Article de revue

Quatre-vingts ans plus tard…

Pages 7 à 8

Citer cet article


  • Jolin, L.
(2016). Quatre-vingts ans plus tard… Partances, 2(1), 7-8. https://doi.org/10.3917/parta.002.0007.

  • Jolin, Louis.
« Quatre-vingts ans plus tard… ». Partances, 2016/1 N° 2, 2016. p.7-8. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-partances-2016-1-page-7?lang=fr.

  • JOLIN, Louis,
2016. Quatre-vingts ans plus tard… Partances, 2016/1 N° 2, p.7-8. DOI : 10.3917/parta.002.0007. URL : https://shs.cairn.info/revue-partances-2016-1-page-7?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parta.002.0007


Notes

1 Dans son Court traité sur les vacances, les voyages et l’hospitalité des lieux paru en 2006( [1]), soit soixante-dix ans après l’avènement des congés payés( [2]), Jean Viard rappelait que les vacances « avaient profondément transformé nos sociétés, nos régions et nos modes de vie », tout en soulignant néanmoins que plus du tiers des Français ne partaient toujours pas en vacances( [3]). Dix ans plus tard, cet ancrage des vacances reste toujours le même dans nos sociétés, mais le départ en vacances n’a pas fait de progrès substantiels, du moins dans les pays industrialisés. La crise économique de 2008 et ses effets persistants jusqu’à nos jours n’ont pas favorisé le départ en vacances dont le taux n’a pratiquement pas bougé, malgré les efforts constants des associations et l’existence toujours précaire de mesures sociales. Des progrès sont cependant notables avec l’essor d’une classe moyenne dans plusieurs pays émergents.

2 Dans la présentation du premier numéro de la revue Partances, Laurence Moisy mentionnait, elle aussi, se basant sur les derniers chiffres du Crédoc (2014), qu’à peine 60% des Français étaient partis en vacances entre mi-2013 et mi-2014( [4]). Bien sûr, au fil des ans, les comportements ont changé, les vacances sont de plus en plus morcelées, nombreux sont ceux qui préfèrent partir pour de courts séjours qu’on ne peut assimiler aux vacances proprement dites. Toutes ces évolutions rendent difficile la pleine évaluation de ce phénomène social et économique et justifient la création, en 2014, du Conseil scientifique de l’accès au départ en vacances et de la revue Partances, en 2015, afin de mieux comprendre les mécanismes du départ et du non-départ en vacances. Cela reste donc toujours une question d’actualité, mais…

3 En cette année du 80ème anniversaire des congés payés, on ne peut rester insensible à l’actualité du monde : des centaines de milliers de personnes sont contraintes de partir pour fuir la guerre, pour sauver leur vie ou encore pour tenter de trouver un environnement leur permettant de vivre et d’élever leur famille en sécurité. On est à la fois loin du « partir en vacances », tout en demeurant au cœur des enjeux de la mobilité internationale qui sont, plus que nous le pensons, interdépendants. Des pays qui accueillaient jusqu’à maintenant de nombreux visiteurs domestiques et internationaux ont vu leur industrie touristique s’écrouler par la guerre et le terrorisme, les frontières se referment dans plusieurs pays, des murs physiques et psychologiques se construisent en Europe et dans les Amériques et les capacités d’accueil de nos société sont rudement mises à l’épreuve…

4 Il ne s’agit pas ici de bouder la fête et nous devons continuer de nous battre pour que l’ensemble de nos concitoyens puissent vivre pleinement et avoir accès aux vacances et à l’activité touristique, mais on ne peut oublier les conséquences psychologiques, politiques, sociales et économiques provoquées par l’actuelle migration de milliers de personnes, l’afflux de réfugiés et le durcissement des politiques d’accueil malgré la générosité de plusieurs (individus, ONG et certains pays).

5 Le présent numéro de Partances n’aborde pas directement ces questions mais le dossier principal tente de cerner certaines évolutions qu’a connues le départ en vacances depuis sa démocratisation ainsi que ses impacts sur les individus et la société en général.

6 Géographe, Luc Greffier propose une « ethnologie exploratoire des vacances » en rappelant « que l’exceptionnel d’hier est devenu le commun d’aujourd’hui ». Malgré les critiques de ceux qui regrettent le temps où eux seuls pouvaient voyager, l’auteur propose une « ode à la démocratisation du voyage » qui offre « une possible confrontation à l’altérité » à laquelle nous osons ajouter : de manière pacifique !

7 En tant qu’historien Sylvain Pattieu aborde les évolutions du tourisme social à partir de ce qu’a vécu l’association Tourisme et travail de 1944, date sa création, jusqu’en 1985, date de sa disparition. La conception même du tourisme social s’est transformée et ce qu’a traversé Tourisme et travail, malgré sa spécificité, rejoint ce qu’ont vécu plusieurs autres associations. Le contexte économique, social et politique y est pour beaucoup dans ces évolutions.

8 Le sociologue Bertrand Réau souligne que les trajectoires des vacances sont liées aux trajectoires sociales. Ayant démontré dans le passé « que les voyages participent à l’acquisition d’un capital transactionnel » (apprentissage de la mobilité, adaptations aux milieux culturels, compétences linguistiques), l’auteur propose dans son article de réaliser des enquêtes auprès d’adultes « afin de retracer les différentes formules de vacances connues depuis l’enfance et de les mettre en relation avec leur trajectoire sociale », ainsi qu’auprès d’enfants « sur leurs expériences touristiques ».

9 Les valeurs du tourisme social et solidaire sont proposées aux vacanciers, mais dans quelle mesure sont-elles connues par eux et déterminent-elles leur choix de destinations et de formules de vacances ? C’est à ces questions que répond l’analyse réalisée par l’économiste Gilles Caire et ses collègues Sophie Nivoix et Yves Roy à partir de la dernière enquête UNAT soutenue par l’ANCV, Atout France et Vacances Ouvertes. Les auteurs présentent leur démarche méthodologique et les principaux résultats.

10 Partances veut reconnaître et encourager, par des prix gratifiants et incitatifs, les travaux d’étudiants portant sur des thématiques reliées au départ en vacances et au tourisme social. Aussi le présent numéro publie les grandes lignes de la recherche de Florence Herman-Boulanger sur les liens entre acteurs de gérontologie et professionnels du tourisme, de la recherche de Justine Dupuis sur les motivations des animateurs et des directeurs volontaires de structures de vacances ainsi que du projet de recherche de Marie Grenouilleau et Éline Villain sur les freins au départ en vacances des jeunes âgés de 18 à 25 ans en situation de handicap moteur.

11 Enfin, le numéro se termine par quelques mises en lumière d’organisations, d’initiatives et réflexions innovantes, de projets d’études et résultats d’enquêtes proposés par divers acteurs associatifs.

12 Si l’accueil réservé au premier numéro de Partances nous a convaincu de sa pertinence, nous espérons qu’il en sera de même de la présente édition. Car - et revenons à Jean Viard dans son court traité - les voyages de vacances « sont ce moment de transhumance où nous allons voir au-delà de la frontière du quotidien, où nous nous frottons au lointain, à la différence, au passé ou à nos rêves, aux autres. »

13 La démocratisation de ce moment mérite d’être fêtée et étudiée !


Date de mise en ligne : 04/06/2025

https://doi.org/10.3917/parta.002.0007