Article de revue

L’inclusion sociale par les vacances en Amérique latine

Pages 75 à 79

Citer cet article


  • Gomez, V.
  • et Rodriguez Abitia, S.
(2016). L’inclusion sociale par les vacances en Amérique latine. Partances, 2(1), 75-79. https://doi.org/10.3917/parta.002.0075.

  • Gomez, Veronica.
  • et al.
« L’inclusion sociale par les vacances en Amérique latine ». Partances, 2016/1 N° 2, 2016. p.75-79. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-partances-2016-1-page-75?lang=fr.

  • GOMEZ, Veronica
  • et RODRIGUEZ ABITIA, Sergio,
2016. L’inclusion sociale par les vacances en Amérique latine. Partances, 2016/1 N° 2, p.75-79. DOI : 10.3917/parta.002.0075. URL : https://shs.cairn.info/revue-partances-2016-1-page-75?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parta.002.0075


Notes

  • [1]
    Alliance de recherche universitéscommunautés en économie sociale. Un article sur les premiers résultats de cette recherche est paru dans le magazine de l’OITS Le tourisme social dans le monde, n° 150, juillet 2010, p. 16-17. Par la suite, l’OITS Amériques a publié pour les participants de la Rencontre des Amériques du Tourisme Social, Sao Paulo, août 2011 « El turismo social en las Américas: análisis legislativo del derecho a las vacaciones anuales ».
  • [2]
    http://www.ilo.org/americas/temas/econom%C3%ADa-informal/lang–es/index.htm, Economía informal en América latina y Caribe, consulté le 27 janvier 2016.
  • [3]
    L’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) ne fait pas de distinction entre le mouvement de voyageurs pour raison de loisir ou affaires à l’intérieur des territoires nationaux.

Quelques mots sur…. l’OITS Amériques

L’Organisation Internationale du Tourisme Social, (OITS), créée en 1963, est une association internationale à but non lucratif qui a pour mission de soutenir l’accès du plus grand nombre aux loisirs, aux vacances et au tourisme. Elle vise aussi à promouvoir un tourisme solidaire et durable qui accorde des bénéfices aux populations d’accueil et respecte les patrimoines naturels et culturels. L’OITS s’est développée dans les Amériques dès 1994 pour être légalement constituée, à Montréal, en 1996 sous le nom de BITS-Amériques (Bureau International du Tourisme Social). Cette section régionale sert d’organe de promotion, de contact, de coordination et d’échanges pour les pays d’Amérique du Sud, d’Amérique Centrale et Caraïbes et d’Amérique du Nord.

1 Il n’est pas rare de rencontrer certaines personnes qui, œuvrant pourtant dans le domaine du tourisme, perçoivent l’Amérique latine comme une région homogène, qui partage des manières et styles de vie très similaires. Néanmoins, lorsqu’on prend le temps de découvrir davantage cette région, on entrevoit les multiples aspects de sa diversité. L’inclusion aux vacances et au tourisme constitue l’un de ses aspects distinctifs et représentatifs.

Du droit aux vacances en amérique latine …

2 Commençons par explorer le nombre annuel de jours de vacances payés que les législations nationales prévoient dans cette région du monde. Pour ce faire, citons la recherche sur le droit aux vacances que le Secrétariat pour les Amériques de l’Organisation internationale du tourisme social (OITS Amériques) a menée entre 2009 et 2011, en partenariat avec des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et avec l’appui financier du Chantier Loisir et tourisme social de l’ARUC-économie sociale( [1]).

3 À partir de l’inventaire des lois réalisé, nous repérons à un extrême que le Brésil, le Nicaragua, le Pérou, Panama et Cuba accordent 30 jours de congés payés, tandis qu’à l’autre extrême, la Bolivie n’accorde que sept journées par an (tableau 1). Il s’agit bien sûr du minimum légal qui dans plusieurs pays peut être augmenté en fonction du nombre d’années d’expérience au travail. Il existe aussi en Amérique latine des contrats de travail individuels et des conventions collectives qui permettent d’accéder à un plus grand nombre de jours de vacances annuels. D’un autre côté, il faut aussi mentionner l’existence regrettable, dans certains pays, de pratiques de vente des journées de vacances, permettant de continuer à travailler sans prendre de pause.

4 Pour ce qui est des similitudes, dans la plupart des pays d’Amérique latine et dans les Caraïbes, le nombre d’heures quotidiennes travaillées est élevé et les salariés prennent globalement peu de vacances, en particulier ceux, encore nombreux, qui vivent d’un emploi non déclaré. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), en « Amérique latine et dans les Caraïbes, au moins 130 millions de personnes travaillent dans des conditions informelles ». Les données de l’OIT révèlent que « parmi les 20% de la population comptant les plus grands revenus de la région, l’informalité touche 30% des personnes. Toutefois, parmi les 20% de la population ayant le moins de revenus, 73,4% se retrouvent en situation d’informalité »( [2]).

5 Si ces premiers résultats ne nous permettent pas une lecture exacte de la situation régionale, ils nous offrent un panorama de la coexistence, sur le même territoire, de différentes réalités quant au droit aux vacances et, plus encore, quant à l’inclusion au tourisme.

Tableau 1

Nombre de journées de vacances annuelles payées et possibilité d’accroissement de ce nombre par pays d’Amérique latine.

Pays observéNombre de journées payéesPossibilité d’accroissement
Brésil, Cuba, Nicaragua, Panama, Pérou30Non
Chili21Oui
Uruguay20Oui
Guatemala18Non
République Dominicaine, Venezuela18Oui
Colombie17non
Equateur15Oui
Le Salvador15Non
Haïti15NC
Argentine, Jamaïque14Oui
Costa Rica14Non
Guyana, Honduras, Paraguay12Oui
Mexique10Oui
Bolivie7Oui
Description de l'image par IA : Tableau comparatif des jours de vacances payées et possibilités d’accroissement par pays en Amérique latine.

Nombre de journées de vacances annuelles payées et possibilité d’accroissement de ce nombre par pays d’Amérique latine.

6 Devant l’intérêt que suscite depuis peu le tourisme domestique, défini comme le mouvement de voyageurs à l’intérieur des frontières nationales, quelques pays ont élaboré des estimations des flux de voyageurs à l’intérieur de leur territoire, en particulier au sein des grands pays. Cependant, comme, dans la plupart des cas, nous ne pouvons distinguer les déplacements motivés par le loisir de ceux motivés par les affaires( [3]), il est difficile d’avancer une conclusion.

7 De façon générale, il est interpelant d’observer que dans une région où la population urbaine est majoritaire, alors que les vacances et le tourisme devraient faire partie intégrante du loisir urbain organisé, le pourcentage estimé de personnes qui y demeurent sans voyager reste énorme et majoritaire, en cohérence avec le taux d’inégalité de cette zone, le plus grand au monde.

8 Considérant que le tourisme est la plus grande expression de l’exercice du loisir et la principale référence de la qualité de vie des sociétés du XXIème siècle, nous pouvons affirmer que la situation en Amérique latine et dans les Caraïbes, en général, est loin d’être idéale. Ainsi, une très grande majorité de pays ont entrepris de développer des programmes d’inclusion dans la région, soit de tourisme social, avant 1994 et l’arrivée de l’OITS.

… À l’inclusion par le tourisme

9 Aujourd’hui encore, en Amérique latine et dans les Caraïbes, le tourisme est considéré par de nombreux gouvernements comme un luxe et non comme un facteur de développement social et personnel. Le grand défi pour l’OITS Amériques reste donc de continuer à soutenir la création de politiques publiques en matière du tourisme, sur un continent qui s’étend d’un pôle terrestre à l’autre.

10 Malgré un contexte où depuis les années 80, les gouvernements de la région ont été contraints à adopter des politiques de réduction des dépenses publiques, qui ont provoqué l’abandon des projets d’inclusion sociale mis en place à travers les loisirs et le tourisme, presque 20 ans d’existence de l’OITS sur le continent, plusieurs activités de sensibilisation et divers projets, ont permis de développer des actions concrètes auprès des gouvernements des pays américains préoccupés par le fait de rendre effectif le départ en vacances.

11 Parmi ces gouvernements, citons par exemple le Mexique, le Costa Rica, le Chili, le Paraguay, le Pérou, le Guatemala (membres de l’OITS) ainsi que l’Argentine et l’Uruguay, entre autres. Ainsi avec ce soutien et en un peu plus de 30 ans d’une politique néolibérale continue, des efforts d’inclusion sont nés d’initiatives diverses : depuis le secteur de l’entreprise privée jusqu’au secteur social et associatif, de quelques gouvernements locaux, etc. Les expériences sont aussi riches et abondantes que les résultats sont variés.

Le Brésil fait partie des pays retenus dans le cadre d’initiatives d’inclusion au tourisme pour le plus grand nombre en Amérique latine

Description de l'image par IA : Plage animée avec des palmiers, des gens marchent, des parasols, et des montagnes en arrière-plan.

Le Brésil fait partie des pays retenus dans le cadre d’initiatives d’inclusion au tourisme pour le plus grand nombre en Amérique latine

© Gabyps / Pixabay

12 Parmi les initiatives d’inclusion au tourisme pour le plus grand nombre existantes en Amérique latine, deux sont ici retenues :

  • Au Brésil, le Serviço Social do Comércio, à São Paulo (SESC SP), premier membre de l’OITS dans les Amériques, créé en 1946 par les entrepreneurs du commerce de biens matériels, des services et du tourisme, se caractérise par l’innovation et la transformation de la société. Dans l’état de São Paulo, le SESC rassemble un réseau de 36 établissements dont la plupart sont des centres culturels et sportifs qui offrent des activités dans différents domaines : social et éducatif, santé et alimentation, arts, culture physique et sportive, sécurité alimentaire, etc. Son programme de Tourisme Social est basé sur quatre principes : la démocratisation de l’accès au tourisme, le développement social des participants, l’éducation par le tourisme et l’éducation pour le tourisme. L’action éducative de ce programme est menée dans la perspective qu’orienter le touriste vers un comportement plus consciencieux et responsable constitue une partie de l’éducation globale du citoyen car « nous n’abandonnons pas qui nous sommes quand nous partons en voyage ». Ces actions sont développées par des séjours et visites d’un jour au Centre de Loisir et Vacances SESC Bertioga (centre de vacances ayant une capacité d’accueil de 1 000 personnes par jour, placé dans la ville de Bertioga, en bord de mer), des excursions de courte, moyenne et longue durée (à destination de différentes villes de l’état de São Paulo et d’autres états brésiliens), des visites d’une journée (ville de São Paulo ou villes avoisinantes) et par des activités complémentaires (conférences, séminaires, réunions de travail et loisir, cours, ateliers et rencontres).

Centre de Loisir et Vacances SESC Bertioga (centre de vacances ayant une capacité d’accueil de 1 000 personnes par jour)

Description de l'image par IA : Piscine extérieure avec plusieurs bassins, chaises longues et parasols, bordée de palmiers et de bâtiments rouges.

Centre de Loisir et Vacances SESC Bertioga (centre de vacances ayant une capacité d’accueil de 1 000 personnes par jour)

© SESC Bertioga
  • En Colombie, la Caja de Compensación Familiar Comfenalco Antioquia (personne morale de droit privé à but non lucratif) est une organisation qui contribue à l’amélioration des conditions de vie de milliers de familles colombiennes en fournissant des programmes complets de sécurité sociale qui s’adressent aux populations les plus démunies, dans les domaines de la santé, du logement, de l’éducation, des loisirs et du tourisme, de la culture et du bien-être économique. Comptant sur leur propre offre hôtelière (réseau d’hôtels et campings), parcs écologiques et de loisirs, Comfenalco Antioquia développe divers forfaits et visites découvertes accessibles aux familles ainsi que des programmes touristiques destinés aux seniors, aux enfants et aux jeunes.

15 Dresser un panorama des initiatives d’inclusion touristique de la région est très complexe et représente tout un défi tant pour les opérateurs, les associations et autres organisations que pour les gouvernements. La bonne nouvelle est que la créativité des latino-américains et leur très grande volonté rendent concrets tous ces efforts d’inclusion aux vacances et au tourisme pour toute personne (enfants et jeunes, familles, salariés, seniors, personnes en situation de handicap, etc.), de façon solidaire, responsable et durable.

16

“ « Break », « lâcher-prise », « bien-être », «expériences », « sensations », « insolite », etc, nombreux sont les termes qui caractérisent aujourd’hui les nouvelles aspirations en matière de vacances. Ces attentes (…) obligent les acteurs touristiques à repenser leur projet, leurs produits et leur manière d’entreprendre. ”

Description de l'image par IA : Enfant dans l'eau, cheveux mouillés, lunettes de soleil, maillot rose.
© Ben_Kerckx / Pixabay

Pour aller plus loin…


Date de mise en ligne : 04/06/2025

https://doi.org/10.3917/parta.002.0075