Article de revue

Le répit conjoint aidant / aidé est désormais possible

Pages 69 à 74

Citer cet article


  • Cécillon, J.
(2016). Le répit conjoint aidant / aidé est désormais possible. Partances, 2(1), 69-74. https://doi.org/10.3917/parta.002.0069.

  • Cécillon, Jacques.
« Le répit conjoint aidant / aidé est désormais possible ». Partances, 2016/1 N° 2, 2016. p.69-74. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-partances-2016-1-page-69?lang=fr.

  • CÉCILLON, Jacques,
2016. Le répit conjoint aidant / aidé est désormais possible. Partances, 2016/1 N° 2, p.69-74. DOI : 10.3917/parta.002.0069. URL : https://shs.cairn.info/revue-partances-2016-1-page-69?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parta.002.0069


Notes

  • [1]
    ARRCO : Association pour le Régime de Retraite Complémentaire des salariés. AGIRC : Association Générale des Institutions de Retraite des Cadres.
  • [2]
    Avec le soutien conjoint de la CNSA et les institutions de retraite complémentaire professionnelles ARRCO et AGIRC re-groupées au sein d’AMICAP, groupes AGRICA-LOURMEL-IRP AUTO et PRO BTP.
  • [3]
    AG2R La Mondiale, AGRICA, AUDIENS, APICIL, KLESIA, LOURMEL.
  • [4]
    Plateforme dont le développement des outils techniques a bénéficié du soutien financier direct des fédérations AGIRC et ARRCO ainsi que de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie), confirmant l’intérêt accordé par les pouvoirs publics au concept social innovant porté par VRF.
  • [5]
    Investissements financiers rendus possibles par les fédérations AGIRC et ARRCO.

Quelques mots sur…. Vacances Répit Familles (VRF)

L’association Vacances Répit Familles, créée par PRO BTP et l’AFM Téléthon en 2013, porte le concept d’un projet social innovant destiné à favoriser le répit des aidants de personnes dépendantes âgées, en situation de handicap ou malades, maintenues à leur domicile. Pour inscrire ce répit dans une sécurité de prise en charge sans rupture physique culpabilisante, aidants et aidés sont accueillis sur un même lieu, de façon différenciée : par une prise en charge médico-sociale en hébergement temporaire pour l’aidé, dans une logique de tourisme et loisirs pour l’aidant. L’objectif est de constituer un réseau d’établissements, chacun associant une structure médico-sociale à un village de vacances, dans le cadre d’une franchise sociale structurée autour d’une plateforme d’évaluation et d’aide à la réservation.

1 Toutes les statistiques, tous les rapports successifs en témoignent : les structures collectives ne seront jamais en mesure d’accueillir la totalité des personnes âgées en situation de dépendance, de handicap ou atteintes de maladies chroniques invalidantes. La démographie observée et l’allongement de la durée de la vie sont tels qu’il est inenvisageable qu’il en aille différemment. Même si les plus optimistes tablent sur les succès de la recherche médicale pour sinon guérir, du moins enrayer la maladie d’Alzheimer et autres maladies neurodégénératives apparentées, le facteur temps, le vieillissement actuel de nos populations et les dépendances qui y sont associées, restent une réalité pour de longues années encore.

2 Quand on parle de structures d’accueil, notamment pour personnes âgées, on peut même raisonnablement imaginer qu’elles seront à l’avenir de plus en plus orientées vers la prise en charge de pathologies nécessitant un accompagnement médical, privilégiant ainsi le maintien à domicile concernant les autres situations de perte d’autonomie.

3 Ce maintien à domicile, qui consomme aujourd’hui une part essentielle des services à la personne et qui est donc appelé à se développer davantage encore, nécessite une mobilisation importante de la structure familiale. À défaut de prise en charge familiale, il faut pouvoir imaginer des solutions alternatives qui ne conduisent pas la personne en perte d’autonomie à l’isolement. Les aidants, qu’ils soient familiaux ou professionnels, sont donc qualifiés à devenir, s’il ne le sont pas déjà, la première entreprise de santé de France.

4 Et la problématique de l’aidé devient ainsi rapidement celle de l’aidant, tant il est important dans ce type de prise en charge de pouvoir organiser des temps de respiration. L’aide qu’il faut apporter à l’un devient très vite dépendante du soutien indispensable de l’autre.

5 Même si nous ne sommes pas concernés aujourd’hui, nous y serons confrontés demain, ce qui justifie que la question aidants/aidés soit inscrite au nombre des axes prioritaires des politiques sociales de l’ensemble des acteurs, publics, associatifs ou privés, qui œuvrent dans le domaine de la prise en charge des personnes en perte d’autonomie.

6 L’aide aux aidants est aujourd’hui un enjeu majeur de société et c’est certainement ce qui justifie qu’elle fasse pour la première fois l’objet d’un chapitre spécifique dans une loi, celle de l’adaptation de la société au vieillissement, promulguée le 28 décembre 2015.

Les solutions actuelles

7 Aujourd’hui, pour organiser le répit des aidants, les solutions les plus couramment voire exclusivement accessibles s’articulent autour de l’hébergement temporaire. Aussi intéressantes et efficaces soient-elles, ces solutions présentent deux inconvénients majeurs :

  • au plan humain tout d’abord, dès lors que l’éloignement d’avec l’aidant peut être vécu tant par l’un que par l’autre comme un abandon, lourdement culpabilisant, eu égard au fantasme répandu de risque d’incident ou d’accident qui pourrait intervenir lors de cette césure ;
  • au plan économique ensuite, où en l’absence de solvabilisation organisée, les coûts proposés sont dissuasifs. Il ne faut pas perdre de vue en la matière que la personne aidée, maintenue à son domicile, assume déjà l’ensemble des charges inhérentes au dit domicile, y compris lorsque, bénéficiant d’un accueil temporaire, elle n’y réside pas pendant quelques temps.

9 Ces éléments constituent ainsi des freins considérables au départ en vacances rendant, en conséquence, le répit difficilement accessible. Car s’il est communément accepté pour motifs médicaux, professionnels ou pour des raisons aussi vitales que remédier à l’absence de l’aidant, le placement temporaire de l’aidé parallèle au départ en vacances de l’aidant, qui s’offre du bon temps, est largement vécu et identifié comme un abandon pur et simple.

10 De plus, si nombre d’établissements offrent des possibilités d’accueil temporaire en plus de leurs hébergements permanents, les importantes difficultés rencontrées pour en obtenir des taux d’occupation corrects mènent régulièrement les gestionnaires à utiliser leurs places en « temporaire » pour écouler leurs listes d’attente en « permanent ».

11 À noter que les rares établissements ayant fait le choix de ne proposer que des séjours temporaires parviennent à se maintenir grâce à la mobilisation de leurs conseils départementaux autour des conditions financières de prise en charge des personnes et par l’organisation d’un travail en réseau de qualité avec leur environnement.

12 Pour autant, réussir l’hébergement temporaire ne relève pas seulement de l’accueil des personnes : il s’agit de leur offrir une réelle prise en charge globale qui tienne compte de leur situation, de leurs attentes et des besoins en raison desquelles elles font appel à cette solution.

Le village VRF La Salamandre

Description de l'image par IA : Personne en fauteuil roulant approche d'un panneau indiquant "ACCUEIL VILLAGE LA SALAMANDRE". Voiture avec rampe ouverte à gauche.

Le village VRF La Salamandre

© VRF

13 Au-delà, face aux 36% des répondants de l’enquête 2013 de l’Association Française des Aidants qui identifient le départ en vacances comme essentiel dans la liste de leurs envies non satisfaites, quelques expériences sont conduites, avec le concours de l’association France Alzheimer notamment, voire par des institutions de retraite complémentaire de la sphère AGIRC-ARRCO( [1]), pour organiser, en les viabilisant financièrement, des séjours dits « de répit » intégrant une prise en charge simultanée, en un même lieu, de l’aidant et de l’aidé. Toutefois ces expérimentations se heurtent le plus souvent à l’inadaptation des structures d’accueil disponibles, qui sont soit tournées vers une prise en charge vacancesloisirs, soit, plus rarement, destinées à une unique prise en charge médico-sociale.

Une solide opportunité pour imaginer de nouvelles solutions de répit

Description de l'image par IA : Salle à manger moderne avec grandes fenêtres, trois personnes, table dressée, vue sur jardin.

Une solide opportunité pour imaginer de nouvelles solutions de répit

© VRF

14 Plus tendances, mais réservées à des retraités aisés, se développent des solutions extraterritoriales, vers la Tunisie par exemple. L’amortissement du coût du transport, menant à des séjours comparativement plus longs, y est permis par des prix de séjour sur place attractifs.

L’Opportunité d’un nouveau concept de prise en charge

15 En 2009, une étude conduite par Harris Interactive France( [2]) a permis de vérifier un intérêt certain pour ce type de concept : alors que ces structures n’existaient pas encore, 24% des personnes interrogées se disaient intéressées voire très intéressées par cette nouvelle offre innovante de répit. Cette enquête confirme l’utilité perçue de ces solutions dans l’allégement potentiel de la charge tout autant physique, psychologique qu’affective que portent les aidants.

16 En continuité de ses propres expériences, la double expertise vacances-loisirs et médico-sociale du groupe PRO BTP, au travers de ses structures dédiées BTP Vacances et BTP Résidences Médico-Sociales, constitue donc une solide opportunité pour imaginer de nouvelles solutions de répit, dont la solvabilisation, au moins partielle, peut être recherchée au travers de l’action sociale de ses institutions de retraite et de prévoyance. Concrètement, ces solutions se traduisent par l’accueil conjoint de l’aidant et de l’aidé dans des structures spécialement adaptées qui proposent, en un même lieu, une offre de services du tourisme social et familial pour l’aidant et une prise en charge médico-sociale pour l’aidé. Ces solutions s’inscrivent de manière forte dans l’aide aux aidants qui constitue un des axes prioritaires des plans d’action stratégique successifs d’action sociale des fédérations ARRCO et AGIRC.

17 Parce que les solutions de répit sont de même nature que l’on s’adresse à des aidants accompagnant des personnes âgées ou en situation de handicap, un partenariat a été concrétisé entre le groupe PRO BTP et l’AFM Téléthon pour mutualiser les réflexions conduites, partager des solutions communes et en développer une évaluation, garante à long terme de la pertinence des actions conduites. Cette collaboration étroite autour du concept innovant de répit des aidants a permis d’aboutir à une double nomination : Vacances Répit Familles pour le dispositif, et Village Répit Famille pour les structures. Aujourd’hui six autres groupes de protection sociale( [3]) ont rejoint l’association Vacances Répit Famille qui porte le développement du concept.

Projet du village VRF Savoie (ouverture 2019)

Description de l'image par IA : Carte détaillée du projet du village VRF Savoie avec différents espaces verts et bâtiments.

Projet du village VRF Savoie (ouverture 2019)

© VRF

18 Aujourd’hui, des financements existent au plan règlementaire pour favoriser les solutions de répit au profit des aidants de personnes en situation de handicap, consacrant un besoin reconnu. La loi d’adaptation de la société au vieillissement vient quant à elle à son tour, sinon régler la solvabilisation des séjours, du moins reconnaître un droit au répit pour l’aidant. Et partant, l’article 65 y reconnait désormais les établissements qui offrent une prestation médico-sociale d’hébergement temporaire associant un séjour de vacances pour l’aidant naturel. Ce cadre juridique proclame désormais la constitution possible d’un réseau d’établissements, structuré dans le cadre d’une franchise sociale portée par l’association Vacances Répit Familles, qui mutualise une plateforme d’évaluation et d’aide à la réservation spécifique( [4]).

19 Au-delà de sa mission d’accompagnement pour la réalisation des formalités administratives et médicales inhérentes à l’organisation des séjours et demain d’orientation et d’aide au choix de la structure d’accueil la plus adaptée, cette plateforme de suivi vise à disposer d’un remarquable échantillon de participants pour conduire toutes études épidémiologiques et statistiques sur la réalité de la situation des aidants, de leurs besoins et attentes. Enfin, une étude d’impact, appuyant sa méthodologie sur une comparaison à des couples aidants/aidés n’ayant pas bénéficié de séjours-répit, devrait permettre de mesurer les effets de la formule de répit proposée tant au plan personnel que dans la relation aidant/aidé et in-fine sa contribution effective au maintien à domicile de l’aidé.

Le déploiement d’un réseau d’établissements spécifiques á la prise en charge de type VRF

Une offre de répit qui intéresse 24% des répondants d’une étude Harris Interactive

Description de l'image par IA : Sur la plage, une famille avec un homme en fauteuil roulant, une femme et un enfant jouent avec un cerf-volant.

Une offre de répit qui intéresse 24% des répondants d’une étude Harris Interactive

© Atout France

20 Trois Villages Répit Familles s’inscrivent d’ores et déjà dans ce concept :

  • VRF La Salamandre, à Saint-Georges-sur-Loire (49), proposant huit places médico-sociales pour des personnes concernées par une maladie neurologique rare accompagnées de leur famille (AFM-Téléthon) ;
  • VRF Les Cizes, à Saint-Lupicin (39), proposant 18 places pour des personnes en situation de handicap moteur accompagnées de leur famille (AFM-Téléthon/AFSEP/Le Haut de Versac) ;
  • VRF Touraine( [5]), à Fondettes (37), proposant 26 places pour des personnes âgées dépendantes de 60 ans et plus accompagnées de leur famille.

22 Plusieurs projets d’accroissement de l’offre VRF s’érigent. Ainsi dès la fin 2016, un établissement pourrait voir le jour sur la presqu’île de Pen Bron en Loire-Atlantique, sous l’égide de l’association des Œuvres de Pen Bron, sur la base de 30 places médicosociales en mixité d’usage entre personnes âgées dépendantes et personnes en situation de handicap.

23 En 2017, la commune de Chevroches, en proximité de Clamecy dans la Nièvre, pourrait voir se réaliser une structure de 25 places portée par la Croix-Rouge Française.

24 Un projet emblématique de 120 places, 80 pour personnes âgées et 40 pour personnes en situation de handicap, devrait voir le jour sur la commune d’Aix-les-Bains et accueillir ses premiers résidents dès 2019. Ce projet historique du concept VRF constituera la « vitrine » de la franchise sociale VRF, en offrant des opportunités de séjour en tous points comparables à celles dont peuvent bénéficier les vacanciers « ordinaires ».

25 Enfin un projet d’établissement de 60 places pour personnes âgées et personnes en situation de handicap est également d’actualité sur la commune de Couches, en Saône-et-Loire, porté par la Croix-Rouge Française, pour une ouverture prévue en 2019.

26 D’autres projets sont susceptibles de venir compléter l’offre. Il convient donc de poursuivre les études permettant de valider la pertinence de chacun afin d’aboutir, à moyen terme, à la dotation d’une offre de type VRF pour chaque région de France.

Un soutien financier des groupes de protection sociale

27 L’appui des groupes de protection sociale au travers des fonds sociaux de leurs institutions de retraite AGIRC et/ou ARRCO se matérialise depuis l’ouverture des premiers établissements VRF par la mise en place d’un dispositif d’aide. Cette aide, dite concertée, permet d’unifier les réponses proposées aux ressortissants de ces régimes en prenant en charge, selon la situation fiscale de l’aidé, pour lui-même et son aidant, de 75% à 85% du coût du séjour dans la limite de 14 jours par an. L’aide est ramenée de 50% à 70% en cas de second exercice par le couple aidant/aidé, toujours dans la limite de 14 jours dans l’année.

L’accessibilité des sites et hébergements : une priorité de la loi 2005

Description de l'image par IA : Plage accessible : fauteuils roulants, rampes et personnes profitant de la mer.

L’accessibilité des sites et hébergements : une priorité de la loi 2005

© Atout France / Michel Angot

28 Cette aide conséquente permet un rapprochement plus efficace de l’offre et la demande, d’autant plus essentiel qu’il s’agit d’une prestation nouvelle et qui nécessite d’être connue, reconnue et encouragée.

29 Pour autant, il est observé, par leurs dires et leurs écrits, que les résidents VRF rencontrent des difficultés certaines pour « lâcher prise »: lorsqu’il s’agit de séjours d’une semaine, le délai de mise en confiance vers l’acceptation à prendre du temps pour soi se révèle à proportion trop important, laissant peu de place pour vivre son répit et plaidant en somme pour encourager à préférer des séjours de deux semaines.

30 Si les solutions proposées par Vacances Répit Familles ne peuvent ambitionner de satisfaire l’ensemble des besoins et attentes en matière de répit des aidants, tant les situations sont différentes, elles constituent incontestablement une réponse pertinente, socialement utile et qui intègre un réel enjeu de société.

31 Outre l’opportunité que constitue le concept VRF dans la levée des freins au départ pour une population qui ne disposait d’aucune solution, il permet d’envisager des vacances en dehors du quotidien des mesures prises au domicile tout au long de l’année. Les premières tendances enregistrées dans les structures existantes à ce jour, tant en termes de fréquentation (35% de l’activité annuelle de VRF réalisés à Fondettes au cours des sept premiers mois de fonctionnement, soit entre le 1er juin et le 31 décembre), que de satisfaction des résidents, qui déclarent à plus de 90% vouloir renouveler leur séjour et communiquer sur leur expérience autour d’eux, constituent un réel encouragement à poursuivre.

Pour aller plus loin…

  • Une brève vidéo des ressentis et témoignages de résidents est accessible sur le site internet vrf.fr.

Date de mise en ligne : 04/06/2025

https://doi.org/10.3917/parta.002.0069