Historique des groupes parlementaires gaullistes
- Par David Bellamy
Pages 8 à 21
Citer cet article
- BELLAMY, David,
- Bellamy, David.
- Bellamy, D.
https://doi.org/10.3917/parl.hs05.0008
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- Bellamy, D.
- Bellamy, David.
- BELLAMY, David,
https://doi.org/10.3917/parl.hs05.0008
Notes
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[1]
Jean Garrigues (dir.), Histoire du Parlement de 1789 à nos jours, Paris, Assemblée nationale, A. Colin, 2007 et Gilles Le Béguec, « Naissance et développement des groupes parlementaires sous la IIIe République », in Parlement[s], n°1, 2003, pp. 68-83.
-
[2]
Serge Berstein, Histoire du gaullisme, Paris, Perrin, 2001 et Andrew Knapp, Le Gaullisme après de Gaulle, Paris, Seuil, 1996.
-
[3]
Titre de l’important ouvrage de Jean Charlot, Fayard, 1970.
-
[4]
Jacques Vendroux, Souvenirs de famille et journal politique, tome 1, Cette chance que j’ai eue… 1920-1957, Paris, Plon, 1974, p. 199.
-
[5]
Jacques Vendroux, op. cit., p. 216.
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[6]
Pour plus de développements sur ce point, cf. Bernard Lachaise, « Itinéraires des parlementaires gaullistes sous la IVe République », in Parlement[s], 2007, n°7, pp. 47-63 et Jean Charlot, Le Gaullisme d’opposition, 1946-1958. Histoire politique du gaullisme, Paris, Fayard, 1983, pp. 98-102.
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[7]
Jacques Vendroux, op. cit., p. 258.
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[8]
Archives RPF 419. Fondation Charles de Gaulle.
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[9]
Jean Charlot, op. cit., pp. 293-299.
-
[10]
Bernard Lachaise, op. cit., p. 52.
-
[11]
Par exemple pour le Sénat en 1965, Jacques Foccart, Tous les soirs avec de Gaulle. Journal de l’Élysée 1965-1967, Paris, Fayard/Jeune Afrique, 1997, p. 223.
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[12]
Article 24 des statuts du groupe UNR-UDT de l’Assemblée nationale, dans Jean Charlot, L’UNR, étude du pouvoir au sein d’un parti politique, Paris, A. Colin, 1967, Cahier de la FNSP n° 153, pp. 346-350.
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[13]
Louis Terrenoire, De Gaulle et l’Algérie. Témoignage pour l’Histoire, Paris, Fayard, 1964, p. 123.
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[14]
Voir interview de Charles Pasqua dans [Sources] et François Audigier, « Le groupe gaulliste : quand les ‘godillots’ doutent », in Parlement[s], n° 9, « Mai 1968 en débats », 2008, pp. 12-30.
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[15]
Andrew Knapp, op. cit., p. 460.
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[16]
Michel Offerlé, « De l’UDR au RPR », Pouvoirs, n° 29, « Le RPR », 1984, p. 18-26.
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[17]
Andrew Knapp, op. cit., p. 461 et suiv.
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[18]
Charles Pasqua, Ce que je sais, tome 1, Les Atrides 1974-1988. Mémoires, Paris, Seuil, 2007, pp. 97 et sq.
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[19]
Ludovic Fondraz, Les Groupes parlementaires au Sénat sous la Ve République, Paris, Économica, 2000, pp. 64 et sq.
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[20]
Fondation Charles de Gaulle, Université Bordeaux-III (CARHC), De Gaulle et le RPF 1947-1955, Paris, A. Colin, 1998.
-
[21]
Jérôme Pozzi, « Les mouvements gaullistes de 1958 à 1976 », intervention au séminaire d’histoire du gaullisme de l’ANR GAULHORE, le 17 novembre 2008. À paraître.
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[22]
Voir interview dans [Sources] et Charles Pasqua, op. cit., pp. 110 et sq.
-
[23]
Ludovic Fondraz, op. cit., pp. 33-36.
-
[24]
Comme ce fut le cas de celles du groupe UNR du Sénat en décembre 1958 (avant qu’une telle déclaration ne devienne facultative), qui compte 5 lignes ou en 1974 qui en compte 8 !
-
[25]
Déclaration du groupe UNR-UDT de l’Assemblée nationale de décembre 1962.
-
[26]
Déclaration du groupe RPR du Sénat d’octobre 1977.
-
[27]
Déclarations du groupe RPR de l’Assemblée nationale de 1978 et 1981.
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[28]
Idem.
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[29]
« Le destin de la France, ce n’est pas seulement celui d’un État, c’est d’abord celui de tous les Français […] Or, l’État n’est pas créateur de richesses. Le seul moteur du progrès c’est l’initiative individuelle et la libre entreprise […] ». Déclaration du groupe RPR du Sénat en octobre 1983 et 1986.
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[30]
« Pour relancer la croissance et créer des emplois, il faut sans tarder libérer les forces productives des contraintes et des charges excessives qui les paralysent ». Déclaration du groupe RPR à l’Assemblée nationale en 1986.
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[31]
« La France est notre patrie, notre idéal, notre avenir et notre fierté ». Déclaration du groupe RPR du Sénat en 1989 et 1992.
-
[32]
Déclaration du groupe RPR du Sénat de 1995 et 1998.
1L’étude des groupes parlementaires gaullistes s’inscrit à la croisée de deux objets de recherche : l’histoire centenaire des groupes parlementaires [1] marquée par l’officialisation de leur existence au début du XXe siècle, leur structuration et leur développement croissant ; l’histoire du gaullisme politique [2] qui s’étend aujourd’hui sur plus de soixante ans, de sa naissance au cours de la Seconde Guerre mondiale, son accession au pouvoir, à ses mutations après le départ de son fondateur, puis à son affadissement, voire pour certains observateurs, sa quasi disparition au début du XXIe siècle. Cette histoire concerne donc grossièrement la seconde moitié du siècle dernier, entre l’apparition d’une action constituée des députés du Rassemblement du Peuple Français sous la IVe République, et la fin, près d’un demi-siècle après la naissance de la Ve République, de l’existence de groupes parlementaires d’identité spécifiquement gaulliste, avec la disparition du Rassemblement Pour la République et la naissance d’un parti englobant la quasi-totalité de cet ancien mouvement, les principales forces partisanes des droites françaises et une partie de celles du centre, l’Union pour un Mouvement Populaire en 2002.
2Cette contribution s’assigne comme but de présenter un panorama historique des groupes gaullistes au Parlement autour des deux éléments juridiquement constitutifs de ceux-ci : la liste de leurs membres et la déclaration politique. Comment évoluèrent ces groupes, en particulier par rapport aux partis gaullistes successifs, mais également en ce qui concerne le nombre de leurs membres ? Leurs déclarations politiques permettent-elles de discerner une identité spécifique à ces groupes, voire une évolution de celle-ci, éléments qui permettraient d’ajouter à ce que l’on sait déjà du « phénomène gaulliste » [3] ?
Une histoire plus ancienne que la Ve République
3Dans la première assemblée de la IVe République, des députés gaullistes avaient été élus, comme ce fut le cas, par exemple, sur une liste d’Action démocratique et sociale, de Jacques Vendroux, beau-frère du Général, dans le Pas-de-Calais. Mais ces élus ne furent pas assez nombreux pour atteindre le chiffre de 14, nécessaire à la formation d’un groupe. Ils s’éparpillèrent donc en s’apparentant aux groupes existants, principalement à l’UDSR [4].
4Dès la fondation du RPF, Jacques Vendroux prit des contacts avec certains de ses collègues afin de constituer « une sorte d’amicale de parlementaires » [5]. Cela aboutit à la création, en août 1947 à l’Assemblée nationale, puis en février 1948 au Conseil de la République, d’un Intergroupe d’Action pour une Vraie Démocratie, ouvert à tous les parlementaires, excepté les communistes. En décembre 1948, il prit le nom d’Intergroupe RPF [6]. Mais, de Gaulle n’accordait pas une grande confiance à ces intergroupes constitués majoritairement d’élus n’ayant pas adhéré au RPF.
5Ce fut au Palais du Luxembourg qu’apparut, au lendemain du succès des élections sénatoriales de l’automne 1948, le premier groupe parlementaire gaulliste. Il fut déclaré le 16 novembre sous le nom de groupe d’Action démocratique et républicaine (ADR). De Gaulle, qui avait primitivement le projet d’attendre des élections législatives qu’il espérait proches, pour former un véritable groupe gaulliste à l’Assemblée [7], décida à la fin de 1948, devant le refus du gouvernement de la dissoudre, d’autoriser Jacques Vendroux et René Capitant à créer un groupe au Palais-Bourbon. Le propre beau-frère du Général le baptisa groupe d’Action démocratique et sociale (ADS), en reprenant le titre de sa liste aux législatives de novembre 1946. Après les élections de juin 1951, les deux groupes abandonnèrent leur premier nom et s’intitulèrent groupes du RPF [8].
6Très vite, les députés et les sénateurs gaullistes se divisèrent sur l’attitude à tenir vis-à-vis du régime et une minorité d’entre eux refusa de suivre l’attitude intransigeante du général de Gaulle. Les « dissidents » fondèrent, à l’Assemblée un groupe d’Action républicaine et sociale (ARS) présidé par Edmond Barrachin, et au Conseil de la République, un groupe des Indépendants d’Action républicaine et sociale, rattaché au groupe des Républicains indépendants. Devant l’échec de l’action du Rassemblement dans les Chambres, de Gaulle décida en mai 1953 d’amputer le RPF de sa branche parlementaire [9]. Aussitôt, le groupe RPF de l’Assemblée devint le groupe d’Union des Républicains d’Action sociale (URAS) puis en 1955 le groupe des Républicains sociaux [10].
7Après le retour au pouvoir du général de Gaulle, le nom des groupes parlementaires s’aligna systématiquement sur celui des partis gaullistes successifs. Ainsi en novembre 1958, à la suite des législatives, se constitua dans les deux Chambres un groupe d’Union pour la nouvelle République (UNR). Le règlement de la guerre d’Algérie entraina rapidement une dissidence de quelques élus opposés à la politique du chef de l’État. Ils participèrent à la formation d’un nouveau groupe à l’Assemblée qui s’intitula Regroupement national pour l’Unité de la République, dans lequel on retrouvait des hommes comme Pascal Arrighi ou Léon Delbecque. En décembre 1962, le groupe parlementaire du Palais-Bourbon adopta le nom de groupe UNR- UDT, puisqu’à la veille des législatives de l’automne l’UNR avait fusionné avec les gaullistes de gauche de l’Union démocratique du Travail. En avril 1967, le groupe de l’Assemblée devint celui de l’UD-Ve, anticipant la décision prise aux Assises de Lille de novembre, qui transforma l’UNR en Union des Démocrates pour la Ve République. Les députés gaullistes élus en masse en juin 1968 formèrent le nouveau groupe de l’Union des Démocrates pour la République (UDR), dénomination à laquelle fut substituée celle du Rassemblement pour la République (RPR) après la transformation du parti en décembre 1976. Au Sénat, les groupes gaullistes connurent exactement la même évolution dans leur dénomination. C’était évidemment le signe d’une dépendance stricte des parlementaires envers leur parti.
8Dès l’époque du RPF, de Gaulle avait tenu à établir des liens très étroits entre le Rassemblement et les groupes parlementaires, qui devaient, dans leurs votes, exprimer très exactement les positions du mouvement. Un comité avait été créé afin d’assurer la liaison avec la rue de Solférino. Les groupes parlementaires gaullistes ne pouvaient donc avoir, à cette époque, de personnalité propre. Après la parenthèse des Républicains sociaux, durant laquelle les parlementaires furent très libres par rapport au parti, d’ailleurs essentiellement animé par eux-mêmes, le temps de l’UNR fut celui d’un retour à une discipline exigeante. Les liens étaient alors très forts entre le pouvoir, le parti et les groupes. Le journal de Jacques Foccart montre ainsi comment les présidents de groupe étaient choisis au cours d’un entretien entre ce dernier et le chef de l’État [11]. La première qualité demandée au parlementaire gaulliste était la discipline. Les statuts dont le groupe se dota au début des années 1960 étaient, à cet égard, très clairs : « L’obligation de se conformer à la pensée politique de la majorité du groupe est impérative dans l’accomplissement des mandats dévolus par le groupe » [12]. Les présidents de groupe ne furent pas alors des personnalités dominantes et leur rôle consista avant tout à transmettre au groupe la volonté du pouvoir et à assurer son unité. Au début de la Ve République, ils s’occupèrent de l’organisation du groupe, en s’inspirant du précédent du RPF (réunions, statuts etc.) mais également en prenant des initiatives, comme par exemple la tenue, à partir de 1960, de journées annuelles d’études parlementaires. Enfin, le président du groupe gaulliste de l’Assemblée dut apprendre à gérer un ensemble d’élus très nombreux. Louis Terrenoire, qui assura cette fonction en 1959, en a laissé une courte description :
« Présider un groupe de deux cents députés, quelle noble tâche, mais combien malaisée ! Si l’on veut l’assurer pleinement, il faut le don d’ubiquité et une égale aptitude à l’administration et à la parole, sans parler de ce travail typiquement parlementaire, qui se pratique dans les apartés. Comment être présent à la fois dans son cabinet pour organiser les interventions, à son banc pour coordonner ou intervenir soi même ès qualité, dans les couloirs, afin d’y entretenir au gré des rencontres une atmosphère de bon aloi parmi ses collègues de groupes. » [13]
10La difficulté de cette fonction fut encore accrue par les tensions et séparations liées à la question algérienne. Au total, les départs furent surtout des phénomènes individuels et n’atteignirent pas durablement la solidité du groupe. Dans les années 1960, celui-ci attira même des députés venant d’autres formations. La présence à la tête de l’État du général de Gaulle explique en grande partie le maintien global de cette discipline, même si, dès mai 1968, l’unité du groupe fut mise à mal [14]. (voir Annexe A)
11Après 1969, les groupes gaullistes restèrent très structurés [15] et la nouvelle direction qui se mit en place autour de Jacques Chirac lors de la création du RPR assura sur eux sa mainmise en intégrant leurs dirigeants dans les structures administratives et politiques du mouvement [16]. Mais les groupes parvinrent cependant à acquérir une plus grande indépendance. Andrew Knapp [17] en voit le signe dans leur influence sur le choix des candidats aux élections, dans la moindre retenue à exprimer leur mécontentement, soit à l’égard des choix du RPR, soit à l’égard du pouvoir (par exemple contre Chaban et son projet de Nouvelle Société, contre Pompidou sur le quinquennat, contre Chirac sur la loi autorisant l’IVG ou encore sur la loi concernant les plus-values en 1976). Les groupes gaullistes connurent même d’authentiques fractures comme en 1992 sur le traité de Maastricht ou en 1995 pour les élections présidentielles. Autre signe de cette indépendance relative, la difficulté voire l’impossibilité pour le parti d’imposer parfois tel ou tel président. Ainsi, entre 1973 et 1986, Jacques Chirac ne put briser la longue présidence du groupe de l’Assemblée de Claude Labbé. Au Sénat, cette autonomie était plus forte encore, en raison du mode d’élection des sénateurs et du désintérêt du parti pour le groupe parlementaire du Luxembourg jusqu’au début des années 1980. Ensuite, avec l’alternance de 1981, le RPR comprit quel rôle pouvait jouer le Sénat qui, avec l’arrivée de Charles Pasqua à la tête du groupe, devint le bastion de l’opposition [18]. Les sénateurs n’en continuèrent pas moins d’affirmer une certaine indépendance, encore illustrée par le fait qu’après 1988 Charles Pasqua fit de son groupe une place forte personnelle dans ses différents avec Jacques Chirac. (voir Annexe B)
12L’évolution globale des relations entre les groupes et les partis gaullistes s’avère donc marquée par une forte subordination des premiers aux seconds. Néanmoins, après le départ du fondateur de la Ve République, les groupes ne furent plus avec autant d’évidence qu’auparavant les prolongements parlementaires du parti. Ces liens dépendaient également de l’effectif des groupes.
Des effectifs variables mais dominants après 1958
13Après chaque renouvellement, les groupes politiques communiquent la liste de leurs membres au président de leur assemblée et celle-ci est publiée en annexe des comptes rendus de débats parlementaires. On y trouve le nom des membres, des apparentés et, spécificité du Sénat, des rattachés administratifs [19] mais, au total, les groupes ne font pas de véritable différence entre les membres à part entière – qui sont les plus nombreux – et les autres. On citera donc ici les chiffres les englobant tous.
Effectifs des groupes gaullistes à l’Assemblée nationale
Effectifs des groupes gaullistes à l’Assemblée nationale
14Il apparaît d’abord que la chronologie des effectifs des groupes diffère selon les Chambres. Les débuts du groupe gaulliste à l’Assemblée nationale furent très modestes. En janvier 1949, il comptait 16 députés, auxquels il faut ajouter les 6 Républicains populaires indépendants qui avaient rompu avec le MRP. Cette faiblesse ne reflète évidemment pas la vague d’adhésions au RPF qui a déferlé au printemps 1947 [20] et trouve son explication dans le décalage chronologique entre le lancement du Rassemblement et le calendrier électoral. Par contraste, les 121 députés gaullistes élus en juin 1951 donnèrent au groupe l’aspect d’une force massive, inaugurant une situation qui fut ensuite la plus fréquente pour les gaullistes de l’Assemblée. Mais, on l’a dit, la division s’installa dès 1952 et, en 1953, le groupe parlementaire du Rassemblement descendit de la 1e à la 3e place avec 84 membres. Devenu le groupe de l’URAS, son affaiblissement se poursuivit : il tomba à 72 députés en 1955. Le renouvellement de janvier 1956 amena une sévère défaite, et il ne compta plus qu’une poignée de membres, 21 exactement. Les dix premières années du groupe furent donc marquées au Palais-Bourbon par de forts contrastes. Les gaullistes connurent la dispersion, l’isolement des grands minoritaires, la force de la domination puis la division.
15Les quarante années qui suivirent s’avérèrent différentes puisque le groupe gaulliste fut constamment puissant. Il fut tantôt le premier groupe de l’Assemblée : pendant 28 ans, de 1958 à 1981 puis de 1993 à 1997 ; tantôt le second : pendant 17 ans, de 1981 à 1993 puis de 1997 à 2002. Mais, il fut toujours le premier groupe de la majorité ou de l’opposition. Le retour du général de Gaulle marqua, en effet, un tournant pour le groupe qui passa d’une vingtaine de membres à plus de 200. Ce fut un nouveau commencement. Il représentait alors 36,6 % de l’ensemble des députés. Il aurait pu craindre que le syndrome de l’explosion, qui avait touché le RPF, l’atteignît avec l’affaire algérienne. Mais les départs du groupe furent finalement limités [21] à 22 démissions et 7 exclusions, réduites par 3 réintégrations dès 1961. Le groupe, au contraire, attira des ralliements, si bien qu’au terme de cette première législature, il rassemblait encore 205 députés, soit presque son effectif de l’automne 1958. Avec l’élection de 1962, il entra dans une décennie faste où il se situa constamment au-dessus de 40 % de l’ensemble des députés, avec même une pointe exceptionnelle à 60 % en juin 1968. Au total, jamais sous de Gaulle, le groupe gaulliste eut moins de 200 députés. Ensuite, il n’atteignit plus les chiffres des années 1960, exception faite de la période 1993-1997. En dehors de cette pointe, le groupe oscilla entre 88 membres en 1981 – chiffre le plus faible de toute son histoire sous la Ve République, soit 18 % des élus – et 183 en 1973, soit 37,3 % des députés. Il se situa en moyenne autour de 150 membres, soit environ le quart de l’Assemblée. Cet amoindrissement dans le dernier quart du siècle fut provoqué par l’organisation et la croissance des partis non gaullistes de la droite, fédérés au sein de l’UDF. Ce fut cette croissance qui alimenta la rivalité entre le RPR et la confédération giscardienne. Les gaullistes dépassèrent toujours l’UDF.
Effectifs des groupes gaullistes au Conseil de la République puis au Sénat.
Effectifs des groupes gaullistes au Conseil de la République puis au Sénat.
16Au Palais du Luxembourg, l’évolution différa. Grâce à leur victoire impressionnante aux municipales de 1947 puis aux cantonales de 1948, les gaullistes firent une entrée en masse au Conseil de la République lors de son renouvellement intégral en novembre 1948. Avec 57 membres soit 20 % des élus, ils formèrent alors le troisième groupe parlementaire, derrière ceux des socialistes et de la Gauche démocratique. On a dit que le groupe connut la dissidence du GIARS mais, après 1953, il se maintint à un niveau relativement élevé puisqu’il ne compta jamais moins de 31 membres. En dix ans, il connut donc une apparition fulgurante puis une diminution régulière de la moitié de ses membres mais en restant tout de même, jusqu’à la chute du régime, un groupe non négligeable de la Haute Assemblée.
171958 ne marqua pas de rupture. La continuité de ses effectifs se manifesta par le fait que jusqu’à la fin des années 1970, il ne connut que de faibles oscillations, entre 30 et 44 membres, soit toujours entre 10 et 12 % des sénateurs. Le retour de De Gaulle ne provoqua pas une forte augmentation du groupe gaulliste au Sénat. Au contraire, après 1962, il se rapprocha de la barre des 30 membres, perdant un quart de son effectif par rapport à 1959. En fait, et au contraire de celui de l’Assemblée, le groupe resta marginal au Sénat pendant les 25 premières années de la nouvelle République, et en particulier sous les mandats de De Gaulle. Les gaullistes manquaient d’implantation locale et se désintéressaient de cette Chambre. De 1962 au départ du Général, le groupe fut, outre cela, ostracisé au Luxembourg.
18Le changement advint au début des années 1980 de manière très spectaculaire, d’autant plus que le Sénat, par les modalités de son recrutement, ne connaissait pas habituellement de fortes variations dans sa composition. L’effectif du groupe gaulliste passa de 41 à 58 membres en 1983, puis devint le plus important du Sénat en 1986 avec 77 membres. En 1989, il compta 91 sénateurs, soit près de trois fois plus qu’en 1977. Les explications sont multiples. Tout d’abord, le succès de l’implantation locale des gaullistes fut illustré par de bons résultats aux élections cantonales de 1982 et municipales de 1983. L’accession de Charles Pasqua à la tête du groupe amplifia encore son développement. Signe que le RPR prenait maintenant au sérieux l’aide que la Haute Assemblée pouvait apporter à l’opposition, son arrivée au Luxembourg rompit avec l’absence de personnalités gaullistes de premier plan en ce lieu. Il y installa le fait majoritaire, entama une œuvre de modernisation des services du groupe [22] et s’intéressa de près aux candidatures aux sénatoriales, dans le but de permettre aux gaullistes de gagner la suprématie au Sénat. Ainsi, après deux décennies de médiocre stabilité, le groupe connut un triplement en douze ans. Il poursuivit ensuite, mais plus lentement, cette croissance, dans un contexte de domination, frisant la centaine de membres en 1998.
19On le voit, les groupes gaullistes dans les assemblées du Parlement français évoluèrent à des rythmes différents et même parfois opposés. Il n’y eut pas les mêmes écarts dans le second élément constitutif des groupes parlementaires : la déclaration politique.
Un discours gaulliste : les déclarations politiques des groupes
20Après chaque renouvellement électoral, les groupes parlementaires déposent une déclaration politique qui est publiée au Journal officiel. L’obligation en apparut dans le règlement de la Chambre des députés en juin 1936. Si cette obligation exista également au Conseil de la République sous la IVe République, les sénateurs la rendirent facultative en 1959, avant de la rétablir en 1971 [23]. Entre 1959 et 1971, seul le groupe communiste publia une telle déclaration.
21Le texte de cette déclaration est de la responsabilité du président du groupe, qui le soumet ensuite aux membres. Les déclarations politiques des groupes gaullistes offrent un intérêt et une limite. Les gaullistes se sont, en effet, longtemps méfiés des textes de référence, proclamant que le gaullisme n’était pas une doctrine fixée. D’où l’intérêt de posséder ces séries de déclarations sur plusieurs décennies (13 pour les groupes de l’Assemblée de 1951 à 1997, 12 pour le Sénat de 1958 à 2001). Mais il faut garder à l’esprit cette défiance – et c’est là la limite – pour comprendre le caractère de certaines, parfois extrêmement courtes [24]. Une étude précise de ces déclarations, jusque là délaissées par les historiens, nécessiteraient de larges développements. On peut néanmoins en donner les grands caractères.
22Plusieurs modèles successifs apparaissent. Dans la structure, le modèle de la déclaration de juillet 1951 du groupe RPF à l’Assemblée nationale fut repris jusqu’en 1973. Il s’agissait d’une déclaration de longueur moyenne (une quarantaine de lignes), qui insistait d’abord sur « le respect de la volonté souveraine du peuple français », se fixait comme tâche le « redressement du pays » (en 1951, 1956 et janvier 1959) ou la poursuite de « l’œuvre de rénovation nationale » (à partir de 1962) et en déclinait ensuite les axes politiques, économiques, sociaux et internationaux : la défense des institutions de 1958, le maintien de l’esprit de liberté et de renouveau, l’indépendance nationale, la promotion d’une véritable démocratie sociale, la modernisation économique, le promotion et la formation de la jeunesse, le développement de la puissance de la France dans le cadre de ses alliances et d’une « Europe unie dans le respect des responsabilités propres à chaque État » [25], la recherche de la détente et de la paix. Ce modèle qui marqua un quart de siècle de l’histoire des groupes gaullistes connut quelques évolutions conjoncturelles. En 1959, il défendait le maintien de l’Algérie dans la souveraineté nationale. En 1962, le groupe manifestait « la solidarité de la nation envers les repliés d’Algérie ». Le souhait d’apporter le progrès aux pays de la Communauté (1959) faisait place, à partir de 1962, à la promotion d’une politique de coopération. En 1967, apparaissait le souci de l’aménagement du territoire. En 1968, les gaullistes voulaient protéger les institutions « contre toute tentative de subversion et toute entreprise totalitaire ». Ce modèle inspira la déclaration du groupe UDR du Sénat en 1971, avec en plus l’accent mis sur le rôle des collectivités locales.
23À l’automne 1977, le groupe gaulliste du Sénat rédigea une déclaration qui rompit avec le modèle précédent et influença les déclarations des groupes des deux assemblées jusqu’en 1981. L’objectif était dorénavant de « provoquer le sursaut salutaire de la nation » [26] dans le contexte de la défiance croissante des gaullistes vis-à-vis du président Giscard d’Estaing et de la fondation du RPR. Les thèmes mis en avant étaient ceux de la tradition gaulliste : l’indépendance nationale, le bon fonctionnement des institutions contre « la renaissance de l’influence des partis » [27], la participation et l’autorité de l’État. Tout démontrait que les groupes parlementaires gaullistes reflétaient l’évolution du discours du RPR, qui cherchait alors à contourner le giscardisme par le rappel des fondamentaux du gaullisme. En même temps, dès cette période de la fin des années 1970, on vit poindre des thèmes comme la volonté d’assurer la sécurité des biens et des personnes ou encore de « restaurer pleinement la liberté d’entreprendre » [28]. Ils prirent une place centrale dans les années 1980.
24En effet, un nouveau modèle de déclaration politique marqua cette décennie : des textes beaucoup plus longs (entre une centaine et 170 lignes), la prééminence de thèmes nouveaux comme la protection des libertés publiques (presse, enseignement), la sécurité, la lutte contre l’immigration, la remise en cause du poids de l’État, le libéralisme économique et la liberté d’entreprendre. Le groupe insistait, en particulier au Sénat, sur la dénonciation du trop grand poids de l’État [29] et affirmait que le redressement économique et social passait par le libéralisme [30]. Là encore, les groupes parlementaires gaullistes faisaient écho au discours plus conservateur du RPR dans les années 1980, dans sa lutte prioritaire contre le socialisme. Les thèmes gaullistes traditionnels furent délaissés au profit d’un discours qui s’apparentait beaucoup plus à celui de la droite traditionnelle. Dans la forme, les déclarations des groupes de l’Assemblée nationale de 1986 et de 1993 constituèrent l’aboutissement de ce modèle tant elles prirent l’aspect d’un programme d’action structuré et détaillé, en écho à celui défendu pendant la campagne des législatives. La déclaration des députés gaullistes de 1986 se conclut par la mise en exergue de l’expression « libre et responsable », titre du programme du RPR publié en 1984.
25Dans les années 1990, on assista à une évolution des déclarations, marquée par un retour relatif à certains thèmes gaullistes délaissés pendant une décennie et, en même temps, le maintien d’un attachement au libéralisme. En 1989 et 1992, au Sénat, où dominait la personnalité de Charles Pasqua, les élus du RPR défendaient un « grand dessein pour la France et les Français », affirmant la force de leur sentiment national [31], la nécessité d’un rassemblement des Français, d’une défense nationale indépendante et d’une politique de progrès social et de participation. En même temps, ils continuaient de dénoncer l’omnipotence de l’État et de valoriser l’initiative individuelle. La déclaration des députés gaullistes de 1997, présidés par Philippe Seguin, marquait le même attachement aux principes gaullistes tout en défendant une « conception libérale et sociale de l’action publique » et une réforme de l’État ramené à ses missions essentielles. Cette déclaration de 1997 avait l’originalité d’être organisée en deux temps : elle proclamait d’abord un soutien actif au président de la République, après son grave revers politique, illustrant la lecture gaullienne de la prééminence présidentielle dans les domaines de la défense et des affaires étrangères, puis, précisait les modalités de son opposition à la nouvelle majorité parlementaire. Enfin, dans le domaine de la construction européenne, le maintien de profondes réserves s’exprima au Sénat jusqu’en 1992 pour laisser la place ensuite à l’exigence d’une « France forte dans une Europe démocratique » [32]. À l’Assemblée, l’exigence d’une Europe confédérale affirmée en 1978 et 1981 fut abandonnée en 1986, mais en 1993 « l’illusion fédérale » était encore stigmatisée. En 1997, le groupe manifestait son ralliement à la politique européenne de Jacques Chirac et à la monnaie unique.
26On trouve le reflet de ces évolutions du discours des groupes dans les références précises au général de Gaulle. Dans les déclarations du groupe du Sénat, le nom du Général fut constamment cité jusqu’en 2001. A partir de 1977, le nom de Jacques Chirac l’accompagna, sauf en 1989 et 1992, signe de l’affaiblissement de sa position après son échec de 1988, et en 2001 au terme de son premier mandat. Si le fondateur de la Ve République gardait sa figure tutélaire, à partir de 1995 il n’était plus cité dès les premières lignes des déclarations et le groupe ne faisait plus de la fidélité à sa personne un élément dominant de son discours. Son nom n’apparaissait que tardivement dans les textes, pour mettre en évidence deux héritages gaulliens : la place de la France en Europe et l’exemple d’une politique ambitieuse. Quant au groupe de l’Assemblée, il affirma, dans les premières lignes de ses déclarations, sa fidélité au général de Gaulle jusqu’en 1981. En 1986, il citait encore son nom, mais plus loin dans son texte, avec « la protection sociale telle que l’a instituée le général de Gaulle ». Il ne s’agissait donc pas d’une référence au fondateur des institutions de la Ve République, mais au président du GPRF. Ensuite, son nom n’apparut plus sauf sous la forme d’un usage unique de l’adjectif « gaulliste » en 1997. Le lien entre le mouvement gaulliste et le chef de l’État, jusqu’en 1974, puis après 1995, était marqué par la citation de Georges Pompidou (1973) et de Jacques Chirac (1997).
27Les déclarations politiques des groupes manifestent donc plusieurs moments du discours gaulliste. Sous les présidences de De Gaulle et de Pompidou, on y trouvait un énoncé assez court des grands principes fondamentaux. Les déclarations suivantes reflétèrent les heurts entre gaullistes et giscardiens puis le combat contre le pouvoir socialiste. Les groupes se tournèrent alors vers la défense du libéralisme et des éléments plus nettement conservateurs. Les déclarations s’allongèrent, devinrent de plus en plus précises au point de se transformer en véritables chartes programmatiques, aux antipodes de l’habituelle réserve gaulliste pour ce genre d’exercice. Enfin, le discours perdit de son unité, le Sénat manifestant plus longtemps un attachement à l’héritage ancien tandis qu’à l’Assemblée les groupes semblaient assumer plus nettement leur émancipation. À un discours assez monolithique dans les années 1960 avaient succédé des déclarations plus conjoncturelles.
28Les groupes parlementaires gaullistes furent finalement un reflet assez fidèle de l’évolution générale du gaullisme dans la seconde moitié du XXe siècle. Cela n’induit pas que leur rôle fut secondaire par rapport aux partis successifs et dans l’exercice du pouvoir. Dominants souvent les assemblées, ces groupes furent des forces d’attraction et des acteurs essentiels de la vie politique. Dans l’action parlementaire, dans la délibération, la production de la loi et le contrôle des gouvernements, ils formèrent le cadre précieux de l’action de centaines de députés et sénateurs gaullistes pendant plus d’un demi-siècle. À ce titre, la légitimité de la recherche historique sur les parlementaires gaullistes est entière.
Liste des présidents des groupes gaullistes de l’Assemblée nationale
291949 : R. Capitant (ADS)
301951 : J. Soustelle (RPF)
311953 : A. Diethelm (RPF)
321954 : J. Chaban-Delmas (Rép. Soc.)
331955 : R. Triboulet (Rép. Soc.)
341956 : J. Chaban-Delmas (Rép. Soc.)
351957 : R. Triboulet (Rép. Soc)
361958. M. Bayrou (UNR)
371959 : L. Terrenoire (UNR)
381960 : R. Schmittlein (UNR)
391962 : R. Dusseaulx (UNR-UDT)
401963 : H. Rey (UNR-UDT, UD-Ve, UDR)
411970 : M. Jacquet (UDR)
421973 : R. Frey (UDR)
431973 : C. Labbé (UDR, RPR)
441986 : P. Messmer (RPR)
451988 : B. Pons (RPR)
461995 : M. Péricard (RPR)
471997 : P. Seguin (RPR)
481997 : J.-L. Debré (RPR)
Liste des présidents des groupes gaullistes au Conseil de la République puis au Sénat
491948 : A. Diethelm (ADR)
501951 : P.-J. Kalb (RPF)
511952 : F. Le Basser (RPF)
521955 : M. Debré (Rép. soc.)
531958 : F. Le Basser (UNR)
541959 : J. Bertaud (UNR)
551962 : M. Bayrou (UNR-UDT)
561965 : J. Soufflet (UNR, UDT, UDR)
571971 : P. Carous (UDR, RPR)
581980 : M. Jacquet (RPR)
591981 : C. Pasqua (RPR)
601986 : R. Romani (RPR)
611988 : C. Pasqua (RPR)
621993 : J. de Rohan (RPR)
632001 : J. de Rohan (RPR)
Mots-clés éditeurs : Assemblée nationale, Conseil de la République, élections, gaullisme, groupes parlementaires, Parlement, Sénat
Date de mise en ligne : 02/10/2009
https://doi.org/10.3917/parl.hs05.0008