Compte rendu

Jean-Pascal Daloz, La représentation politique, Paris, Armand Colin, 2017, 179 p.

Pages 189d à 213d

Citer cet article


  • Navarro, J.
(2019). Jean-Pascal Daloz, La représentation politique, Paris, Armand Colin, 2017, 179 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 30(3), 189d-213d. https://doi.org/10.3917/parl2.030.0189d.

  • Navarro, Julien.
« Jean-Pascal Daloz, La représentation politique, Paris, Armand Colin, 2017, 179 p. ». Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2019/3 N° 30, 2019. p.189d-213d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-parlements-2019-3-page-189d?lang=fr.

  • NAVARRO, Julien,
2019. Jean-Pascal Daloz, La représentation politique, Paris, Armand Colin, 2017, 179 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2019/3 N° 30, p.189d-213d. DOI : 10.3917/parl2.030.0189d. URL : https://shs.cairn.info/revue-parlements-2019-3-page-189d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parl2.030.0189d


Notes

  • [2]
    Ce dynamisme s’illustre, par exemple, par la parution sous la direction d’Olivier Rozenberg et d’Éric Thiers d’un Traité d’études parlementaires (Éditions Larcier, 2018).

1 La représentation politique est l’un des concepts clés pour l’analyse des systèmes démocratiques contemporains. Elle fait à ce titre l’objet d’une production scientifique abondante que ce soit sous l’angle historique, théorique ou empirique ; l’étude des parlements, qui en constitue l’un des piliers, a en particulier connu un dynamisme marqué au cours des dernières années dans la science politique de langue française [2]. Il manquait cependant à ces importantes avancées de la recherche une synthèse à la fois ambitieuse dans son propos et accessible pour un public élargi, notamment d’étudiants. C’est cette lacune que Jean-Pascal Daloz s’emploie à combler dans son dernier ouvrage intitulé sobrement La représentation politique. L’auteur y offre un panorama d’ensemble particulièrement réussi sur un plan pédagogique sans pour autant renoncer à ses convictions fortes sur la nature d’un concept d’une grande complexité.

2 L’auteur affirme – et assume – d’emblée le caractère polysémique du concept de représentation. La représentation c’est d’abord « la capacité du cerveau à former des images d’éléments qui ne sont pas présents » (p. 8), ce qui relève à la fois de la perception et de la figuration. C’est, dans un deuxième sens, le fait d’agir à la place ou au nom de quelqu’un, soit la représentation-vicariance. C’est enfin l’idée de théâtralité qui suggère et embarque avec elle une multiplicité de métaphores (avec les notions de rôle, de mise en scène, de coulisses, etc.). Loin de dessiner trois espaces étanches, ces acceptions se complètent et entretiennent entre elles des relations étroites ; c’est ce qui fait écrire à Jean-Pascal Daloz au terme de son introduction qu’« il est sans doute grand temps de cesser de parler de la représentation comme s’il s’agissait d’une réalité univoque et de prendre en compte ses diverses facettes » (p. 24).

3 Ces bases étant posées, l’ouvrage suit un plan ternaire qui permet d’approfondir chacun des axes esquissés rapidement dans l’introduction. La première partie est l’occasion de revenir sur l’émergence du concept de représentation dans le champ politique. Cette généalogie fait droit aux penseurs canoniques de la représentation de Thomas Hobbes à Hannah Pitkin en passant par Edmund Burke ; elle se montre également attentive à ses grands tournants historiques tels la naissance du parlementarisme en Angleterre ou la Révolution française. Les apports des sciences sociales font ensuite l’objet d’un examen en profondeur d’où se dégage une critique de l’approche constructiviste qui occupe aujourd’hui une position dominante dans la littérature hexagonale.

4 La deuxième partie de l’ouvrage, intitulée « la représentation des intérêts » est celle qui recouvre le plus étroitement le concept de représentation lorsqu’il est associé à l’adjectif politique, c’est-à-dire la délégation (ou la vicariance pour reprendre le terme employé par l’auteur dans l’introduction). Parmi les questions traitées, on notera successivement la nature du mandat représentatif, le degré d’autonomie des représentants, le focus de la représentation ou le problème de la représentativité. L’auteur montre aussi que, loin d’être une réalité figée, la représentation fait l’objet d’un « travail » spécifique de la part des représentants, travail qui vise à répondre concrètement aux attentes des représentés car les représentants doivent in fine rendre des comptes.

5 Dans une troisième et dernière partie, c’est toute la richesse de la métaphore théâtrale qui est mobilisée au service de l’analyse du concept de représentation. Avec cette métaphore, il n’est évidemment pas question pour Jean-Pascal Daloz de ramener la représentation politique à un simple artifice ou d’inscrire son propos dans une veine conspiratrice. L’image du théâtre permet tout au contraire de mettre au jour la grande complexité et les multiples tensions qui traversent tout processus de représentation. Concrètement, raisonner en termes de rôle et de répertoire permet, par exemple, de réfléchir à la diversité des situations et des relations dans lesquelles les représentants (ou « acteurs » politiques) se trouvent engagés et à la question de la marge de manœuvre dont ils disposent pour leur « interprétation ». C’est donc une approche particulièrement heuristique pour aborder la question de l’éminence et de la proximité, deux thèmes qui clôturent l’ouvrage.

6 On l’aura compris, le livre de Jean-Pascal Daloz est d’une grande richesse. Il ne se limite d’ailleurs pas à croiser les différentes acceptions du concept de représentation : servi par l’érudition et l’éclectisme de son auteur, il mobilise un large panel d’approches et de références issues aussi bien de l’histoire, de la philosophie, de l’anthropologie ou de la sémiologie que du droit et de la science politique, au service d’une entreprise éditoriale résolument comparatiste. Il est servi en cela par le parcours scientifique de son auteur qui a conduit au fil des ans de multiples recherches de terrain aussi bien sur le continent africain que dans les pays scandinaves.

7 S’il fallait, en tant que politiste, formuler un regret, celui-ci porterait sur la réticence de Jean-Pascal Daloz à poser plus clairement une hiérarchie entre les différentes significations que le concept de représentation politique recouvre. S’il est sans aucun doute heuristique de mobiliser la représentation-figuration et la représentation-théâtrale, force est de reconnaître que la représentation dans son sens politique renvoie prioritairement à l’idée de délégation. Et ce sont justement les ambiguïtés et les équivoques que cette dernière soulève qui justifient d’en explorer toutes les dimensions, y compris dans un sens métaphorique. Il me semble donc qu’il aurait été possible de choisir plus clairement entre les différentes définitions du concept sans renoncer à sa richesse métaphorique.

8 Julien Navarro


Date de mise en ligne : 24/03/2020

https://doi.org/10.3917/parl2.030.0189d