Compte rendu

Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson, Une contre-histoire de la IIIe République, Paris, La Découverte, 2013, 401 p.

Pages 173b à 178b

Citer cet article


  • Badier, W.
(2013). Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson, Une contre-histoire de la IIIe République, Paris, La Découverte, 2013, 401 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 20(2), 173b-178b. https://doi.org/10.3917/parl.020.0173b.

  • Badier, Walter.
« Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson, Une contre-histoire de la IIIe République, Paris, La Découverte, 2013, 401 p. ». Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2013/2 n° 20, 2013. p.173b-178b. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-parlements1-2013-2-page-173b?lang=fr.

  • BADIER, Walter,
2013. Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson, Une contre-histoire de la IIIe République, Paris, La Découverte, 2013, 401 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2013/2 n° 20, p.173b-178b. DOI : 10.3917/parl.020.0173b. URL : https://shs.cairn.info/revue-parlements1-2013-2-page-173b?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parl.020.0173b


Notes

  • [1]
    Domenico Losurdo, Une contre-histoire du libéralisme, Paris, La Découverte, 2013.
  • [2]
    Serge Berstein et Odile Rudelle (dir.), Le modèle républicain, Paris, PUF, 1992.

1 L’emploi de la formule « contre-histoire » dans le titre de l’ouvrage dirigé par Marion Fontaine, Frédéric Monier et Christophe Prochasson peut susciter une appréhension. Paru à quelques semaines d’intervalle d’une autre contre-histoire, celle du libéralisme [1], également aux éditions La Découverte, son contenu rassure toutefois immédiatement le lecteur. Les vingt-sept contributeurs n’ont en effet pas cherché à rédiger un livre noir de la IIIe République mais bien à porter un regard différent sur cette période qui, en appartenant à notre mythologie nationale, est largement sous emprise mémorielle et souvent perçue avec nostalgie. « Ah, l’école de Jules Ferry »…

2 Même si son image a longtemps été ternie par sa fin tragique, la IIIe République, et notamment la période 1870-1914, est fréquemment présentée depuis les années 1980 comme un âge d’or, un « modèle » pour reprendre le terme de Serge Berstein et Odile Rudelle [2], au point d’incarner la République en elle-même, du moins en ce qui concerne ses institutions (école, armée) et ses valeurs (laïcité, méritocratie…). En réaction, à partir des années 1990, des historiens et des politistes s’attaquèrent à cette légende dorée en mettant en avant les entreprises coloniales, la frilosité en matière sociale ou encore le suffrage « universel » réservé aux seuls hommes… Le projet éditorial de cette Contre histoire de la IIIe République n’est pas de rechercher « une voie intermédiaire entre légende dorée et légende noire », mais de poser les bases d’un « nouveau moment historiographique où la République cesse de se présenter comme un “modèle” ou un anti-modèle, conçu comme un ensemble cohérent de normes pérennes ». Le propos des auteurs est bien de présenter la République comme un « processus », « un projet politique, toujours en construction ».

3 L’ouvrage se décompose en deux parties. La première interroge les nombreuses idées reçues sur les institutions et les valeurs républicaines. Les pratiques du pouvoir, les formes de régulation sociale et enfin la dynamique des exclusions font l’objet de quatorze communications. À titre d’exemple, on peut relever les réflexions du politiste Yves Déloye sur le caractère méritocratique de l’école républicaine, celles de Gilles Candar sur le sens du mot d’ordre de la défense républicaine sur le terrain électoral mais aussi gouvernemental, celles de Nicolas Roussellier concernant l’historicisation de la longévité de la IIIe République, celles de Christophe Prochasson sur la représentation des présidents de la République ou encore la remise en cause par Odile Roynette de l’essentialisation du lien entre l’armée et la République.

4 La seconde partie de l’ouvrage est consacrée aux « boîtes noires de la République, c’est-à-dire aux processus qui font d’elle une réalité plus complexe et plus mouvante qu’il n’y parait. » Treize thèmes sont abordés pour traiter la légitimation de la République, la fabrication de normes et enfin les processus de républicanisation de la société. Parmi ces communications, on peut retenir celle de Natalie Petiteau consacrée à la place de l’héritage impérial dans la République, celle de Nicolas Delalande sur le bilan des républicains en matière de fiscalité ou encore celle de Frédéric Monier qui met en lumière le travail d’intercession des élus, notamment des députés, en vue de satisfaire des demandes d’intérêt privé.

5 Très stimulant, cet ouvrage comble assurément un vide en offrant de précieuses synthèses qui dépoussièrent la vision commune de la IIIe République. Étant donné l’ampleur de leur sujet, les auteurs ne l’ont naturellement pas épuisé en 400 pages. Le rôle du parlement dans la longue durée de la Troisième République et la représentation qu’en ont les Français aujourd’hui mais aussi la référence constante aux années  1930 pour qualifier les crises actuelles mériteraient par exemple d’être interrogés. Sans doute symptôme de notre difficulté collective à aborder le XXIe, la IIIe République nous sert plus que jamais à penser l’avenir.

6 Walter Badier


Date de mise en ligne : 18/03/2014

https://doi.org/10.3917/parl.020.0173b