Article de revue

La Grande Guerre au Cameroun à travers l’imagerie postale

Pages 255 à 272

Citer cet article


  • Tchamba Ngotom, R.
(2018). La Grande Guerre au Cameroun à travers l’imagerie postale. Outre-Mers, 398-399(1), 255-272. https://doi.org/10.3917/om.181.0255.

  • Tchamba Ngotom, Ranèse.
« La Grande Guerre au Cameroun à travers l’imagerie postale ». Outre-Mers, 2018/1 N° 398-399, 2018. p.255-272. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-outre-mers-2018-1-page-255?lang=fr.

  • TCHAMBA NGOTOM, Ranèse,
2018. La Grande Guerre au Cameroun à travers l’imagerie postale. Outre-Mers, 2018/1 N° 398-399, p.255-272. DOI : 10.3917/om.181.0255. URL : https://shs.cairn.info/revue-outre-mers-2018-1-page-255?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/om.181.0255


Notes

  • [1]
    Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM), Fonds Ministériels (FM), série TGO//22/197. Note de M. Angoulvant sur l’Afrique Équatoriale et le Cameroun : « Pourquoi nous devons conserver le Cameroun », 8 octobre 1917.
  • [2]
    Les rivalités commerciales entre les firmes de commerces européennes et les populations locales habitant les côtes de la région amenèrent les chefs à solliciter la protection d’une puissance européenne. La Grande-Bretagne, concernée en premier, répond en accusant un certain retard. L’Allemagne qui ne semblait pas intéressée à cette course coloniale, adopte une « attitude de dernier moment », et finit par la devancer. Elle signe avec les chefs douala plusieurs traités dont celui du 11 et du 12 juillet 1884, qui lui accordèrent un privilège sur la Kamerunstadt, tout en limitant les droits des autres puissances. Geste surprenant qui n’a guère été apprécié par le gouvernement anglais.
  • [3]
    Franklin Eyelom, Le partage du Cameroun entre la France et l’Angleterre, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 116-117.
  • [4]
    Une marque postale peut être définie comme « …un cachet apposé sur une lettre pour indiquer le bureau d’origine et certifier que le port a été payé par l’expéditeur ». Voir Paul Robert, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, Nouvelles éditions Millésime, vol.2, 2009, p. 1541. Elle est aussi définie comme « une marque imprimée ou gravée, figurine ou vignette, fabriquée et vendue par l’administration et dont l’apposition sur les objets confiés à la poste a une valeur d’affranchissement égale au prix de vente qui y figure ». Voir Eugène Vaillé, Histoire du timbre-poste, Paris, PUF, 1959, p. 7.
  • [5]
    Albert Thinlot définit la carte postale comme « imprimé sur un support semi-rigide destiné à un usage postal, pour une correspondance brève à découvert ». Cette définition est extraite d’une publication intitulée « L’histoire de la carte postale », Association philatélique rhodanienne (http://www.apr-philatelie.pagesperso-orange.fr. Pour l’administration des postes, c’est « une feuille imprimée sur une feuille cartonnée semi-rigide, dont la moitié droite au moins du recto est réservée à l’adresse du destinataire. Elle peut se passer de l’enveloppe ». Voir Brochure de Présentation du Groupe La Poste, Une histoire renversante de la carte postale. Voir http://www.laposte.fr/chp/mediasPdf/cdh_4_hossard.pdf,
  • [6]
    Géraud-Camille Deloste, Histoire postale et militaire de la Première Guerre de 1914-1918, Bischwiller, Éditions de l’échangiste universel, 1968, p. 5.
  • [7]
    Nous avons contacté Georges Barot, collectionneur de marques postales qui a mis à notre disposition sous format numérique des photocopies des marques cachets en usage au Cameroun de 1914 jusqu’à la fin des années 1930.
  • [8]
    Il nous a été aussi autorisé d’utiliser certaine marques postales provenant des sites Delcampe, Circuit Club philatélie uniquement pour des travaux d’ordre académique. Nous nous sommes aussi servi des cartes postales illustrant les articles consultés sur le blog de Golf Dornseif, voir http://www.golf-dornseif.de, consulté le 30 juin 2014.
  • [9]
    Rémy Porte, « Première Guerre mondiale. De l’Entente à la mésentente cordiale : cas africains et moyen-orientaux », in Revue historique n° 652, avril 2009, p. 875-896.
  • [10]
    En effet, l’idéologie pangermaniste constituait une menace pour les territoires belges. Les accords franco-germaniques de 1911 ayant réduit une partie des colonies françaises au profit du Cameroun allemand, leurs frontières coloniales sont proches. Ainsi, la Belgique est dans une certaine mesure contrainte de sortir de la stricte neutralité observée au Congo au début des hostilités. Elle ne manque pas, dans une correspondance diplomatique, de signaler sa position en vue d’une coopération avec les troupes alliées, ceci afin de défendre l’intégrité de son territoire et de protéger sa colonie, voir Ministères des colonies, Les correspondances diplomatiques et politiques relatives à la guerre en Afrique. Rapport du Haut Commandement. Violation des lois de la guerre par l’ennemi, Paris, Librairie Nationale d’art et d’Histoire, 1919, p. 28-29.
  • [11]
    État-major de l’armée. Les armées françaises d’Outre-Mer. La conquête du Cameroun et du Togo, Imprimerie Nationale, Paris, 1931, p. 371-372.
  • [12]
    ANOM, Fonds Ministériels, TGO//8/74. Cameroun. Opérations de guerre. Expédition franco-anglaise sous les ordres du général anglais Dobell (Colonel Mayer commandant des troupes françaises), août 1914-juillet 1915.
  • [13]
    Après avoir récupéré Zinga suite aux opérations du 6 août 1914, avec le soutien des troupes belges, la France poursuit avec les opérations navales contre le Cameroun allemand à la fin du même mois. Cette offensive lui permit d’assiéger le poste allemand de Cocobeach dans le Rio Muni, ceci à l’aide de sa canonnière la Surprise et d’un détachement d’infanterie du Gabon.
  • [14]
    La Force « corps expéditionnaire franco-britannique » impliquée dans les opérations au Cameroun était constituée des soldats indigènes des colonies françaises et anglaises de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale.
  • [15]
    Le Pfennig est une subdivision du Deutsche Mark et des monnaies allemandes antérieures. Dans les colonies allemandes, cette inscription est imprimée sur les timbres-poste, suivie du nom de la colonie concernée.
  • [16]
    Certains catalogues des collectionneurs, sous le condominium franco-britannique (1916-1919) qui s’établit au Cameroun, certaines cartes postales allemandes étaient encore mises en circulation, mais avec les surcharges des deux administrations provisoires. Voir aussi Robert J. Maddocks, The Postal Arrangements of the Anglo-French Cameroons Expeditionary Force 1914-1916, GB, Oswestry, 1996, imprimé par l’auteur.
  • [17]
    Si ces figurines des colonies françaises et anglaises sont utilisées au Cameroun et même après la guerre, c’est à cause de son statut incertain qui mettait ces nouvelles puissances dans une situation indécise. Il va falloir attendre l’officialisation du mandat international pour que le territoire soit érigé en office postal autonome. Ce changement de statut permet ainsi, l’émission d’une série de nouvelles figurines qui lui sont propres, voir Journal Officiel du Cameroun français, 1922, p. 83 l’arrêté du 14 février, créant en l’office postal autonome sur le territoire occupé du Cameroun.
  • [18]
    Manuel de la poste aux lettres, Berne, Bureau international de l’Union postale universelle, 2005, p. 49-56.
  • [19]
    Géraud-Camille Deloste, Histoire postale et militaire, op.cit., p. 5.
  • [20]
    En ce qui concerne certaines images présentées ici, nous n’avons pas pu malheureusement entrer possession d’une version en couleur. Celles-ci ont été extraites d’une photocopie que le collectionneur Georges Barot (contacté en janvier 2014) a mise à notre disposition. Toutefois certains de ces exemples se retrouveraient dans l’une des publications de Maddocks.
  • [21]
    Les marques postales de guerre que portent ces images sont de type linéaire en ce qui concerne l’inscription « Corps Expéditionnaire franco-britannique » pour la première, et « Colonne du Cameroun Franchise militaire » pour la seconde. Elles sont accompagnées d’une autre marque postale de guerre (type cachet) portant l’inscription « Postes Aux armées-Cameroun », non datée.
  • [22]
    Notons que les « bureaux de frontière » sont des types de bureaux de poste créés pendant la guerre. Il sont « installés auprès des Gares Régulatrices d’Armées, à la limite des Zones d’Étapes et des Armées, ce sont des organes postaux de recueil, de tri et de réexpédition des correspondances qui lui parviennent des deux sens, de l’intérieur à destination des armées ou réciproquement ». Voir Géraud-Camille Deloste, Histoire postale et, op.cit., p. 10. Durant ce conflit en terre camerounaise, la ville Douala a abrité ce type de bureau qui a joué un rôle intermédiaire pour la correspondance en provenance de l’intérieur – AEF – comme de l’extérieur – l’Europe.
  • [23]
    Les SP ou Secteurs Postaux, créés en décembre 1914 ne sont pas des lieux, mais représentent des Corps de troupes en mouvement permettant l’acheminement du courrier à destination du front. Le payeur, quant à lui, est un agent appartenant au corps civil (au service de la trésorerie) « en mission » ; chargé de l’organisation et de la surveillance du contrôle postal dans une région administrée militairement, il rend compte à l’Armée.
  • [24]
    C’est une photographie de l’enveloppe d’un courrier ordinaire non-timbré. Le cachet apposé à l’angle droit « Trésor et Postes aux armées. Cameroun », daté au centre « 15-11-15 » et frappé de façon linéaire « Duala » fait foi d’affranchissement ; il atteste également du contrôle postal effectué par l’armée. À l’angle gauche, l’enveloppe porte la « marque au cachet » d’un navire faisant certainement le trajet Matadi-Bordeaux en passant par le Cameroun (Duala). Il est transmis à un certain Monsieur G. Gireaux à Cormeilles-en-Parisis. Seine et Oise en France par l’intermédiaire d’un bureau-frontière de Duala.
  • [25]
    Patrick Dramé, « Des soldats à tout prix ! Les sociétés du Haut-Sénégal et Niger et le recrutement de tirailleurs durant la Grande-Guerre (1915-1918) », in Outre-mers. Revue d’histoire, « Les empires dans la Grande Guerre », n° 390-391, juin 2016, p. 69-72.
  • [26]
    ANOM, Fonds Ministériels, série TGO// 22/195, Agissements des Allemands au Cameroun (pendant la guerre de 1914-1918), Bana, Doumé, Douala, Nyombe, Edéa, Kribi, et dans la région du Nord.
  • [27]
    Patrick Dramé, « Des soldats à tout prix ! Les sociétés… », art. cité, p. 70.
  • [28]
    ANOM, Fonds Ministériels, TGO// 22/195, Agissements des allemands au Cameroun (pendant la guerre de 1914-1918), Bana, Doumé, Douala, Nyombe, Edéa, Kribi, et dans la région du Nord.
  • [29]
    Franklin Eyelom, L’impact de la Première Guerre mondiale sur le Cameroun, Paris L’Harmattan, 2007, p. 99-100.
  • [30]
    Jean-Pierre Chrétien, « La guerre de 1914-1918 au Burundi. Le vécu local d’un conflit Mondial », in Outre-mer. Revue d’histoire, « Les empires dans la Grande Guerre », n° 390-391, juin 2016, p. 144-148.
  • [31]
    Hélène d’Almeida-Topor, « Les populations dahoméennes et le recrutement militaire pendant la première Guerre mondiale », in Revue française d’histoire d’outre-mer, t. 60, n° 219, 2e trimestre 1973. p. 196-241.
  • [32]
    Henri Mailier, « Le rôle des colonies françaises dans la campagne du Cameroun, 1914-1916 », in L’Afrique française, bulletin mensuel, vol.26, 1916, p 187. Voir aussi l’analyse de Franklin Eyelom, L’impact de la Première Guerre, op.cit., p. 92-96.
  • [33]
    Les accords franco-allemands de novembre 1911 venaient réduire un vaste territoire de la colonie française au compte du Cameroun allemand en échange du protectorat politique français au Maroc. Avec les nouvelles frontières du Kamerun, deux brèches sont provoquées sur le Congo français et l’Oubangui dont l’unité coloniale est désormais compromise.
  • [34]
    La voie de communication du Bassin de Congo représentait un enjeu important. Les puissances impliquées dans course aux colonies devaient se résoudre à adopter un régime d’internationalisation susceptible de satisfaire plus ou moins les intérêts de tous. « Les principes essentiels du régime fluvial colonial étaient la liberté de navigation pour tous, la liberté de commerce et le principe de neutralité ». Voir Mutoy Mubiala, L’évolution du droit des cours d’eau internationaux à la lumière de l’expérience africaine, notamment dans le bassin du Congo/Zaïre, Genève, coll. Publications de l’Institut de hautes études internationales, 1995, p. 77.
  • [35]
    La Surprise est le nom de baptême d’un bateau de guerre utilisé par la marine française, détaché dans l’océan Atlantique, sous le commandement du lieutenant-colonel de vaisseau Megissier. Après la bataille de Cocobeach, il est torpillé au mouillage de Funchal.
  • [36]
    Jean-Pierre Fourès, « 1914-2014, il y a un siècle la guerre au Gabon », in Gabon Magazine, n° 23, juin 2014, p. 11-13.
  • [37]
    Un accord favorable à ce projet de neutralité du bassin conventionnel aurait été un grand atout pour l’Allemagne. Sur le plan militaire, cela lui aurait permis de concentrer ses forces contre le territoire Anglais du Nigéria et contre les troupes françaises du Tchad et du Gabon.
  • [38]
    ANOM, Fonds Ministériels, SGTGO //8 /74. Cameroun : Opérations de guerre. Télégramme du lieutenant-colonel Cunliffe relatif aux opérations sous son commandement pour la préparation de la continuation de la marche vers le Nord. Rapport au sujet au rapport de la situation générale des troupes anglais de la colonne de Yola au 23 décembre 1914. Voir Henri Mailier, Le rôle des colonnes françaises, op. cit., p. 76-84.
  • [39]
    Ces forces anglaises étaient détachées des armées de leurs colonies d’Afrique occidentale, en provenance, entre autres, de Freetown et de la Côte de l’Or. Cela explique d’ailleurs l’utilisation de timbres sierra-léonais au Cameroun, pendant l’administration provisoire, dès la première victoire alliée pendant la Grande guerre (Voir document 1).
  • [40]
    Cette bataille a été certainement livrée pour la sauvegarde de la voie ferrée Nord-Douala. Un rapport signé par les différents généraux, adressé au gouverneur des colonies, fait état de la situation des troupes alliées, et mentionne que cette bataille de Baré a été remportée grâce à deux canonniers et 300 soldats de la troupe anglaise. Ceux-ci réussirent à repousser l’ennemi, à traverser la rivière Mwé, et à occuper plus tard les postes allemands de Santchou et de Dschang. Voir ANOM, Fonds Ministériels, S. G. TGO //8 /74.
  • [41]
    Fonds d’Archives de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC) : « Rapport au ministre de colonies sur les l’administration des territoires occupés du Cameroun. De la conquête du Cameroun au 21 juillet 1921 », in Rapport annuel du Gouvernement français à l’assemblée de la Société Des Nations, 1921.
  • [42]
    Moukarim Frères, groupe d’hommes d’affaires dont le fondateur est Mahmoud Moukarim, en provenance du Liban à la fin du xixe siècle. Celui-ci s’installe en zone portuaire de Douala et pratique le commerce des denrées. Ses déplacements vont le conduire à Fort d’Aumale au Gabon, où il s’installe à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Son activité ne se limitant pas au négoce en vins, tissus et layettes, il s’intéresse aussi aux objets ethnographiques de la région forestière, et à la photographie. Il est ainsi l’auteur de plusieurs photographies coloniales de l’AEF et du Cameroun. Voir http://collectionmoukarim.wordpress.com.
  • [43]
    Franklin Eyelom, L’impact de la Première Guerre, op. cit., p. 107.
  • [44]
    « La conquête du Cameroun par les alliés », in le Cameroun en 1917-1918. Histoire, paysages, ethnie. Vus par Fréderic Gadmer, photographe militaire, Paris, Publication de l’Établissement de Communication et de Production audiovisuelle de la défense (ECPAD), 2012, p. 7-12. Voir aussi Marc Michel, L’Afrique dans l’engrenage de la Grande Guerre, 1914-1918, Paris, Karthala, 2013, p. 57-62.
  • [45]
    La guerre de 1914-1916, Les campagnes belges du Cameroun et dans l’Est africain allemand, Document publié par le bureau documentaire belge, Imprimerie du Havre-Eclair, 1916, p. 3-4.
  • [46]
    La Belgique, disposait dans le bassin de la Sangha, d’un contingent d’infanterie et d’artillerie, avec un vapeur armé pour appuyer l’action des troupes dans la partie navigable du fleuve. Les combats se sont déroulés dans « un pays parsemé de marais malsains couverts de forêts épaisse », du côté de l’actuel Congo démocratique (Congo belge), dans des villages tel que Assoabam ou Monjou ; au Cameroun, à Mouloundou Lomié, par exemple. On ne saurait oublier l’entrée triomphale des troupes belges associées aux soldats franco-britanniques, à Yaoundé, 16 mois après (soit en 1916). Voir La guerre de 1914-1916, Les campagnes belges du Cameroun, op. cit., p. 3-4.
  • [47]
    Les principaux postes allemands sont occupés en quelques mois : Douala le 27 septembre 1914, Edéa le 26 octobre 1914, Victoria le 13 novembre 1914 et Kribi le 1er décembre 1914.
  • [48]
    La deuxième carte postale est une vue de près qui ne permet pas d’apercevoir la partie du pont détruite. Toutefois on se doit de relever les marques postales qu’elle porte. Cette carte postale (cliché Moukarim & Frères) a été utilisée en 1917, une année après la fin des combats au Cameroun, précisément pendant le condominium franco-britannique. Le timbre-poste qui y est apposé, est surchargé d’une marque au cachet portant l’inscription « Duala Cameroun et datée du 23-11-17 ». Cette figurine du moyen Congo surchargée à son tour (Cameroun-Occupation française) rappelle le contexte dans lequel se trouve le territoire ; à cette période, la guerre est certes achevée au Cameroun, mais encore en cours en Europe. Pour les Alliés, il faut attendre la rencontre de Versailles pour avoir une idée claire du statut de ce territoire.
  • [49]
    Marc Michel, L’Afrique dans l’engrenage, op.cit., p. 158.
  • [50]
    Marc Michel, L’Afrique dans l’engrenage, op.cit., p. 74.
  • [51]
    Journal officiel du Cameroun français (JOCF), 1919, p. 117. Voir aussi le Journal officiel du Cameroun français, 1922, p. 227.
  • [52]
    Jacques Soulillou, « Le Cameroun », in Douala : un siècle d’image et de transformation, Paris, L’Harmattan, p. 295-308 ; Réné Gouellain, « Douala : formation et développement de la ville pendant la colonisation », in Cahiers d’Études Africaines, vol. 13, Cahier 51, Villes Africaines 1973, p. 460-466.
  • [53]
    ANOM, Fonds Ministériels, SGTGO // 33 /307, Érection à Yaoundé d’un monument commémoratif de la conquête du Cameroun, 1938.
  • [54]
    En ce qui concerne la photographie ancienne, c’est la carte postale qui certes semble avoir été mise en circulation après la guerre, mais l’image témoigne indirectement les évènements de cette Grande Guerre qui s’est effectivement déroulée en terre coloniale. Ce monument a été érigé par les soins des services de la subdivision des Travaux publics en 1920. D’ailleurs, les années qui ont suivi la guerre, des cérémonies commémoratives sont organisées par l’administration coloniale dans le lieu où se trouve ce cénotaphe dédié à la mémoire des combattants morts. Tel fut le cas lors de l’embarquement de la première classe de croiseurs lourds français à l’estuaire du Wouri en 1929 « … une cérémonie émouvante eut lieu devant le monument aux morts avec le concours de la compagnie de débarquement du Duquesne. Une minute de silence fut observée à la mémoire du maréchal Foch et de tous les morts de la Grande Guerre… ». Voir « Cameroun. Informations officielles. Renseignements divers », in Togo-Cameroun. Magazine mensuel présenté par l’Agence Economique des Territoires Africains sous Mandats, Paris, décembre 1929, p. 194.
  • [55]
    Les marques et cartes postales ont dépassé leur mission première car, émises pour l’affranchissement des correspondances, elles ne se sont pas résignées à disparaître après les services rendus.
  • [56]
    Jean Vincent Tchienehom, « Le timbre-poste raconte 20 ans d’histoire du Cameroun, 1958-1978 », Encyclopédie de la République Unie du Cameroun, t. 4, Dakar, Nouvelles éditions africaines, 1981, p. 171.
  • [57]
    Eugène Vaille, Histoire du timbre, op. cit., p. 125.

1Le début du xxe siècle a été marqué par la Première Guerre mondiale. D’origine européenne, ce conflit s’embrase et s’étend dans les empires coloniaux. Il implique durablement les territoires africains, à l’exemple du Cameroun qui, à cette époque, était un Deutsche Schutzgebiet, un protectorat allemand. Pendant le conflit, il a été à la fois un front secondaire pour les puissances européennes tout en représentant un point stratégique convoité par les alliés  [1]. Cette guerre fut ainsi l’occasion pour la Grande-Bretagne d’évincer l’Allemagne du Cameroun après la victoire diplomatique remportée par l’Allemand Gustave Nachtigal sur le consul britannique Hewett à la fin du xixe siècle  [2]. La France saisit aussi l’occasion de la guerre pour réactiver ses ambitions sur les parcelles de territoires Zinga de l’Oubangui-Chari et du Congo. Celles-ci constituaient en effet l’unique zone de communication assurant la liaison entre ses colonies de l’Afrique Équatoriale Française (AEF), dont l’unité avait été brisée par les accords franco-germaniques de 1911  [3].

2Un siècle après, les archives administratives et la presse permettent d’évoquer ce passé. Les marques postales utilisées pour l’affranchissement des correspondances  [4] et les cartes postales  [5] pendant cette guerre sont également des sources précieuses et originales. Les insignes postaux utilisés durant ce conflit mondial ont eu alors une connotation particulière, différente de ceux employés en temps de paix. Ces « marques postales de guerre », ainsi qu’elles furent appelées, témoignent du conflit qui se déroula au Cameroun, de la situation dans laquelle se trouvaient le pays et les hommes qui y vivaient. Selon Deloste, les marques « apposées sur des plis (enveloppes ou cartes postales) [qui] constituent d’authentiques et originaux documents historiques, fidèles témoins de l’atmosphère d’angoisse, de misère, d’espoir et de courage dans lesquels ils furent écrits »  [6].

3L’objet de cet article est de relater le processus de la Première Guerre Mondiale au Cameroun au prisme des marques et des cartes postales. Il s’agira d’abord d’identifier et de décrire les troupes en images, d’expliquer ensuite les séquences de la guerre par le biais de ces sources et enfin de relater la mémoire qu’elles véhiculent. Nous appuyons sur les catalogues des marques postales rassemblées par des collectionneurs ainsi que sur les fonds d’archives consultés aux Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM) et à la bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC). Certaines de ces marques et cartes postales ont été aussi mises à notre disposition par des collectionneurs  [7], d’autres proviennent des sites web de ventes aux enchères d’objets de collection et des blogs  [8].

1. Les troupes en images sur le front secondaire du Cameroun

4« Dès les hostilités, les appétits s’éveillèrent » et contestèrent à l’Allemagne ses possessions au Togo, au Cameroun, en Afrique de l’Est (Burundi, Rwanda, actuelle Tanzanie) et dans le sud-ouest du continent (actuelle Namibie)  [9]. L’escalade de ce conflit européen vers l’Afrique prend corps avec le déclenchement des hostilités au Togo et au Cameroun. Les troupes allemandes engagées au Cameroun étaient constituées de plus de 6000 hommes bien entraînés sous le commandement du colonel Zimmermann. Ils étaient alors isolés face à l’offensive de la coalition franco-britannique, soutenue par des éléments de la Force publique du Congo belge  [10]. Sur le front camerounais, soldats européens et africains de carrière et volontaires enrôlés ont combattu dans les deux camps. Les troupes alliées agissaient sous un triple commandement : d’un côté, les troupes françaises de l’Afrique Équatoriale Française réparties en quatre colonnes, d’un effectif total d’environ 7000 hommes, sous le commandement du général Aymerich  [11] ;de l’autre, les troupes anglaises constituées d’environ 6500 hommes, dirigées par général Cunliffe. Une troisième force s’est ajoutée à ces unités alliées, dénommée force du corps expéditionnaire franco-britannique du général Dobell  [12]. Vers la fin du conflit, pour des raisons stratégiques et de coordination, ces trois commandements furent réduits à deux.

5Dès les premières victoires contre l’armée allemande en fin d’année 1914, cette troisième force alliée bénéficie d’une consécration en matière postale  [13]. Les timbres-postaux des colonies françaises et anglaises du Moyen Congo, du Gabon, du Nigéria et du Sierra Leone, qui sont temporairement mis en circulation au Cameroun, portent à titre complémentaire des surcharges au nom du « Corps expéditionnaire francoanglais. Cameroun »  [14]. Le pfennig[15] du Cameroun allemand est utilisé en portant la surcharge du « Corps Expéditionnaire Franco-britannique » abrégée en CEF. Bien que le conflit fût encore en cours, l’usage de ces marques postales surchargées exprime la prise de possession du territoire par l’autorité politique franco-anglaise, remettant en cause dès lors le pouvoir du belligérant allemand  [16].

Figure 1

Images des types de timbres-poste surchargés « Corps Expéditionnaire Franco-britannique. Cameroun » utilisées dès fin 1914 jusqu’en 1922  [17].

Description de l'image par IA : Divers timbres-poste surchargés « Corps Expéditionnaire Franco-britannique. Cameroun » de 1914 à 1922.

Images des types de timbres-poste surchargés « Corps Expéditionnaire Franco-britannique. Cameroun » utilisées dès fin 1914 jusqu’en 1922  [17].

Sources : Catalogue des timbres-poste du Cameroun 1914-2002, Berne, Bureau international de l’UPU, p. 92 ; Robert J. Maddocks, The Postal Arrangements of the Anglo-French Cameroons Expeditionary Force 1914-1916, Oswestry, imprimé par l’auteur, 1996, p. 115-116.
Figure 2

Images des types de timbres-poste allemands surchargés « CEF » et des nouvelles valeurs équivalentes aux monnaies coloniales françaises et Britanniques.

Description de l'image par IA : Dix timbres allemands avec surcharge "CEF" et valeurs diverses, illustrant des navires et des paysages.

Images des types de timbres-poste allemands surchargés « CEF » et des nouvelles valeurs équivalentes aux monnaies coloniales françaises et Britanniques.

Sources : Catalogue des timbres-poste du Cameroun 1914-2002, Berne, Bureau international de l’UPU, p. 92 ; Robert J. Maddocks, The Postal Arrangements of the Anglo-French Cameroons Expeditionary Force op. cit., 1996, 1996, p. 135.

6De même, une place de choix est aussi réservée aux « marques au cachet ». Ce sont des cachets d’oblitération, des marques indélébiles servant parfois de timbres-poste ; déposées sur ceux-ci, elles sont destinées à empêcher sa réutilisation. Elles y mentionnent les lieux et dates d’expédition du courrier. Ce cachet était considéré comme des timbres-poste dans cette période de guerre. Ainsi, l’on peut voir certains courriers portaient la mention suivante : « Corps expéditionnaire franco-britannique ». Appliquée à la distribution de certains types de courriers, elle permet de ne pas les soumettre à l’affranchissement. C’est une exemption de la taxe accordée à la correspondance militaire et parfois aux autres envois de la « poste aux lettres »  [18]. Selon Deloste : « leur collection n’est pas une quelconque accumulation des griffes et des numéros, parce que chacune de ces marques permet l’identification de la grande unité utilisatrice, permet sa localisation sur le front grâce à la date qu’elle porte et la situe dans un combat ou une zone d’action déterminée »  [19].

Figure 3

Images des types de marques portales de guerre utilisées au début du conflit jusqu’en 1916  [20].

Description de l'image par IA : Timbres postaux avec date "DE 16 14" et cachets "EXPEDITION ARMEE" et "RESOR POSTES AUX ARMEES".

Images des types de marques portales de guerre utilisées au début du conflit jusqu’en 1916  [20].

Source : Robert J. Maddocks, Cameroons. Marking Time 1887-1987. A Century of Postmarks Cachets of African Town, Douala, the House of Antiquity Auctions, 1990, p. 20-22.
Figure 4

Images des enveloppes utilisées pour le port des correspondances pendant cette période de guerre, affranchies par les marques postales de guerre  [21]

Description de l'image par IA : Enveloppes militaires avec timbres de guerre, marques postales et cachets divers.

Images des enveloppes utilisées pour le port des correspondances pendant cette période de guerre, affranchies par les marques postales de guerre  [21]

Sources : www.Circuit Club philatélie.net, consulté le 16 septembre 2014 ; Robert J. Maddocks, The Postal Arrangements of the Anglo-French Cameroons Expeditionary Force, op. cit., p. 142-145.

7De même, la marque postale de guerre au cachet annoté « Trésor et Postes aux armées. Cameroun » ou tout simplement « Trésor et Postes aux armées », accompagné parfois d’une précision de l’empreinte manuscrite linéaire « Corps expéditionnaire franco-britannique » a été aussi mise en service pour l’affranchissement des correspondances. Cette catégorie témoigne non seulement du contexte de guerre, mais aussi du passage du courrier dans les bureaux-frontières  [22]. C’est un « matériel utilisé comme marque de franchise pour les plis déposés dans sa boîte ou n’ayant pas reçu de cachets du (bureau) payeur (ou du S. P.) par omission ou d’urgence »  [23]. Elle a été utilisée souvent pour l’affranchissement des courriers non-militaires pendant le conflit en terre camerounaise, comme l’indique la dernière image de l’ensemble de la série de document n° 4 ci-dessus  [24].

Les porteurs africains dans la guerre

8Par ailleurs, toutes les nations engagées dans la Grande Guerre enrôlèrent des « indigènes » comme soldats. Au Cameroun, tout comme en Afrique Occidentale Française (AOF), les autorités coloniales jugèrent rapidement l’utilité de faire participer leurs administrés à l’effort de guerre. Il leur fallait recruter « des soldats à tout prix »  [25]. Les chefs traditionnels avaient alors un rôle important à jouer. Dans plusieurs régions du Kamerun, l’administration coloniale allemande les a forcés à fournir des « hommes solides » pour la Schutztruppe. Plusieurs déclarations des chefs traditionnels recueillies et transcrites par l’administration françaises font part des exactions commises dans des villages au moment de l’enrôlement de leurs troupes : hommes tués, acquisition forcée de biens matériels (bétails et vivres), menaces sur la population, telles sont les mentions qui reviennent dans les plaintes des chefs locaux, dénonçant les mauvais agissements des Allemands  [26]. Dans le Haut-Sénégal et Niger, l’autorité coloniale française en AOF sollicita au contraire, au début de la guerre, la collaboration des chefs traditionnels et religieux. Leur concours « s’avérait en effet d’autant plus précieux du fait notamment des prestiges et du caractère “sacré” et donc l’influence et de l’aura dont ces chefs jouissaient dans les sociétés indigènes et permettait d’assurer ou de garantir le consentement de leurs concitoyens aux attentes de l’administration coloniale. Cette dernière comptait aussi sur la “baraka” et les prières des autorités religieuses musulmanes en vue d’assurer la victoire  [27]

9Pour le soutien et l’accompagnement des troupes, en plus des soldats, les autorités coloniales recrutèrent des « indigènes » comme porteurs ou auxiliaires, qui pouvaient les remplacer en cas de besoin lors des combats. Les premiers s’occupaient du transport des vivres. Les autorités allemandes en enrôlèrent à l’appui de leur Schutztruppe[28]. Dans un contexte où les facteurs naturels et la carence des infrastructures modernes de transport et de communication compliquaient le déroulement du conflit, il a été d’une importance capitale de faire recours au portage humain pour des raisons logistiques  [29]. En Afrique de l’Est, les chefs traditionnels durent collaborer à l’embrigadement de ces auxiliaires : au Burundi, les Allemands et Belges procédèrent à des réquisitions pour leurs colonnes militaires. Beaucoup de jeunes gens y furent « recrutés de forces et amenés loin de chez eux »  [30]. Au Dahomey, « la guerre devint donc une réalité dès les premiers jours de sa déclaration et mit les populations dahoméennes à contribution ». Cela répondit « à la mobilisation, et fournit des porteurs pour la colonne expéditionnaire du Cameroun  [31].

Figure 5

Cartes postales (sans adresse) présentant les porteurs locaux et une scène de recrutement des hommes de troupe de l’armée allemande au début de la guerre

Description de l'image par IA : Deux cartes postales historiques montrant des porteurs locaux et une scène de recrutement militaire allemand.

Cartes postales (sans adresse) présentant les porteurs locaux et une scène de recrutement des hommes de troupe de l’armée allemande au début de la guerre

Sources : Delcampe.net, consulté le 15 septembre 2014 ; Golf Dornseif, « Was geschah am Kamerunberg bei Kriegsausbruch? », article publié par l’auteur dans son blog http://www.golf-dornseif.de, Hamburg, 2010, p. 3, consulté le 30 juin 2014.

2. Les étapes de la Grande Guerre au Cameroun : cartes et marques postales

10Bien avant le début de la guerre, l’Allemagne et la France entretenaient déjà des rapports conflictuels dans les territoires africains  [32]. Les avantages que tire l’Allemagne dans les accords les accords de 1911 lui donnent la possibilité de se préparer à une éventuelle guerre  [33]. Des cas d’exactions allemandes sont signalés dès cette période à l’endroit des Français et des populations locales appartenant au Congo français et vivant sur les rives allemandes du fleuve Congo, comme l’interdiction de pêcher, par exemple  [34]. Bien avisées, préparées et conscientes de l’organisation et de la bonne formation de l’armée allemande, les autorités françaises prennent donc l’initiative de déclarer la guerre à l’Allemagne au Cameroun et au Togo. Trois jours avant la date officielle du 9 août 1914, les premières offensives françaises indirectes contre le Cameroun allemand lui ont permis de récupérer Zinga. L’armée française enchaîne par des opérations navales contre le poste allemand de Cocobeach en se servant de la canonnière de la Marine Nationale La Surprise[35]. Elle mène également des attaques par le biais d’un détachement d’infanterie du Gabon, sans négliger l’appui d’autres autres colonnes de l’AEF. Les Allemands sont assiégés, et au mois de novembre l’enclave est occupée par l’armée française  [36].

Figure 6

Image d’un type de timbre-poste « Tirailleur Gabonais », soldat appartenant aux troupes françaises de l’AEF, présent lors de la campagne du Cameroun. Carte postale affranchie représentant les troupes coloniales françaises – contingent du Sénégal – embarquant à Dakar pour rejoindre la Force Expéditionnaire alliée au Cameroun (Septembre 1914).

Description de l'image par IA : Soldat en uniforme avec fusil, timbres-poste. Groupe d'hommes sur un navire, carte postale historique.

Image d’un type de timbre-poste « Tirailleur Gabonais », soldat appartenant aux troupes françaises de l’AEF, présent lors de la campagne du Cameroun. Carte postale affranchie représentant les troupes coloniales françaises – contingent du Sénégal – embarquant à Dakar pour rejoindre la Force Expéditionnaire alliée au Cameroun (Septembre 1914).

Sources : ANOM, fonds Iconographiques 8Fi244/1-41, Album de timbres-poste de l’Union Française (1948) ; Marc Bratzel, The Wartime Revenue Stamps of Cameroun – A Critical Examination, Windsor, Brochure éditée par l’auteur, 1996, p. 25.

11La Grande-Bretagne répondit à l’agression allemande dans son protectorat de l’Afrique centrale du lac Tanganyika (le 22 aout 1914) par un refus formel de tout projet de neutralité mutuelle des colonies dans le bassin du Congo  [37]. Elle se trouva ainsi engagée dans la campagne du Cameroun. Coopérant avec la colonne française du Tchad, ses troupes du Nigéria, sous le commandement de lieutenant-colonel Cunliffe, réussirent à briser les offensives allemandes dans le Nord, autour de Garoua, tout en repoussant les forces ennemies vers le centre  [38]. L’implication de l’armée anglaise dans cette campagne subsista jusqu’à la dernière bataille de Yaoundé contre les Allemands.

Figure 7

Carte postale (sans adresse) présentant les forces anglaises embarquant pour aller attaquer le port de Douala  [39].

Description de l'image par IA : Soldats britanniques se préparent à embarquer pour attaquer le port de Douala.

Carte postale (sans adresse) présentant les forces anglaises embarquant pour aller attaquer le port de Douala  [39].

12La carte postale ci-dessus confirme la présence effective, sur le terrain des combats, d’une partie des troupes alliées : ici, des « Canonniers anglais » comme l’indique la légende. Aucune précision n’est donnée sur le lieu où se trouve cette troupe, ainsi que sur sa destination. Il est à noter cependant que ces forces anglaises, lors de cette campagne, ont combattu victorieusement dans divers endroits ; sur le front Ouest, au nord de Duala-Baré, le 12 octobre 1914, des colonnes sont placées sous le commandement du lieutenant-colonel Cotton  [40] ;de même à Eséka, la bataille menée par le bataillon est dirigée par le colonel Cockburn associé à la troupe française du colonel Mayer  [41].

Figure 8

Cartes postales (sans adresse) affranchies des timbres-poste et surchargés des « marques au cachet » des bureaux de poste français au Cameroun.

Description de l'image par IA : Soldats britanniques en guerre, cartes postales avec timbres et cachets de poste camerounais.

Cartes postales (sans adresse) affranchies des timbres-poste et surchargés des « marques au cachet » des bureaux de poste français au Cameroun.

Sources : Cliché Moukarim Frères  [42], in Delcampe.net, consulté le 15 septembre 2014 ; Robert J. Maddocks, The Postal Arrangements, op. cit., p. 154.

13Les forces du « Corps expéditionnaire franco-britannique » ont eu une mission plus stratégique lors de cette guerre en terre camerounaise : celle d’occuper les régions portuaires : « Leur carnet de commandes indique clairement le défi que représentent les opérations navales au Cameroun »  [43]. Bien que leur première tentative de débarquement ait échoué à l’estuaire du Wouri, le 26 septembre 1914, l’intensification des bombardements leur permit de pénétrer à Douala. L’occupation progressive de la ville obligea alors les troupes allemandes à se replier sur Edéa. Les opérations ayant permis cette domination des forces alliées entraînèrent de nombreux dégâts, telle la destruction du pont sur la Dimbaba  [44].

14D’après les renseignements émanant du ministère des Colonies belge, l’Allemagne aurait imposé la guerre en Afrique suscitant la légitime défense des Belges. « En Afrique, pas plus qu’en Europe la Belgique n’a été l’agresseur. En Afrique comme en Europe, la Belgique n’a fait que se défendre… »  [45]. Après avoir soutenu la France dans les opérations contre Zinga le 6 août 1914, ses troupes sont venues renforcer les forces françaises de l’AEF en lui fournissant un apport décisif lors de plusieurs victoires françaises, comme celle de la colonne de Sangha en décembre 1914  [46].

15Malgré quelques échecs et de lourdes pertes, les Alliés réussirent à venir à bout de « l’ennemi coriace » à la dernière bataille de Yaoundé. La prise des principaux postes allemands obligea ces derniers à se replier sur Yaoundé pour en faire leur capitale pendant le reste des combats  [47]. Toutefois, la « chute de Yaoundé » ne conclut nullement les opérations militaires au Cameroun. Il fallut vaincre les opiniâtres résistances de la Schutztruppe autour d’Eséka dans le centre du Cameroun pour les contraindre à une négociation pour leur reddition. À la suite des négociations, les troupes allemandes vaincues, quittèrent le Cameroun en direction de Guinée espagnole, où elles furent désarmées par les autorités. Elles emmenèrent avec eux de nombreux soldats indigènes Camerounais parmi lesquels des chefs traditionnels. La question de leur retour se posa lors de l’administration du mandat français  [48].

Figure 9

Carte postale (sans adresse) portant l’image du pont sur Japoma sur la Dimbaba  [49].

Description de l'image par IA : Pont sur le fleuve Japoma, Cameroun. Vue en noir et blanc avec une structure métallique et des piles en béton.

Carte postale (sans adresse) portant l’image du pont sur Japoma sur la Dimbaba  [49].

Sources : Coll. de la Bibliothèque du DEFAP ; Delcampe.net, consulté le 15 septembre 2014.

3. Mémoire de guerre : cartes postales et monument aux morts

16Cette guerre en terre camerounaise a été lourde de conséquences, tant sur le plan matériel qu’humain. On compte de nombreuses victimes parmi la population civile ou militaire. Les conséquences sociales du conflit se firent lourdement ressentir. À la ponction démographique, s’ajoutent les calamités : famine, pauvreté, épidémies. Selon Marc Michel, parmi les millions de mobilisés en Afrique subsaharienne, beaucoup sont morts des mauvaises conditions sanitaires (complications infectieuses des blessures, sous-nutrition, maladies, disettes, épidémies). Au Cameroun en particulier, la conquête qui a exigé des dizaines de milliers d’hommes, aurait coûté la vie à plus de 4 200 Alliés, dont la plupart sont décédés de maladie ; sans compter « les pertes (non évaluées) de dizaines de milliers de porteurs recrutés sur place ou amenés de colonies voisines »  [50].

17Pour marquer ce souvenir, l’administration coloniale française décida d’ériger un monument aux morts. Jules Gaston Carde, Commissaire de la République française au Cameroun, signa un arrêté de juin 1919 prévoyant l’édification d’un mémorial consacré à la « mémoire des militaires et marins français et alliés tombés au champ d’honneur pendant la Campagne du Cameroun 1914-1918 »  [51]. Ce cénotaphe se trouve au centre du jardin public de la place du Gouvernement à Douala, dans le quartier administratifde la capitale économique du territoire, anciennement appelé « plateau Joss » ou « quartier de Joss » durant la période coloniale  [52]. Un projet de commémoration de la guerre par le biais de la construction de monuments fut aussi prévu pour la ville de Yaoundé ; il ne fut finalement réalisé qu’à la fin des années 1930  [53].

Figure 10

Photographie récente et carte postale ancienne du monument aux morts de la guerre au Cameroun  [54].

Description de l'image par IA : Monument aux morts avec statue, inscriptions et environnement urbain.

Photographie récente et carte postale ancienne du monument aux morts de la guerre au Cameroun  [54].

18On peut évidemment souligner la volonté de saluer la mémoire des soldats, mais regretter également que celles des populations civiles qui se sont trouvées mêlées au conflit et en ont souffert, n’aient pas été associées à cette commémoration

Conclusion

19Les marques et cartes postales utilisées au Cameroun, outre leur vocation première  [55], ont permis de transmettre la mémoire d’un peuple. On a montré ici qu’elles rappellent à leur manière le front que représenta la guerre au Cameroun. Elles peuvent donc « jouer le même rôle que les monuments historiques, des générateurs des valeurs pour un peuple »  [56]. Les images et les inscriptions que portent les cartes et marques postales utilisées au cours de la Grande Guerre, constituent un corpus important pour écrire l’histoire de cet évènement mondial. Elles rappellent les grandes étapes de ce conflit en terre camerounaise et les dégâts causées par la guerre. Les marques postales nous informent également sur le statut politique du Cameroun, passé des mains allemandes à celles des Alliés. Une fois oblitérés, ces documents postaux ont été rangés et conservés dans des albums. Ce sont pour ainsi dire des « actes gouvernementaux qui parlent tout autant que les textes et mieux sans doute que des discours »  [57]. Des analyses ultérieures nous permettront de montrer que ces sources ne se limitent pas à faire revivre ses moments forts, mais ouvrent d’autres perspectives, en élargissant le champ de la recherche historique. Ainsi, ces sources peuvent nous permettre d’interroger les enjeux de cette guerre tels que l’établissement du condominium franco-britannique et le processus de dégermanisation du Cameroun. Ces sources peuvent également nous permettre de mener une réflexion sur les marques postales et la justice pénale internationale.


Date de mise en ligne : 28/06/2021

https://doi.org/10.3917/om.181.0255