs années un dispositif d’avance de frais auprès d’hébergeurs dans le cadre de séjours autonomes de familles. Chaque année, environ 130 familles en bénéficient soit 500 personnes et 4 000 journées vacances.
Enfin, en étant à l’écoute des besoins repérés, j’ai la possibilité de créer ou d’activer de nouveaux dispositifs d’aide : pour exemple, le programme Vacances et Insertion de Solidarité Laïque déployé en 2022 sur le département, ou le dispositif « Mon parcours de vacances » créé en 2018.
Les réponses doivent être multiples et diversifiées car les situations le sont aussi.
Quels sont les partenariats qui vous permettent de déployer vos actions ?
Le premier partenaire est la CAF du Calvados présent à tous les niveaux d’intervention de ma mission.
Mes partenaires privilégiés sont ensuite tous les 26 équipements socio-culturels* ainsi que les travailleurs sociaux qui œuvrent au quotidien auprès des familles. En s’impliquant directement au sein du réseau ou des groupes de travail, ils participent à enrichir la politique vacances territoriale et à apporter de nouvelles réponses aux publics.
Vacances Ouvertes est également l’un de nos partenaires historique, l’association offre à la fois un soutien financier aux projets au sein des territoires mais aussi un accompagnement méthodologique et un appui dans l’animation du réseau via la COP (communauté de pratique) et la plateforme CERVO.
Sur le département, le Secours Populaire s’investit également auprès des familles afin de favoriser le départ en vacances, c’est un partenaire important.
Enfin, pour permettre le financement de projets, des dispositifs institutionnels, ou des associations sont sollicités pour rendre possible les départs ou les actions qui les favorisent : Contrat Ville, Fondation de France, Solidarité Laïque, Secours Catholique…
Quels sont les partenariats et / ou projets que vous souhaiteriez développer dans un avenir proche pour renforcer votre action ?
Nous développons actuellement un projet de vacances solidaires qui vise à accueillir tous types de vacanciers avec des coûts différents suivant les ressources des personnes. Ce projet a débuté par l’achat et l’installation d’une lodge installée dans un camping dans la Manche.
*Les centres socio-culturels sur le territoire sont soit municipaux, associatifs ou CAF

Entretien avec Cécile PANNEKOUCKE

Description de l'image par IA : Plage animée avec des gens nageant, des bateaux amarrés, et des bâtiments colorés sur une falaise.
Pouvez-vous vous présenter succinctement vous-même et votre structure ?
L’Agence Régionale du Tourisme (ART) est la structure d’Auvergne-Rhône-Alpes qui œuvre à la promotion du tourisme sur le territoire en lien avec les acteurs du tourisme dans les territoires. L’ART, avec ses 60 collaborateurs, analyse les tendances et attentes, et accompagne les destinations dans leur évolution et leur rayonnement. L’ART agit aussi sur la formation avec Trajectoires Tourisme au bénéfice des acteurs du tourisme.
Quant à moi, je préside l’ART depuis l’automne dernier. Élu régional j’ai à cœur de faire rayonner le territoire et soutenir les projets qui se mettent en œuvre. Convaincu de la pertinence d’une transition du tourisme, je m’inscris dans la dynamique du tourisme bien-veillant porté par Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme.
De votre angle de vue, où en est l’accés aux vacances pour toutes et tous ?
Comme sur tant d’autres sujets, on ne fera sans doute jamais assez. Pourtant, il faut prendre acte de tout le travail mis en œuvre. C’est remarquable. Notre société est dans une dynamique où chacun évolue dans sa sphère sans forcément s’interroger des autres. Il en est de même s’agissant des vacances. Heureusement, de très belles actions sont conduites et donnent la possibilité de départs pour ceux qui en sont éloignés. Au-delà du seul départ en vacances, c’est une expérience enrichissante qui est permise pour ces publics, la découverte d’autres horizons.
Toujours selon vous, qu’est-ce qui explique cette situation ?
Les freins sont nombreux. À commencer par les questions financières et plus globalement dans une forme d’organisation insuffisamment adaptée depuis les conditions de départ en lui-même (quel interlocuteur) jusqu’à l’accueil sur des sites qui ne sont pas toujours adaptés ou pensés pour ceux qui découvrent l’accès aux vacances. Sans oublier les bénéficiaires eux-mêmes qui peuvent être dans une situation qui les laisse à penser qu’ils ne peuvent pas espérer partir - que ce n’est pas fait pour eux. Franchir cette première étape est un préliminaire indispensable pour rassurer et donner un cadre favorable à l’acte de vacances.
Dans les aménagements touristiques il est utile de penser les séjours pour tous avec la dynamique du tourisme social.
Comment vous positionnez-vous (ou votre structure) autour de ces enjeux ?
Du côté de l’Agence Régionale du Tourisme Auvergne-Rhône-Alpes nous avons à cœur de nous adresser à tous les publics. Nous sommes aussi convaincus de l’intérêt du tourisme pour la qualité de vie. Partir et découvrir c’est se ressourcer et se retrouver, souvent apprendre et prendre soin de soi. Appréhendé sous cet angle, c’est un droit élémentaire.
Nous avons en conséquence la conviction que tout le monde doit avoir droit aux vacances et aux bienfaits associés.
À votre échelle, quelles sont les actions que vous déployez actuellement pour œuvrer en faveur de l’accès aux vacances, et quels sont les effets que vous en observez ?
Plusieurs types d’actions sont développées du côté de l’ART.
Il s’agit notamment d’organiser des aides au départ, depuis le transport jusqu’à l’hébergement et les activités.
On peut notamment citer une action mise en œuvre au bénéfice des jeunes publics majeurs pour faciliter l’accès au ski. Cette action connaît un vif succès et les retours que nous en avons sont autant de motivations pour proposer toujours plus.
Quels sont les partenariats qui vous permettent de déployer vos actions ? Et quels sont les partenariats et/ou projets que vous souhaiteriez développer dans un avenir proche pour renforcer votre action ?
Faire seul n’aurait pas de sens, de surcroit pour ces actions. C’est pourquoi nous travaillons avec des partenaires qui partagent les mêmes valeurs et ambitions. Vacances Ouvertes est à nos côtés dans ce cadre. Nous avons aussi une action forte au sein de Essentiem -fonds de dotation dont nous sommes membre fondateur. Essentiem œuvre de manière exemplaire dans le cadre d’actions pour permettre un tourisme plus durable et plus social ; un bras de levier exemplaire qui permet aux acteurs du tourisme de conduire les actions en réponse à leur ambition de tourisme pour tous.

Entretien avec Charles Étienne BÉLANGER

De votre point de vue, où en est l’accès aux vacances pour toutes et tous ?
Si l’on veut situer l’importance de la question de l’accès aux vacances pour le plus grand nombre (Tourisme pour Tous) au sein du secteur du tourisme, on remarque qu’au cours des dernières années, elle a plutôt eu tendance à diminuer au profit de l’enjeu plus global du tourisme durable, lié en bonne partie à l’urgence climatique. Or, l’accès aux vacances est aujourd’hui un enjeu qui est d’autant plus d’actualité que la pandémie a accentué les inégalités socio-économiques dans plusieurs régions du monde et que la hausse importante du coût de la vie risque de freiner encore plus de citoyens dans leur désir de partir en vacances. Il est donc prioritaire de repositionner la question de l’accès aux vacances pour toutes et tous au cœur des débats et enjeux au sein de l’écosystème touristique, tout en l’inscrivant dans le cadre du développement des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies.
Toujours, selon vous, qu’est-ce qui explique cette situation ?
Les problèmes de surcapacité du tourisme (overtourism) dans plusieurs destinations et les phénomènes de rejet que cela a pu entraîner de la part de nombreux habitants peuvent en partie expliquer pourquoi le sujet du tourisme pour le plus grand nombre ait pu régresser dans l’agenda politique de nombreuses institutions et pouvoirs publics. Un autre aspect à prendre en compte, même si ce n’est pas vraiment nouveau, est le fait que trop souvent on réduit la question de « l’accessibilité » aux vacances aux personnes ayant un handicap. Or, si ce groupe de la population est important, on oublie trop souvent que l’accès aux vacances implique aussi d’autres dimensions : accessibilité financière, éducative, culturelle… Enfin, comme mentionné précédemment, la question de la durabilité, surtout environnementale, en tourisme a pris beaucoup d’importance et la dimension sociale de la durabilité a en quelque sorte été laissée de côté.
Comment ISTO se repositionne-t-elle autour de ces enjeux ?
Depuis déjà quelques années, ISTO a ajouté à sa mission de base qui est celle de « favoriser le développement du tourisme pour tous et rendre le départ en vacances accessible au plus grand nombre », celle de « promouvoir et soutenir un tourisme privilégiant le service des personnes, des communautés et des territoires, et s’identifiant notamment sous les termes de tourisme responsable, solidaire, équitable ou communautaire ». En s’appuyant sur ses principes de base, ISTO a aussi actualisé son positionnement stratégique autour de son ADN qui se décline en 5 axes : accessibilité, environnement, solidarité, commerce équitable et qualité de vie ; le tout en lien avec les ODD. L’enjeu majeur pour notre organisation et nos partenaires est de voir comment on peut à la fois faire en sorte qu’un plus grand nombre de citoyens puissent partir et bénéficier des vacances, tout en évitant les problèmes causés par le tourisme de masse classique.
À votre échelle, quelles sont les actions que ISTO déploie actuellement pour œuvrer en faveur de l’accès aux vacances, et quels sont les effets que vous en observez ?
ISTO agit à quatre grands niveaux. Le premier, qui est aussi le plus important, concerne la représentation politique. Elle a pour but de convaincre les gouvernements et les organisations internationales d’intégrer cette dimension dans leurs politiques, programmes et initiatives. Le deuxième vise à la mise en réseau des membres afin de faciliter l’échange de bonnes pratiques lors d’événements (congrès mondial, forums régionaux, webinaires). Parmi les dernières initiatives menées, il faut souligner l’organisation d’une Semaine internationale « Tourisme pour Tous, durable et solidaire » qui vise à promouvoir les actions de membres. Soulignons aussi le travail réalisé par les groupes de travail (tourisme accessible, tourisme responsable et solidaire, égalité des genres, recherche et formation, task-force syndicale). Enfin les deux autres volets de l’action d’ISTO portent sur la diffusion d’information et la production de recueil de bonnes pratiques ainsi que la participation à des projets co-financés par des institutions régionales.
Quels sont les partenariats (actuels ou futurs) qui vous permettent de déployer vos actions ? Et quels sont les projets que vous souhaiteriez développer dans un avenir proche pour renforcer votre action ?
Les institutions et acteurs belges actifs dans le tourisme social sont les premiers partenaires d’ISTO, puisqu’elles contribuent de façon importante au fonctionnement du Secrétariat international de l’organisation basée à Bruxelles. Il y a ensuite des partenariats liés à des projets, événements et actions spécifiques, avec des entités publiques de divers pays, en plus évidemment de tout le réseau de membres qui appuient ISTO, soit 170 organisations dans près de 40 pays. Le principal projet que l’organisation souhaite développer dans un avenir proche, est celui d’un Observatoire sur le tourisme social, durable et solidaire. Nous sommes tous conscients de la nécessité de pouvoir disposer, regrouper et analyser davantage de données, statistiques et indicateurs permettant de mieux mesurer l’évolution et les impacts des politiques et bonnes pratiques en matière d’accès aux vacances. Un projet ambitieux mais à la hauteur de l’expérience d’ISTO qui célébrera en 2023 ses 60 ans !

Entretien avec Sandrine LAFFORE

Pouvez-vous vous présenter succinctement ?
Je suis travailleuse sociale depuis 25 ans avec des expériences riches et diversifiées (conseillère en économie sociale et familiale dans un centre d’hébergement pour personnes à la rue et le logement social), un métier passionnant en continuité avec mes engagements associatifs. Déjà lycéenne j’étais très impliquée dans la vie de mon village en Lot-et-Garonne en étant animatrice d’un centre de loisirs et éducatrice rugby. Quelques années plus tard je me suis impliquée dans différentes associations d’entraide et de soutien.
Je suis également très engagée politiquement et je suis aujourd’hui conseillère régionale et municipale. Je suis très attachée aux valeurs d’entraide, d’écoute, de solidarité et de justice avec une devise que j’ai fait mienne “;J’ai appris qu’un homme a le droit de regarder quelqu’un de haut seulement quand il est en train de l’aider à se relever” Gabriel Garcia Marquez.
De votre angle de vue, où en est l’accès aux vacances pour toutes et tous ?
Aujourd’hui l’accès aux vacances n’est pas une priorité, notamment dans les familles les plus vulnérables. Il semblerait qu’un fossé se creuse également avec les familles à revenu médian (revenu trop élevé pour avoir des aides et pas assez confortables pour partir en vacances). Il y a une vraie réflexion à mener pour ces deux types de publics. Dans les familles très vulnérables, le discours des vacances est peu véhiculé par les travailleurs sociaux et encore vécus comme un “superflu”. Il est difficile pour les familles en grande difficulté de se projeter vers des vacances, plus souvent synonymes de dépenses que de “bol d’air”. Mon emploi de travailleur social et mes lectures me confortent dans cette idée.
Toujours selon vous, qu’est-ce qui explique cette situation ?
Le premier frein est l’argent, vient ensuite la représentation des vacances (dépenses, loi-sirs…) et puis malheureusement le regard des autres et les discours peu bienveillants du type “ce sont toujours les mêmes qui sont aidés” : la réalité est parfois difficile pour les familles.
Parmi les leviers, je peux citer le discours des partenaires sociaux, le tourisme social avec des soutiens à développer, un travail sur la mixité des publics pour l’enrichissement et peut être un discours moins clivant mais j’ai peur d’être très utopique concernant ce dernier point.
Comment vous positionnez-vous (ou votre structure) autour de ces enjeux ?
Pour la région nous sommes focalisés sur trois objectifs : la poursuite de la politique d’accompagnement des structures du tourisme social, l’accompagnement également des autres structures pour développer cet axe et la poursuite (ou la remise en place) du Chèque-Vacances.
À votre échelle, quelles sont les actions que vous déployez actuellement pour œuvrer en faveur de l’accès aux vacances ?
Si je ne m’attache qu’au public, il y a deux actions :
  • DestiNAction qui est un dispositif de soutien au départ autonome des jeunes avec une aide financière possible de 130€ pour les voyages en France et de 250€ pour l’Europe. Le public cible sont les apprentis, les étudiants, les lycéens et/ou les jeunes actifs.
  • Les Chèques-Vacances dont le projet est en cours d’étude.
Quels sont les partenariats qui vous permettent de déployer vos actions ? Et quels sont les partenariats et/ou projets que vous souhaiteriez développer dans un avenir proche pour renforcer votre action ?
Il nous faut travailler avec les organismes sociaux et les conseils départementaux (qui ont une compétence Action sociale), avec les différentes structures du tourisme social pour valoriser mais aussi communiquer sur les séjours.
Description de l'image par IA : Trois personnes en canoë sur une rivière, entourées de bâtiments anciens et d'arbres verts luxuriants.

Date de mise en ligne : 04/06/2025

https://doi.org/10.3917/parta.005.0039