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Des parlementaires au service de la paix. Le Groupe parlementaire français de l’arbitrage international (1903-1914)

Pages 37 à 65

Citer cet article


  • Guieu, J.-M.
(2017). Des parlementaires au service de la paix. Le Groupe parlementaire français de l’arbitrage international (1903-1914) Parlement[s], Revue d'histoire politique, 26(2), 37-65. https://doi.org/10.3917/parl2.026.0037.

  • Guieu, Jean-Michel.
« Des parlementaires au service de la paix. Le Groupe parlementaire français de l’arbitrage international (1903-1914) ». Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2017/2 N° 26, 2017. p.37-65. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-parlements-2017-2-page-37?lang=fr.

  • GUIEU, Jean-Michel,
2017. Des parlementaires au service de la paix. Le Groupe parlementaire français de l’arbitrage international (1903-1914) Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2017/2 N° 26, p.37-65. DOI : 10.3917/parl2.026.0037. URL : https://shs.cairn.info/revue-parlements-2017-2-page-37?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parl2.026.0037


Notes

  • [1]
    Reproduit dans Buisson Ferdinand, La Politique radicale : étude sur les doctrines du parti radical et radical-socialiste, Paris, V. Giard & E. Brière, 1908, p. 361.
  • [2]
    Niess Alexandre, « Léon Bourgeois (1851-1925), juriste et ange de la Paix », Parlement[s], Revue d’histoire politique, 2009/1, p. 135-148.
  • [3]
    Jeannesson Stanislas, « Léon Bourgeois aux conférences de La Haye de 1899 et 1907 : solidarisme et démocratisation des relations internationales », Histoire, Économie & Société, 2014/2, p. 107-120.
  • [4]
    Discours prononcé par Jaurès au Tivoli Vaux-Hall, le 7 septembre 1907, cité dans Huard Raymond, « Jaurès et d’Estournelles de Constant, histoire d’une rencontre atypique », Cahiers Jaurès, 2014/1, p. 13.
  • [5]
    d’Estournelles de Constant Paul (ci-après PdEC), « Le développement récent du pacifisme allemand », Bulletin de la Conciliation internationale (ci-après BCI), novembre 1910, p. 25.
  • [6]
    PdEC, « À mes collègues du Parlement français et du Parlement russe », BCI, janvier 1910, p. 3-4.
  • [7]
    Barcelo Laurent, Paul d’Estournelles de Constant (Prix Nobel de la paix 1909). L’expression d’une idée européenne, Paris, L’Harmattan, 1995 ; Tison Stéphane (dir.), Paul d’Estournelles de Constant. Concilier les nations pour éviter la guerre (1878-1924), Rennes, PUR, 2015 ; en langue allemande, on pourra consulter Wild Adolf, Baron d’Estournelles de Constant (1852-1924). Das Wirken eines Friedensnoblepreisträgers für die deutsch-französische Verständigung und europaïsche Einigung, Hamburg, Fundament-Verlag Sasse, 1973.
  • [8]
    Archives départementales de la Sarthe (ci-après ADS), Fonds d’Estournelles de Constant (12J). Les 32 volumes relatifs au Groupe parlementaire français de l’arbitrage international sont conservés sous les cotes 12 J 154 à 185.
  • [9]
    Voir le dossier consacré à la « diplomatie parlementaire » par la revue Parlement[s], n° 17, 2012/1, sous la direction d’Émilia Robin Hivert et Christian Wenkel.
  • [10]
    Journal officiel de la République française, Débats parlementaires, Chambre des députés, séance du 8 décembre 1899, p. 2117.
  • [11]
    « L’origine, les développements, l’avenir de notre organisation », BCI, juillet 1908, p. 41-42.
  • [12]
    « Hommage au président Roosevelt », BCI, juillet 1910, p. 26.
  • [13]
    Discours de PdEC prononcé le 26 mars 1903 lors de la première réunion du Groupe parlementaire de l’arbitrage international, in Conciliation internationale, Les délégués des Parlements scandinaves en France, Paris, Delagrave, 1906, p. 4.
  • [14]
    Idem.
  • [15]
    ADS, 12 J 165, Lettre de PdEC à Maxim Kovalevsky, 13 juin 1906.
  • [16]
    Discours de PdEC, 26 mars 1903, in Conciliation internationale, Les délégués des Parlements scandinaves, op. cit., p. 4.
  • [17]
    ADS, 12 J 156, séance du Groupe de l’arbitrage tenue le 1er juillet 1910 au Palais-Bourbon.
  • [18]
    « Préface », in Groupe parlementaire français de l’arbitrage international (ci-après GPFAI), La deuxième conférence de La Haye, Paris, Delagrave, 1907, p. 6.
  • [19]
    ADS, 12 J 154, Lettre de PdEC adressée à ses collègues parlementaires, mai 1906.
  • [20]
    Idem.
  • [21]
    PdEC, « La conférence de Berne et la presse pangermaniste », in BCI, 1913/3, p. 7. La liste des vice-présidents du groupe au 31 décembre 1905 fait apparaître les noms du vicomte Charles-Ferdinand de Laborie de La Batut (union démocratique), Pierre Baudin, Charles Beauquier et Fernand Dubief (radicaux-socialistes), Étienne Flandin (Union républicaine) et Jean Jaurès (socialiste). Parmi les adhérents, on recense des socialistes unifiés (Francis de Pressensé, Marcel Sembat, Édouard Vaillant, etc.), des socialistes indépendants (Aristide Briand, Alexandre Millerand, Maurice Violette, etc.), des radicaux ou radicalisants (Léon Bourgeois, Ferdinand Buisson, Joseph Caillaux, Jean Cruppi, Adolphe Messimy, Théodore Steeg, etc.), des républicains progressistes (comte d’Alsace, Édouard Aynard, Paul Deschanel, Alphonse Gourd, Louis Hémon, Joseph Thierry, etc.) ou encore l’abbé Jules Lemire (non inscrit).
  • [22]
    ADS, 12 J 155, liste du groupe, juillet 1910.
  • [23]
    Le Groupe français de l’arbitrage international et l’Union interparlementaire, Paris, Delagrave, 1912, p. ii.
  • [24]
    GPFAI, Le bilan du groupe, Paris, Delagrave, 1906, p. 6.
  • [25]
    GFPAI, La conciliation internationale. Le rapprochement franco-anglais, La Flèche, Impr. Charier-Beulay, 1904, p. I.
  • [26]
    Idem.
  • [27]
    PdEC, « À mes amis… », art. cité, p. 5-6.
  • [28]
    « Le Conseil général émet le vœu que l’article 19 de la Convention de La Haye, signée par vingt-six puissances contractantes et prévoyant la conclusion de Conventions d’arbitrage entre ces puissances, reçoive sans plus de retard son application, dans l’intérêt général de la paix et pour le développement matériel et moral du progrès en France comme dans tout État civilisé. D’Estournelles de Constant. » in Groupe parlementaire français de l’arbitrage international, Le rapprochement franco-anglais, Paris, Delagrave, 1904, p. 74.
  • [29]
    Source : GPFAI, Le rapprochement franco-anglais, Paris, Delagrave, 1904, p. 74-75.
  • [30]
    Clemenceau Georges, « Tartuferie », L’Aurore, 16 octobre 1903.
  • [31]
    PdEC, « L’arbitrage », Le Matin, 20 octobre 1903, p. 1.
  • [32]
    GPFAI, Le bilan du groupe, op. cit., p. 27.
  • [33]
    Duffart Charles, « Les progrès de l’arbitrage obligatoire à l’Exposition de Bruxelles », BCI, octobre 1910, p. 8.
  • [34]
    GPFAI, La deuxième conférence de La Haye, Paris, Delagrave, 1907, p. 9-10.
  • [35]
    Comité parlementaire créé en 1899 à la Chambre des communes par le député conservateur Louis Sinclair.
  • [36]
    Lettre de PdEC à Théophile Delcassé, 3 août 1903, in GPFAI, Le rapprochement franco-anglais, Paris, Delagrave, 1904, p. 69-72.
  • [37]
    « La conférence du 28 avril à Berlin », in BCI, juin 1909, p. 9.
  • [38]
    GPFAI, Bilan du groupe, op. cit., p. 130.
  • [39]
    L’Union interparlementaire est née en 1889, à l’initiative du député français Frédéric Passy et du député britannique William Randal Cremer. Cette organisation, dont le siège est à Berne, regroupe des parlementaires du monde entier soucieux de promouvoir la paix dans les relations internationales, notamment par la généralisation de la procédure de l’arbitrage international. Elle compte 25 groupes nationaux dans les années qui précèdent la Grande Guerre.
  • [40]
    Cf. la chronologie des activités du Groupe parlementaire français de l’arbitrage international (1903-1914) en annexe 3.
  • [41]
    PdEC, « Préface », BCI, décembre 1909, p. 11.
  • [42]
    Conciliation internationale, Les délégués des parlements scandinaves en France, Paris, Delagrave, 1906, p. xvii.
  • [43]
    PdEC, « Préface », BCI, décembre 1909, p. 8-9.
  • [44]
    L’instauration de la Douma par le Tsar Nicolas II a lieu le 19 août 1905. Cette assemblée nationale est consultative et non législative, élue au suffrage indirect et restreint.
  • [45]
    BCI, octobre 1909, p. 88.
  • [46]
    BCI, mars 1910, p. 46.
  • [47]
    BCI, mars 1910, p. 36.
  • [48]
    Lettre de PdEC à Ahmed Riza, 23 décembre 1908, in BCI, octobre 1909, p. 104.
  • [49]
    Lettre de PdEC à Mohamed Arslan, 14 mars 1909, in BCI, octobre 1909, p. 116.
  • [50]
    Voir dans ce même numéro, Pitsos Nicolas, « La résolution pacifique de la question d’Orient devant le Parlement français. 1897-1913 ».
  • [51]
    PdEC, Les États-Unis d’Amérique, Paris, Armand Colin, 1917, p. xvi.
  • [52]
    PdEC, “European Anarchy and American Duty”, The Outlook, 4 août 1906, p. 807 (trad. de l’auteur), cité dans Clinton Michael, « “The New World will create the New Europe”: Paul-Henri d’Estournelles de Constant, the United States, and International Peace », Proceedings of the Western Society for French History, vol. 40, 2012, p. 88, [en ligne] http://hdl.handle.net/2027/spo.0642292.0040.008.
  • [53]
    ADS, 12 J 164, Lettre de PdEC au président du Sénat américain, 20 décembre 1904.
  • [54]
    Ibid., Lettre de PdEC au président américain Theodore Roosevelt, 23 décembre 1904.
  • [55]
    Conciliation internationale, Une manifestation franco-américaine, Paris, Delagrave, 1912, p. 8.
  • [56]
    PdEC, « Le remède à la paix armée », BCI, novembre 1910, p. 6.
  • [57]
    PdEC, « Préface », Les délégués des Parlements scandinaves en France, op. cit., p. xix.
  • [58]
    GPFAI, Le bilan du groupe, op. cit., p. 61.
  • [59]
    Ibid., p. 63.
  • [60]
    Ibidem.
  • [61]
    Des marins français s’étaient portés au secours d’une embarcation en difficulté dont six des occupants étaient des déserteurs de la Légion étrangère (parmi lesquels trois Allemands). Le secrétaire du Consulat allemand à Casablanca qui les accompagnait réclama leur libération – en vain – et des coups furent échangés.
  • [62]
    « Le congrès de Heidelberg », BCI, 1913/1, p. 26.
  • [63]
    Conciliation internationale, Le rapprochement franco-allemand, condition de la paix du monde, Delagrave, 1909, p. 28-29.
  • [64]
    Ibid., p. 29, 30.
  • [65]
    En effet, du côté allemand, l’idée rencontra un écho assez faible et seul le député libéral Conrad Haussmann œuvra réellement au succès de la rencontre. Face à la droite qui ne comprend que neuf députés, ceux de gauche sont en majorité (tels les députés du SPD August Bebel, Eduard Bernstein, Karl Liebknecht ou Philipp Scheidemann).
  • [66]
    Selon les listes publiées, dans BCI, 1913/3, p. 67 et suivantes. Parmi les parlementaires français ayant accompli le voyage en Suisse, on relèvera les noms de Paul d’Estournelles de Constant, Édouard Herriot, Jean Jaurès, Albert Thomas, Justin Godart, Joseph Paul-Boncour, Marcel Sembat, Édouard Vaillant, Maurice Violette.
  • [67]
    BCI, 1913/3, p. 64.
  • [68]
    PdEC, « La conférence de Berne et la presse pangermaniste », in BCI, 1913/3, p. 2.
  • [69]
    Grez Paul, « La conférence de Berne a créé un organe franco-allemand permanent », Le Petit Parisien, 12 mai 1913, p. 1.
  • [70]
    Voir dans ce numéro, l’article de Marie-Michèle Doucet, « Les femmes pacifistes et les parlementaires français : l’exemple du projet de loi Paul-Boncour de 1927 ».
  • [71]
    « Assemblée générale de la Conciliation internationale » (30 mars 1914), in BCI, 1914/2, p. 32-33.
  • [72]
    PdEC, « Lettre à M. Le Directeur du Journal d’Alsace-Lorraine », 27 janvier 1914, in BCI, 1913/4, p. 100.
  • [73]
    Lettre de PdEC à Abel Ferry, 28 juillet 1914, publiée dans Le Petit Parisien, 29 juillet 1914, p. 2.
  • [74]
    Jean Jaurès est alors encore membre du Groupe de l’arbitrage mais les archives ne nous ont pas livré la liste des membres présents lors de cette réunion et nous ne savons donc pas s’il y a pris part.
  • [75]
    ADS, 12J400, « 31 juillet, message téléphoné par Melle [Peylade ?] à 5 h 14 », cité dans Tison Stéphane (dir.), op. cit., p. 139.
  • [76]
    Cité dans Grossi Verdiana, Le Pacifisme européen (1889-1914), Bruxelles, Bruylant, 1994, p. 385.
  • [77]
    Cooper Sandi E., Patriotic Pacifism: Waging War on War in Europe, 1815-1914, New York, Oxford University Press, 1991, p. 86.
  • [78]
    PdEC, « Préface » [novembre 1915], BCI, 1914/2, p. 2-3.
  • [79]
    Ibid., p. 6.
  • [80]
    ADS, 12J156, Lettre de PdEC aux membres du Groupe de l’arbitrage, 3 février 1915.
  • [81]
    Lettre de PdEC à Nicholas Murray Butler, 18 mai 1916, reproduite dans BCI, 1915/3, p. 44.
  • [82]
    Source : Liste des adhérents du Groupe parlementaire de l’arbitrage international, publiée dans France & Angleterre, Documents fournis par M. d’Estournelles de Constant, Paris, V. Giard & E. Brière, 1904, p. 83-86.
  • [83]
    Document en couleur, 44 x 25 cm, Bibliothèque nationale de France.

1L’action des parlementaires français en faveur de la paix, dans la décennie qui précède le déclenchement de la Grande Guerre, demeure relativement méconnue. Nombre d’entre eux se sont pourtant montrés sensibles à l’effort de rapprochement entre les peuples et d’organisation des rapports internationaux sur des bases juridiques, effort incarné notamment par la réunion à La Haye de deux Conférences internationales de la paix en 1899 et 1907. Cet idéal de « paix par le droit » se diffuse alors au sein des milieux politiques, comme en témoigne le programme du parti radical adopté à Nancy en 1907 : « entente cordiale entre [les] peuples, extension de la pratique de l’arbitrage international en cas de différends graves, maintien de la paix dans la dignité  [1] ». Il est vrai que cette formation politique compte Léon Bourgeois parmi ses figures tutélaires : considéré par ses contemporains comme l’« ange de la paix  [2] », ce dernier a joué un rôle déterminant, à la tête de la délégation française, dans l’œuvre des deux Conférences de La Haye  [3]. La défense de la paix est également la grande préoccupation des socialistes, et Jean Jaurès s’est également rallié à l’idée d’arbitrage international qui, selon ses vues, s’imposera « par la volonté des ouvriers de tous les pays lassés de payer de leur sang vos [les gouvernants] rêves et vos crimes  [4] ». Un certain nombre de républicains modérés sont également d’ardents défenseurs de la paix, à l’image de Paul d’Estournelles de Constant (1852-1924), ancien diplomate, député (1895) puis sénateur (1904) de la Sarthe (inscrit au groupe de l’Union républicaine), qui prend l’initiative de fonder, en 1903, le Groupe parlementaire français de l’arbitrage international, auquel adhère plus de la moitié des députés et sénateurs dans les années qui précèdent la Première Guerre mondiale.

2D’Estournelles de Constant est l’archétype du parlementaire engagé dans le combat pour la paix, même s’il avoue avoir « toujours refusé de [se] solidariser avec le pacifisme sentimental  [5] ». Après avoir renoncé au métier de diplomate « au moment où [il n’avait] qu’à jouir d’une situation dépassant [ses] espérances les plus ambitieuses  [6] », il a fait le choix d’une carrière politique, au sein de laquelle le militantisme pour la paix occupera toujours une place de choix. Si quelques rares travaux ont pu contribuer à sortir ce Prix Nobel de la paix (1909) d’un relatif oubli  [7], le Groupe parlementaire de l’arbitrage n’avait encore jamais fait, à notre connaissance, l’objet d’une étude spécifique, malgré une abondante documentation imprimée et les volumineuses archives de son président fondateur déposées aux Archives départementales de la Sarthe  [8].

3L’existence de cet imposant groupe interparlementaire, renouvelé de législature en législature, nous semble pourtant refléter, au-delà de la sincérité nécessairement variable de l’engagement de chacun de ses membres, une véritable préoccupation du monde parlementaire, à la Belle Époque, pour le maintien de la paix internationale, ainsi que son intérêt pour les méthodes nouvelles du droit international, notamment la pratique de l’arbitrage, une procédure facultative fraîchement consacrée par la Conférence de La Haye de 1899 et par la création d’une Cour permanente d’arbitrage.

4C’est pourquoi nous souhaitons ici retracer l’activité de ce groupe jusqu’à la Grande Guerre, en essayant de comprendre son originalité, son programme et son action, notamment son rôle dans le développement des liens directs entre le Parlement français et ses homologues étrangers, que l’on peut qualifier de « diplomatie parlementaire  [9] ». Dans quelle mesure a-t-il pu contribuer à orienter la diplomatie française dans le sens de la conciliation internationale et de l’usage des méthodes juridiques pour le règlement des conflits internationaux ?

Promouvoir l’œuvre de La Haye

La nécessité d’une action

5Paul d’Estournelles de Constant a participé activement à la première Conférence de la paix de La Haye, au sein de la délégation française, et n’est pas étranger aux résultats encourageants qu’elle a enregistrés dans le domaine du règlement pacifique des différends internationaux, contrastant avec son échec complet en matière de limitation des armements, son objet initial. D’Estournelles a aussitôt vu dans le développement de la justice internationale la possibilité d’en finir avec le fardeau financier de la paix armée et de réorienter les dépenses nationales vers le développement économique de la nation (« coloniser la France  [10] »). Mais c’était sans compter avec la mauvaise volonté mise par les États à faire vivre l’œuvre de La Haye, qui va avoir « contre elle la plupart des Gouvernements, y compris le nôtre  [11] ».

6Lors d’un voyage effectué aux États-Unis en 1902, d’Estournelles parvient néanmoins à convaincre le président Theodore Roosevelt de confier à la Cour permanente d’arbitrage son premier conflit à juger : une réclamation vieille de quarante ans opposant les États-Unis au Mexique, l’affaire dite des « fonds pieux des Californies ». Ce fut « le secours décisif que nous n’oublierons jamais  [12] ». Mais cela ne suffisait pas à faire cesser le « scandale d’une Cour internationale d’arbitrage, ostensiblement et solennellement ouverte par la volonté de tous, mais en réalité fermée par un retour tacite de ces mêmes volontés  [13] ». D’autre part, les dispositions de l’article 19 de la Convention de La Haye de 1899 encourageant les puissances signataires à conclure de nouveaux accords, généraux ou particuliers, « en vue d’étendre l’arbitrage obligatoire à tous les cas qu’elles jugeront possible de lui soumettre », n’avaient pas débouché sur la moindre signature de traité de ce type.

7Afin de faire plier l’hostilité ou l’indifférence des gouvernements à l’égard de l’arbitrage, le député de la Sarthe croyait donc nécessaire d’entreprendre un effort de propagande dont le Parlement serait le centre. Car l’action des « sociétés françaises d’arbitrage qui poursuivent avec tant d’abnégation leur œuvre souvent ingrate  [14] », telles la Société française pour l’arbitrage entre nations ou l’Association de la paix par le droit, lui paraissait bien insuffisante. D’autre part, l’Union interparlementaire, dont l’ambition était depuis sa création, en 1888, de promouvoir l’arbitrage international, semblait avoir été « frappée peu à peu d’impuissance » : elle continuait « à vivoter à l’étranger mais à peine en France  [15] », critique sans appel formulée à l’encontre du groupe français de l’Union interparlementaire présidé par le sénateur d’Eure-et-Loir Émile Labiche.

La fondation du groupe parlementaire

8Au lendemain des élections législatives de 1902, d’Estournelles décide donc de fonder un Groupe interparlementaire de l’arbitrage, dont la première séance se tient le 26 mars 1903 et dont le but proclamé est de « généraliser la pratique de l’arbitrage international, amener les gouvernements à résoudre raisonnablement, non pas tous les conflits, mais le plus grand nombre possible de leurs conflits, par les voies de droit  [16] ». Ce nouveau groupe attire rapidement à lui plus de deux cents parlementaires – une cinquantaine de sénateurs et environ 185 députés au 1er septembre 1903 [cf. annexe 1] – et ses effectifs ne cessent de s’étoffer jusqu’à la guerre, passant de 315 membres à la veille des élections de 1906 à 490 à la veille de celles de 1910 et 515 à la fin de 1911. Le Groupe prétend néanmoins se garder de prononcer ses « admissions […] à la légère. N’est pas admis qui veut  [17] ». « Pour être inscrit au Groupe il faut être présenté par deux sénateurs ou députés et accepté par l’unanimité des membres du Bureau  [18] » et s’acquitter d’une cotisation de cinq francs.

9Le succès du groupe interparlementaire est largement dû à son programme « avant tout pratique, prudent, raisonnable  [19] », susceptible de rallier le plus grand nombre :

10

Nous ne nous faisons pas d’illusions ; jamais nous n’avons rêvé éviter toutes les guerres ; nous travaillons simplement à les rendre plus rares, plus difficiles […]. Nous n’avons jamais parlé de désarmement ni même de réduction des armements. Nous avons toujours réprouvé les attaques contre l’armée nationale  [20].

11Le Groupe de l’arbitrage parvient ainsi, « non sans peine parfois », à accueillir « des représentants de divers partis  [21] ». Une étude scrupuleuse de sa composition, telle que la réalise d’Estournelles au lendemain des élections législatives de 1910, montre toutefois une certaine surreprésentation en son sein de la gauche et du centre, puisque sur les 339 députés (soit 57 % des membres de la Chambre) et 161 sénateurs (54 % des membres la haute assemblée) qui composent le Groupe, on recense 316 « radicaux, radicaux socialistes et socialistes indépendants », 58 parlementaires SFIO, 84 « républicains de gauche et républicains tendance Méline », 4 parlementaires étiquetés à droite et 38 non-inscrits  [22].

12Le Groupe de l’arbitrage reste initialement distinct du Groupe français de l’Union interparlementaire, présidé par Labiche, mais les deux groupes finissent par fusionner le 1er juillet 1910, « les membres d’ailleurs peu nombreux de l’Union étant également inscrits [au] groupe » de l’arbitrage  [23]. Mais dans l’esprit de d’Estournelles, ce Groupe qu’il préside n’est que la composante parlementaire d’une vaste mobilisation qu’il souhaite développer en faveur de la paix et qui prend, hors du Parlement, la forme d’une Société de Conciliation internationale, indépendante et distincte du Groupe, « mais poursuivant une œuvre semblable  [24] », qu’il crée en 1905 et qui dispose de nombreuses sections nationales à l’étranger (31 en 1907, notamment en Allemagne, en Autriche, en Belgique, au Royaume-Uni, en Hongrie, en Roumanie, aux États-Unis, en Argentine, au Brésil, au Japon, etc.).

Les progrès de l’arbitrage dans la vie internationale

13Malgré un « programme si modeste » et une « action si prudente et méthodique  [25] », la création du Groupe de l’arbitrage semble avoir reçu un accueil plutôt mitigé, faisant « sourire les sceptiques, sans parler des haussements d’épaules ou même de l’indignation des chauvins  [26] ». D’Estournelles se plaint que ses membres aient pu être alors « contrecarrés, bafoués, sournoisement représentés tantôt comme des imbéciles, tantôt comme des sans-patrie  [27] ». Il est vrai que le contexte, marqué notamment par la guerre russo-japonaise de 1904-1905, ne semble guère favorable aux apôtres de l’arbitrage international.

14Le Groupe de l’arbitrage n’entend pas moins contribuer au développement de l’arbitrage obligatoire et œuvre prioritairement à la signature d’un traité d’arbitrage permanent entre la France et la Grande-Bretagne, ainsi que l’avait proposé, dès 1901, Thomas Barclay, ancien président de la Chambre de Commerce britannique à Paris. D’Estournelles tente alors de mobiliser toutes les forces vives du pays en demandant, au printemps et à l’été 1903, aux 140 chambres de commerce françaises de se déclarer en faveur du programme du Groupe de l’arbitrage, ce que 101 d’entre elles acceptent de faire. En août de la même année, il obtient également le vote d’un vœu  [28] en faveur de l’application sans délai de l’article 19 de la Convention de La Haye – qui prévoit la conclusion de conventions d’arbitrages – par 65 des 87 conseils généraux qu’il a consultés [cf. carte 1].

Carte 1. Vote des conseils généraux sur le vœu en faveur de l’application sans délai de l’article 19 de la Convention de La Haye (août 1903)  [29]

Description de l'image par IA : Carte des votes des conseils généraux en France.

Carte 1. Vote des conseils généraux sur le vœu en faveur de l’application sans délai de l’article 19 de la Convention de La Haye (août 1903)  [29]

15Le 14 octobre 1903, une Convention d’arbitrage permanent entre la France et la Grande-Bretagne est officiellement signée et paraît amorcer un nouvel esprit dans les relations internationales, puisque les deux puissances s’engagent à soumettre leurs différends d’ordre juridique ou relatifs à l’interprétation des traités existant – qui n’auraient pu être réglés par la voie diplomatique – à la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, à la condition toutefois « qu’ils ne mettent en cause ni les intérêts vitaux, ni l’indépendance ou l’honneur » des deux États. Or, ces réserves limitatives paraissent à de nombreux esprits restreindre considérablement la portée de la convention, Clemenceau n’hésitant pas pour sa part à parler de « tartuferie  [30] ». D’Estournelles, quant à lui, fait valoir que les deux pays pouvaient difficilement, « dans l’état actuel de nos mœurs, s’abandonner les yeux fermés, du jour au lendemain, pour toutes les questions imaginables, aux arrêts d’une cour qui ne s’imposera qu’avec le temps, et qui n’a même pas encore pu faire ses preuves  [31] ».

16L’accord franco-britannique ouvre la voie à la multiplication de traités conçus sur le même modèle : 27 sont signés en 1904 entre différents États d’Europe, d’Amérique du Nord ou du Sud, 53 en 1907, etc. Le Groupe de l’arbitrage peut alors se réjouir que « tout un réseau [se soit] formé et il n’y [ait] pour ainsi dire plus un Gouvernement qui ne tienne à signer ces conventions dont on se moquait il y a quatre ans  [32] ». C’est pourquoi il suggère qu’à l’occasion de l’Exposition franco-britannique de Londres de 1908, le ministère français des Affaires étrangères dresse une liste des traités d’arbitrage déjà conclus et les présente au public sous la forme d’un vaste tableau comprenant cartes et diagrammes, intitulé « Les progrès de l’arbitrage obligatoire de 1903 à 1908 ». Le résultat est présenté aux visiteurs de la section d’économie sociale [cf. annexe 2] et la participation du Quai d’Orsay à l’Exposition de Londres semble avoir été un succès, le ministère des Affaires étrangères obtenant « un grand prix et plusieurs hautes récompenses pour ses collaborateurs  [33] ».

17D’Estournelles participe aussi activement à la Seconde conférence de La Haye qu’à la première ; elle ne permet pas à l’idée de l’arbitrage obligatoire de triompher, mais le président du Groupe de l’arbitrage veut surtout retenir le fait que 35 États – parmi les 44 représentés – étaient prêts à conclure une convention en ce sens. Le 14 novembre 1907, le Groupe de l’arbitrage s’emploie à organiser au Sénat une vaste manifestation, destinée « à fêter la délégation française » ainsi que les « membres des délégations américaines qui [ont] bien voulu retarder leur retour dans leur pays  [34] », majoritairement des délégués de l’Amérique du Sud.

Développer une diplomatie parlementaire

Faciliter le rapprochement franco-britannique

18L’un des aspects les plus originaux de l’activité du Groupe de l’arbitrage a été de vouloir nouer des contacts directs avec les parlements étrangers. La première occasion lui en a été fournie, en 1903, par les parlementaires britanniques. Dans un contexte de rapprochement entre la France et la Grande-Bretagne, marqué par la visite officielle, en mai, du roi Edouard VII en France suivie, en juillet, de celle du président Loubet à Londres, le président du Commercial Committee de la Chambre des communes  [35], Sir William Houldsworth, invite le Groupe l’arbitrage à venir à Westminster exposer son programme et son organisation. Une offre que d’Estournelles accepte avec enthousiasme puisque, dès le 21 juillet, il s’embarque pour l’Angleterre à la tête d’une centaine de parlementaires français. Leurs collègues d’Outre-Manche et les autorités britanniques les entourent alors de tous les égards, et ce séjour est couronné par un grand banquet organisé à Westminster le 22 juillet, en présence du Premier ministre Arthur Balfour et d’environ 150 membres de la Chambre des Lords et de la Chambre des communes. D’Estournelles en ressort convaincu de la volonté unanime de la classe politique britannique d’aboutir à une détente avec la France. Dès le 3 août, il adresse au ministre français des Affaires étrangères, Théophile Delcassé, une lettre pour réclamer la signature d’un traité d’arbitrage franco-britannique, pour affirmer les dispositions du Royaume-Uni à conclure avec la France et la Russie un accord de limitation de leurs dépenses militaires et pour rappeler la nécessité de liquider tous les contentieux qui se sont accumulés entre les deux pays depuis vingt ans  [36]. La signature, le 14 octobre 1903, d’une convention d’arbitrage permanent entre les deux pays, suivie le 8 avril 1904 d’une série d’accords bilatéraux désignés sous le terme d’« entente cordiale », réjouit au plus haut point le président du Groupe de l’arbitrage, qui considère que la visite des parlementaires français en Grande-Bretagne « si insolite qu’elle ait été jugée par certains, [a] ouvert, de part et d’autre, les yeux à beaucoup d’entre nous, et qu’elle a rendu naturel, possible et peut-être même facile ce que les gouvernements ont fait par la suite  [37] ».

19Comme il en avait été convenu à Londres en 1903, c’est au tour des parlementaires français d’inviter en France leurs collègues du Commercial Committee, dont 150 arrivent à Paris en novembre 1904 (membres du gouvernement, de la Chambre des Lords, de la Chambre des Communes, agents généraux des colonies). Ils sont gratifiés d’une série de réceptions au Palais Bourbon, du Luxembourg et de l’Élysée, à la Chambre de commerce de Paris, à l’Hôtel de Ville, à la Banque de France, sans parler d’une visite des ateliers de Rodin, du peintre Charles Toché et d’une excursion au château de Versailles. Pour l’organisation de ce vaste programme, le Groupe de l’arbitrage

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n’a pas reçu un centime d’assistance du Gouvernement, pas même l’aumône d’une réception au ministère des Affaires étrangères… Tous les frais de ces réceptions ont été couverts par les contributions personnelles des membres du Groupe de l’arbitrage, lesquels ne sont pourtant pas millionnaires  [38].

21Cet échange de visites avec les parlementaires britanniques ne se reproduit plus avant la guerre, mais les relations restent néanmoins très suivies avec la Grande-Bretagne, marquées notamment par les voyages réguliers de membres du Groupe de l’arbitrage à Londres, à l’occasion par exemple de la Conférence interparlementaire  [39] de 1906 ou de l’inauguration de l’Exposition franco-britannique de 1908.

Développer les contacts de parlement à parlement

22Forts de l’heureuse expérience de ces visites franco-britanniques, les membres du Groupe de l’arbitrage vont chercher à développer leurs relations avec plusieurs autres parlements européens, ce qui les amène à recevoir leurs collègues scandinaves en 1904, russes puis ottomans en juillet 1909, ou à se rendre en Scandinavie en juillet-août 1909, puis en Russie en février 1910  [40]. D’Estournelles est particulièrement convaincu des vertus de cette diplomatie parlementaire : au retour d’un long séjour en Scandinavie, il écrit que ces voyages

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font connaître aux Français l’étranger, et aux étrangers la France ; ils rendent sinon impossible du moins bien difficile, entre ces étrangers et ces Français rapprochés, la conception d’une solution autre que celle de la justice en cas de conflit ; la guerre apparaît, après ces voyages, comme un anachronisme, une monstruosité  [41].

24Après le rapprochement franco-britannique de 1903-1904, les parlementaires français se tournent vers leurs collègues des parlements danois, suédois et norvégien, où se sont également constitués de solides groupes de l’arbitrage. Une délégation de parlementaires scandinaves est donc invitée à Paris, du 24 novembre au 6 décembre 1904, et malgré la difficulté de réunir pendant près de deux semaines « les représentants de quatre peuples […] tout s’est bien passé, sans un incident, sans un nuage  [42] ». Cinq ans plus tard, le Groupe français part découvrir la Scandinavie (Danemark, Suède, Norvège) et se laisse conquérir par les qualités morales de ces « soi-disant petits peuples » :

25

Disciples du vent, de la tempête et des solitudes glacées, les Scandinaves personnifient le courage héroïque, la force morale et physique ; et pourtant cette éducation les a conduits à la douceur, au respect de la paix, au respect du droit et de la liberté humaine  [43].

26Le Groupe de l’arbitrage noue également des relations avec le jeune parlement russe dès qu’il est instauré en 1905  [44]. D’Estournelles s’emploie avec succès à susciter la création d’un groupe russe capable de prendre part aux travaux de la Conférence interparlementaire de Londres de 1906 :

27

Vous serez accueillis, acclamés, par les représentants de tous les parlements, de telle sorte que l’opinion universelle en sera émue et, par contrecoup, l’opinion russe. […] Vous serez ainsi investis d’une sorte d’inviolabilité conférée par la conscience générale et qu’il sera impossible à aucun gouvernement de ne pas respecter  [45].

28Une première rencontre officieuse entre parlementaires russes et français a lieu ensuite à Paris en juillet 1909 et s’accompagne d’une excursion à Douai, organisée par le Groupe sénatorial de l’Aviation présidé par d’Estournelles lui-même, afin de permettre aux délégués russes d’assister à quelques vols audacieux de célèbres aviateurs français dont Blériot. En février 1910, la visite d’une douzaine de parlementaires français à Saint-Pétersbourg et à Moscou s’annonce néanmoins risquée : « les partis extrêmes étaient des moins chauds : à droite, on voyait en nous la révolution en marche, à gauche, nous paraissions trop avancés ou pas assez  [46] ». Mais pour les parlementaires français, ce voyage est perçu comme une occasion de resserrer l’alliance franco-russe et comme « un acte d’encouragement hautement apporté […] au nouveau régime constitutionnel russe  [47] ». Le séjour qui se déroule du 16 au 27 février 1910 est finalement un succès et permet à la délégation française d’être reçue par le tsar dans son palais de Tsarkoïe Selo, de participer à de nombreuses réceptions et même à des représentations de gala destinées à venir en aide aux victimes des inondations à Paris.

29D’Estournelles pousse également à la création d’un groupe de l’arbitrage au sein du jeune parlement ottoman rétabli en 1908, auquel le Groupe français « serait heureux de tendre la main  [48] ». Il lui adresse ensuite une invitation à venir à Paris, croyant « beaucoup à l’effet que produirait une visite des parlementaires ottomans au Parlement français et je m’emploierai de toutes mes forces à son succès  [49] ». Une délégation du Parlement ottoman est effectivement reçue à Paris en juillet 1909, avec à sa tête Mehmet Talaat Bey, vice-président de la Chambre. À la fin de 1910, le Groupe de l’arbitrage reçoit à son tour l’invitation du Groupe parlementaire ottoman à venir à Constantinople, mais le déclenchement des guerres balkaniques  [50] empêche la réalisation de ce projet.

Cultiver l’amitié américaine

30Sous l’égide de Paul d’Estournelles de Constant, qui est l’un des rares Français à avoir longuement sillonné les États-Unis au cours de quatre voyages successifs (1902, 1907, 1911 et 1912), le Groupe de l’arbitrage cultive nécessairement des liens assez étroits avec le Nouveau Monde. Le premier séjour américain de D’Estournelles, en 1902, a en effet été pour lui, « le point de départ d’une vie nouvelle de confiance et d’action ; auparavant j’avais parlé du péril, j’ai cru, dès lors, au remède américain  [51] ». À fréquenter les élites américaines, il se convainc que la montée en puissance des États-Unis sur la scène mondiale n’est pas le danger qu’il redoutait pour l’Europe mais le plus sûr moyen de la sauver de l’autodestruction, vers laquelle la conduit tout droit l’accroissement considérable des budgets européens en raison de la course aux armements et de l’expansion coloniale. Il écrit dans une revue américaine :

31

L’Europe a créé l’Amérique et l’Amérique d’aujourd’hui, s’acquittant de sa dette filiale, va sauver l’Europe en la régénérant, en la recréant. Le Nouveau Monde créera la Nouvelle Europe  [52].

32C’est pourquoi d’Estournelles aspire rapidement à ce que le Groupe de l’arbitrage puisse entrer en contact avec les parlementaires américains et, dès 1904, il invite le Congrès à envoyer une délégation à Paris : « Nos pays ont tout à gagner à multiplier leurs bonnes relations mutuelles et ils sauront gré à leurs parlements de leur donner l’exemple  [53]. » Dans l’enthousiasme que provoque chez lui l’action du président Roosevelt en faveur de la convocation d’une nouvelle Conférence de la paix à La Haye, il n’hésite pas à s’adresser directement à lui, à la fois pour lui demander de patronner cette future visite de parlementaires américains, mais aussi pour l’inviter à venir lui-même à Paris :

33

Votre voyage en France, auquel je pense depuis longtemps, aurait des conséquences incalculables. Ce serait un triomphe pour l’Amérique et un hommage émouvant pour l’Europe. […] Les conséquences de ce voyage seraient un déplacement de l’axe du monde  [54].

34Si ces projets de voyages ne voient pas le jour, le Groupe de l’arbitrage ne manque pourtant jamais l’occasion de louer l’action du président Theodore Roosevelt, par exemple son rôle dans la conclusion de la paix entre la Russie et le Japon en 1905. En guise d’hommage, le Groupe lui fait alors parvenir une édition originale des Mémoires de Sully dans lesquels ce dernier exposait notamment le « Grand Dessein » du roi Henri IV en faveur d’une organisation pacifique des États européens. La rencontre entre le Groupe de l’arbitrage et le président Roosevelt ne pourra toutefois avoir lieu qu’après la fin de son mandat, à l’occasion d’un passage à Paris en avril 1910. Mais, ce dernier tombant en pleine période de renouvellement du Parlement français, le Groupe est dans l’incapacité d’organiser la réception solennelle qu’il aurait souhaitée et doit se contenter d’envoyer une simple délégation le saluer à l’ambassade des États-Unis.

35Le 5 mars 1912, le Groupe de l’arbitrage a le loisir d’organiser au Sénat une imposante cérémonie en l’honneur du départ de France de l’ambassadeur américain Robert Bacon et de sa femme, en présence de plusieurs centaines de parlementaires et d’invités :

36

Vous croyez comme nous au bienfait de la coopération de nos deux pays, non seulement dans le passé, si glorieux soit-il, mais dans l’avenir. Nos deux Républiques sœurs ne manqueront pas à leur destinée ; elles resteront associées pour assurer le triomphe du droit dans le monde  [55].

37Il est vrai qu’à cette époque les relations entre d’Estournelles et les États-Unis ont connu un nouvel approfondissement, ce dernier s’étant vu confier la présidence du Centre européen de la Dotation Carnegie pour la paix internationale, une fondation philanthropique créée en 1910 par le milliardaire américain Andrew Carnegie.

Œuvrer à la réconciliation franco-allemande

Le rapprochement franco-allemand, « condition de la paix du monde  [56] »

38Avec l’Allemagne, le Groupe de l’arbitrage éprouve nécessairement plus de difficultés à mettre en œuvre cette diplomatie parlementaire qui a pu montrer ses vertus avec d’autres pays européens. D’Estournelles ne croit pas possible d’inviter en France ses collègues du parlement allemand, car « un fossé creusé, depuis 35 ans, par la faute des gouvernements, sépare les deux peuples : vouloir les réunir sans s’être attaché d’abord à combler ce fossé, serait une folie vouée d’avance au mépris universel  [57] ». Il redoute donc toute initiative prématurée ou imprudente qui pourrait conduire à un échec retentissant, surtout dans le contexte de tension franco-allemande que suscite en 1905-1906 la question marocaine.

39Il croit pourtant opportun de se saisir de l’émotion suscitée jusqu’en Allemagne par la catastrophe minière de Courrières en mars 1906 pour tenter d’œuvrer au rapprochement avec la voisine d’outre-Rhin : « Ce que la diplomatie n’ose pas tenter ni même préparer, la nature le réalise  [58]. » En effet, l’aide apportée à la France par des sauveteurs allemands, venus des mines de Westphalie, réjouit profondément le Groupe de l’arbitrage qui leur adresse « ses remerciements émus  [59] » et les félicite d’avoir « affirmé par cette impressionnante manifestation dans ces jours de deuil la croissante solidarité qui rapproche les peuples  [60] ». Joignant le geste à la parole, le Groupe de l’arbitrage confie à son secrétaire général Jules Rais, en septembre 1906, le soin de se rendre en Allemagne afin de remettre personnellement à chaque mineur une médaille commémorative en argent, avec son nom gravé au revers. Paul d’Estournelles de Constant fait également remettre à l’empereur Guillaume II trois exemplaires de cette médaille.

40Le président du Groupe de l’arbitrage observe également avec satisfaction les lents progrès accomplis par l’Allemagne en faveur des méthodes juridiques de règlement des différends internationaux, marqués notamment par la signature de sa première convention d’arbitrage, le 12 juillet 1904, avec la Grande-Bretagne. Si, au cours de la seconde Conférence de La Haye, l’Allemagne contribue à faire échouer le projet de convention universelle d’arbitrage obligatoire, elle propose néanmoins, fin 1908, de régler par l’arbitrage le différend qui l’oppose à la France au sujet des déserteurs de Casablanca  [61]. Celui-ci est donc « réglé juridiquement » par la cour de La Haye, le 22 mai 1909, « à la satisfaction sans réserve des deux pays ; en d’autres temps il eût suffi pour déchaîner la guerre  [62] ».

41Ces progrès semblant augurer, aux yeux de d’Estournelles, d’une possible « réconciliation » entre les deux peuples, il n’hésite pas à saisir les occasions d’entamer un dialogue direct avec l’Allemagne, convaincu du rôle pionnier que peuvent jouer certains « hommes de bonne volonté » pour préparer le terrain diplomatique. C’est pourquoi il accepte de se rendre à Berlin, à l’invitation d’un « Comité de rapprochement franco-allemand », constitué en 1907 et présidé par le Baron de Manteuffel, président de la Chambre des Seigneurs de Prusse : le 28 avril 1909, devant un parterre de quelque 400 représentants du monde politique et parlementaire allemand, en présence notamment du chancelier von Bülow, du président de la Chambre des Seigneurs de Prusse et du vice-président du Reichstag, il prononce un important discours dans lequel il invite Français et Allemands à rechercher « un arrangement de bonne foi, un arrangement que personne ne puisse saluer comme la victoire diplomatique de l’un des deux pays sur l’autre  [63] ». Tout en se gardant de préciser davantage sa pensée, il appelle à des « concessions réciproques » afin de parvenir à une réconciliation qui soit « acceptable, honorable pour les deux pays  [64] ».

La conférence interparlementaire franco-allemande de Berne

42Il faut toutefois attendre le 11 mai 1913 pour assister à la première rencontre de parlementaires français et allemands, en terrain neutre, à Berne. L’initiative est due au député socialiste de Mannheim Ludwig Frank, convaincu de la nécessité de nouer ce dialogue afin de parvenir à stabiliser pour un an les dépenses militaires des deux pays. Pour ce faire, il entre en contact avec le socialiste suisse Robert Grimm, membre du Conseil national suisse, qui œuvre concrètement à la réalisation de cette conférence interparlementaire franco-allemande avec l’appui du Bureau international de la paix de Berne.

43L’invitation officielle, lancée le 9 avril 1913 par treize membres du Conseil national suisse, est acceptée avec empressement par d’Estournelles de Constant, qui s’efforce par ses contacts outre-Rhin d’obtenir l’envoi à Berne d’une délégation allemande suffisamment nombreuse pour permettre le succès de la rencontre. Mais la délégation allemande ne compte au final que 34 parlementaires  [65], contre 156 députés et 24 sénateurs côté français  [66]. La conférence parvient néanmoins à se mettre d’accord sur une résolution votée à l’unanimité. Celle-ci déclare que « les deux pays, dans leur immense majorité, sont fermement attachés à la paix, condition absolue de tout progrès  [67] » ; elle invite en outre les parlementaires français et allemands à œuvrer en faveur de la réduction des dépenses navales et militaires de leurs pays respectifs (quelques semaines avant la houleuse discussion autour de la loi des trois ans) et appelle à soumettre à l’arbitrage de La Haye les éventuels différends qui s’élèveraient entre les deux États et qui ne pourraient pas trouver de solution diplomatique.

44Si certains « journaux chauvins français » n’ont pas manqué d’accuser les parlementaires d’être allés à Berne « humilier la France devant l’Allemagne et devant le monde, flatter l’amour-propre allemand, servir les intérêts allemands, etc.  [68] », la presse parisienne se montre dans l’ensemble plutôt favorable. Le Petit Parisien écrit ainsi :

45

il ne faudrait pas […] croire que cette première conférence produira monts et merveilles. Mais ce qu’on peut affirmer c’est que ce premier contact a donné un réel résultat, et que de nouvelles entrevues périodiques auront lieu  [69].

46Un comité permanent franco-allemand a en effet été institué, avec pour mandat de convoquer périodiquement la Conférence ou de la réunir d’urgence en cas de circonstances graves. Le 16 mai 1913, le Groupe de l’arbitrage approuve l’œuvre accomplie par la délégation française à Berne et nomme une commission de 21 membres destinée à constituer le comité permanent, parmi lesquels on remarque les noms de Victor Augagneur, Maurice Couyba, Édouard Herriot, Jean Jaurès, Joseph Paul-Boncour  [70] ou Marcel Sembat.

Ultimes efforts avant la catastrophe

47D’Estournelles est désormais convaincu qu’« on peut causer avec les Allemands, non pas encore dans un sens précis, mais on peut aborder la question » de l’Alsace-Moselle  [71]. Souvent attaqué sur ce point, il doit justifier publiquement sa position : « Je me suis déclaré ouvertement hostile à la politique de la revanche, mais non moins hostile à la politique de l’oubli  [72] ». Le dialogue avec l’Allemagne qu’il mène activement à travers les journaux ou par l’intermédiaire de la Conciliation internationale, se poursuit également sur le plan parlementaire : une nouvelle rencontre se tient à Bâle le 30 mai 1914, dans le cadre du Comité permanent interparlementaire franco-allemand institué à Berne l’année précédente. Seize parlementaires français, représentant 162 sénateurs et députés, rencontrent ainsi 18 députés allemands représentant 207 membres du Reichstag (progressistes, nationaux-libéraux, Zentrum, socialistes et Alsaciens). Ils adoptent à l’unanimité une déclaration de principe visant à organiser un service de correspondance afin de fournir une information mutuelle exacte, à rappeler à leurs gouvernements l’existence de la procédure d’arbitrage en cas de litige, et à tenir des assemblées plénières de parlementaires adhérant à l’œuvre de la conférence de Berne. Une manifestation de ce type doit ainsi être organisée au cours de l’année et se tenir le même jour dans les deux pays et en présence de parlementaires des deux nations. Quelques jours plus tard, le 26 juin 1914, le Groupe de l’arbitrage charge son bureau de préparer les deux réunions interparlementaires qui se tiendront simultanément, l’une à Lyon, l’autre à Munich, selon des modalités précisées ultérieurement.

48Mais ces efforts sont bientôt réduits à néant en juillet, du fait de l’enchaînement rapide des événements qui conduisent à la guerre et qui prennent par surprise ces apôtres du rapprochement franco-allemand. Le 28 juillet, encore confiant « dans les sages efforts de médiation qui se poursuivent », Paul d’Estournelles de Constant adresse, au nom du Groupe de l’arbitrage, une dépêche à Abel Ferry, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, dans laquelle il lui rappelle

49

qu’en cas de conflit aigu entre deux puissances signataires [des actes de La Haye], les neutres se sont expressément engagés, par l’art. 48 de la convention de 1907, à considérer l’intervention amicale, non pas seulement comme un droit, mais comme un devoir, dans l’intérêt supérieur de la paix  [73].

50Le 31 juillet  [74], le Groupe de l’arbitrage tient ce qui s’avère être sa dernière séance avant la guerre :

51

La réunion du groupe a été ce qu’il fallait. Très nombreux. Beaucoup d’opinions représentées, depuis Sembat jusqu’à Millerand qui ont tous deux pris la parole et ont approuvé mon attitude. J’ai vu le pdt du Conseil et son secrétaire d’État aux aff etr [sic] pour leur exprimer la confiance du groupe  [75].

52Dans la soirée, d’Estournelles regagne son domicile sarthois, le château de Clermont-Créans, encore loin d’imaginer la catastrophe qui se prépare. Le lendemain, il apprend la mobilisation générale alors qu’il rend visite à l’un de ses fermiers : abattu par la nouvelle, « il [pleure] comme un gosse  [76] ».

53 

54La force du Groupe de l’arbitrage et plus largement celle du mouvement international en faveur de la paix s’est donc révélée bien insuffisante pour épargner à l’Europe un nouveau conflit armé. Mais l’étude de leur action permet de souligner le développement d’une « culture de paix » dans l’Europe de la Belle Époque, à laquelle les milieux parlementaires contribuèrent indubitablement, malgré de fortes disparités nationales. Si l’historienne américaine Sandi E. Cooper estime que l’Union interparlementaire avait attiré dans ses rangs en moyenne un quart des parlementaires de chaque pays, certains parlements se montrèrent beaucoup plus sensibles que d’autres à la cause de la paix : c’est le cas notamment de la Belgique, des Pays-Bas, du Danemark, de la Suède ou de la Norvège, où plus de la moitié des parlementaires y soutinrent les activités de l’Union  [77]. Par leur forte mobilisation au sein du Groupe interparlementaire de l’arbitrage, les députés et sénateurs français s’inscrivirent, eux aussi, dans cette dynamique de rapprochement international et de promotion de l’arbitrage pour résoudre pacifiquement les différends entre nations. Leur engagement au service de cette « diplomatie parlementaire », marquée par des contacts directs avec leurs homologues étrangers, a incontestablement servi les objectifs de la politique étrangère française, en favorisant notamment les bonnes relations avec la Grande-Bretagne, les pays scandinaves, la Russie, l’Empire ottoman ou les États-Unis, et dans une moindre mesure avec l’Empire allemand, malgré tous les efforts déployés.

55C’est pourquoi Paul d’Estournelles de Constant estima que, malgré le déclenchement du premier conflit mondial, les défenseurs de la paix ne méritaient nullement la critique voire l’opprobre :

56

Au lieu de nous reprocher la guerre que nous avons toujours prévue, puisque nous cherchions toujours à la prévenir, on fera mieux de nous savoir gré de nos efforts. Notre seul tort est de ne pas avoir été plus soutenus  [78].

57Une fois les hostilités déclenchées, il soutint pleinement la participation de la France dans le conflit. La violation de la neutralité belge et l’invasion du nord de la France par les troupes allemandes légitimaient à ses yeux l’idée d’une guerre « pour le droit », d’une guerre devant être menée « jusqu’au bout » afin de détruire à jamais le militarisme prussien.

58

Notre devoir est aussi clair aujourd’hui qu’il l’était hier. Plus nous avons voulu concilier l’Allemagne, plus nous nous appuyons sur notre conscience et sur les sympathies du monde entier pour repousser son agression  [79].

59Les activités du Groupe de l’arbitrage furent nécessairement interrompues par la guerre : « Nous attendrons qu’une paix vraiment sérieuse et durable soit établie dans une Europe libérée du militarisme allemand  [80] ». La seule paix envisageable était désormais une paix victorieuse : « Nous voulons la guerre, parce que nous voulons la paix, parce que nous ne voulons pas d’un semblant de paix, la paix allemande, germe de guerre perpétuelle et universelle  [81]. »


Annexe 1. Composition du groupe parlementaire de l’arbitrage international au 1er septembre 1903  [82]

60« Présidents d’honneur :

61MM. Berthelot, de l’Académie française ; Le Baron de Courcel, Membre de l’Institut, président de l’arbitrage anglo-américain des pêcheries de Behring ; E. Labiche, président du Groupe de l’Union interparlementaire ; Waldeck-Rousseau, ancien président du Conseil, avocat.

62 

63Président : M. d’Estournelles de Constant.

64Vice-présidents : MM. de la Batut, Baudin, Beauquier, Dubief, Flandin, Jaurès.

65Secrétaires : Corderoy, Cornet, Couyba, Janet, Thierry, Vigouroux.

66Questeur : M. Pajot.

67 

68Adhérents :

69MM. les sénateurs

70Barbey ; Bataille ; Bayol ; Beaupin ; Béraud ; Bérenger ; Berthelot ; Bézine ; Bidault ; Boissier ; Boudenoot ; Boulanger ; Charles Dupuy ; Baron de Courcel ; Crémieux ; Decrais ; Delpech ; Baron Demarçay ; Dupuy Jean ; Duval ; Gacon ; Garnier ; Gauthier (Aude) ; Gotteron ; Goutant ; Guérin (Vaucluse) ; Guyot ; Knight ; Labbé ; Laboche E., (Eure-et-Loire) ; Le Chevalier ; Lintilhac ; Lordereau ; Magnin ; Milliès-Lacroix ; Pédebidou ; Petitjean ; Peyrot ; Peytral ; Pic-Paris ; Piettre ; Piot ; Pochon ; Poirrier ; Ratier ; Rivet ; Strauss ; Trarieux ; Waddington Richard ; Waldeck-Rousseau.

71 

72MM. les députés

73Abel Bernard ; Adan Achille ; Allard ; Comte d’Alsace, Prince d’Hénin ; Andrieu ; Arago François ; Aristide Briand ; Armez ; Astier ; Augé ; AYnard ; Bachimond ; Balandreau ; Ballande ; Barthou : Baudet Louis ; Baudin, Baudon ; Beauquier ; Berger Georges ; Bersez ; Berteaux ; Berthet ; Bertrand Lucien ; Bertrand Paul ; Bichon ; Bouhet-Allex ; Bourrat ; Bouveri ; Boyer Antide ; Breton J.-L. ; Buisson Ferdinand ; Bussière ; Buyat ; Caillaux ; Camuzet ; Cazauvieilh ; Cazeneuve ; Chaigne ; Chambige ; Marquis de Chambrun ; Chanal ; Chandioux ; Chapuis ; Charles Bos ; Charles Chabert ; Charruyer ; Chastenet ; Chaumet ; Chautemps A. ; Chauvière ; Clémentel ; Codet ; Colin, Colliard ; Constans Paul ; Corderoy ; Cornet Lucien ; Coutant J. ; Couyba ; Cruppi ; David Henri ; Debaune ; Debussy ; Decker-David ; Dejeante ; Delarue ; Delaune ; Delbet ; Deléglise ; Deloncle ; Delory ; Déribéré-Desgardes ; Derveloy ; Deschanel Paul ; Deville Gabriel ; Dormoy ; Dron ; Dubief ; Dubois Émile ; Dufour ; Dumont ; Dupuy Pierre ; Empereur ; Ermant ; d’Estournelles de Constant ; Gabriel Denis ; Gally-Gasparou ; Gautier Léon ; Gauvin ; Gentil ; Georges Grosjean ; Gérald ; Gérault-Richard ; Gervais ; Girod ; Goujat ; Gourd ; Gouzy ; Guieysse ; Hémon ; Henrique-Duluc ; Holtz ; Hubbard ; Hugues Clovis ; d’Iriart d’Etchepare ; Isnard ; Janet ; Jaurès ; Jumel ; La Batut (de) ; Lafferre ; de Lanessan ; Laroche-Joubert ; Larquier ; Lauraine ; Laffet ; Léglise ; Lemire ; Leroy Modeste ; Lesage ; Leygue Raymond ; Lhopiteau ; Loup ; Lozé ; Malaspina ; Mando ; Maret Henry ; Marot : Martin-Bienvenu ; Mas ; Maujan ; Menier Gaston ; Merlou ; Messimy ; Michel Henri ; Mill ; Millerand ; Mollard ; Morel J. ; Motte ; Muteau ; Noël ; Noulens ; Pajot ; Pams ; Paul Meunier ; Pavie ; Péret ; Périer Germain ; Petitjean ; Pichery ; Pierre Poisson ; Plissonier ; De Pressensé ; Ragot ; Rajon ; Rauline ; Réveillaud ; Révile Marc ; Riotteau ; Robert Surcouf ; Roch ; Rouanet ; Ruau ; Sabaterie ; Salis ; Sarraut ; Schneider Charles ; Sembat ; Siegried ; Simyan ; Thierry J. ; Thierry-Cazes ; Thivrier ; Torchut ; Tourgnol ; Tournier Albert ; Ursleur ; Vaillant ; Vazeille ; Vigouroux ; Villault-Duchesnois ; Villehean ; Violette ; Walter. »

Annexe 2. « Les progrès de l’arbitrage obligatoire de 1903 à 1908. Reproduction des tableaux graphiques du Ministère des affaires étrangères qui figurent à l’Exposition franco-britannique de Londres, mai 1908  [83] »

Description de l'image par IA : Carte historique des traites d'arbitrage obligatoire entre 1903 et 1908, avec listes et graphiques détaillés.
Document complet
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Description de l'image par IA : Liste chronologique des traités d'arbitrage obligatoire de 1903 à 1908. Tableau avec dates et pays impliqués.
Extrait 1
Bibliothèque nationale de France
Description de l'image par IA : Carte mondiale avec lignes reliant des capitales, titre "PROJET DE CONVENTION MONDIALE D'ARBITRAGE".
Extrait 2
Bibliothèque nationale de France
Description de l'image par IA : Carte historique des routes commerciales entre villes européennes et autres continents.
Extrait 3
Bibliothèque nationale de France

Annexe 3. Chronologie des activités du Groupe parlementaire français de l’arbitrage international (1903-1914)

7426 mars 1903

75Fondation du Groupe parlementaire français de l’arbitrage international (GPFAI) sous la présidence de Paul d’Estournelles de Constant.

76 

77juillet 1903

78Visite des parlementaires français au Parlement britannique. Le 22 juillet, un banquet au Palais de Westminster réunit 250 convives en présence du Premier ministre britannique, Arthur Balfour.

79 

80novembre 1903

81Visite de 150 parlementaires britanniques à Paris, qui se poursuit pour une partie d’entre eux par un séjour en province jusqu’au 12 décembre 1903 (Bordeaux, Toulouse, Carcassonne, Marseille, Nice, Lyon et Dijon).

82 

8324 novembre-5 décembre 1904

84Visite d’une délégation de parlementaires danois, suédois et norvégiens à Paris et dans le sud de la France (Nîmes, Nice, Monaco, Toulon, Marseille)

85 

8623-25 juillet 1906

87Participation du Groupe parlementaire français à la conférence de l’Union interparlementaire à Londres.

88 

8914 novembre 1907

90Réception a Paris des délégués français et américains venant de participer à la deuxième Conférence internationale de la paix de La Haye.

91 

92juillet 1908

93Exposition internationale de Londres : inauguration par le Groupe parlementaire français de l’Exposition sur les « Progrès de l’arbitrage ».

94 

95juillet 1909

96Visite de parlementaires russes et ottomans au Parlement français.

97 

9817 juillet-1er août 1909

99Visite d’une délégation de parlementaires français aux trois parlements scandinaves (Danemark, Suède, Norvège).

100 

10117-27 février 1910

102Visite d’une douzaine de parlementaires du GPFAI à la Douma à Saint-Pétersbourg.

103 

10416 avril 1910

105Réception par le président américain Théodore Roosevelt d’une délégation du GPFAI à l’Ambassade des États-Unis à Paris.

106 

10710 juin 1910

108Le GPFAI reçoit au Sénat le Maréchal Hermes da Fonseca, président de la République du Brésil.

109Réception au Sénat d’une délégation ottomane par le GPFAI.

110 

1111er juillet 1910

112Fusion du GPFAI (présidé par Paul d’Estournelles de Constant) avec le Groupe français de l’Union interparlementaire (dirigé par Émile Labiche).

113 

114juillet-septembre 1910

115Voyage de parlementaires français à l’Exposition de Bruxelles et participation à la XIIIe conférence interparlementaire de Bruxelles (28-31 août).

116 

11729 décembre 1910

118Le groupe parlementaire ottoman de l’arbitrage international invite ses collègues français à lui rendre visite à Constantinople dans le courant de 1911. Ce voyage n’aura pas lieu.

119 

12031 janvier 1911

121Réception à Paris du comte Apponyï, président du groupe parlementaire hongrois de l’Arbitrage.

122 

1234 juillet 1911

124Remise aux représentants des trois États scandinaves (Danemark, Norvège et Suède) des vases de la manufacture de Sèvres « en témoignage de cordiale sympathie de la France et du parlement français ».

125 

12628 novembre 1911

127Réception solennelle au Sénat de M. Goutchkoff, maire de Moscou.

128 

1295 mars 1912

130Manifestation du GPFAI au Sénat en l’honneur de Robert Bacon, ambassadeur de France, et de son épouse, avant leur départ de France.

131 

13225 février 1913

133Réception à la Chambre de Myron Herrick, ambassadeur des États-Unis à Paris et de M. James H. Hyde, fondateur des conférences de l’Alliance française aux États-Unis et des conférences américaines en France.

134 

13517 mars 1913

136Réception au Sénat de Lord Weardale, président du groupe interparlementaire britannique.

137 

13810-11 mai 1913

139Conférence interparlementaire franco-allemande à Berne. Création d’un comité interparlementaire franco-allemand permanent.

140 

14113 mars 1914

142Réunion du comité interparlementaire franco-allemand à la Chambre des députés.

143 

14430 mai 1914

145Réunion du comité interparlementaire franco-allemand à Bâle.


Mots-clés éditeurs : arbitrage international, Chambre des députés, diplomatie parlementaire, paix, Sénat

Date de mise en ligne : 04/05/2017

https://doi.org/10.3917/parl2.026.0037