Les relations économiques entre la France et le Vietnam, 1955-1975
- Par Pierre Brocheux
Pages 193 à 202
Citer cet article
- BROCHEUX, Pierre,
- Brocheux, Pierre.
- Brocheux, P.
https://doi.org/10.3917/om.172.0193
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Notes
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[*]
Pierre Brocheux est un historien de l’Asie du Sud-Est contemporaine et plus spécialement du Vietnam. Il a enseigné à l’université de Paris-VII-Denis Diderot jusqu’en 1997.
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[1]
Hugues Tertrais, La piastre et le fusil. Le coût de la guerre d’Indochine 1945-1954, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2002.
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[2]
Idem et Catherine Hodeir, Stratégies d’Empire. Le grand patronat colonial face à la décolonisation, Paris, Belin 2003.
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[3]
La très lourde tâche de négocier avec le gouvernement Diêm échut au dernier haut-commissaire de France, le diplomate Henri Hoppenot, voir Colette Barbier, Henri Hoppenot. Diplomate. 25 octobre 1891-10 août 1977, Paris, Direction des archives, Ministère des Affaires étrangères, 1999.
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[4]
Archives diplomatiques, Asie-Océanie 150QO/55.
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[5]
Archives diplomatiques, Asie-Océanie 149QO/27. Lettre de l’ambassadeur Lalouette au Ministre des Affaires étrangères Couve de Murville, 18 mai 1962. Autre exemple, Diệm fit grief aux Français du versement de 265 millions de francs à la RDVN en octobre 1955, pour compenser l’enlèvement des biens publics à Hanoï par l’armée française avant son départ en octobre 1954. Voir Colette Barbier, op. cit.
-
[6]
Interview du premier ministre Phạm Văn Đông publiée dans l’Humanité du 17 janvier 1957
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[7]
Archives diplomatiques, Asie-Océanie 149QO/26.
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[8]
Archives diplomatiques, Asie-Océanie 150 QO/57.
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[9]
Serge de Labrusse, « L’industrialisation du Sud-Vietnam », Politique étrangère, 1961, vol.26, n° 3, p. 139-159.
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[10]
Les achats français des surplus agricoles américains étaient réglés en francs et ceux-ci étaient transférés au Sud Vietnam par le canal de l’Aide américaine.
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[11]
Archives diplomatiques, Asie-Océanie 150 QO/224 et 225, Rapports sur la situation des plantations françaises au Sud-Vietnam (1974 et quatre premiers mois de 1975). Lettre du Bureau économique et financier du Ùy Ban Nhân Dân Càch Mang Tinh Biên Hòa au directeur des plantations de la Société Indochinoise Plantations d’Hévéas/SIPH, daté du 28.12.1974, Ibid.
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[12]
Archives diplomatiques, Asie-Océanie 150 QO/230, lettre du consul général Giovangrandi au ministre des Affaires étrangères, 23 septembre 1969.
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[13]
Archives diplomatiques, Asie-Océanie 150 QO/231.
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[14]
Lettre du consul général de France De Folin au Ministre des Affaires étrangères, 23 janvier 1971, ibid.
-
[15]
Ibid.
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[16]
« Reconstruire l’Indochine. Missions Missoffe en République du Vietnam, en République démocratique du Vietnam et au Laos en 1973 » in Problèmes économiques et sociaux, n° 237/2-9 août 1974.
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[17]
Archives diplomatiques, télégramme du 3 juillet 1976, 141 INVA, Négociations financières franco-vietnamiennes à Paris en juin-juillet 1976.
1Les relations économiques entre la France et le Vietnam s’emboîtèrent dans le contexte géopolitique qui fut simultanément celui de la décolonisation et celui de la Guerre froide et furent subordonnées au déroulement et aux conséquences des conflits militaires et des accords diplomatiques qui eurent pour théâtre la péninsule indochinoise et l’Asie orientale, à commencer par la guerre que la France poursuivit pendant neuf ans contre la République démocratique du Vietnam et dont Hugues Tertrais a calculé et analysé le coût financier [1].
2Le retrait politique et militaire de la France après les accords de Genève de juillet 1954 fut-il accompagné d’une décolonisation économique ou de la mise en place d’un régime de transition soumis aux contraintes d’une seconde guerre d’Indochine ? La décolonisation eut-elle lieu dans les deux États de part et d’autre du 17e parallèle et selon quelles modalités ?
1. L’état des relations après la cessation des hostilités
3La guerre détermina la nature et le contenu des relations entre les deux pays : dépenses, échanges (importations, exportations). Le gonflement des importations destinées à la consommation du corps expéditionnaire produisit une apparence trompeuse : grâce à un marché de consommation captif, les dépenses locales dépassèrent 100 milliards de francs par an. Le rapport colonial était reproduit dans une balance commerciale déséquilibrée, en 1954 : 115 milliards d’importations contre 20 milliards d’exportations.
4Si la guerre maintint voire renforça des liens de dépendance économique, elle fit faire également les premiers pas vers la fin de la domination économique. Les désinvestissements français atteignirent leur maximum dans l’année 1953 : de 1943 à 1953, 1000 à 450 milliards de francs selon Hugues Tertrais et Catherine Hodeir [2].
5L’intervention de tiers joua son rôle. L’aide américaine ouvrit la porte à la concurrence étrangère. Ce fut surtout vrai à partir de 1955 lorsque les États Unis fournirent des dollars directement au Sud-Viet Nam pour payer ses importations mais à condition d’acheter aux pays qui furent portés sur une liste d’où furent exclus la France et d’autres pays développés.
6Cependant, le fait décisif fut la nature des régimes politiques instaurés de part et d’autre du 17e parallèle. Dans les deux cas les Français firent face à des révolutions : les États vietnamiens prirent les commandes de leurs économies respectives mais selon des modalités différentes.
7En République démocratique du Vietnam, les communistes au pouvoir mirent fin à la propriété privée des moyens de production et d’échanges, en premier lieu ceux appartenant aux capitalistes étrangers, français et chinois. Les entreprises et les biens immobiliers français furent confisqués et les avoirs mobiliers gelés. Seule la Société des Charbonnages du Tonkin obtint des indemnités sous la forme de livraisons de charbon qui cessèrent en 1963 par décision unilatérale des Nord Vietnamiens.
8En République du Vietnam, les biens et les activités des étrangers, en particulier ceux des colonisateurs, furent respectés mais soumis à une législation et réglementation qui mirent fin à leur hégémonie notamment dans le domaine foncier. Dans le delta du Mékong, les Français transférèrent 240 000 hectares de terres rizicoles au gouvernement de Saigon pour mettre en œuvre une réforme agraire, et ils n’obtinrent plus de concessions foncières pour l’expansion de l’hévéa-culture. Les Chinois furent exclus de certaines professions marchandes et industrielles lorsqu’en 1956 le décret 53 réserva onze métiers aux seuls citoyens vietnamiens. Ils contournèrent l’interdiction en prenant la citoyenneté vietnamienne.
9Il n’en resta pas moins que, de 1955 à 1975, les Français continuèrent de posséder et de diriger des positions-clés de l’économie au sud du 17e parallèle (voir tableaux annexes n° 1 et 2).
2. L’évolution des relations économiques
10La France était prisonnière d’une contradiction qu’il lui était impossible d’assumer et dont le dénouement lui échappa au fur et à mesure que l’échéance critique de 1956 se rapprocha. D’une part, elle s’était portée garante de l’organisation d’élections générales pour décider du choix du régime politique d’un Vietnam réunifié, d’autre part la France soutenait un président sud-vietnamien, choisi par les États Unis, l’un et l’autre n’ayant pas signé les accords de Genève et refusant la tenue d’élections générales.
11Au sud du 17e parallèle, les années 1955-1956 furent décisives [3]. Avec le retrait de l’État sud-vietnamien de la Communauté des États Associés, les actes déterminants furent la suppression de l’Office des changes français, la création de la monnaie nationale (le dông substitué à la piastre indochinoise), la sortie de la zone franc pour rejoindre la zone dollar, accompagnées de la suppression des tarifs douaniers préférentiels.
12D’entrée de jeu, le facteur politique ne cessa de peser sur les relations entre la France et les deux États vietnamiens jusqu’en 1975. Il se manifesta clairement dans la Note du gouvernement sud-vietnamien adressée au gouvernement français le 28 novembre 1955 : « Il faut que la France définisse une politique qui tienne compte du statut d’État indépendant et souverain du Vietnam, du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures du Vietnam à l’égard du monde communiste, particulièrement à l’égard du Viet Minh, est la condition préalable à la reprise des négociations envisagées » [4].
13Le gouvernement Ngo Dinh Diem faisait ainsi allusion à la nomination d’un Délégué général de France auprès du gouvernement de Hanoï, le premier étant Jean Sainteny qui espérait maintenir une activité économique française par l’entremise de sociétés mixtes franco-vietnamiennes. Celles-ci auraient permis de « sauver » des entreprises économiques françaises de la confiscation et de la spoliation. Ce projet ne fut jamais réalisé ; cependant des échanges commerciaux fondés sur l’accord du 14 avril 1956 (renouvelés annuellement jusqu’en 1962) furent maintenus, provoquant une vive réaction des Sud-Vietnamiens à cette « politique à double face » [5].
14Dans le Nord, le mouvement des exportations-importations resta modeste et profondément déséquilibré en valeur. De 1960 à 1963, les exportations françaises étaient supérieures de 50% aux importations, constituées pour les 9/10 de livraisons de charbon pour indemniser la nationalisation des Charbonnages du Tonkin ; en octobre 1963 la livraison atteignit 242 000 tonnes. Par ailleurs, les Vietnamiens n’avaient pas grand-chose à proposer qui pussent intéresser les Français.
15Mais cela suffit pour autoriser l’installation d’une représentation commerciale permanente à Paris en mars 1958, sans statut diplomatique ni privilèges accordés aux représentations étrangères. En effet, les Nord Vietnamiens avaient lié la normalisation des relations commerciales à l’ouverture d’une représentation officielle de la République démocratique du Vietnam en France qu’ils revendiquaient comme contrepartie de la présence de la Délégation de France à Hanoï [6]. Ce qui n’empêcha pas l’ambassade du Sud-Vietnam l’élever une vigoureuse protestation [7]. D’autant qu’à partir de cette plate-forme parisienne, le gouvernement français ne put empêcher la délégation nord vietnamienne de tisser un réseau de prospection et d’échanges avec les pays non socialistes.
16Le fait est que la République démocratique du Vietnam, tout en appartenant à la mouvance dite « camp socialiste », ne voulut pas couper les ponts avec la France même lorsqu’il qu’il devint évident que les élections prévues en 1956 par les accords de Genève et dont la France était garante, n’auraient pas lieu.
3. Les relations particulières entre la France et la République du Viet Nam
17La sortie de la dépendance coloniale dans le contexte de la Guerre froide et de la guerre civile conduisit les dirigeants sud-vietnamiens à asseoir l’autorité de l’État et à lutter contre l’opposition armée qui redémarra ouvertement à partir de 1960. La conjoncture imposa une politique économique dirigiste assortie de l’autoritarisme politique sous la présidence de Ngo Dinh Diem.
18La France était le premier acheteur, principalement du caoutchouc : 17 milliards de francs en 1960. Elle était le second fournisseur pour 29 à 25 milliards de francs [8].Le 24 mars 1960, les accords dits Pinay (lors de la visite de l’ancien Premier ministre et ministre des Finances Antoine Pinay) relança la coopération économique et financière (mais aussi culturelle) entre la France et le Sud-Vietnam. Ce nouveau départ ne fut pas la simple reprise des activités de type colonial mais était destiné à participer à la politique de développement du pays. Ce fut le moment où l’Américain Walt Rostow popularisa la notion de développement dans le « Monde libre » (son Manifeste pour un développement non communiste fut traduit en français en 1960). Des responsables de la politique française y virent une stratégie nouvelle pour abandonner le régime économique colonial.
19Un complexe d’industries chimiques fut programmé dans le centre du pays à An Hoa-Nong Son, une cimenterie à Ha Tiên , la modernisation des sucreries de Phuc Hoa, un pont à My Thuan (qui ne fut jamais construit), le barrage hydro-électrique du Danhim (édifié par les Japonais au titre des « réparations de guerre » [9]. La France accorda un prêt de 7 milliards de francs sur 15 ans. Une Mission d’Aide économique et technique (MAET) mit en œuvre ce programme de formation et de développement (voir tableau annexe n° 3).
20Deux autres facteurs interagirent et influencèrent les relations franco-vietnamiennes : d’une part, l’intervention américaine qui débuta dans le registre économique et qui atteignit une intensité maximale dans les opérations militaires (1965-1970) ; d’autre part l’orientation que le général de Gaulle imprima à sa politique en Asie orientale à partir de 1964 (avec la reconnaissance de la République Populaire de Chine en 1964, la mise en perspective de la neutralisation de l’Asie du Sud-est, et le discours de Phnom Penh en 1966 conseillant aux Américains de retirer leurs troupes). Quelles en furent les conséquences ?
21Jusqu’en 1955, l’aide américaine était dispensée par l’intermédiaire des Français, désormais elle alla directement au gouvernement sud-vietnamien. Celui-ci disposa ainsi de dollars pour payer ses importations mais il dut acheter dans des pays portés sur la liste dressée par les Américains où il payait moins cher ses importations.
22Cependant et contrairement à une idée reçue, l’aide américaine n’évinça pas immédiatement ni totalement les intérêts commerciaux des Français. Par exemple, en 1955-1958, quatre accords franco-américains sur les « francs triangulaires » portèrent sur 50 milliards de francs. En 1960, 50 à 75% des achats français de caoutchouc furent payés en « francs triangulaires » [10].
23En 1957-1958, déjà, les Vietnamiens s’estimèrent perdants lors de la création du Nouveau Franc avec une dévaluation de 17,5%. Celle-ci leur rappelèrent la dévaluation unilatérale et imposée de 1953 qui avait abaissé la parité de la piastre au franc (17 à 10 francs pour 1 piastre) et qu’ils n’avaient pas « digérée ». En représailles, des sociétés françaises d’import-export se virent refuser des licences d’importations. Mais il faut noter que, par ailleurs, Roussel-UCLAF et Rhône-Poulenc obtinrent l’autorisation d’installer leurs laboratoires. En 1964, la circulaire 777 restreignit les importations de France de telle manière que plusieurs maisons de commerce françaises durent fermer leurs portes. L’année suivante, les relations diplomatiques furent rompues entre la France et le Sud-Vietnam.
24Ces fluctuations s’accentuèrent lorsque la stratégie française prit une nouvelle orientation en Asie mais les événements militaires à partir de l’offensive du Têt 1968 portèrent sévèrement atteinte aux principaux intérêts matériels. Le secteur le plus touché fut celui des plantations d’hévéas soumis aux bombardements et à l’épandage des produits toxiques par l’aviation américaine et dont une partie passa sous contrôle de l’opposition armée dite Viêt Công [11]. Néanmoins, les positions économiques françaises demeurèrent en activité jusqu’à la chute de la République du Vietnam en avril 1975 (voir tableau annexe n° 2).
25Lorsque les États-Unis firent les premiers pas qui les conduisirent vers les accords de Paris en 1973, le gouvernement sud-vietnamien se prépara au désengagement et à l’après-guerre. Les réserves en devises s’épuisant, les milieux d’affaires de Saigon réactivèrent leurs relations avec ceux de Paris. 1969 est une année importante : tandis que les investissements français s’élevaient encore à un milliard de francs [12], le 13 octobre, le Sud-Vietnam décida d’utiliser la procédure d’importation en provenance de France (conformément à une convention financière signée entre la France et le Sud-Vietnam dite Protocole France FI signé en 1961 et en 1963 et mettant une somme à la disposition des importateurs vietnamiens de produits français) en utilisant un solde de 30 millions de francs.
26Le 21 octobre 1969 [13], le gouvernement vietnamien abolit la circulaire n° 777 de janvier 1964 qui limitait considérablement les autorisations d’importer de France. En 1970, « … France Fi a pu atteindre un chiffre important au Sud-Vietnam, c’est parce qu’au deuxième semestre, l’incertitude sur l’aide américaine ainsi que la baisse de leurs réserves en dollars a précipité les Vietnamiens dans l’utilisation massive de tous les moyens qui étaient à leur portée » [14].
27Le 21 mars 1974, le directeur de la Banque industrielle de Développement du Nord-Vietnam vint à Paris pour « amorcer des négociations en vue d’un accord bilatéral sur les crédits à long terme pour l’acquisition d’équipements industriels » [15].
Conclusion
28Sans préjuger de l’évolution politique des deux États vietnamiens après la sortie de guerre, le gouvernement et les milieux d’affaires français, de leur côté, se préparèrent à participer à la reconstruction du pays, qu’il fût maintenu dans la division ou réunifié [16].
29Dès novembre 1975, le Vietnam réunifié souhaita négocier avec la France un accord économique. Un accord de coopération économique et industrielle entre la France et la République Socialiste du Vietnam (précédée le 16 mars 1977 par les « Règlements concernant les investissements étrangers ») est signé le 27 juillet 1978, une commission mixte de coopération économique et industrielle se réunit à Paris.
30Dans la même année, la République socialiste du Vietnam refusant d’apparaître comme le successeur du « régime fantoche », le gouvernement français épongea la dette du Sud-Vietnam et mit à la disposition du nouvel État, deux séries de financements pour « réactiver les facilités financières ouvertes à l’ancien régime (414 millions de francs qui se traduisent par « autant de commandes à nos industries » [17]).
31En 1978, le passé colonial de l’Indochine française était définitivement révolu. En dépit des vicissitudes politiques qui ont marqué l’histoire des relations économiques entre la France et les deux États vietnamiens, une constante se dégage : la volonté de part et d’autre de maintenir et de développer des liens économiques et culturels sur des bases qui ne sont pas celles de la dépendance coloniale. Ces liens n’ont jamais été complètement rompus, même au plus fort des conflits politiques et militaires et en dépit des contentieux économiques et financiers.
32À première vue, les motivations peuvent être perçues comme purement opportunistes, les intérêts matériels et culturels français étant des cartes à jouer dans un marchandage politique. Mais une dimension durable et invisible sous-tend le jeu des rapports de force : la reconnaissance de l’empreinte posée par « un siècle » de domination française.
33Ces rapports s’inscrivent également dans une stratégie multidirectionnelle des relations internationales qui est celle de l’État socialiste vietnamien : entrée dans le COMECON (Council for Mutual Economic Assistance) en 1978 (d’où il est sorti en 1991), dans l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est) en 1995.
34Toutefois la France n’a pas recouvré les positions économiques (et culturelles) qu’elle avait détenues jusqu’en 1975 dans la péninsule indochinoise. Entretemps, le Vietnam avait rompu tous liens avec le régime colonial passé et complètement réintégré l’orbite Asie du Pacifique. Ce fut une conséquence de la montée des économies dynamiques du Japon, de Taïwan, de la Corée du sud, de Singapour, et même de la Thaïlande, elle-même impulsée par l’hégémonie interventionniste américaine dans la seconde moitié du xxe siècle.
Annexes
Tableau 1. Les intérêts français au sud-vietnam en 1963
Tableau 1. Les intérêts français au sud-vietnam en 1963
Tableau 2. Les intérêts français au sud-vietnam étude statistique, 15 septembre 1975
Tableau 2. Les intérêts français au sud-vietnam étude statistique, 15 septembre 1975
Tableau n° 3. 1963 : Situation des crédits mis en œuvre au titre de l’assistance technique et de l’aide économique de la france au sud-vietnam
Tableau n° 3. 1963 : Situation des crédits mis en œuvre au titre de l’assistance technique et de l’aide économique de la france au sud-vietnam
crédits en francs débloqués et délégués aux VietnamiensMots-clés éditeurs : développement, Franc, investissements, plantations, prêts
Date de mise en ligne : 28/06/2021
https://doi.org/10.3917/om.172.0193