Compte rendu

Thomas L. Brunell, Redistricting and Representation: Why Competitive Elections are Bad for America (Controversies in Electoral Democracy and Representation), New York, Routledge, 2008 (first edition), 160 p.

Pages 178e à 190e

Citer cet article


  • Ehrhard, T.
(2012). Thomas L. Brunell, Redistricting and Representation: Why Competitive Elections are Bad for America (Controversies in Electoral Democracy and Representation), New York, Routledge, 2008 (first edition), 160 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 17(1), 178e-190e. https://doi.org/10.3917/parl.017.0178e.

  • Ehrhard, Thomas.
« Thomas L. Brunell, Redistricting and Representation: Why Competitive Elections are Bad for America (Controversies in Electoral Democracy and Representation), New York, Routledge, 2008 (first edition), 160 p. ». Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2012/1 n° 17, 2012. p.178e-190e. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-parlements1-2012-1-page-178e?lang=fr.

  • EHRHARD, Thomas,
2012. Thomas L. Brunell, Redistricting and Representation: Why Competitive Elections are Bad for America (Controversies in Electoral Democracy and Representation), New York, Routledge, 2008 (first edition), 160 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2012/1 n° 17, p.178e-190e. DOI : 10.3917/parl.017.0178e. URL : https://shs.cairn.info/revue-parlements1-2012-1-page-178e?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parl.017.0178e


1 L’ouvrage singulier de Thomas Brunell s’intéresse à la compétition électorale, principe unanimement reconnu comme nécessaire et vertueux pour la démocratie.

2 L’idée intrigante d’une compétition électorale néfaste pour la démocratie part d’un postulat simple : un électeur est plus satisfait s’il vote pour le candidat qui remporte l’élection que s’il vote pour le candidat défait. Autrement formulé : il vaut mieux gagner que perdre. Cet argument normatif fonde une analyse basée sur une théorie de la représentation que l’on pourrait qualifier d’utilitariste (l’élection doit produire de la satisfaction chez les électeurs ; l’élection doit assurer la représentation du plus grand nombre). Appliquée aux circonscriptions électorales, celles dites « non disputées » seraient préférables aux circonscriptions dites « disputées », qui, par nature, produisent plus d’électeurs déçus par le résultat. En conséquence : la compétition électorale doit être minimisée par le découpage électoral.

3 L’attrait indéniable conféré par le cadre d’analyse original est renforcé par une solide bibliographie ; le propos et l’argumentation ne souffrent d’aucune fantaisie. D’ailleurs, le premier chapitre, sur les cinq de l’ouvrage, articule différentes théories de la démocratie et de la représentation (R. Dahl, A. Dawns, H. F. Pitkin, J. Schumpeter) au prisme du processus électoral. Le constat d’une représentativité moins forte des élus dans les circonscriptions disputées en raison de la diversité idéologique des électeurs ouvre sur un chapitre 2, où le second argument, les électeurs préfèrent gagner les élections, est présenté. La base de données de l’American National Election Studies entre 1948 et 2004 permet aux deux principaux arguments d’être vérifiés par des observations d’ordre statistique. Bien mené ce chapitre étaye plus que suffisamment le postulat de recherche, dont la démonstration s’enrichit de nouveaux arguments : 1) une faible compétition électorale bénéficie à la perception du Congrès, 2) une marge de victoire importante joue positivement sur la satisfaction des électeurs ayant voté pour le candidat qui a gagné, alors qu’elle est sans effet pour les autres.

4 Le chapitre 3 ouvre un panorama des différents principes qui encadrent le découpage des circonscriptions (equal population, contiguity, compactness, etc.) à l’aide d’illustrations statistiques et cartographiques. Plus qu’une simple présentation, il s’agit là d’une justification positiviste de la faisabilité, selon Brunell, des circonscriptions non disputées grâce à la technique du packing. Le parallèle avec le racial redistricting sert alors de modèle, la Cour Suprême encourageant la construction de circonscriptions élisant des représentants des minorités. Reste que l’idée qui sous-tend ce chapitre, utiliser plutôt l’idéologie que la race pour accomplir le découpage électoral, tend à s’approcher d’une vision utopique de l’auteur éloignée de considérations pratiques. On pourra regretter en ce sens que le raisonnement soit un peu expéditif et limité à une interprétation de la jurisprudence de la Cour Suprême. Il aurait pu être pertinent d’envisager la réalisation d’un tel découpage électoral (alors que l’implantation spatiale des Républicains et des Démocrates est dissemblable) ainsi que les conséquences de telles circonscriptions face aux dilutions de minorités de nouveaux types.

5 Le chapitre 4 reprend les éléments jusqu’alors présentés dans une tentative de théorisation axée sur les avantages d’une absence de compétition politique. On lira alors avec intérêt la montée en généralité opérée autour de deux axes forts : la lutte contre les gerrymandering et une représentation améliorée par rapport à l’actuel système. Le dernier chapitre répond par anticipation à diverses critiques que le propos du chapitre 4 pourrait susciter. Si l’originalité autant que la marginalité de la réflexion rendent opportun cette partie justificative, son contenu s’avère légèrement décevant puisque les réponses ne s’écartent pas des notions déjà abordées.

6 En définitive, la compétition électorale est abordée à travers deux conceptions de la représentation. La première, liée à la fonction de l’élu, avec une responsabilité plus importante au sein de circonscriptions non disputées. La seconde, liée à l’élection, avec une conversion des voix en sièges plus fidèle.

7 Si l’on ne peut que souligner la nouveauté et l’ambition d’une telle approche, plusieurs remarques s’imposent. D’abord, la compétition politique telle qu’abordée dans l’ouvrage est amputée d’une part importante de ses vertus, et rien n’indique que la notion retrouve sa pluralité dans le modèle proposé. Celui-ci présente ensuite les aspects d’un certain déterminisme socio-électoral, renforcé par les règles du jeu – les circonscriptions faisant l’élection – au point de questionner l’utilité même des élections devant l’absence de compétition politique. Enfin, il faut attendre la conclusion pour découvrir la condition présentée comme sine qua none à sa thèse : la tenue de primaires. Restriction d’importance dont la place au sein de la démonstration s’avère quelque peu problématique. En effet, la compétition politique se retrouve finalement transférée à un niveau intra-partisan, ce qui réhabilite in fine la notion.

8 L’ouvrage présente donc certains points contestables, intrinsèquement liés au parti pris de l’auteur. Son intérêt premier réside dans une démarche attrayante : chercher à maximiser la représentation non pas par les modes de scrutin, mais à travers les circonscriptions électorales. Brunell semble ici poursuivre les objectifs de la représentation proportionnelle dans le cadre des circonscriptions du scrutin uninominal à deux tours.

9 S’il ne parvient pas à convaincre, cet ouvrage permet de reconsidérer et de réfléchir de façon stimulante à l’idée de compétition électorale.

10 Thomas Ehrhard


Date de mise en ligne : 25/06/2012

https://doi.org/10.3917/parl.017.0178e