Un résistant ? Maurice Satineau : un parlementaire colonial dans la tourmente (1940-1945)
Pages 241 à 256
Citer cet article
- CHATHUANT, Dominique,
- Chathuant, Dominique.
- Chathuant, D.
https://doi.org/10.3917/om.151.0241
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- CHATHUANT, Dominique,
https://doi.org/10.3917/om.151.0241
Notes
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[*]
Agrégé de l’Université, dominique.chathuant@ac-reims.fr, http://dchathuant.blog.free.fr/.
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[1]
Olivier Wieviorka, Les orphelins de la République, destinées des députés et sénateurs français (1940-1945), Paris, Le Seuil, 2001.
-
[2]
Philippe Dewitte, Les mouvements nègres en France (1919-1939), Paris, L’Harmattan, 1985, p. 21, 140.
-
[3]
Lucien Febvre, « Maurice Satineau, Histoire de la Guadeloupe sous l’Ancien régime (1635-1789), Payot, 1928 », Annales d’histoire économique et sociale, n° 1, 1929, p. 158-159 ; Danielle Bégot, « Territoires du temps : deux “moments” de l’historiographie des Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique), les années 1930 et la décennie 1970-1980 », Outre-Mers, t. 101, n° 378-379, 2013, p. 33.
-
[4]
JORF, 3 sept. 1930 ; 4 mars 1930 ; Le Figaro, 26 nov. 1936 ; L’Humanité, 24 juin 1936.
-
[5]
Communes de Hyacinthe Gériac, Médard Albrand et Léonard Chalus.
-
[6]
Voir « Bilan d’un vol d’écharpe au profit d’un escroc », Tract, 1936, Fonds Bouge, GUA VI, Musée des Beaux-Arts, Chartres ; JORF, Débats, Chambre, 2 juil. 1936, p. 1699-1701.
-
[7]
Le Figaro, 3 juil. 1936 ; L’Action française, 3 juil. 1936 ; Le Temps, 5 juin 1938.
-
[8]
Le Figaro, 26 nov. 1936 ; L’Humanité, 24 déc. 1936.
-
[9]
AD de la Guadeloupe, Cabinet du gouverneur 6285, Rapport de la gendarmerie de Saint-Louis, sept. 1936 ; Fonds Bouge, GUA IV, loc. cit., Conseil général de la Guadeloupe, 30 oct. 1937, p. 42.
-
[10]
Dominique Chathuant, « Gratien Candace, candidat (1914-1945) », dans Laurent Jalabert, Bertrand Joly, Jacques Weber (dir.), Les élections législatives et sénatoriales outre-mer (1848-1981), Paris, Les Indes savantes, 2010, p. 103-115.
-
[11]
Voir Philippe Roques, Marguerite Donnadieu (« Duras »), L’empire français, Paris, Gallimard, 1940, 233 p. ; AN (Archives nationales), AL (Jury d’honneur du conseil d’État, 1945-1947), 5330 « Satineau » ; Juan-les-Pins, lettre, Roques à Satineau, 22 oct. 1940, annexée à la lettre à Cassin, 16 avr. 1945.
-
[12]
Détails dans Dominique Chathuant, « Français de couleur contre métèques : les députés coloniaux contre le préjugé racial (1919-1939) », Outre-mers, t. 98, n° 366-367, 2010-1, p. 249.
-
[13]
AN AL5303 : « Candace » ; AL5330 : « Satineau » ; Édouard Herriot, Épisodes (1940-1944), Paris, Flammarion, 1950, p. 86-87.
-
[14]
Jean-Baptiste Duroselle, L’abîme (1939-1944), politique étrangère de la France 1871-1969, Paris, Imprimerie nationale, 1986, p. 244.
-
[15]
Charles Pomaret, Le dernier témoin, Paris, Presses de la cité, 1968, p. 204 ; AN AL 5330, « Application for non immigrant visa », 4 juin 1941 et demande de passeport du 25 avril 1945 ; AN CAC (Centre des archives contemporaines, Fontainebleau), Renseignements généraux (RG), 19980221, art. 8 n° 76A « Satineau ».
-
[16]
Dominique Chathuant, « Gratien Candace : une figure de la vie politique française », 1re partie, « La Troisième République (1900-1940) », Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe, n° 134, 2003, p. 27-102, en particulier p. 88 ; id., « Gratien Candace : une figure de la vie politique française », 2e partie, « Un vestige de la Troisième République (1940-1953) », Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, n° 148, 2008, p. 3-131, ici p. 16-20.
-
[17]
Gauche démocratique, républicaine et indépendante : fusion en 1936-1940 de groupes de centre-droit parmi lesquels les radicaux indépendants de la Gauche radicale de 1932.
-
[18]
AN AL5330, Satineau à René Cassin, op. cit.
-
[19]
Chef de la colonie de mai 1940 à juillet 1943.
-
[20]
La Voix du Peuple, s. d., repris dans La Démocratie sociale, 27 juil. 1940.
-
[21]
Dominique Chathuant, « Tréveneuc (loi de février 1872) », dans Jack Corzani (dir.), Dictionnaire encyclopédique Antilles-Guyane, Désormeaux, Fort-de-France, 1998, p. 726.
-
[22]
AN CAC, RG, 19980221, art. 8 n° 76A M. Satineau 1940-1960, rapport de police, 3 juil. 1941.
-
[23]
AN AL5330 ; Juan-les-Pins, lettre, Roques à Satineau, 22 oct. 1940, op. cit.
-
[24]
Voir infra.
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[25]
Ibid.
-
[26]
Dominique Chathuant, « Gratien Candace… (1940-1953) », art. cit., p. 65-77, passim.
-
[27]
Henri Lémery, D’une République à l’autre : souvenirs de la mêlée politique (1894-1944), Paris, La Table ronde, 1964, p. 231, AN, AG 543, cabinet Pétain.
-
[28]
Dominique Chathuant, « Gratien Candace… (1940-1953) », art. cit.
-
[29]
Dominique Chathuant, « Une élite politique noire dans la France du premier 20e siècle ? », Vingtième siècle, n° 101, janvier-mars 2009, p. 133-148.
-
[30]
André Halliar, Dans les DOM, du colbertisme au gaullisme, Paris, Soulanges, 1965, p. 114.
-
[31]
Lettre de Candace, 6 août 1940, AN, AG 543, op. cit., Monnerville n’apparaît pas sur cet exemplaire.
-
[32]
AN, AL 5330, lettre de Satineau au Jury d’honneur, 18 sept. 1945 ; Gaston Monnerville, Témoignage. De la France équinoxiale au palais du Luxembourg, Paris, Plon, 1975, p. 269.
-
[33]
AN CAC, RG, 19980221, op. cit., 25 nov. 1940.
-
[34]
Eric Jennings, Vichy sous les tropiques, Paris, Grasset, 2004, p. 136.
-
[35]
ANOM, Aff. pol., 2520, 9, rapport de la DAP, n° 7, déc. 1940.
-
[36]
AN CAC, RG, 19980221, op. cit., coupure du Miroir de la Guadeloupe, févr. 1941, sans date exacte.
-
[37]
Dominique Chathuant, « La Guadeloupe dans l’obédience de Vichy », Bulletin de la Société d’histoire de la Guadeloupe, n° 91-94, 1992, p. 21-26 ; E. Jennings, « Vichy fut-il aussi antinoir ? », dans E. Jennings et J. Cantier (dir.), L’empire colonial sous Vichy, Paris, Odile Jacob, 2004, p. 222.
-
[38]
ANOM, Aff. pol., 2520, 9, rapport n° 8, janv. 1941 ; courrier de Sorin à Platon le 19 mars 1941 mentionnant décision signifiée le 12 janvier 1941 ; Fitzroy A. Baptiste, « The Antivichyiste Movement in French Guiana, June to December 1940 », Social & Economic Studies, Mona, University of West Indies, vol. XXVI, n° 3, 1977, p. 303.
-
[39]
Ibid.
-
[40]
AN CAC, RG, 19980221, op. cit., télégramme secret, gouverneur, Fort-de-France, à Colonies, 21 mars 1941.
-
[41]
Éric Jennings, « Last Exit from Vichy France: The Martinique Escape Route and the Ambiguities of Emigration », The Journal of Modern History, vol. 74, 2002, p. 289 ; ANOM, 2 APOM 7, fonds Devouton, rapport secret au gouverneur, 11 mars 1941, remerciements à l’auteur.
-
[42]
Éric Jennings, « Last Exit from Vichy France… », art. cit. ; id., « The Best Avenue of Escape. The French Caribbean Route as Expulsion, Rescue, Trial and Encounter », French Politics, Culture & Society, vol. 30, n° 2, Summer 2012, p. 33-52.
-
[43]
AN CAC, RG, 19980221, art. 8…, op. cit., Note de la Direction de la police du territoire et des étrangers, 13 avr. 1941, lettre de Satineau à René Cassin, 16 avr. 1945.
-
[44]
AN, AL 5330, op. cit., passeports dominicains, 24 avril 1941 : « raza galica », « raza sajona ».
-
[45]
Richard L. Turtis, « A World Destroyed, A Nation Imposed: The 1937 Haitian Massacre in the Dominican Republic », Hispanic American Historical Review, 82 (3), 2002, p. 589-635, passim.
-
[46]
AN CAC, RG, op. cit., interception secrète, 13 avr. 1941, lettre du 8 avr.
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[47]
AN CAC, RG, op. cit., Transcription téléphonique, 17 mai 1941.
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[48]
AN CAC, RG, op. cit., Note de la DGPN (Direction générale de la Police nationale), 24 mai 1941.
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[49]
AN, AL5330, Jury d’honneur, op. cit., American Foreign Service, application for non immigrant visa, 4 juin 1941.
-
[50]
AN CAC, RG, op. cit., Lettre à M. Roubach, Alger, 13 juin 1941.
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[51]
AN CAC, RG, op. cit., PV d’audition, 14 juin 1941.
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[52]
AN CAC, RG, op. cit., 25 juin 1941.
-
[53]
AN CAC, RG, op. cit., note de la DGPN, 2 juil. 1941.
-
[54]
AN CAC, RG, op. cit., rapport de police, 3 juil. 1941.
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[55]
AN CAC, RG, op. cit., Darlan à Colonies, 11 juil. 1941.
-
[56]
AN CAC, RG, op. cit., id., 14 juil. 1941.
-
[57]
AN CAC, RG, op. cit., 30 oct. 1942, Intérieur à Alger et préfets de zone libre ; Aviation et Communications à Intérieur, 19 mars 1942.
-
[58]
AN CAC, RG, op. cit., SEI à DGPN, 18 févr. 1942, note de la DGPN, 19 févr. 1942.
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[59]
AN CAC, RG, op. cit., DGPN, 20 février 1942 ; Intérieur à Colonies, 3 mars 1942, Alger à préfets de zone libre, 17 mars 1942.
-
[60]
Jean Théroigne (alias Jean Méricourt), « Nous clouons au pilori : Gratien Candace », Au pilori, 26 févr. 1942.
-
[61]
AN CAC, RG, op. cit., Préfet Corrèze à Intérieur, 21mars 1942 ; préfet Nice à Intérieur ; AN, AL5330, op. cit., Satineau à Jury d’honneur, 23 avr. 1945 ; AN CAC, RG, op. cit., Platon à DGPN, 20 mars 1942.
-
[62]
Serge Denis (dir.), Trois siècles de vie française. Nos Antilles, Introduction de L. Gallouédec, Paris, Maison du livre français, 1935. Contributions de Robert Boutruche, G. Candace, Alfred Martineau, etc.
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[63]
AN, AL5330, op. cit., attestation de David Pourdlo, 26 avr. 1945.
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[64]
AN, AL5330, op. cit., témoignage de Serge Denis, 25 avr. 1945.
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[65]
AN, AL5330, op. cit., CGT fonctionnaires et agents du Ravitaillement à Satineau, 23 avr. 1945.
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[66]
AN CAC, RG, op. cit., commissaire central, Pau à com. divisionnaire, Toulouse, 26 juin 1943.
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[67]
AN, AL5330, op. cit., Satineau à Cassin, 16 avril 1945, témoignage de Marie-Antoinette Courtet, 20 avr. 1945.
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[68]
AN CAC, RG, op. cit., commissaire central, Pau…, op. cit., 26 juin 1943.
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[69]
AN, AL5330, op. cit., Serge Denis, op. cit., 25 avril 1945, témoignage, Joseph Cassagne, chef du comité de résistance de Pau, 26 avr. 1945.
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[70]
AN CAC, RG, op. cit., note interne griffonnée, s. d.
-
[71]
Dominique Chathuant, « Gratien Candace… », art. cit., 2e partie, p. 103.
-
[72]
M.-R. Bordes, Quartier allemand : la vie au fort du Hâ sous l’occupation, Bordeaux, Bière, 1945, p. 107.
-
[73]
AN, AL5330, Mémoire en défense, 16 avr. 1945.
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[74]
AN, AL5330, Témoignage de Marie-Antoinette Courtet, 20 avr. 1945.
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[75]
Témoignage de Serge Denis, 25 avril 1945, AL5330.
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[76]
AN, AL5330, Certificat du lieutenant-colonel Brechat, secteur sud du 14e arr., 16 nov. 1944.
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[77]
JORF, 22 avril 1944, édition d’Alger ; Olivier Wieviorka, op. cit., p. 365-367.
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[78]
Dominique Chathuant, « La Guadeloupe … », art. cit. ; Eric Jennings, « Last Exit… », art. cit.
-
[79]
AN, AL5330, télégramme à Cassin, 14 avr. 1945.
-
[80]
Arch. dép. de la Guadeloupe, c. 6198, cabinet du gouverneur, lettre de Virgile Chathuant (Association des ex-internés politiques), 27 mars 1945 ; Conseil général, 30 oct. 1943 ; ANOM, Aff. pol. c. 257, d. 1540 ; c. 2520, d. 8, Télégrammes secrets, Bertaud à Colonies, 28 mars 1945, Parisot, Fort-de-France, à Colonies, 16 mai 1945, Col. (Paul Giacobbi, DAP) à CNR, 21 juil. 1945 ; AN, AL5330, télégramme, Bertaud à Colonies, 23 mars 1945.
-
[81]
AN, AL5330, DAP à CNR, 18 avr. 1945.
-
[82]
ANOM, Aff. pol., c. 257, d. 1543, Pleven, Colonies, à Bertaud, 26 sept. 1944.
-
[83]
AN, AL5330, câble, Colonies à Satineau, 16 janv. 1945, Satineau à Jury d’honneur, 30 avr. 1945.
-
[84]
La Voix du peuple, 6 janvier 1945 ; CAC, RG (09/02) A 100280 art 8 n° 2127 G, dossier « Candace », 20 juin 1945.
-
[85]
AN, AL5330, ordre de mission, 9 févr. 1945 ; demande, 25 avr. 1945 ; avis favorable, 4 mai 1945.
-
[86]
Vital Borifax, « Le député Maurice Satineau est relevé de l’inéligibilité », La Démocratie, 4 août 1945 (remerciements à René Bélénus).
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[87]
Olivier Wieviorka, op. cit., p. 365-367.
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[88]
AN, AL5330, lettre André Germain à Satineau, 10 mai 1945, décès du sergent Roger Smith, 3 janv. 1945.
-
[89]
AN, AL5330, attestations de Mmes Jakob et Elizabeth de Vries, Marseille, 27 mars 1945.
-
[90]
AN, AL5330, CDL des Bouches-du-Rhône à CDL des Basses-Pyrénées, 25 avril 1945.
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[91]
AN, AL 5330, attestation certifiée du colonel Bréchat, 16 novembre 1944, lettre de Laniel au CNR, 14 octobre 1944.
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[92]
CAC, RG, op. cit., Intérieur à direction interdépartementale des Anciens combattants et victimes de guerre, 27 mai 1960.
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[93]
AN, AL5330, décision 248, 6 juillet 1945, JORF, 20 juillet 1945.
-
[94]
Guy Monduc, Essai sur l’origine et l’histoire de la Franc-maçonnerie en Guadeloupe, Clichy, Les presses Alpha, 1985, p. 177 ;Tract de Camille Jabbour, 1971 in Henri Bangou, Soixante années d’engagement politique, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 335.
Maurice Satineau (Baie-Mahault, 1891-Paris, 1960)
Maurice Satineau (Baie-Mahault, 1891-Paris, 1960)
1Les parlementaires des vieilles colonies de la Troisième République véhiculent une image de béni-oui-oui qui sert souvent à expliquer leur vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. En dépit des acquis de l’historiographie, il est courant en Guadeloupe d’affirmer de façon téléologique que le vote des députés Gratien Candace et Maurice Satineau valait approbation de la Révolution nationale. Or, si ce vote fut bien le critère retenu par l’ordonnance d’avril 1944 frappant d’inéligibilité des parlementaires, l’existence d’une procédure de relèvement montrait déjà qu’un « oui » le 10-Juillet ne valait pas forcément soutien à la collaboration. C’est ce qu’explique Olivier Wieviorka à l’échelle du parlement, à partir des papiers du Jury d’honneur chargé en 1945 d’examiner les recours [1]. À l’échelle d’un individu, on sait que Gratien Candace, député de la 1re circonscription de la Guadeloupe, était suffisamment compromis pour rester inéligible après 1944 mais pas assez impliqué à Vichy pour être traduit en Haute-cour. En comparaison, le parcours de Satineau surprend. Plus jeune et plus résistant aux contraintes matérielles ou physiques, Satineau transgressa plus facilement. Sa trajectoire, qui a pour territoire la métropole, l’empire et les États riverains, fait cependant hésiter entre motivations honorables et stratégie de survie politique et financière.
2Ancien du Comité d’assistance aux indigènes (CAI) du ministère des Colonies [2], Satineau anime jusqu’en 1932 le Comité de défense de la race noire (CDRN). Il publie la Dépêche africaine, s’inscrit à l’École pratique des hautes études (EPHE), signe un ouvrage historique remarqué et intègre l’Académie des sciences morales et politiques [3]. Fondateur de la Société agricole et commerciale africaine (SACA), il est condamné à Paris, par défaut et en première instance, à 18 mois de prison et 500 francs d’amende pour avoir fait souscrire à un tiers 4 390 actions renégociées ensuite au Dahomey [4]. Fondateur en Grande-Terre du Parti républicain schœlchériste (PRS), il est battu aux législatives de 1932 mais élu conseiller général en 1934. Depuis 1912, la vie politique repose en Guadeloupe sur une collusion entre Candace, député de la 1re circonscription (Basse-Terre), et Bérenger, sénateur radical métropolitain. Ce partage de clientèles exclut un troisième homme, ce qui implique l’instabilité de la 2e circonscription (Pointe-à-Pitre). Le député n’y dépasse jamais deux mandats, est toujours soutenu par Candace pour la première élection et perd systématiquement ce soutien à l’issue du second mandat. Ce scénario-type élimine Achille René-Boisneuf en 1924, Armand-Jean François en 1932 et Eugène Graëve en 1936, face à Satineau. Celui-ci conquiert la 2e circonscription par la fraude alors qu’il est battu par son adversaire Roland René-Boisneuf, majoritaire dans toutes les communes sauf quatre, tenues par le PRS. Dans sa commune de Sainte-Anne, Satineau s’attribue 2 024 voix et en laisse 4 à son adversaire. Avec l’aide des gendarmes et du gouverneur Louis Bouge, il totalise plus de 3 000 suffrages d’avance avec 1 519 voix, 903 et 1 138 à Petit-Bourg, Petit-Canal et Baie-Mahault [5] contre 2, 3 et 88 à son adversaire dans les mêmes communes [6]. Le 11e bureau de la Chambre rend un rapport accablant pour Bouge. Le mandat de Satineau est validé en catimini en cinq minutes à main levée, faute de preuves, après un discours habile de Candace devant un hémicycle clairsemé qui attend l’affaire suivante pour se remplir [7]. Satineau bénéficie du manque d’intérêt pour la Guadeloupe et de la polémique autour des 13 voix douteuses de Chiappe à Ajaccio. En décembre, il obtient en appel une réduction de peine à 1 000 francs d’amende dans l’affaire de la SACA [8].
3Favorable à Satineau et Candace, Bouge remet en question pour fraude ou conflit d’intérêts les mandats des trois maires élus en 1935 à Marie-Galante. En écartant ainsi Furcie Tirolien (Grand-Bourg), Ludovic Bade (Capesterre) et Raphaël Jerpan (Saint-Louis), il compromet la réélection du sénateur Bérenger en 1938. Lorsque le gouvernement de Front populaire nomme Félix Eboué gouverneur de la Guadeloupe à la fin de 1936, celui-ci prône au contraire apaisement et indulgence à Marie-Galante mais s’en prend à Satineau ou à ses amis et laisse élire en 1937 quelques conseillers généraux SFIO, dont Paul Valentino. Ces socialistes servent de pivot à un conseil général où les partisans de Candace (URSR) et Satineau (PRS) sont à égalité avec ceux de Tirolien (radical-socialiste), favorables à Bérenger [9]. Le gouverneur Éboué joue donc en faveur de Bérenger. On ne sait quel rôle joue Satineau [10] dans son rappel en 1938 : il entretient de bonnes relations avec le ministre des Colonies Mandel et son secrétaire Philippe Roques [11]. Le rappel d’Éboué, plus tard affecté au Tchad, n’empêche pas la réélection de Bérenger en 1938.
4Regardé par le monde politique comme un homme de gauche, Satineau siège avec l’Union socialiste républicaine (USR) de Maurice Viollette. En 1939, il combat avec l’UNEF les discriminations raciales et obtient de Sarraut, via Mandel, la fermeture d’un dancing du quartier latin [12]. Ayant voté les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940, il est relevé de son inéligibilité en 1945, se fait le champion de l’anticommunisme en Guadeloupe et achève sa carrière au Conseil de la République en 1948-1958. En aval comme en amont de la période 1940-1944, son itinéraire suscite la suspicion. Les sources policières et celles de la justice administrative permettent d’exhumer de la période 1940-1945 un parcours surprenant et ambigu. À l’échelle de la Guadeloupe, les faits bousculent l’historiographie et la mémoire locales. À l’échelle de la République coloniale, ils donnent à voir les spécificités d’un parcours parlementaire, la complexité des itinéraires politiques entre 1940 et 1945 et les ambiguïtés de certains réseaux clandestins.
1. Un patriote indigné mais légaliste (juin-novembre 1940)
5Comme d’autres coloniaux, Satineau commence par refuser la défaite. À Bordeaux, le 19 juin 1940, il co-signe avec Candace, Galandou Diouf et Gaston Monnerville, un appel solennel à poursuivre la lutte à partir de l’empire. Candace, ancien ministre et vice-président de la Chambre, le remet au président Albert Lebrun et aux présidents des chambres :
Notre France est blessée mais ne peut pas s’abandonner. Hommes de couleur, représentants de nos colonies au parlement national, nous venons vous supplier de sauver notre grande et chère patrie dans l’honneur, dans la dignité et dans le respect de la parole donnée. En s’appuyant sur son vaste empire, en concentrant tous ses moyens de défense en Afrique du Nord et dans son Afrique Noire, elle pourra lutter jusqu’au dernier souffle et, par son héroïsme et sa loyauté, elle maintiendra ses alliances et ses amitiés et sera sûre de conserver la sympathie et la confiance de l’Angleterre et de ses Dominions, de s’assurer le concours et toute la sympathie agissante de l’Amérique [13].
7L’appel s’inspire de celui de de Gaulle, qui fut donc bel et bien entendu à Bordeaux [14]. Il témoigne autant d’une croyance en la puissance par l’empire que de l’intransigeance habituelle des députés noirs vis-à-vis du Reich dont ils ont dénoncé l’idéologie au côté de la LICA. Sans doute les parlementaires envisagent-ils de jouer un rôle dans une France décentrée et appuyée sur l’empire qu’ils prétendent volontiers représenter dans sa globalité. Dans la perspective d’un départ pour l’Afrique du Nord, Candace, Diouf et Satineau obtiennent de Charles Pomaret, ministre de l’Intérieur, des passeports pour quitter la métropole [15]. Satineau est alors cautionné par Candace et par Édouard Barthe, député de l’Hérault et familier des Antilles. Diouf est finalement le seul à embarquer sur le Massilia.
8En Guadeloupe, la mémoire du vote de Candace et Satineau le 10-Juillet valide l’image d’une approbation a priori de ce que fut le régime de Vichy. A contrario, l’attitude du conseiller général Paul Valentino (SFIO) passe pour un acte de résistance légalement fondé. La vérité est plus nuancée.
9Le 7 juillet, à Vichy, Pierre-Etienne Flandin, Jean Mistler et Candace échouent à obtenir du président Lebrun une démission qui éviterait la révision constitutionnelle [16]. Le 10 Juillet, Satineau et Candace votent les pleins pouvoirs avec les groupes USR et GDRI [17]. Seulement cinq parlementaires sont présents sur les onze que comptent les colonies de pleine citoyenneté (fig. 1).
10Les deux députés justifient ultérieurement leur vote par l’influence des présidents des chambres Édouard Herriot et Jules Jeanneney. Satineau évoque la crainte de passer pour séparatiste [18]. Admise pour les Alsaciens, la justification peut relever de la reconstruction mémorielle ou de l’invention mais reste recevable. En juillet 1940, Candace et Satineau publient en Guadeloupe une virulente critique des conseillers généraux encore opposés au gouverneur Constant Sorin [19] et à l’armistice [20]. Le 1er juillet 1940, l’assemblée locale a élu une commission de cinq membres. Celle-ci se compose des deux grandes forces locales, deux partisans du duo Candace-Satineau et deux radicaux. Elle est présidée par Valentino (SFIO). Bien que neutralisé d’avance par les autres membres de la commission, Valentino prétend alors exercer le pouvoir dans la colonie et invoque à ce titre la loi Tréveneuc de 1872. Cette lecture de la loi de 1872 relève de l’aberration juridique et fait fi de la chronologie [21]. Le texte est en effet prévu pour empêcher un coup d’État comme celui du 2 décembre 1851. Censé répondre à un empêchement de l’Assemblée nationale, il est sans objet depuis la convocation des parlementaires le 2 juillet à Vichy. À Londres, de Gaulle et René Cassin eux-mêmes renoncent à fonder sur cette loi une légitimité constitutionnelle. Les attitudes en 1943-1944 de Candace et Herriot, fins connaisseurs des textes, montrent d’ailleurs à quel point le 10-Juillet reste le cadre constitutionnel de la réflexion politique. En outre, la loi de 1872 n’est pas en vigueur en Guadeloupe, faute du décret ministériel et de l’arrêté gubernatorial qui la rendraient applicable puis exécutoire. Refusant l’aventure, Satineau et Candace voient dans l’opposition à Sorin une fronde d’irresponsables aspirant à l’hégémonie locale. Ils dénoncent les « pseudo-patriotes » socialistes et radicaux du Conseil général en vertu d’une argumentation légaliste et juridiquement fondée. Le légalisme et la nécessité d’union nationale derrière le maréchal, outre-mer compris, sont par conséquent les explications les plus probables des votes de Satineau et Candace à l’Assemblée nationale.
Vote des parlementaires des colonies de pleine citoyenneté à l’Assemblée nationale du 10 juillet 1940
Vote des parlementaires des colonies de pleine citoyenneté à l’Assemblée nationale du 10 juillet 1940
11Après-guerre, Satineau amalgame indignation et résistance pour plaider pro domo la précocité de son engagement résistant. Installé à l’Hôtel Central de Vichy jusqu’au début de 1942, il a pris la peine d’engager une secrétaire [22]. Le 4 août 1940, en familier des réunions électorales agitées, il distribue quelques coups de tête pour mettre fin au tabassage de Philippe Roques par Claude Jeantet et d’autres doriotistes [23]. Il affirme a posteriori avoir été admonesté par le secrétaire d’État à l’Intérieur Marcel Peyrouton pour sa proximité avec Roques et Mandel. Il est plus probable qu’il ait rencontré Peyrouton de son plein gré pour l’entretenir d’un projet [24], ce qui n’exclut pas qu’il ait plaidé la cause de Roques, désireux de contacter Mandel ou de gagner l’Algérie. Roques témoigne des réserves exprimées en privé par le député guadeloupéen vis-à-vis du pouvoir [25]. En mars 1941, alors qu’il a rejoint la résistance du Cantal, le secrétaire de Mandel adresse des signaux à Satineau qui vient d’être déchu de son mandat de maire de Sainte-Anne. Roques se plaint d’être isolé et évoque les proscrits en lesquels on reconnaîtra un jour les bons Français et bons patriotes. Cette correspondance permet ultérieurement à Satineau de se prévaloir de contacts avec deux patriotes assassinés. De fait, le député dispose à ce moment d’un contact dans la Résistance mais ne donne pas suite à l’invitation. Cela tempère sérieusement l’affirmation ultérieure d’un engagement précoce.
12En juillet 1940, la ségrégation raciale sur la ligne de démarcation amène le parlementaire guadeloupéen à s’associer avec Monnerville et Diouf à une protestation qui, comme le 19 juin, est conduite par Candace [26]. Elle est relayée par le Martiniquais Lémery, secrétaire d’État aux Colonies, et prise en charge par Weygand, à la Défense nationale [27]. Mais les interventions de Candace auprès du cabinet Pétain n’empêchent pas cette ségrégation de réapparaître en 1942, lorsqu’on interdit aux fonctionnaires de couleur de se rendre en congé en zone occupée [28]. Cette démarche auprès de Pétain s’appuie sur des précédents [29]. Vice-président de la Chambre et doyen des députés noirs, Candace parle volontiers « au nom de l’empire ». Il a ses entrées au cabinet ou chez Pétain lui-même jusqu’en avril 1944. Cela n’empêche nullement Satineau de s’attribuer en 1944 cette intervention auprès de Pétain. Vingt ans plus tard, les faits sont relatés dans un ouvrage du commissaire André Halliar, un Guadeloupéen proche de Félix Éboué et hostile au duo Candace-Satineau [30]. Confirmé par les archives du cabinet civil de Pétain, le récit d’Halliar ne confère aucun rôle particulier à Satineau ou à Monnerville [31]. Les revendications de paternité de Satineau, dès 1945, puis de Monnerville en 1975 [32], relèvent donc de la captation d’héritage. Satineau en use évidemment pour affirmer la précocité de sa résistance. Cela signifie surtout que, deux jours après avoir pris la défense de Roques, il demeure digne de figurer sur une lettre collective au maréchal. L’affaire de la ligne de démarcation montre qu’il en reste au stade de protestations ciblées sans rompre avec un pouvoir qu’il continue de solliciter sur le mode de l’intervention parlementaire.
2. Un projet d’émigration juive aux Antilles (1940-1941)
13En novembre 1940, date à laquelle il situe la fondation de son mouvement de résistance, Satineau obtient un visa de transit pour le Maroc [33]. Il prend langue avec un nommé Richard Meyer au sujet de l’émigration de juifs en Guadeloupe, où il cherche alors à se rendre via le protectorat. Le 29 novembre 1940, Peyrouton informe Charles Platon, secrétaire d’État aux Colonies, d’un projet antillais d’émigration juive [34]. Dans les jours suivants, à Fort-de-France, l’amiral Robert, haut-commissaire, est sondé sur les possibilités d’accueillir des étrangers « en surnombre » en France [35]. Peu après, un article du Miroir de la Guadeloupe [36], proche de Satineau, annonce une souscription pour l’immigration d’une vingtaine de familles lorraines, disposant de ressources et désireuses de mettre en œuvre en Guadeloupe un programme de cultures vivrières, conserveries, chocolateries, huileries, etc. Rituel récurrent et séculaire, le rappel des potentialités économiques guadeloupéennes en sommeil est en phase avec les besoins de la colonie face au blocus. L’annonce renvoie clairement au projet annoncé par Peyrouton. Cependant, alors que Satineau prépare son retour en Guadeloupe, le gouverneur Sorin, qui prévoit de suspendre la majorité des maires [37] de la colonie, l’a décrété indésirable en janvier 1941. La mesure procède de la volonté du secrétariat d’État aux Colonies d’évincer le personnel politique. Les autorités de Basse-Terre et Vichy interdisent donc tout retour de Monnerville, Lagrosillière et Satineau après avoir étouffé en 1940 les frondes des conseils généraux de Guyane et Guadeloupe autour d’Albert Darnal et Paul Valentino [38].
14Le 25 février 1941, l’Intérieur, désormais dirigé par Darlan, informe les Colonies de la présence, à bord du Winnipeg appareillant pour le Brésil via les Antilles, d’une famille Meyer, alsacienne, « de religion catholique » et des Rotbluht et Lederberger, « de religion hébraïque » [39]. En accord avec l’article du Miroir, ces familles doivent s’occuper de jus de fruits et de conserves d’ananas. Elles rapportent que Satineau aurait prévu une installation en Guadeloupe durant le transit, malgré des visas pour le Brésil. On signale à bord un nommé Meyer qui a reçu 14 000 à 16 000 francs par passeport. Arrêté en Martinique et interrogé avant son expulsion vers l’Afrique du Nord [40], Meyer cite le nom de Satineau. Pour l’amiral Rouyer, chef de la sûreté en Guadeloupe, celui-ci a tenté de faire passer une famille de juifs polonais pour celle de son chauffeur [41].
15L’arrivée de Darlan et l’inquiétude du gouverneur Sorin quant à un retour de Satineau ou à une immigration juive en Guadeloupe mettent donc un terme à un projet officiel dont Eric Jennings note qu’il mêlait humanitaire et racisme [42]. Il est concevable qu’il ait été suggéré par Satineau à Devouton au cours de l’entrevue évoquée plus haut.
16Le maintien d’une filière d’évasion permet cependant au député de continuer à préparer un retour en Guadeloupe. Le 9 avril 1941, alors que tout semble découvert aux Antilles, Satineau presse Darlan, aux Affaires étrangères, de lui accorder un sauf-conduit pour un projet économique au Maroc [43] qui dissimule en réalité un départ pour la Guadeloupe. Le même mois, Satineau obtient pour deux femmes et deux enfants nancéens de « peau blanche et claire [44] » des visas pour la République dominicaine où la couleur prime sur la judéité. L’une des femmes, Claude Lubinski, est donc classée dans la « race celtique » et sa mère Jeanne, apatride née en Pologne, dans la « race saxonne ». À ce moment, le président Rafael Trujillo conduit dans son pays une politique raciale marquée en 1937 par le massacre de 15 000 à 20 000 Haïtiens ou nationaux noirs [45]. Franco-créolophone et noir, Satineau n’a personnellement rien de bon à attendre de la dictature dominicaine mais fabrique de l’humanitaire à partir d’une autre situation d’exclusion raciale.
17En avril 1941, le contrôle postal intercepte en métropole une lettre mentionnant un sauf-conduit payé 20 000 francs [46]. En mai, des écoutes chez une dame Witmann à Lyon révèlent une filière d’évasion de juifs pour la Guadeloupe [47]. Les candidats au départ s’inquiètent alors d’un « Monsieur Sapino » qui attend la réponse du « gouverneur général (sic) » de la colonie. Satineau est vite soupçonné mais il bénéficie des erreurs d’une police décidément incapable d’établir correctement l’état-civil [48] d’un député et ancien agent du Comité d’assistance aux indigènes (CAI).
18Le 4 juin 1941, Satineau demande un visa de transit pour les États-Unis afin de rejoindre la Guadeloupe via New-York [49]. Son secrétariat est intensément sollicité par des candidats à l’émigration. Se sentant surveillé, il affirme dans une correspondance que sa sympathie pour les Israélites lui vaut au ministère des insinuations sur l’intérêt qu’il y trouverait [50]. Les filatures n’ayant rien révélé, Satineau est interrogé par un commissaire de police et admet avoir rendu service à des militaires créoles ou à des candidats au départ. Il communique une vingtaine de noms issus de la liste validée en 1941 par Peyrouton et bloquée par Sorin [51]. Platon établit alors le lien entre Satineau, Richard Meyer, les écoutes à Lyon ou Clermont-Ferrand et des correspondants à Tunis, Marseille ou Paris [52]. Le député joue de l’ambiguïté avec l’ancien projet officiel en présentant ses démarches comme liées au département des Colonies. Platon fait renforcer la surveillance [53]. La secrétaire, injoignable pendant six semaines, est placée sur écoute [54], mais Darlan met peu d’empressement à confondre Satineau [55].
19En juillet 1941, le député obtient du secrétariat d’État au Ravitaillement un visa aller-retour pour le Portugal [56]. Passé au Maroc avec un passeport qui n’y est valable qu’en août, il est arrêté entre Tanger et Rabat et assigné quelques jours à résidence à Casablanca à la demande de Platon. En février 1942, il obtient via le consul américain un saufconduit pour l’Algérie, quitte de nouveau Vichy mais expédie deux malles vers … la Guadeloupe [57]. Pour l’empêcher de quitter la métropole, Platon prévient l’Intérieur, les préfets, le gouvernement d’Alger et la Résidence générale [58]. L’affaire est compliquée par la nécessité de ne pas ébruiter la duperie qui a permis à Satineau de disposer d’un sauf-conduit officiel [59]. C’est à ce moment que la presse collaboration-niste parisienne le prend à partie dans un article sur Candace rappelant comment celui-ci fit valider son élection en 1936 [60]. Localisé grâce au contrôle postal, Satineau est intercepté à l’aérodrome de Marignane mais Platon le laisse libre [61].
3. De la clandestinité au retour en politique (1942-1944)
20Satineau fait remonter à novembre 1940 son « Front colonial de la résistance » mais on ne peut établir qu’à partir de 1942 l’existence d’une action au demeurant ambigüe. C’est de son plein gré et non par expulsion, qu’il quitte définitivement Vichy où il est surveillé. Il est à ce moment interdit de séjour en Guadeloupe depuis janvier 1941 et déchu de ses mandats de maire-conseiller général de Sainte-Anne en raison des fraudes de 1936.
21Serge Denis, enseignant au lycée Jeanson de Sailly, historien [62] et résistant, témoigne en 1945 en faveur de Satineau. Il mentionne une rencontre à Narbonne et date de 1941 l’entrée en résistance du député, qui lui transmet régulièrement du courrier de Marseille via une boîte clandestine. Satineau a par ailleurs des contacts avec des internés du camp des Milles et avec la préfecture [63]. Denis revendique l’organisation d’un réseau ariègeois d’évasion et de renseignement. Il affirme avoir été rejoint àToulouse durant l’été par Satineau, qui voulait gagner la Guadeloupe et approvisionnait alors le réseau par des dons en nature [64]. On ne sait quelles activités peuvent avoir financé ces services à la Résistance.
22Satineau raconte après-guerre avoir diffusé L’Humanité et les Cahiers du témoignage chrétien [65]. Selon Denis, il intègre, d’octobre 1942 à juin 1943, le réseau de l’industriel palois Joseph Cassagne, afin de rejoindre la Guadeloupe. Des complicités policières facilitent évasions et faux papiers [66]. Du récit de la secrétaire de Satineau témoignant après-guerre pour son employeur, il ressort que des policiers allemands essaient à plusieurs reprises d’arrêter celui-ci pour des évasions de coloniaux. Satineau, méfiant, doit à son astucieuse employée de leur fausser compagnie à deux reprises. Leur ayant échappé alors qu’ils l’attendaient à son domicile marseillais les 26 et 27 mai 1943, il se cache pendant 15 jours puis part pour les Basses-Pyrénées [67]. La secrétaire est convoquée par la Gestapo le 15 juin 1943 et interrogée de nouveau dans la nuit du 19. Cinq jours plus tard, les Allemands arrêtent Satineau aux Forges d’Abel, caché dans un wagon-foudre avec le consul général Albert Bérard en possession de faux papiers provenant du commissariat de Pau [68]. Satineau, censé rejoindre Cassagne en Espagne, aurait été porteur de documents de Denis pour Alger [69]. Interrogé à Oloron, à Pau, puis en juin, au Fort du Hâ de Bordeaux, le député fanfaronne beaucoup sur son silence lors de l’interrogatoire. Il est libéré le 30 novembre 1943 dans des circonstances obscures qu’il dit liées à des raisons de santé et à l’intervention de Louis Marin [70]. Candace affirme aussi avoir plaidé sa cause auprès du préfet Maurice Sabatier [71]. Satineau n’est certes pas le seul prisonnier libéré du fort, mais un parlementaire est en principe de bonne prise [72]. Il aurait été autorisé à résider à Marseille avec un contrôle chaque quinzaine à la Gestapo locale, échappant ainsi au tribunal militaire, au statut d’otage et à la déportation. Les autorités allemandes auraient donc accepté de relâcher un homme noir impliqué dans un réseau, en le jugeant suffisamment inoffensif pour rester libre, mais doté d’un pouvoir de nuisance justifiant sa surveillance. Il est difficile de trancher entre une éventuelle tentative d’infiltration d’un réseau par des auxiliaires français de la Gestapo et la possibilité qu’un Français, blanc ou noir, ait eu suffisamment d’entregent pour obtenir une libération au quartier allemand du Hâ. Une note griffonnée d’origine policière évoque un « service colonial » auquel Satineau aurait refusé de participer à sa sortie du Hâ. C’est peut-être l’indice d’une libération conditionnée à des services à rendre.
23Satineau affirme avoir quitté Marseille vers le 13 mai, après avoir été averti par le préfet qu’il était sur une liste de personnes à arrêter [73]. Selon son propre témoignage et celui de sa secrétaire [74], il se réfugie d’abord à Clermont-Ferrand. Cela coïncide avec le récit par Denis d’une rencontre du printemps 1944, avant laquelle Satineau aurait parcouru 20 kilomètres par sentiers et ballasts pour apporter une valise d’effets [75]. Il date de la fin mai son retour clandestin à Paris sous le nom de Jean Romage, mais on peut douter qu’il ait alors battu le rappel de son improbable « Front colonial de la Résistance ». Son incorporation aux FFI en août 1944 n’a cependant rien d’invraisemblable. Le lieutenant-colonel Bréchat témoigne de son attitude en tant que souslieutenant (grade minimal d’un député) sous les ordres d’un capitaine Cocoville [76]. Satineau affirme avoir hissé les couleurs le 21 août 1944 devant la façade du ministère des Colonies, sous le feu des Allemands de la rue Éblé.
24L’ordonnance du 21 avril 1944 dispose que les parlementaires ayant voté les pleins pouvoirs en 1940, sont ipso facto inéligibles, sauf s’ils prouvent avoir accompli des actes de résistance. Le pouvoir de relever une inéligibilité est d’abord confié aux comités départementaux de libération (CDL). Il échoit ensuite aux préfets puis, à compter de l’ordonnance d’avril 1945, à un jury d’honneur présidé par René Cassin, vice-président du Conseil d’État [77]. Satineau doit donc prouver sa résistance alors que, pour une partie de l’opinion guadeloupéenne, il est, comme Candace, associé au gouverneur Sorin, àVichy, au blocus et à la répression [78]. Dès l’installation à Paris du gouvernement provisoire, il remet un mémoire à Pleven et à Louis Saillant du CNR, sollicite un entretien avec de Gaulle et prépare son retour en utilisant plusieurs titres de presse guadeloupéens avant de faire reparaître La Voix du Peuple.
25La notion de comité départemental de libération se heurte dans les vieilles colonies à un vide législatif et le comité de la Guadeloupe est toléré de mauvaise grâce par le gouverneur Maurice Bertaud. Après l’ordonnance d’avril 1945, un télégramme est adressé à René Cassin par trois de ses membres : Joseph Pitat et René Toribio, nouveaux conseillers généraux SFIO, et Léon Matis, vénérable de la Loge des Élus d’Occident de Basse-Terre (GODF). Réclamant un verdict exemplaire et sans pitié, au nom de la Guadeloupe entière, ils semblent ignorer que le jury d’honneur est une juridiction administrative sans aucune compétence pénale [79]. Les trois hommes incarnent l’opposition au gouverneur Sorin et espèrent alors supplanter Candace et Satineau, incarnations de l’ordre pétainiste.
26Bertaud, gouverneur gaulliste depuis août 1943, cherche autant à abaisser les anciens opposants à Sorin qu’à empêcher le retour de Satineau. Comme Sorin, il voit en lui l’incarnation de la République déchue mais lui reproche en même temps d’en avoir voté la déchéance [80]. Au ministère, Henri Laurentie, de la Direction des Affaires politiques (DAP), décrit au CNR un Satineau affairiste, impliqué dans un trafic vénal de faux papiers [81]. René Pleven, commissaire aux Colonies, ménage Bertaud, approuve l’interdiction de séjour décidée sous Platon mais, afin de se différencier de Vichy, invite Bertaud à laisser Satineau se présenter devant les électeurs [82].
27De Paris, Satineau tente d’atteindre ses adversaires en Guadeloupe, lançant par exemple une grave accusation de collaboration contre le fils de l’un d’entre eux [83]. Il se tient soigneusement à distance de son ancien allié, Candace, devenu trop embarrassant [84] et reçoit, en février 1945, l’autorisation de rejoindre la Guadeloupe [85]. Par câble, il promet au gouverneur de la Guadeloupe de se retirer de la vie publique si celui-ci peut prouver qu’il a « ne fût-ce qu’une journée, collaboré avec les Boches (sic) » [86]. Après l’ordonnance du 6 avril 1945 instituant le Jury d’honneur, il reprend son mémoire en défense en vue des municipales de mai [87]. Comme d’autres, il plaide l’incompétence juridique sur la question du vote du 10-Juillet qu’il a pourtant publiquement justifié. Comme il l’aurait fait pour une crise ministérielle ordinaire de la Troisième République, il indique maladroitement avoir « refusé sa confiance » à Pétain, affirmation peu compatible avec le vote du 10 juillet 1940. Il verse à son dossier une lettre de démobilisés antillais affirmant avoir été encouragés par lui à rejoindre la France libre [88]. Bien que le jury écarte les services individuels, il produit une lettre attestant de l’hébergement d’un juif. À Marseille, Élizabeth de Vries et une dame Jakob, dont les maris sont déportés, font état de démarches gracieuses de Satineau pour cacher une grand-mère, retarder une déportation, obtenir des papiers ou sauvegarder des fonds de commerce visés par le Commissariat général aux questions juives (CGQJ) [89]. Ces deux témoignages sont clairement en relation avec des faits utilisés ultérieurement dans de graves attaques contre Satineau.
28La présence de Satineau à Marseille en 1943-1944 est certaine, mais le CDL se méfie de lui depuis qu’il a délivré une attestation de « bon patriote » à un fonctionnaire de préfecture qui avait dénoncé des juifs et des requis du STO. On l’invite donc à s’adresser au CDL des Basses-Pyrénées [90]. Déjà détenteur d’un certificat de FFI et d’une recommandation de Joseph Laniel, du CNR [91], le député réunit des témoignages de Joseph Cassagne, André Claverie, déporté politique, et Henri Cadier, avocat et résistant. Ces pièces paraissent avoir été déterminantes dans la levée de l’inéligibilité. L’arrestation du député par les Allemands et son internement au Hâ ne sont pas pris en compte. La correspondance policière qui l’atteste n’est en effet retrouvée que plusieurs années plus tard, alors que Satineau revendique un statut d’ancien interné et résistant [92].
29Satineau est relevé de son inéligibilité en juillet 1945 [93]. La participation à la lutte de libération paraît indéniable et reste la condition sine qua non pour le Jury d’honneur. Mais la libération de Paris apparaît comme l’aboutissement d’un parcours de résistant et non comme l’élément qui aurait suffit à emporter la décision. Aucun autre fait de résistance militaire n’apparaît dans le dossier. Au nombre des services rendus à la Résistance, le fait d’avoir fourni des financements pourrait expliquer la solidité des appuis reçus. S’il reste difficile de concevoir la compatibilité entre la réputation du Satineau politicien affairiste de 1935-1940 et 1945-1958 avec un héros désintéressé en 1940-1944, il n’en demeure pas moins que son activité lui vaut de revenir en politique, malgré les doutes. D’autres personnalités, et non des moindres, sont également dans ce cas. Mais parmi ce qui refait surface après-guerre, figure une affaire dite de « l’or des De Vries-Jakob », dont on sait très peu de choses mais qui apparaît liée aux témoignages des deux femmes dont Satineau affirme avoir protégé les biens visés à Marseille par le CGQJ. Une chose est sûre : l’idée qu’il aurait spolié une famille touchée par la déportation est exploitée en Guadeloupe par ses adversaires communistes. L’accusation hante sa carrière d’après-guerre et laisse des traces mémorielles [94].
Conclusion
30L’itinéraire de Satineau est loin de l’image de thuriféraire du régime de Vichy, même s’il reste risqué d’affirmer qu’il se comporta en héros désintéressé. On s’interroge sur la nature de ses réseaux, sur ses sources de financements et sur les services qu’il aurait rendus. À l’échelle de la demande mémorielle guadeloupéenne, l’étude montre que, si le parcours reste ambigu, il diffère cependant de ce qui est souvent affirmé à son sujet. On constate par ailleurs que le parcours du député n’est pas circonscrit à un espace unique. L‘homme a pour territoire la métropole, l’Espagne, l’empire et ses riverains caribéens. Cette fluidité entre les espaces fait fi du compartimentage artificiel entre une histoire qui serait purement coloniale et une autre qu’on limiterait à la métropole. La France est coloniale et Satineau se projette sans difficulté dans cette complexité territoriale.
Mots-clés éditeurs : Épuration légale, Guadeloupe, Résistance, Satineau (Maurice), Spoliation des biens juifs
Date de mise en ligne : 28/06/2021
https://doi.org/10.3917/om.151.0241