« Travailler au bonheur de [son] compagnon » : Marie-Thérèse Gravier et Émile Ollivier (décembre 1868-août 1870)
Pages 79 à 99
Citer cet article
- BERTHIAUD, Emmanuelle,
- Berthiaud, Emmanuelle.
- Berthiaud, E.
https://doi.org/10.3917/parl2.hs14.0079
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https://doi.org/10.3917/parl2.hs14.0079
Notes
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[1]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu l’agonie du Second Empire, Paris, Fayard, 1970, p. 116. Voir infra.
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[2]
Les écrits de Marie-Thérèse Ollivier ont fait l’objet d’une exploitation dans ma thèse de doctorat « Attendre un enfant » : Vécu et représentations de la grossesse aux xviiie et xixe siècles (France), dirigée par Scarlett Beauvalet, Université d’Amiens, 2011, ainsi que d’un article coécrit avec Macré-Lameille Annabelle, « “Former une jeune âme et former en soi-même le miel qu’il lui faut pour se nourrir”. La mère éducatrice dans les écrits intimes de Marie-Thérèse Ollivier », in Berthiaud Emmanuelle (dir.), Paroles de femmes. Rôles et images de soi dans les écrits personnels, Europe, xvie-xxe siècles, Paris, Le Manuscrit, 2017, p. 129-150. Je remercie Annabelle Macré-Lameille pour son aide précieuse dans la transcription de plusieurs carnets de Marie-Thérèse Ollivier.
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[3]
Blandine Rachet Liszt (1835-1862), fille du compositeur et de Marie d’Agoult, épouse Émile Ollivier en 1857. Elle décède à 26 ans en 1862, deux mois après la naissance de son fils Daniel Ollivier (1862-1941).
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[4]
Grâce aux amis de son père, Démosthène Ollivier – fervent militant républicain et député des Bouches-du-Rhône à l’Assemblée constituante en 1848 – Émile Ollivier est nommé commissaire du gouvernement provisoire de la République dans les Bouches-du-Rhône et le Var, puis en Haute-Marne. Il est révoqué lors de l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à l’élection présidentielle en janvier 1849.
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[5]
Cette période du Second Empire a été magistralement étudiée par Anceau Éric, L’Empire libéral, Paris, Ed. SPM, 2017, 2 t.
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[6]
Verjus Anne, La citoyenneté politique au prisme du genre. Droits et représentation des individus entre famille et classe de sexe (xviiie-xxie siècles), mémoire d’HDR de Science politique, ENS Paris, 2014, p. 138.
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[7]
Duhamel Patrice, Santamaria Jacques, Jamais sans elles : des femmes d'influence pour des hommes de pouvoir, Paris, Plon, 2015.
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[8]
Elle désigne par conjugalisme la « manière d’organiser idéalement la relation conjugale, de penser le couple comme une unité indivisible, homogène d’intérêts économiques et d’opinions politiques, une unité de vie tant matérielle qu’immatérielle », Verjus Anne, Le bon mari. Une histoire politique des hommes et des femmes à l’époque révolutionnaire, Paris, Fayard, 2010, p. 26.
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[9]
Voir les références mentionnées dans le mémoire d’HDR d’Anne Verjus, notamment : Vickery Amanda, Women, Privilege, and Power. British Politics, 1750 to the Present, Stanford, Stanford University Press, 2001 ; Lewis Judith S., Sacred to Female Patriotism: Gender, Class and Politics in Late Georgian Britain, New York, Routledge, 2003 ; Gobetti Daniela, Private and Public. Individuals, Households, and Body Politic in Locke and Hutcheson, Routledge, London and New York, 1992.
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[10]
Ils sont actuellement conservés aux Archives Nationales dans Fonds Émile Ollivier, à la côte 542 AP.
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[11]
Les lettres originales sont conservées sous la côte 542AP/9 mais la plupart de celles datant de cette époque ont été perdues. M.-T. Ollivier en a cependant copié certaines et elle en cite plusieurs pour nourrir ses mémoires. Certaines sont également reproduites dans le journal de son mari : Ollivier Émile, Journal, publié par T. Zeldin et A. Troisier de Diaz, t. II, 1861-1869, Paris, Julliard, 1961.
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[12]
Ce journal est constitué de cinq carnets et de fragments, écrits entre 1869 et 1882. J’utiliserai ici celui qui va de septembre 1869 à juin 1870 (cote 542 AP/46, dossier 1). Il est composé de feuillets reliés entre eux et détachés du carnet originel et dont beaucoup sont déchirés, ainsi que de feuilles éparses (la numérotation retenue correspond à l’ordre de classement du dossier). La jeune mariée y fait son examen de conscience et consigne les faits notables de sa nouvelle existence, malgré une tenue du journal assez irrégulière. Ce carnet sera appelé « carnet 0 » car l’inventaire du fonds Ollivier qualifie de « carnet 1 » celui daté de septembre 1870 à août 1871.
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[13]
Le début de ses mémoires a été publié tardivement par sa petite-fille, Anne Troisier de Diaz : Olliver Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit.
-
[14]
L’agentivité, ou agency, renvoie à la capacité d’agir des individus par-delà les déterminismes, notamment de genre. Ce concept, inspiré notamment par les travaux de Judith Butler, permet de « dépasser la dichotomie entre domination masculine et subordination féminine », Montenach Anne, « Introduction », Rives méditerranéennes, « Agency : un concept opératoire dans les études de genre ? », no 41, 2012, p. 7-10.
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[15]
Lettre à Marie Gravier, 3 décembre 1868, Ollivier Émile, Journal, op. cit., p. 346-347.
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[16]
Walch Agnès, Histoire du couple en France de la Renaissance à nos jours, Rennes, Ouest France, 2003, p. 182.
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[17]
Sa sensibilité romantique s’est nourrie de nombreuses rencontres, notamment de celles de Franz Liszt et Marie d’Agoult, parents de sa première épouse Blandine.
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[18]
Marie-Madeleine, aimée dans sa jeunesse et son épouse Blandine, morte en 1862.
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[19]
Lettre à Marie Gravier, 3 décembre 1868, Ollivier Émile, Journal, op. cit., p 346.
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[20]
Lettre à Zélie Sourdeval, septembre 1868, ibid., p. 339.
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[21]
Lettre d’Émile Ollivier, Ollivier, Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 107-109.
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[22]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 113.
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[23]
Ollivier Émile, Journal, op. cit., p. 360.
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[24]
Ibid., p. 96.
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[25]
Jonas Irène, « Un nouveau travail de “care” conjugal : la femme “thérapeute” du couple », Recherches familiales, no 3, 2006/1 p. 38-46.
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[26]
Gilligan Carol, Une voix différente. Pour une éthique du care, Paris, Flammarion, 2008 (1re éd. américaine 1982) ; Tronto Joan C. « Du care », Revue du MAUSS, vol. 32, no 2, 2008, p. 243-265.
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[27]
Dayan-Herzbrun Sonia, « Production du sentiment amoureux et travail des femmes », Cahiers internationaux de Sociologie, vol. LXXII, 1982, p. 113-130.
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[28]
Voir notamment Cosnier Colette, Le silence des filles. De l'aiguille à la plume, Paris, Fayard, 2001.
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[29]
Elle envisage d’ailleurs un temps cette vocation ; Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 90-92.
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[30]
Ibid., p. 99.
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[31]
Lettre de Marie-Thérèse Gravier, décembre 1869 ; Ollivier Émile, Journal, op. cit., p. 347.
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[32]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 98
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[33]
Ibid., p. 99.
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[34]
Le 28 février 1869, il publie son livre Le 19 janvier qui récapitule ses conceptions politiques, en vue des élections législatives de mai et juin 1869. Il échoue à Paris mais il est cependant élu député du Var. La majorité revient aux libéraux favorables à l’évolution de l’Empire vers un régime parlementaire. Dès le 6 juillet, Émile Ollivier participe à la demande d’interpellation de 116 députés qui réclament un programme de réformes. Napoléon III accepte des réformes libérales qui sont promulguées par un sénatus-consulte le 8 septembre. Émile Ollivier est alors considéré par l’empereur comme le mieux à même d’incarner ce nouvel empire libéral : le 1er novembre 1869, il lui propose de diriger le gouvernement. S’ensuivent de longues tractations jusqu’à la fin du mois de décembre pour former le ministère.
-
[35]
Ollivier Émile, Journal, op. cit., 28 février 1869, p. 354-355.
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[36]
Ibid., p. 357-358.
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[37]
Ibid., p. 364-368.
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[38]
Si cet aspect est peu présent dans les mémoires de Marie-Thérèse Ollivier, il occupe une place importante dans leur correspondance.
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[39]
Ollivier Émile, Journal, op. cit., 8 avril 1869, p. 359-360.
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[40]
Ibid., 30 janvier 1869, p. 354.
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[41]
Ibid., 5 avril 1869, p. 359.
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[42]
« Quand on ne veut pas se faire d’ennemis en pareil cas, il n’y a qu’un moyen, c’est de prendre un parti radical : personne ou tout le monde. Tout le monde c’est impossible. Alors personne. Bien entendu, aucun repas, aucune noce », ibid., 1869, p. 370.
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[43]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 117.
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[44]
Ibid., p. 121.
-
[45]
Ibid., p. 139.
-
[46]
Ibid., p. 126.
-
[47]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., page 1, sans date.
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[48]
Anceau Éric, L’Empire libéral…, op. cit., p. 429 ; voir le journal L’Illustration no 1403, 15 janvier 1870 et Le Figaro du 10 janvier 1870 : « Émile Ollivier inaugure pour la presse une ère de bon vouloir et de gracieuseté. »
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[49]
Le 5 janvier 1870, Le Figaro annonce que, parmi les premiers projets soumis à la délibération des ministres, on trouve un texte qui prévoit : « 1° Suppression des logements dans l’hôtel du ministère, 2° Suppression de l’uniforme officiel, 3° Suppression du titre d’Excellence ». Voir infra les analyses sur l’apparence vestimentaire du couple.
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[50]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 118.
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[51]
C’est un négociant acquis aux idées républicaines dont les amis arrivent au pouvoir en 1848. Arrêté suite au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, il évite de peu la déportation grâce aux démarches de son fils.
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[52]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 118.
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[53]
« Il nous entoura d’une sollicitude de toutes les minutes. Son secours et celui de sa femme me furent précieux. Ils m’apprirent à concilier avec une sage économie les dépenses obligatoires, me pourvurent d’une femme de chambre, d’un valet de pied, d’un couplet de remise, enfin de tout ce que m’imposait de fastidieux notre position officielle », ibid., p. 127.
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[54]
Ibid., p. 135.
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[55]
Ibid., p. 140.
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[56]
Ils s’installent finalement dans l’appartement de fonction du ministère pour qu’Émile Ollivier puisse mieux recevoir les dépêches urgentes ; Anceau Éric, L’Empire libéral…, op. cit., p. 428.
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[57]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 141.
-
[58]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., p. 18, 5 mars 1870.
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[59]
Le gouvernement Ollivier ne bénéficie pas d’une vraie majorité parlementaire ; il est combattu sur sa droite par les bonapartistes autoritaires (derrière Rouher et l’impératrice) et par les républicains sur sa gauche. À cela s’ajoutent la multiplication des mouvements sociaux et le développement d’une opposition radicale et socialiste révolutionnaire.
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[60]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., p. 56-57.
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[61]
L’expression désigne un « acte par lequel on essaie de changer le degré ou la qualité d’une émotion ou d’un sentiment », Hochschild Arlie R., « Travail émotionnel, règles de sentiments et structure sociale », Travailler, no 9, 2003, p. 19-49 ; Hochschild Arlie R., Le Prix des sentiments. Au cœur du travail émotionnel, Paris, La Découverte, 2013 (1re éd. américaine, 1989). Voir aussi le numéro de la revue Clio. Femmes, Genre, Histoire « Le genre des émotions », no 47, 2018.
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[62]
Voir sur ce point l’extrait de son carnet reproduit dans ce volume.
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[63]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., p. 15-16, le 28 février 1870.
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[64]
Ibid., page volante arrachée du Carnet 0, s. d. ; Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 155.
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[65]
Ibid., p. 156.
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[66]
Rich Rachel, « Faire et refaire les règles : les dîners sociables dans les maisons bourgeoises de Londres et de Paris, 1860-1914 », in Gherchanoc Florence (dir.), La maison, lieu de sociabilité dans des communautés urbaines européennes de l’Antiquité à nos jours, Paris, Le Manuscrit, 2006, p. 307-321 ; Le Gall Laurent, Offerlé Michel, Ploux François (dir.), La politique sans en avoir l’air. Aspects de la politique informelle, xixe-xxie siècles, Rennes, PUR, 2012.
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[67]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 139-140. Voir Le Constitutionnel et le Figaro du 20 janvier 1870.
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[68]
Le journaliste du Figaro trouve Marie-Thérèse Ollivier « vraiment […] charmante, pleine d’embarras et d’émotion, de sourires et de contentement, saluant avec grâce et nullement mal à l’aise. […] Sa robe, de velours noir, montante à traîne, lui donnait l’air tout à fait sérieux, malgré l’éclat de ses vingt ans », Le Figaro, 20 janvier 1870.
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[69]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 140.
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[70]
Ibid., p. 154.
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[71]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., p. 30.
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[72]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 141 et p. 151.
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[73]
Ollivier Éric, L’Empire libéral…, op. cit., p. 430.
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[74]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 142 et p. 167.
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[75]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., p. 27.
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[76]
Ibid., p. 143 et p. 148.
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[77]
Elle subit notamment des critiques pour avoir accepté une décoration remise par l’ambassadeur espagnol pour remercier Émile Ollivier du règlement d’un différend avec l’Espagne ; ibid., p. 167.
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[78]
Ibid., p. 144.
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[79]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., p. 62.
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[80]
Ibid.
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[81]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 144.
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[82]
« La Patrie rassure les personnes chatouilleuses sur l’étiquette, qui se sont étonnées de voir M. Émile Ollivier en habit noir au Sénat. L’habit noir de M. Ollivier avait hier sa raison d’être, c’est que M. Ollivier n’en a pas d’autre », Le Figaro, 10 janvier 1870.
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[83]
Voir Anceau Éric, L’Empire libéral…, op. cit., p. 430 sq pour les nouveautés dans la pratique ministérielle d’Émile Ollivier. Dès le 4 janvier 1870, Le Figaro indique : « Les ministres inaugurent leur avènement au pouvoir par une mesure démocratique et n’habitent pas les hôtels ministériels ; les Anglais n’en usent pas autrement, et puisqu’on leur prend leur régime, on peut bien aussi leur prendre leurs habitudes. C’est égal, pour peu qu’on persiste dans cette voie, Paris ne sera bientôt plus l’Athènes, mais la Sparte du Nord. »
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[84]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 155.
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[85]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., p. 47- 48.
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[86]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 153.
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[87]
Ibid. Les salles d’asiles sont les ancêtres de nos crèches et écoles maternelles ; elles accueillent des enfants du peuple dont les mères travaillent.
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[88]
Berthiaud Emmanuelle, « Les solidarités autour des femmes enceintes dans les écrits du for privé aux xviiie et xixe siècles », in Bardet Jean-Pierre, Arnoul Élisabeth, Ruggiu François-Joseph (dir.), Les écrits du For privé en Europe du Moyen Âge à l’époque contemporaine. Enquêtes, analyses, publications, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2010, p. 283-299.
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[89]
Chaline Jean-Pierre, « Sociabilité féminine et “maternalisme”, les sociétés de charité maternelle au xixe siècle », in Alain Corbin, Jacqueline Lalouette, Michèle Riot-Sarcey (dir.), Femmes dans la cité, 1815-1871, Paris, Créaphis, 1997.
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[90]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 153.
-
[91]
Ibid., p. 141.
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[92]
Ollivier Marie-Thérèse, Carnet 0, op. cit., p. 33.
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[93]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 147.
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[94]
Voulant réparer son honneur sali par la presse, notamment par les journalistes de La Marseillaise, Rochefort et Grousset, le prince Pierre Bonaparte tue Victor Noir, le jeune collaborateur qui les accompagnait pour être témoin de leur duel. Certains opposants voient dans ses obsèques une occasion pour renverser le régime en suscitant l’indignation populaire.
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[95]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 146.
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[96]
Voir l’extrait de son carnet reproduit dans ce volume.
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[97]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 156-158 ; voir Anceau Éric, L’Empire libéral…, op. cit., p. 519.
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[98]
L’évolution vers un empire libéral nécessite de redéfinir les rapports entre les différents pouvoirs. En mars-avril 1870, Émile Ollivier discute avec l’Empereur d’un projet de senatus-consulte pour fixer la nouvelle constitution.
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[99]
Ollivier Marie-Thérèse, J’ai vécu…, op. cit., p. 178.
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[100]
Ibid., p. 195. E. Ollivier a cherché jusqu’au bout une négociation pacifique mais, le 15 juillet, il déclare au Corps Législatif que tout ayant été tenté, « cette guerre, nous la déclarons d’un cœur léger ». Conscient de sa maladresse, il ajoute « d’un cœur confiant et que n’alourdit pas le remords » mais l’expression, sortie de son contexte, reste dans les têtes et lui est longtemps reprochée après la défaite.
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[101]
Ibid, p. 186.
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[102]
Ibid, p. 187.
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[103]
Ibid, p. 189.
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[104]
Ibid, p. 195.
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[105]
Ibid, p. 199.
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[106]
Berthiaud Emmanuelle, « Passer de la lumière à l’ombre : Marie-Thérèse et Émile Ollivier, un exil en famille (Italie, 1870-1873) », actes du colloque Exil, genre et famille (Reims, septembre 2019), à paraître.
1Marie-Thérèse Gravier (1850-1934) [2] est née à Pondichéry, dans un milieu de négociants francophones apparentés au bailli de Suffren. Elle vit en Inde jusqu’à l’âge de treize ans, puis vient s’établir en France avec sa famille. En 1867, aux eaux de Vittel, elle rencontre Émile Ollivier (1825-1913) et noue des liens privilégiés avec cet homme politique brillant, de vingt-cinq ans son aîné et veuf de Blandine Liszt [3]. Après ses études de droit, Émile Ollivier a exercé comme avocat et a connu une brève expérience politique en 1848 [4]. Il revient dans la vie publique en 1857 en tant que député républicain du Corps législatif où ses talents d’orateur le font vite remarquer. À partir de 1861, il apporte son concours à Napoléon III qui s’engage à libéraliser le régime, ce qui l’amène à rompre avec le parti républicain en 1864. Sollicité plusieurs fois, en vain, pour participer au gouvernement, il finit par se rapprocher de l’empereur de manière décisive à partir de 1867. C’est à cette période qu’il tombe amoureux de celle qu’il surnomme le « petit voile bleu », en référence à la tenue que Marie-Thérèse Gravier portait lors de leur rencontre à Vittel. Ils se fiancent en décembre 1868 et se marient le 23 septembre 1869. Émile Ollivier est pris ensuite dans un véritable tourbillon politique puisqu’il est chargé par l’empereur de constituer un ministère [5]. Son cabinet, formé officiellement le 2 janvier 1870, connaît cependant une existence brève puisqu’il est renversé le 9 août 1870 dans le contexte de la Guerre avec la Prusse. Le 12 juillet 1870, le couple Ollivier part pour l’Italie et y reste en exil plusieurs années.
2Ce couple en politique, dont les débuts coïncident avec un intense engagement public du mari, sera étudié sous l’angle de l’épouse, avec l’intention de contribuer à renouveler le « regard sur le politique à partir de l’implication des femmes [6] ». Il ne s’agit pas là de nourrir le poncif qui veut qu’« à côté de chaque grand homme d'État ou de pouvoir, il y a[it] une femme [7] » – même si celles-ci jouent souvent un rôle important dans les carrières politiques des hommes de leur famille et si les aspects privés de l’existence influent sur le déroulement des carrières politiques – mais plutôt de privilégier une autre approche. Comme l’ont montré les travaux d’Anne Verjus sur la conjugalité [8], le couple et la famille sont largement conçus comme une entité et même une catégorie politique au xixe siècle, ce qui conduit à reconsidérer l’idée communément admise que les femmes seraient exclues de la sphère politique à cette époque [9]. Dans la communauté d’intérêts hiérarchisée et sexuellement différenciée que constitue le couple, il s’agit donc de repérer la place et le rôle de Marie-Thérèse Ollivier en tant qu’épouse d’homme politique, en questionnant les identités de genres et les frontières couramment admises entre public et privé.
3Cette étude est rendue possible par l’abondance d’écrits personnels laissés par le couple Ollivier [10], notamment leur correspondance [11]. Émile Ollivier tient également un journal qu’il arrête en août 1869 quand sa carrière politique devient trop accaparante. C’est de ce moment-là que datent les premières pages conservées de celui de son épouse [12]. Marie-Thérèse Ollivier a également laissé des mémoires inachevés qui évoquent les débuts de sa vie jusqu’en 1871 [13]. Ces sources croisées permettent de percevoir les attentes concernant le rôle d’épouse d’un homme politique, de saisir comment Marie-Thérèse Ollivier se plie aux exigences de la fonction, mais aussi sa capacité d’action ou agentivité [14].
4Notre étude se concentrera sur un moment particulier de la vie du couple Ollivier, compris entre l’aveu de leurs sentiments respectifs en décembre 1868 et leur départ en exil en août 1870. Leurs longues fiançailles permettent d’abord d’envisager la manière dont Marie-Thérèse Gravier se prépare à son rôle d’épouse d’homme politique. Après le mariage en septembre 1869, celle-ci fait un difficile apprentissage de la vie de femme de ministre dans un gouvernement très exposé. À partir de la fin du printemps 1870, elle est contrainte de s’impliquer davantage aux côtés de son mari dans un contexte politique troublé.
Se préparer à épouser un politicien en vue
5Émile Ollivier hésite longtemps à révéler ses sentiments à Marie-Thérèse Gravier en raison de leur écart d’âge (elle a 18 ans, lui 43) et parce qu’il craint de lui imposer sa vie incertaine d’homme politique ; il essaye même de la dissuader de l’épouser [15]. Dans un contexte où le mariage d’amour devient une « valeur indiscutable [16] », leurs sentiments l’emportent cependant sur la raison. Les lettres échangées pendant leurs neuf mois de fiançailles révèlent leurs attentes respectives et le rôle que chacun entend jouer dans leur union. Leur différence d’âge, les responsabilités publiques d’Émile Ollivier et les normes de genre de l’époque occasionnent une évidente dissymétrie entre les conjoints. S’ils ne se conçoivent pas comme un couple ordinaire, il apparaît que c’est Marie-Thérèse Gravier qui doit s’adapter à son futur époux ; ce sont donc surtout ses devoirs qu’évoque la correspondance.
L’épouse idéale selon Émile Ollivier
6Sans être arriviste ou vaniteux, Émile Ollivier a une haute opinion de lui-même et notamment de ses talents d’orateur. Pétri d’idéal, il croit en son destin politique et pense pouvoir œuvrer pour que la France de Napoléon III devienne une démocratie libérale. Ses écrits révèlent aussi une vive sensibilité romantique [17]. Ayant vu mourir à deux reprises les femmes aimées [18], il dit s’être « jeté dans la politique, dont [il a] horreur, pour [s]e fuir, [s]’étourdir [19] ». Mais afin d’accomplir la tâche qu’il estime désormais être la sienne, il recherche un soutien et sa promise semble combler toutes ses attentes. Il apprécie en premier lieu sa jeunesse, qu’il associe à la « pureté [20] », ainsi que ses qualités de cœur :
J’ai maintenant mon rayon de soleil, mon parfum, ma brise, mon chant, mon espérance, ma consolation ; un être enfin qui me donnera l’affection fraîche de la jeune fille, l’affection brûlante de la femme et l’affection sereine de la sœur. J’ai auprès de moi jusqu’à la fin la compagne suave qui m’empêchera d’être assombri, vaincu, découragé par les laideurs de la vie. […] Vous serez une grande femme et vous me protégerez contre mes ennemis, non seulement par vos prières, par vos conseils, par votre assistance, par votre collaboration, mais par votre bonheur [21].
8Si Émile Ollivier apparaît dans la sphère publique comme un politicien aux qualités toutes viriles, faisant preuve d’éloquence, de maîtrise de soi, de force morale et d’endurance, il confesse être en réalité blessé et épuisé par ses combats politiques. Sa compagne, qui incarne toutes les facettes idéales de la féminité, lui permettra d’adoucir son existence et de réparer ses forces. Il voit aussi chez elle une vive intelligence, promesse d’une complicité intellectuelle féconde. Émile Ollivier encourage ainsi sa fiancée à cultiver les capacités rares qu’il pense avoir repérées chez elle. Ayant conscience de sa jeunesse et de ses lacunes, il veut d’ailleurs la former, tel un pygmalion : « Je vous considérerai comme l’artiste considère la perle sans tache qu’on lui confie. Je vous en ornerai, je vous embellirai, je développerai votre intelligence, j’agrandirai votre âme et parmi les femmes vous serez la première, non par l’éclat des ornements, mais par l’éclat du génie et de la bonté [22] ». Ces qualités doivent toutefois rester discrètes et ne pas s’exhiber en société [23].
Les attentes et les engagements de Marie-Thérèse Gravier
9Marie-Thérèse Gravier est, pour sa part, comblée de susciter l’intérêt et l’amour d’Émile Ollivier. Elle balaye les inquiétudes de son bien-aimé sur le sacrifice de sa jeunesse qu’elle ferait en l’épousant car leur rencontre donne un but à sa vie :
Comment n’avez-vous pas compris que le mien serait de vous accompagner dans votre route et d’essayer de vous la rendre moins pénible ? Comment n’avez-vous pas vu que vous seul saviez épanouir mon âme, lui rendre l’énergie, l’espérance et l’entretenir dans la volonté du bien [24] ?
11Si elle formule des attentes sur le plan affectif, moral et intellectuel concernant leur union, ses écrits insistent surtout sur ce qu’elle espère apporter en tant qu’épouse et qui relève de ce que les sciences sociales appellent le « care conjugal [25] ». Cette notion anglo-saxonne de « care [26] », difficilement traduisible en français, désigne à la fois la « sollicitude » et le fait de « prendre soin » des besoins des autres. Cette forme de prise en charge, souvent invisibilisée, est traditionnellement associée au féminin et à la sphère privée. Elle ne relève cependant pas d’une essence immuable mais bien d’une construction historique. La naturalisation des sexes au xixe siècle conforte en effet l’idée que la « nature féminine » donne aux femmes des capacités affectives spécifiques : elles sont « pourvoyeuses d’amour [27] », de douceur et de compassion. L’éducation alors dispensée aux filles renforce également cette capacité à prendre soin des autres [28]. Celle-ci s’exprime ensuite dans les principaux rôles offerts aux femmes : épouse, mère ou « sœur de charité [29] ». En épousant Émile Ollivier, Marie-Thérèse Gravier s’engage ainsi être une compagne consolatrice qui soigne, materne et apaise. Il s’agit pour elle d’une « vocation », d’une « mission [30] », voire d’un « sacrifice [31] », des termes empreints de religiosité qui révèlent l’influence profonde du catholicisme sur l’éducation féminine. La relation conjugale est placée ici au cœur de l’identité féminine et la dépendance envers l’époux est revendiquée.
12Malgré l’hostilité initiale des parents de Marie-Thérèse Gravier à ce mariage – ils jugent l’union trop déséquilibrée en terme d’âge et craignent pour leur fille la lourde charge que représente la vie avec un homme politique [32] –, celle-ci persiste dans son choix. Les écrits de la jeune femme révèlent néanmoins son angoisse de ne pas être à la hauteur de la tâche [33].
Se préparer à l’avenir (janvier à décembre 1869)
13Très vite après avoir décidé de se marier, Émile Ollivier est retourné à Paris où il est plongé dans une intense activité politique [34]. Pendant les fiançailles, il ne voit que ponctuellement sa promise mais il lui envoie une lettre par jour. Il essaye de justifier le fait de la tenir encore à l’écart de la vie parisienne et de la préparer à ce qui l’attend une fois mariée :
Ma petite Chérie. Vous apercevrez-vous enfin quelle misère c’est que d’être associé à la vie d’un homme public ? On ne l’a jamais à soi qu’aux heures de fatigue et d’abandon. Le meilleur de son temps, il faut qu’il le donne à tous. Ainsi supposez-vous avec moi depuis que je suis arrivé à Paris, savez-vous comment vous auriez vécu ? Vous ne m’auriez guère aperçu aux heures des repas, mais préoccupé, taciturne et il vous aurait fallu bien de la patience pour me tirer de mes pensées. Après dîner, nous serions allés quelquefois nous promener le long des quais, puis, le soir venu, je vous aurais embrassée sur le front et je me serais retiré dans ma chambre pour pouvoir, à mon réveil, reprendre, sans être distrait par aucune douce pensée, mon travail de méditation [35] !
15Émile Ollivier relate cependant dans ses lettres ses « plus belles victoires [36] » politiques, en particulier son discours sur les candidatures officielles ou sa séance électorale au théâtre du Châtelet [37], même s’il affirme dédaigner le succès comme les calomnies, comptant sur le seul soutien de sa fiancée. En la tenant au courant de l’actualité et de ses actions, il entreprend, dans une démarche très paternaliste, de l’initier à la vie politique [38] et de lui faire partager ses idéaux et ses méthodes. Ainsi, le 8 avril 1869, lui écrit-il : « Mon originalité en politique réside précisément en ceci (retenez bien cette formule, chérie), qu’à l’inverse de la plupart qui ne regardent qu’à l’effet, moi je n’en ai aucun souci et je ne me préoccupe que du moyen [39] ». Incarnant par excellence la figure du mari pédagogue, il continue également à surveiller et à parfaire son éducation, lui conseillant de lire « Cousin, Descartes, Villemain [40] » ou encore « Voltaire [41] ».
16Cette première phase de leur relation, faite de découvertes et d’engagements réciproques, prend fin avec leur mariage et l’accession d’Émile Ollivier à de plus hautes responsabilités.
Être l’épouse d’un ministre en vue : un difficile apprentissage
Une exposition brutale aux réalités de la vie politique
17Le mariage a lieu dans la plus grande discrétion, à minuit, le 23 septembre 1869 à Marseille, pour éviter la foule et les contraintes liées aux fonctions d’Émile Ollivier [42]. Privée de fête, la jeune mariée doit dès le lendemain se plier au rôle de représentation d’épouse du député du Var et remercier les électeurs venus les saluer [43]. Elle a encore des illusions sur ce qui l’attend à Paris :
Lorsque, dans nos causeries, il me préparait par de tendres sollicitudes à l’existence sérieuse que nous comptions mener ensemble, l’avenir m’apparaissait comme une suite de ravissements, et je me trouvais fortunée entre toutes les femmes. Hélas, ce mirage allait être bientôt dissipé [44] !
19Émile Ollivier effectue ensuite de nombreux allers-retours entre le sud de la France et Paris car il est approché par l’entourage de l’empereur pour former un nouveau ministère. Il reste dans la capitale à partir du 16 novembre et son épouse finit par l’y rejoindre car la formation d’un cabinet Ollivier paraît inéluctable. Leurs espoirs d’une vie intime s’éteignent alors avec cette perspective :
[On] s’étonnai[t] de ne pas me voir plus étourdie de joie. Ah, j’en étais loin ! Je pensais aux luttes qu’allait affronter Émile, aux fatigues qui allaient l’accabler, aux séparations continuelles qui nous seraient imposées, et j’avais bien plus envie de pleurer que de me réjouir [45].
21Lorsqu’Émile Ollivier reçoit une lettre officielle de l’empereur le 28 décembre 1869 l’invitant à former un cabinet, l’affluence des visiteurs est telle dans leur appartement exigu de la rue Saint-Guillaume que Marie-Thérèse doit temporairement renoncer à y séjourner [46]. Une fois le ministère du 2 janvier formé et Émile Ollivier devenu garde des Sceaux et chef officieux du gouvernement, son épouse peut réintégrer son foyer mais leur vie quotidienne est totalement bouleversée.
22Désormais tout absorbé, voire débordé, par ses nouvelles fonctions, Émile Ollivier n’a plus le temps d’écrire son journal. Celui de son épouse est alors précieux car elle y confie un désarroi qu’elle ne peut livrer à personne. La première page du journal commence ainsi :
Pour mon mari comme pour moi, ce n’est que renoncement, toujours sur la brèche, toujours l’arme au bras, je ne le vois plus, mes journées se passent seules et la nuit, quand je le sens emporté dans les fatigues de ce milieu effervescent, préoccupé, ennuyé, je ne puis dormir. Sans doute, cela est mal de prendre avec tant d’agitation ce moment d’épreuve et mon plus grand, mon plus vrai devoir est de toujours fièrement, sans laisser deviner aux autres ce qu’ils [sic] me coûtent d’efforts, ces heures de combats. […] Je serai digne de la crise que nous traversons, elle est d’une haute difficulté et faite pour des âmes supérieures, je dois être fière d’y être appelée et ne pas me plaindre d’être jetée dans la voie des parfaits [47].
24Malgré ce stoïcisme affiché, le journal laisse bien davantage transparaître sa difficulté à s’adapter à sa nouvelle vie que ses mémoires qui, sans éluder ses difficultés, en minorent l’importance. Marie-Thérèse Ollivier doit en effet faire dans le même temps l’apprentissage de la vie de couple et celui d’épouse de ministre, alors que jamais auparavant un ministère n’avait connu une telle exposition médiatique. Celle-ci est d’ailleurs recherchée par Émile Ollivier qui met en œuvre de nouvelles méthodes de communication, contribuant à exposer la vie privée des ministres à la presse [48]. Il souhaite en effet moderniser la pratique politique en montrant que le gouvernement continue à vivre simplement [49]. Face à ces enjeux, Marie-Thérèse Ollivier ne se sent pas à la hauteur et ce sentiment est renforcé par les comparaisons établies avec la première épouse d’Émile Ollivier [50]. Elle ne peut par ailleurs guère compter sur les frères d’Émile, assez distants, et doit également faire face aux réserves de son beau-père, Démosthène Ollivier [51] :
Il m’en voulait d’être trop jeune et trop modestement dotée. […] Je me dis seulement, non sans angoisse, qu’il avait peut-être raison et qu’en effet une femme plus riche et plus experte en toutes choses eût apporté dans une vie d’homme politique une aide plus efficace. La crainte de décevoir par mon inexpérience la confiance si entière qu’Émile avait en moi me désola [52].
26Elle est cependant aidée par quelques amis, notamment Ernest Adelon, ami et chef de cabinet d’Émile Ollivier [53]. La confidente de son mari, Zélie de Sourdeval, lui sert également de « guide » dans le monde parisien et lui présente des connaissances [54].
27Les premiers temps de la vie conjugale suscitent donc une profonde désillusion et une grande tristesse chez Marie-Thérèse Ollivier. Elle se sent « horriblement seule » [55], même si le fait de venir résider au ministère, place Vendôme, à partir de la fin du mois de janvier 1870 lui permet de voir davantage son mari [56] :
Dès qu’il le pouvait, il grimpait l’escalier dérobé qui de son cabinet menait à mon appartement. Mais nos repas, nos déjeuners surtout se passaient toujours en public, c’est-à-dire parmi des visiteurs qu’Émile ne pouvait renvoyer parce qu’il n’aurait pas eu autrement le temps de les accueillir. Aussitôt après, il partait pour la Chambre, en revenait très tard, souvent pour repartir encore vers quelque réunion de ministères ou de députés. Nos jours de fête étaient ceux où, ayant dîné en tête-à-tête, nous nous en allions promener soit sur les quais, soit dans quelque allée moins fréquentée des Champs-Élysées [57].
29À aucun moment, elle ne semble se réjouir de la fortune politique de son mari, y voyant un « sacrifice », tant pour elle que pour lui qu’elle compare à Marc Aurèle sauvant l’Empire [58]. Son journal révèle à quel point elle a du mal à ne pas se désoler devant lui de ses absences liées aux épreuves politiques de l’hiver et du printemps 1870 [59]. Elle laisse visiblement souvent éclater ses agacements et des mouvements d’humeur qu’elle regrette très vite. Dans ses écrits cependant, aucune critique n’est jamais adressée à son mari, tandis qu’elle se reproche volontiers de ne pas être à la hauteur, notamment quand Émile doit faire un discours à la chambre et est « par conséquent irritable, et ayant plus besoin de douceur, de tendresse, de gaieté, que de gronderies. Je l’exaspérais presque, et j’en eus bien de la douleur [60] ». Son journal met en évidence l’important « travail émotionnel » qu’elle doit accomplir en tant qu’épouse [61]. Marie-Thérèse Ollivier cherche en effet à modeler ses émotions et même son caractère pour se conformer à l’idéal de la bonne épouse patiente et aimante. Cela passe notamment par le fait d’être à l’écoute des états d’âme de son conjoint et de tempérer ses propres mouvements d’humeur afin de préserver l’harmonie du couple [62]. Un temps d’ajustement a donc visiblement été nécessaire pour passer de l’idée théorique du don de soi à la réalité de sa mise en œuvre. Ayant fait un mariage d’amour et jusque-là adulée par son mari, elle reconnaît qu’« il y a là un apprentissage de résignation un peu cruel à faire [63] ».
Les attendus et les contraintes de la vie d’épouse de ministre
30Marie-Thérèse Ollivier cherche cependant à remplir au mieux ses fonctions d’épouse de ministre. Elle organise ainsi, à la demande d’Émile, des dîners ou des déjeuners en petits comités où elle doit montrer qu’elle sait recevoir en tant que maîtresse de maison :
J’ai eu hier mon premier dîner. […] J’ai été contente de moi, cela s’est parfaitement passé quoique pour cette fois j’ai fait cette expérience que le menu était trop court et qu’il faudrait un peu plus. Mais la conversation a été charmante. Le prince très spirituel, et ces messieurs aussi. Pour moi j’étais dans un de mes bons jours de présence d’esprit et je n’ai pas mal causé [64].
32Par la suite, elle se tient dans une prudente réserve et préfère « écouter à jaser [65] », ce qui lui est reproché car l’hôtesse est supposée animer la conversation. Si elle n’est pas très à l’aise, c’est parce que ces dîners « sociables » se situent à la charnière entre privé et public [66]. En effet, même sans finalité politique explicite, ils renforcent les liens de sociabilité et prolongent l’action publique d’Émile Ollivier ; les enjeux sont donc sérieux. La première réception officielle du couple, le 18 janvier 1870, constitue une autre étape importante. Celle-ci est un « triomphe [67] » dont la presse se fait largement l’écho [68]. Malgré sa volonté affichée d’indifférence, Marie-Thérèse relate plusieurs jugements positifs sur sa personne qui révèlent sa soif de reconnaissance [69].
33Marie-Thérèse Ollivier reçoit également chez elle, à son jour, « les particuliers et les particulières qui désiraient approcher [s]a modeste personne d’une façon moins imposante [70] ». Mais elle trouve peu de plaisirs à ces échanges car beaucoup ne s’adressent à elle qu’en tant qu’intermédiaire pour obtenir quelques faveurs du ministre. Toutefois, elle se plie aux contraintes de l’exercice dans le but d’être utile à son mari [71]. Elle doit également « [s]e résigner à [s]’acquitter des visites officielles [72] » qui sont vécues comme une contrainte. Marie-Thérèse Ollivier ne se montre guère subjuguée par son introduction à la cour, refusant même de se rendre aux petits lundis de l’impératrice [73], qu’elle juge très sévèrement [74]. Elle déplore également l’attitude hautaine des femmes de la cour et le fait qu’elles la regardent « comme une enfant, [avec] un certain air de protection qui [lui] déplait [75] ». Seuls l’empereur et la princesse Clotilde trouvent grâce à ses yeux [76].
34Son refus de la courtisanerie et son sérieux font rapidement de Marie-Thérèse un sujet de médisances pour l’entourage de l’impératrice et les mondains [77]. Un épisode impliquant sa tenue est particulièrement révélateur : apparue à la cour dans une simple robe de gaze de l’Inde blanche et peu décolletée, les proches de l’impératrice l’affublent du surnom de « sainte mousseline [78] », tandis que d’autres au contraire louent ses « prétentions de réforme [79] ». Elle se justifie en affirmant que toute sa conduite n’est dictée que par le fait de plaire à son mari [80]. Dès lors, elle adopte une mise simple « pour toutes [l]es réceptions, soit du jour, soit du soir [81] », tandis qu’Émile Ollivier lui-même revendique de pouvoir paraître en tant que ministre en simple habit noir [82]. Cette manière de rompre avec les pratiques politiques traditionnelles et d’afficher ostensiblement une modeste simplicité n’est cependant pas dénuée d’arrière-pensées politiques. Les journaux évoquent d’ailleurs explicitement à ce propos des « mesures démocratiques » et une copie du modèle anglais [83]. Par ailleurs, Émile Ollivier affiche une volonté de renouveler le personnel politique et de faire appel à la jeunesse. Nul doute que sa jeune épouse, provinciale, avec sa mise simple et son refus des intrigues de cour, participe à sa façon au renouvellement général qu’il entend mener. Même si Marie-Thérèse Ollivier refuse la lecture politique de son attitude ou de son apparence, cet épisode révèle que la frontière volontiers tracée au xixe siècle entre sphère privée féminine et sphère publique masculine est souvent brouillée, voire peu pertinente pour envisager les identités et les rôles de genre.
35Le fait de mettre leur union conjugale au premier plan singularise également les Ollivier. Lors des repas mondains, le couple n’hésite pas à afficher son plaisir d’être mari et femme dans une société où la conjugalité n’est pas très valorisée [84]. Marie-Thérèse Ollivier se montre d’ailleurs très choquée de propos banalisant les infidélités conjugales, affirmant ainsi : « Si j’ai une religion après celle de Dieu, c’est celle du mariage [85] ».
36Peu à l’aise dans ce milieu et craignant les faux pas, Marie-Thérèse Ollivier apprécie de fréquenter d’autres sphères plus en accord avec son univers. Elle apprécie ainsi l’invitation de la comtesse Marie d’Agoult à une réception rassemblant « des hommes de lettres et de science, à peine quelques hommes politiques [86] ». On lui attribue également en tant que femme de ministre la fonction de « dame sociétaire du Conseil de surveillance des salles d’asile [87] ». Cette tâche prolonge les missions concernant la maternité et la petite enfance traditionnellement dévolues aux femmes des élites depuis la fin du xviiie siècle [88]. Cette philanthropie féminine, qualifiée par Jean-Pierre Chaline de « maternalisme », s’accorde bien aux qualités supposées féminines et révèle à nouveau la continuité établie entre la fonction privée des femmes (épouse et mère) et la sphère publique. Si le jeune âge de Marie-Thérèse Ollivier ne lui permet pas encore de s’appuyer sur une expérience solide en la matière [89], cette fonction lui permet de faire des rencontres intéressantes, notamment celle de Marie-Pape Carpantier (1815-1878), à qui on doit la mise en place d’une pédagogie novatrice dans les salles d’asile [90].
37La nouvelle vie d’épouse d’un ministre en vue s’avère donc d’abord éprouvante pour Marie-Thérèse Ollivier, mais celle-ci s’implique peu à peu plus directement les activités politiques de son mari.
S’impliquer davantage dans la vie politique
Un rôle d’assistante
38Marie-Thérèse Ollivier semble surmonter la solitude et le désarroi des premiers temps en devenant l’assistante et la secrétaire de son mari :
Mais bientôt je connus une vraie joie. Émile, fatigué d’aller corriger les épreuves de ses discours au Moniteur, décida de se les faire apporter au ministère et m’appela à les revoir avec lui. Alors, dans son grand cabinet silencieux et solennel, j’eus presque quotidiennement le bonheur de travailler sous ses yeux. Je l’aidais intrépidement à corriger ses improvisations. J’en savourais avec enchantement l’éloquence sobre et vigoureuse, les ripostes triomphantes, les démonstrations lumineuses, les finesses, les grandeurs, toutes les beautés enfin. Quelle réjouissance mondaine, quels salons attrayants, quelles fêtes, quelles adulations, auraient égalé les douceurs de ces soirées laborieuses [91] ?
40Ces travaux lui permettent de voir davantage son mari seul à seul et de l’aider, tout en restant dans l’ombre, ce qui lui convient bien. Rapidement, elle l’assiste activement dans la préparation de ses discours [92]. Si, au début de leur union, Émile Ollivier ne souhaite pas qu’elle vienne l’entendre à la Chambre, craignant que la violence des débats ne l’affecte [93], il finit par l’autoriser à y assister le 17 janvier. Le gouvernement connaît alors sa première épreuve suite à l’assassinat le 10 janvier 1870 de Victor Noir par Pierre Bonaparte, neveu de Napoléon Ier [94]. La situation est maîtrisée par l’attitude ferme d’Émile Ollivier, mais celui-ci veut demander à la Chambre des poursuites contre Rochefort, pour outrage au souverain et appel à la guerre civile. C’est à l’occasion de ce discours que Marie-Thérèse Ollivier écoute son époux parler en public pour la première fois. Elle raconte alors son éblouissement et sa fierté devant son talent :
Émile m’apparut là dans tout le prestige d’une volonté dominatrice et d’une parole qui entraîne les esprits et les subjugue. Que sa voix, dont je ne connaissais que les douces inflexions, résonnait avec puissance ! […] Émile descendit de la tribune au milieu d’un tonnerre d’applaudissements. Je m’enfuis aussitôt, tremblante de joie et de fierté [95].
42À partir de ce jour, elle assiste souvent aux discours de son mari et aux débats du Corps législatif et rapporte volontiers dans ses écrits l’émotion que cela lui procure. Sa joie de le voir et de l’entendre davantage lui fait mieux accepter les contraintes de sa situation politique, même si cela n’empêche pas des moments d’abattement et de tensions dans le couple [96].
Résister aux évènements en couple
43Le rapprochement des époux est renforcé par le contexte. À partir d’avril et mai 1870, le récit des évènements prend d’ailleurs le dessus dans les écrits de Marie-Thérèse Ollivier et il n’y a plus guère d’allusions à leur couple et à son ressenti. Si la jeune femme s’intéresse peu à l’élection d’Émile Ollivier au fauteuil de Lamartine à l’Académie française le 7 avril 1870 [97], elle évoque volontiers les débats concernant l’abandon des candidatures officielles, les tensions avec les bonapartistes les plus conservateurs et surtout le plébiscite du 8 mai 1870 qui entérine l’évolution des institutions vers le parlementarisme [98]. Mais les évènements s’accélèrent entre juin et septembre 1870, au point que le journal de Marie-Thérèse Ollivier s’interrompt, probablement car elle manque de disponibilité pour écrire, à moins que les pages n’aient été détruites. Il manque ainsi le récit des moments clés : la déclaration de guerre à la Prusse le 19 juillet, le renversement du cabinet Ollivier et le début de l’exil. Il ne reste que les mémoires qui reconstruisent les faits a posteriori, avec la volonté d’œuvrer pour la postérité en exonérant son mari de toute responsabilité dans la chute de l’Empire et la défaite. Elle montre ainsi qu’Émile Ollivier a tout fait pour la paix et qu’il avait de grandes vues pour le pays, laissant percer son amertume à ce qu’il n’ait pu accomplir sa grande destinée [99]. Elle tente également d’expliquer la fameuse phrase du « cœur léger [100] », soucieuse de réparer ce qui a causé tant de tort à l’avenir de son mari.
44La situation de crise, liée au début de la guerre et aux premières défaites, est l’occasion de montrer qu’elle a su jouer le rôle qu’il attendait en occupant une présence discrète à ses côtés :
Émile, très calme, me tranquillisait par sa ferme lucidité […]. Réconforté par cette force d’âme, j’étais calme moi-même. J’attendais tranquillement les nouvelles que m’apportait Adelon. […] Émile avait demandé à l’impératrice de revenir aux Tuileries. Je l’accompagnais en voiture jusqu’à la porte du palais où devait se tenir le conseil, puis je revins attendre son retour. Mon mari était content de moi. Il me disait : « Ce n’est pas toi qui me troubleras dans mon action [101] ».
46Elle doit cependant quitter précipitamment le ministère le 6 août, cédant aux alarmes de son beau-frère qui craint une insurrection et l’attaque du ministère, suite à la défaite française de Froeschwiller-Woerth. Elle se réfugie au domicile de sa belle-famille et vit cela comme une « désertion qu’on m’imposait du poste où j’avais voulu rester auprès de mon mari [102] ». Finalement rejointe par lui, elle retrouve son rôle, en veillant sur son sommeil et refuse désormais d’être séparée de lui [103]. Elle évoque ensuite la cabale dont il aurait été victime – le parti de l’impératrice et les opposants à l’Empire voyant en lui le parfait bouc émissaire – et qui aboutit à son renversement le 9 août 1870 :
Pour moi, je ne ressentis que la joie d’une délivrance longtemps désirée. Voir mon pauvre Émile arraché à cette meute hurlante, affamée de basses satisfactions, revenir avec lui à une existence laborieuse et paisible, quelles perspectives enchantées cela ouvrait à mes yeux [104] !
48La vie parisienne est cependant difficile pour le couple. Émile Ollivier se décide alors à partir en Italie afin de solliciter l’aide d’amis influents. Son épouse essaye de montrer qu’ils ne fuient pas et cherchent par tous les moyens à aider la France. Ce départ, le 12 août 1870, marque pourtant le début de leur exil [105].
49•
50Préférant une vie tranquille et retirée, Marie-Thérèse Ollivier semble subir l’engagement politique de son mari et ne tirer aucune gloire ni satisfaction de ses hautes responsabilités. Elle se montre pourtant persuadée que le destin de celui-ci est de sauver l’Empire et que son rôle est d’être une épouse dévouée. Cette image semble cependant en partie construite, notamment dans ses mémoires où Marie-Thérèse Ollivier s’attache à montrer qu’elle est toujours restée à sa place, contrairement à l’impératrice. Celle-ci incarne un véritable contre-modèle car son influence politique néfaste est rendue responsable des malheurs de la France. On peut y voir l’effet du discours, dominant depuis la Révolution française et largement intériorisé par les femmes, qui affirme que le pouvoir et la politique ne sont pas faits pour le sexe féminin, sous peine de déstabilisation de l’ordre existant. Marie-Thérèse Ollivier joue cependant bien un rôle politique aux côtés de son époux : son refus de la courtisanerie et son apparence modeste, s’ils signalent son refus d’une certaine manière de faire de la politique au féminin, ont pourtant des conséquences. Tout en participant à la volonté de modernité incarnée par Émile Ollivier, ils contribuent à l’isolement de ce dernier et à l’exacerbation des critiques des bonapartistes conservateurs, et en particulier de l’impératrice.
51Les écrits personnels de Marie-Thérèse Ollivier permettent donc de fixer la trace de son rôle et ont d’ailleurs un effet performatif, notamment ses mémoires, en donnant de la valeur à ses actes et un sens à ses actions a posteriori. Ils témoignent aussi d’une certaine capacité d’action ; les pages arrachées dans son journal révèlent ainsi une volonté de choisir l’image qu’elle laisse de sa vie. Le premier carnet laisse toutefois paraître son désarroi et la difficulté à être à la hauteur de la tâche qu’elle s’est fixée. Il permet de dévoiler le travail largement invisible et peu valorisé des femmes d’hommes politiques (écoute, soutien, assistance multiple) et ce qu’il leur en coûte, notamment sur le plan émotionnel.
52L’exil en Italie jusqu’en 1873 permet au couple Ollivier de retrouver une certaine tranquillité mais il doit surmonter le déclassement lié à la fin de la carrière publique d’Émile. Marie-Thérèse trouve alors sa place en se consacrant à la maternité (son premier enfant, Jocelyn, naît le 6 juin 1872) et en devenant la première collaboratrice de son mari dans la réalisation de L’Empire libéral, une somme de 17 volumes où Émile Ollivier cherche à justifier jusqu’au bout son action politique [106].
Mots-clés éditeurs : écrits privés, épouse de ministre, Marie-Thérèse Ollivier, Second Empire, travail émotionnel
Date de mise en ligne : 12/02/2020
https://doi.org/10.3917/parl2.hs14.0079