Introduction
Pages 6 à 13
Citer cet article
- BELLON, Christophe
- et PELLEGRINETTI, Jean-Paul,
- Bellon, Christophe.
- et al.
- Bellon, C.
- et Pellegrinetti, J.-P.
https://doi.org/10.3917/parl.hs07.0006
Citer cet article
- Bellon, C.
- et Pellegrinetti, J.-P.
- Bellon, Christophe.
- et al.
- BELLON, Christophe
- et PELLEGRINETTI, Jean-Paul,
https://doi.org/10.3917/parl.hs07.0006
Notes
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Parmi les éléments, participant d’un certain antiméridionalisme, qui ont durablement marqué l’imaginaire collectif, on peut notamment penser à l’affaire du XVe corps. Parmi une importante littérature, cf. Jean-Yves Le Naour, « Il en restera toujours quelque chose ? Solder les comptes de la rumeur du XVe corps », Cahiers de la Méditerranée, n° 81, décembre 2010, pp. 253-263 ; ainsi que son ouvrage, Désunion nationale. La légende noire des soldats du Midi, Paris, Vendémiaire, 2011.
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Cf. Gilles Pécout, « Le local et le national, le centre et la périphérie », Le Mouvement Social, n° 187, avril-juin 1999, pp. 3-9.
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Maurice Agulhon, La République au village, Le Seuil, 1979 (1970), pp. 470-482.
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C’est ainsi que de nombreuses synthèses ont vu le jour, d’abord à caractère national, à l’approche plus régionale ensuite. Avant Les Parlementaires de la Troisième République, ouvrage dirigé par Jean-Marie Mayeur, Jean-Pierre Chaline et Alain Corbin (Paris, Presses universitaires de la Sorbonne, 2003), plusieurs grandes études ont privilégié l’approche parlementaire de la vie politique régionale : Sylvie Guillaume, Bernard Lachaise (dir.), Dictionnaire des parlementaires d’Aquitaine sous la Troisième République (Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 1998) ; Bernard Ménager, Jean-Marc Florin, Jean-Marc Guislin (dir.), Les Parlementaires du Nord-Pas-de-Calais sous la Troisième République (Lille, Presses de l’université Charles de Gaulle, 2000) ; Jean-Pierre Chaline, Anne-Marie Sohn (dir.), Parlementaires de Haute-Normandie 1871-1940 (Rouen, Presses de l’Université de Rouen, 2000) ; Jean El Gammal, Pascal Plas (dir.), Dictionnaire des Parlementaires du Limousin sous la Troisième République (Limoges, Presses de l’Université de Limoges, 2000) ; Jean-Marie Mayeur (dir.), Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République (Paris, Publications de la Sorbonne, 2000), et Christian Sorrel Députés et sénateurs (Savoie et Haute-Savoie, 1871-1940) (Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2009).
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Coordonné par Jean-Paul Pellegrinetti, appuyé par le CHPP, ICEM est porté par le Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (CMMC) de l’Université de Nice Sophia-Antipolis, et soutenu par l’UMR Temps, Espaces, Langage, Europe méridionale, Méditerranée (TELEMME) de l’Université de Provence, le Centre de recherche interdisciplinaires en sciences humaines et sociales (CRISES) de l’Université de Montpellier III et l’équipe Savoirs et Pouvoirs de l’Antiquité à nos jours (SAVOURS) de l’Université d’Orléans.
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S’inscrivant dans le temps long des XIXe et XXe siècles, ICEM accordera toute sa place à une analyse privilégiant systématiquement la dimension spatio-temporelle. Il s’attachera à multiplier les échelles de réflexion relatives aux divers espaces (commune, canton, département, région), aux régimes, et à l’ensemble des séquences et des respirations rythmant la vie politique, en posant notamment la question des décalages entre les grandes tendances nationales et l’évolution méridionale. ICEM se propose de mettre en place une base de données prosopographique, d’établir un dictionnaire des grandes élites politiques méditerranéennes, de créer un atlas de cartographie politique mais également de publier un ouvrage de synthèse permettant de dresser un tableau politique de la France du Sud-Est, de la Révolution française à la Ve République, à partir notamment des identités locales, des cultures, des sensibilités, des représentations et des pratiques politiques.
1Si l’observateur se fiait aux multiples stéréotypes qui font du Midi de la France une terre électorale aux diverses tentations, mères de dérogations presque naturelles aux lois de la République, il accréditerait l’idée selon laquelle seuls les petits et grands scandales ou autres affaires en tous genres ont caractérisé et caractérisent encore la vie politique méridionale. C’est tout le rôle de l’analyste que d’aller au-delà de ces idées reçues, jusqu’au combat parfois, contre ces freins artificiels à l’élaboration sereine d’un tableau politique précis de la France du Sud-Est [1]. Dans le même temps, existe-t-il une singularité méditerranéenne en politique ? L’identité et la culture des élites qui sont élues sur ces terres sont-elles à ce point originales qu’un déterminisme de tempérament et d’idées donnerait au Sud-Est français une représentation politique à part ? De nombreuses questions demeurent actuellement sans réponse. En effet, le poids des stéréotypes marque les représentations que l’on se fait ailleurs, tout au long des XIXe et XXe siècles, et jusqu’à aujourd’hui, du monde politique (et des populations) des bords de la Méditerranée. Les terres méditerranéennes et leurs particularismes locaux paraissent éloignés du pouvoir central et presque en marge des grandes évolutions politiques nationales qui affectent la société dans son ensemble. Les scrutins électoraux semblent n’être qu’un registre officiel d’expression des rivalités interpersonnelles ou familiales. Ces clichés, qui ont la vie dure, font de cet espace une terre qui paraît laisser peu de place aux idées politiques et au jeu démocratique.
2Mais ces images peuvent aussi influer sur certains comportements. L’analyse de ce facteur méritera d’être conduite avec rigueur. Les « affaires », souvent assimilées aux élites politiques des rivages méditerranéens, revêtent-elles l’importance qui leur est attribuée de manière récurrente ? Le clientélisme, certaines formes de « caciquisme », voire la violence politique, physique ou verbale, touchent-elles de façon privilégiée les élus méditerranéens ? Se manifestent-elles exclusivement en terre méditerranéenne ou singularisent-elles les élus qui en sont originaires au sein des assemblées législatives de la capitale ? Sont-elles conformes à l’image traditionnellement véhiculée dans l’opinion de l’existence d’un tempérament politique méditerranéen et plus largement latin ? Quels décalages existent entre la réalité et les représentations au fondement de véritables mythes politiques ? Quels sont, par ailleurs, les multiples enjeux à l’aune desquels se mesure cette pratique politique méditerranéenne ? La question des évolutions et des mutations sociales, comme celle des grands conflits sociaux ou encore celle des migrations, renforcée par le rôle des rapatriés d’Algérie, occupent-elles une place spécifique dans le système d’actions et de représentations politiques des élites méditerranéennes ?
3Comprendre la vie politique en terres méditerranéennes revient à analyser les mécanismes d’acculturation des masses à la politique et renvoie inexorablement aux rapports entretenus sur le temps long entre le local et le national. Ils permettent de mesurer les degrés de complémentarité entre une périphérie et son centre, à partir de l’approche de formes nouvelles de pratiques et de discours des élites politiques [2], sur une terre où, depuis la Révolution de 1789, l’histoire rejoint souvent l’ethnologie pour la compréhension des mécanismes d’adhésion des familles en politique.
4La mise en place du suffrage universel masculin en 1848, qui constitue le principal facteur d’éducation civique et de politisation des masses rurales, contribue en Méditerranée à une politisation du patronage exercé par les élites aux XIXe et XXe siècles. Comme le souligne Maurice Agulhon, la structure verticale du patronage passe ensuite par la mise en place d’une structure transitionnelle de parrainage élitaire démocratique avant d’évoluer vers une structure horizontale, plus égalitaire, fondée sur le partage et la diffusion d’une opinion nationale [3].
5Notre démarche se veut ainsi une analyse des formes et des modes par lesquels les Méditerranéens se sont appropriés les registres du politique, dans une respiration en articulation avec les mutations sociales et culturelles, où la spécificité apparaît moins comme référence à un monde à part que comme manière singulière de participer à l’universel.
6Depuis une trentaine d’années, l’historiographie politique française a connu un profond renouveau. Sous l’impulsion notamment de grands référents comme René Rémond ou Maurice Agulhon, l’histoire politique s’est enrichie dans des domaines multiples, tels que la biographie, la monographie, les partis, les familles politiques, les ligues, les associations et les autres formes de sociabilité politique, les formes d’expression, les cultures et les sensibilités politiques, l’administration publique, ou encore les groupes d’influence [4].
7Dans cette dynamique scientifique dont l’histoire politique fut bénéficiaire ces dernières années, l’histoire politique de la France méditerranéenne reste encore à écrire. Si divers moments particuliers de cette histoire ont été traités dans un cadre départemental (ce fut le cas pour le Var notamment avec les travaux de Michel Vovelle, Maurice Agulhon, Jocelyne Georges, Yves Rinaudo, Jacques Girault, Jean-Marie Guillon ou encore Marc Bayle), par le biais de travaux universitaires pas toujours publiés, malheureusement, et proposant des biographies, des monographies, ou encore des études prosopographiques, force est de constater qu’aucune histoire totale des élites et de la vie politique en terres méditerranéennes n’a encore vu le jour.
8Le projet « Identités et Cultures en Méditerranée » (ICEM) [5], qui vient d’être labélisé par l’Agence Nationale de la Recherche, entend répondre à ces diverses problématiques. Il se propose de réfléchir sur ce que signifie être un parlementaire, un ministre, un maire, un président de Conseil général ou un président de Conseil régional méditerranéen en politique, de la Révolution française à la Ve République. De quels milieux les élites « méditerranéennes » promues par le système électif sont-elles issues ? Sur quoi la réussite politique dans ces régions repose-t-elle ? Existe-t-il une culture et une pratique se rattachant à une identité politique caractéristique de la France méditerranéenne ? S’agit-il d’une spécificité ou d’un véritable particularisme ? Comment les liens entre élites nationales et élites locales se traduisent-ils, dans la mesure où ces régions fournissent un lot non négligeable de leaders « nationaux », se faisant parfois élire ailleurs, tandis qu’elles servent de terreau électoral à de non moins nombreux leaders nationaux « parachutés » avec succès en terre méditerranéenne ? Fidèle aux travaux de François Goguel, père de la sociologie électorale, le projet ICEM, fondé sur une large étude interdisciplinaire relative aux identités et cultures des élites politiques méditerranéennes, se propose de répondre à ces questions tout en y incluant une histoire comparative aussi bien nationale qu’internationale [6].
9Ce numéro hors-série pose les jalons d’une réflexion sur la vie et les pratiques politiques en terres méditerranéennes, en amont de cette recherche qui espère constituer pour la communauté scientifique autant d’éléments supplémentaires à la compréhension des élites et acteurs politiques de la France méditerranéenne. Avec une périodisation comprenant les XIXe et XXe siècles et un découpage géographique allant des terres héraultaises aux confins maralpins en passant par la Corse et l’Algérie, le dossier est organisé selon les trois grands axes que constituent les espaces, les hommes et les migrations.
10Qui du « Midi rouge » ou du « Midi blanc » est à la pointe de la politisation des terres méditerranéennes depuis deux siècles ? Pierre Triomphe propose une étude très fine des sociétés secrètes royalistes et de leur contribution à la vie politique de 1799 à 1832. Bruno Dumons montre au lecteur qu’en étudiant les « Blancs du Var », de 1850 à 1930, l’historien se trouve en présence de pratiques politiques inexplorées. Enfin, Jean-Marie Guillon évoque la Provence politique, en envisageant un cycle centenaire de son histoire, ouvert par le premier maire socialiste de Marseille, Siméon Flaissières, élu en 1892, et clos par le dernier d’entre eux, Gaston Defferre, qui disparaît en exercice, en 1986.
11La deuxième étape de la réflexion est de nature plus prosopopraphique. L’histoire des pratiques politiques, c’est d’abord celle des acteurs y contribuant, c’est-à-dire les hommes politiques et les élus. Autant de destins individuels et collectifs dont les ressorts sont démontés successivement. Du baron Flaminius Raiberti (1860-1929), grande figure modérée de la Nice du premier tiers du XXe siècle, Christophe Bellon retient la formidable capacité à faire vivre la République dans un département où de nombreuses résistances étaient encore relevées, y compris parmi les élites opportunistes, et jusqu’à susciter une génération, formée et cooptée pour assurer la pérennité du régime en terres maralpines. Philippe Lacombrade se penche sur la question inattendue des chrétiens dans le « Midi rouge », et s’intéresse plus particulièrement à l’atypique Paul Boulet (1894-1982), grand professeur de médecine, l’un des prédécesseurs de Georges Frêche dans les fonctions de député-maire de Montpellier, et homme ancré à gauche. Comment, de l’autre côté de la Méditerranée, dans l’Algérie française, un modeste instituteur et militant du Parti socialiste accède-t-il au niveau national, par le biais des institutions de la France coloniale, en tenant l’un des tout premiers rôles pendant la guerre d’Algérie, sous le gouvernement de Guy Mollet ? C’est ce à quoi s’attache Claire Marynower, en évoquant le cas de Joseph Begarra (1908-1997) et son rôle au sein de l’Assemblée de l’Union française. Enfin, Olivier Dedieu propose l’étude de Jules Moch, principale figure de la SFIO jusqu’au début des années 1960, personnage plus connu au plan national que les trois figures précitées, et symbole d’un parachutage réussi en Languedoc, comme député de l’Hérault (1937-1967), implantation heureuse, car dépendant d’abord du poids politique du « grand homme ».
12Enfin, il est un thème jadis directement assimilé, sitôt son nom prononcé, aux régions frontalières et littorales du Sud-Est de la France et qui, plus que jamais, reste d’actualité : les phénomènes migratoires. C’est précisément le troisième axe de l’étude proposé ici. Jean-Paul Pellegrinetti traite du cas corse sous la IIIe République, en mettant en évidence le lien entre migrations et pratiques politiques. Quel fut le rôle, dans l’entre-deux-guerres français, des immigrés italiens au regard de l’engagement fasciste ? C’est tout l’intérêt du développement de Ralph Schor, qui apporte, à l’appui de sa démonstration, de nombreux exemples niçois de ces Fasci all’estero. Enfin, comment se manifeste l’engagement en politique des minorités, en l’occurrence des immigrés dans les Alpes-Maritimes, sous la IVe République ? Il semble, d’après Jérémy Guedj, que la proportion des minorités qui s’engagent – essentiellement à l’extrême gauche, dans le département considéré, et de manière intense – soit relativement faible, au vu du plus grand nombre de ces minoritaires qui choisissent la discrétion, les particularités locales jouant, somme toute, un rôle fort limité.
13Se dessine ainsi, et progressivement, une photographie politique de la France méditerranéenne, formée, telle une mosaïque, par l’ensemble des contributions proposées. Preuve est faite à nouveau que l’histoire politique est en perpétuel renouveau. L’une de ses déclinaisons – l’histoire régionale –, par l’étude des cultures et des pratiques politiques, témoigne ici de sa vitalité, et donne de la France du Sud-Est une image différente, que l’histoire, loin des déformations médiatiques, a simplement contribué à bâtir.