Article de revue

Largesse et créativité féministe au service de l’éducation publique

Entretien avec Barrie Thorne, professeure en études genre et en sociologie à l’Université de Californie, Berkeley

Pages 102 à 115

Citer cet article


  • Bachmann, L.
(2012). Largesse et créativité féministe au service de l’éducation publique Entretien avec Barrie Thorne, professeure en études genre et en sociologie à l’Université de Californie, Berkeley. Nouvelles Questions Féministes, . 31(2), 102-115. https://doi.org/10.3917/nqf.312.0102.

  • Bachmann, Laurence.
« Largesse et créativité féministe au service de l’éducation publique : Entretien avec Barrie Thorne, professeure en études genre et en sociologie à l’Université de Californie, Berkeley ». Nouvelles Questions Féministes, 2012/2 Vol. 31, 2012. p.102-115. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2012-2-page-102?lang=fr.

  • BACHMANN, Laurence,
2012. Largesse et créativité féministe au service de l’éducation publique Entretien avec Barrie Thorne, professeure en études genre et en sociologie à l’Université de Californie, Berkeley. Nouvelles Questions Féministes, 2012/2 Vol. 31, p.102-115. DOI : 10.3917/nqf.312.0102. URL : https://shs.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2012-2-page-102?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nqf.312.0102


Notes

  • [1]
    Ces qualités sont soulignées dans une correspondance avec Arlie Hochschild (Université de Californie, Berkeley), Harriet Bjerrum Nielsen (Université d’Oslo) et Raewyn Connell (Université de Sydney).

1Barrie Thorne – titulaire de la chaire d’études genre et d’études sur les femmes, professeure de sociologie à l’Université de Californie, Berkeley – participe depuis plus de quarante ans à l’effort collectif visant à intégrer le féminisme dans le monde universitaire aux États-Unis. Elle mène un combat sans relâche pour défendre les femmes et les études genre dans l’enseignement supérieur. Sociologue créative, elle est aussi une excellente mentore et pédagogue. Je l’ai interviewée sur le campus en février 2012, quelques mois avant sa retraite.

2Tes ami·e·s et tes collègues dans le monde universitaire apprécient ta gentillesse, ton engagement, tes vastes connaissances, ainsi que le vif intérêt que tu manifestes à l’égard des autres. Elles et ils te décrivent comme une personne aimable, qui a des principes, soulignant surtout ta générosité sans pareille[1]. J’aimerais entamer l’entretien en te demandant quelles sont tes réflexions sociologiques sur l’origine des qualités que l’on te prête.

3Je suis très honorée par tous ces éloges ! J’ai grandi dans les années 1940 et 1950 au sein d’une famille et d’une communauté mormone dans le nord de l’Utah. Mes ancêtres étaient des pionniers et des pionnières mormons très travailleurs. Aujourd’hui, je considère l’Église mormone, ou LDS [les saints des derniers jours], comme étant patriarcale, de droite et porteuse de certaines croyances ridicules, et je suis heureuse et fière d’avoir été excommuniée, une démarche initiée par les « anciens » de l’Église dans les années 1980, en raison de mes opinions féministes ; cela faisait du reste des dizaines d’années que je n’y participais plus. Mais, depuis, j’en suis arrivée à apprécier le grand nombre de choses que j’ai reçues par le fait de grandir dans une communauté mormone centrée sur le partage et la famille. J’ai grandi dans une famille nombreuse, avec cinq enfants. Notre mère avait des principes et un sens de la justice sociale, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la famille. En équilibrant besoins individuels et principes d’équité, elle a nourri des relations de réciprocité parmi ses enfants. Ceux-ci, aujourd’hui sexagénaires et septuagénaires, continuent de maintenir des liens étroits et de prendre soin les un·e·s des autres ; nous nous sommes soutenu·e·s depuis toujours. Avec ce type de soutien généreux, il est plus facile d’être généreuse avec autrui.

4Mon rôle de sœur aînée avec des responsabilités a aussi influencé mon évolution ; j’ai acquis des talents d’organisation et appris à aider les autres à grandir, j’ai aussi une propension à l’autoritarisme, comme pourront te le confirmer mes sœurs et mes frères ! [rires] J’aime créer et être en groupe, et ma passion pour l’équité est ancrée en partie dans une crainte d’être mise à l’écart. La perception d’un principe de partage et de don mutuel me donne un sentiment d’appartenance et l’assurance que les autres ne profiteront pas de moi. J’aime, et donc je travaille à créer, des contextes d’égard mutuel, de partage et d’équité. Ces valeurs sont le moteur de mon dégoût profond du capitalisme.

5Pourrais-tu me parler de tes expériences de rupture avec le mormonisme ? Y a-t-il un lien entre cette rébellion précoce et tes engagements dans le féminisme par la suite ?

6Même si mes parents étaient critiques à l’égard de beaucoup d’aspects de l’église mormone, elle représentait la communauté au sein de laquelle ils ont grandi et au sein de laquelle nous vivions. C’étaient des intellectuel·le·s : ils essayaient de faire avancer la pensée mormone à l’image de certains mouvements catholiques qui ont amené à la théologie de la libération. Mais ils n’ont pas pu y arriver, car le mormonisme ressemble plutôt à une secte qu’à une Église. Il vit de l’obéissance et se sent menacé par la critique organisée. J’ai grandi avec mes frères et sœurs dans une sorte de dissonance intellectuelle : nous entendions un message à l’église que nos parents remettaient en cause à la maison. Cela nous a poussés à penser par nous-mêmes. Je suis heureuse d’avoir expérimenté la foi et d’avoir vécu dans une perspective totalisante (du moins du point de vue de l’enfant que j’étais). Mais je connais aussi le plaisir de s’autonomiser et de prendre ses distances d’avec un système de croyances fermé et autoréférentiel.

7Le féminisme m’a procuré, et a procuré à beaucoup d’autres, une nouvelle pratique de rupture et de remise en cause des schémas répandus de pensée et de comportement. Nous avons commencé à voir, rendre visible et remettre en question des supposés patriarcaux enfouis dans divers domaines de connaissance. Bettina Aptheker, une de mes amies qui a grandi parmi les principaux membres du Parti communiste américain et qui a démissionné quand elle est devenue féministe, m’a dit un jour : « Nous avons beaucoup de choses en commun, toi et moi : nous avons échappé toutes les deux au patriarcat. » En effet, la rupture avec des systèmes patriarcaux nous a donné à l’une et à l’autre davantage de liberté.

8Tu as fait tes débuts dans le champ de la sociologie au milieu des années 1960 et tu t’es engagée dans le mouvement de libération des femmes des années 1970. De quelle façon cela a-t-il influencé ta réflexion sociologique ?

9De si nombreuses façons ! J’ai suivi cette trajectoire avec d’autres femmes au sein du programme d’études supérieures en sociologie à l’Université de Brandeis, au Massachusetts. Nous nous sommes retrouvées avec beaucoup d’autres femmes qui suivaient alors des études ou travaillaient dans la région de Boston dans des groupes de prise de conscience et dans le mouvement émergent de la libération des femmes. Cela faisait partie d’une mobilisation nationale, le mouvement des femmes s’étendait aux autres régions et des liens se nouaient à travers le pays. La fin des années 1960 et les années 1970 ont été une époque très créative.

10Dans un essai publié en 1997, j’ai écrit sur la confluence féconde entre le mouvement de libération des femmes et les contours intellectuels du Département de sociologie à Brandeis à la fin des années 1960 et pendant les années 1970. L’Université de Brandeis a été fondée par la communauté juive états-unienne à la suite de la Seconde Guerre mondiale. L’université accueillait de nombreux intellectuels juifs réfugiés tels que Lewis Coser, Herbert Marcuse et Kurt Wolff, qui avaient fui les nazis en Allemagne et en France. Le Département de sociologie accueillait également des intellectuels réfugiés, comme mon mentor, Everett C. Hughes, contraint de prendre sa retraite à l’Université de Chicago, et Maurice Stein et Phil Slater, qui ont rompu avec la sociologie conventionnelle à Columbia et à Harvard. Nos professeurs étaient extrêmement critiques à l’égard du structuro-fonctionnalisme et du positivisme, les cadres théoriques qui dominaient la sociologie aux États-Unis à cette époque-là. Ils étaient inspirés par Marx, Weber, Simmel, Freud et l’École de Francfort. Everett Hughes et d’autres sociologues ont introduit des méthodes d’ethnographie et différentes méthodes interprétatives. La « sociologie Brandeis » était un mélange de théorie critique européenne et d’approches historiques et ethnographiques avec du travail empirique.

11L’approche Brandeis était en résonance avec les projets intellectuels et émotionnels du mouvement de libération des femmes, qui encourageait, lui aussi, une réflexion critique. Le credo féministe « Le personnel est politique » s’accordait merveilleusement bien avec des pratiques ethnographiques, lesquelles proposent des outils pour fouiller des univers quotidiens de significations et de pratiques sociales et peuvent être liées à des forces structurelles et historiques plus étendues. À la fin des années 1960 et tout au long des années 1970, près de la moitié des étudiant·e·s de troisième cycle au sein du Département de sociologie à Brandeis étaient des femmes – une proportion beaucoup plus élevée que dans d’autres programmes d’études supérieures dans le même domaine – et elles ont tissé des liens de soutien réciproque. Durant cette période, Brandeis a produit plus de sociologues féministes per capita parmi les étudiant·e·s de troisième cycle que tout autre programme d’études supérieures en sociologie dans le pays (Thorne, 1997). Le département grouillait d’idées créatives, dont beaucoup développées par des groupes d’étudiant·e·s soutenus par nos professeurs, que nous contestions aussi.

12En 1967, je me suis associée avec d’autres étudiant·e ·s de Brandeis pour contester activement la guerre menée par les États-Unis au Vietnam. Je suis devenue active, dans la région de Boston, dans le mouvement de résistance à la conscription qui organisait des manifestations et encourageait vivement les jeunes hommes à résister à l’enrôlement militaire. J’ai décidé d’écrire ma thèse de doctorat sur ce mouvement, mélangeant activisme et recherche. Cela représentait une approche peu orthodoxe, encouragée par mon directeur de thèse, Everett Hughes, à la condition que je demeure réflexive sur ma position d’activiste. La résistance à la conscription et le mouvement contre la guerre m’ont mise en contact avec les idées de libération des femmes et j’ai contribué à créer un groupe de prise de conscience qui a ensuite intégré Bread and Roses, une organisation féministe-socialiste basée à Boston et active entre 1969 et 1972. De nombreux projets politiques et éducatifs ont été initiés grâce à Bread and Roses, dont le Boston Women’s Health Collective, qui a produit Our Bodies, Ourselves, un guide pratique et critique sur la santé des femmes.

13Des petits groupes de prise de conscience de tous types florissaient pendant cette période. En 1970, je suis devenue membre d’un groupe mères-filles à Cambridge, Massachusetts, qui avait ses origines dans le constat que la littérature sociologique et psychologique sur les relations familiales faisait valoir les pères et les fils (l’essence des transitions patriarcales) et les dyades œdipiennes (mères-fils, pères-filles), mais négligeait les mères et les filles. Nous avons fouillé dans nos propres expériences afin de générer des ressentis communs. Nos discussions ont lancé la recherche de Nancy Chodorow sur la reproduction et la maternité ; nos rencontres hebdomadaires ont aussi produit une nouvelle, qui a été publiée, de même qu’un projet de film.

14Quelle a été, selon toi, ta plus grande contribution à la sociologie du genre ?

15Outre mon enseignement auprès de nombreux étudiant·e·s, je pense que mon livre Gender Play (1993) constitue ma contribution la plus créative et la plus influente. Le fait de devenir mère moi-même m’a sensibilisée au fait que, dans les sciences sociales, les suppositions sont axées sur les adultes et m’a ouvert les yeux sur les façons dont les enfants exercent leur agentivité et développent leurs propres perspectives et univers de signification. En 1976, j’ai commencé un travail de terrain dans une école primaire publique afin d’avoir un accès aux enfants et à leurs pratiques. En gardant à l’esprit les questions de genre, j’ai exploré les mondes que les enfants créent dans la cour de récréation et dans des espaces plus cachés, tels que les salles de classe, les couloirs et la cantine scolaire. Dans un contexte marqué par le structuralisme, j’ai mis du temps à prendre position et à affirmer que les enfants participent activement non seulement à la reconduction des structures et significations de genre, mais aussi à des processus de changement. Cela m’a menée vers la « nouvelle » sociologie de l’enfance, une approche qui commençait à se répandre en Europe au cours des années 1980, et j’ai commencé à tisser des liens avec des universitaires en Scandinavie et au Royaume Uni.

16L’article de 1985 que j’ai publié avec Judith Stacey sur « The Missing Feminist Revolution in Sociology » et ses mises à jour par la suite (Stacey et Thorne, 1996 ; Thorne, 2006) a aussi été l’une de mes contributions déterminantes. Judy et moi avons commencé à observer et à discuter le succès relatif de la théorisation féministe dans des disciplines académiques diverses. Au milieu des années 1980, les universitaires féministes ont bouleversé les idées reçues dans les domaines de l’anthropologie, de la critique littéraire et de l’histoire, mais les économistes féministes, qui ont aussi développé des critiques contre les paradigmes de la discipline, n’ont pas vraiment réussi à changer les cadres théoriques dominants. Judy et moi avons étudié les différents moyens par lesquels le domaine de la sociologie récupérait les idées féministes, par exemple en saisissant le genre comme une variable et non en l’utilisant comme un prisme théorique ou encore en freinant plutôt qu’en intégrant les critiques des théories marxistes-féministes. Tout en continuant avec audace d’évaluer des disciplines entières, en 1996 nous avons pu constater le progrès réalisé par les idées féministes et les théories de genre au sein de la sociologie états-unienne. De plus, nous avons commencé à souligner l’importance des espaces interdisciplinaires – tels que les études genre et les études sur les femmes, les ethnic studies et les cultural studies – en tant que lieux de ferment intellectuel et de critique (Thorne, 2006).

17Dans « Gender Play », tu décris le genre comme « fluide ». Peux-tu expliquer ce que tu entends par ce terme ?

18« Fluide » signifie qu’au lieu d’être compris comme un binaire fixe, le genre fluctue au niveau de son organisation, sa pertinence et sa signification. Cette approche est associée au poststructuralisme, mais je l’ai d’abord découverte grâce à la recherche empirique, grâce aux méthodes ethnographiques et interprétatives. Durant mon observation dans les deux écoles où étaient basées mes recherches, j’ai remarqué que les pratiques et significations quotidiennes des enfants non seulement reproduisaient, mais aussi perturbaient les compréhensions fixes et catégoriques du genre. Plus tard, des critiques postmodernes du discours essentialiste sur le genre ont validé et renforcé ma vision ethnographique et m’ont aidée à avancer dans l’écriture de mon livre.

19Comment es-tu venue au concept de « borderwork » ?

20Lorsque je travaillais sur Gender Play, j’ai commencé à chercher un concept qui articulerait mon constat que les filles et les garçons interagissaient parfois de manière à renforcer plutôt qu’à affaiblir les frontières de genre. En travaillant avec les notes de terrain que j’avais rédigées dans les cours de récréation, j’ai tracé ce que Goffman appelait l’« ensemble et à part » de la séparation de genre. Les filles et les garçons jouaient souvent dans des groupes séparés (« à part ») et parfois elles et ils se fréquentaient d’une façon détendue qui soulageait les tensions entre les deux groupes (« avec »). Mais, à quelques occasions, les garçons et les filles interagissaient de façon à renforcer au lieu de diminuer les frontières de genre, par exemple quand elles et ils jouaient à des jeux mixtes de poursuite entrecroisés de taquineries et de langage du sexe opposé (« cette fille me poursuit ! ») qui donnaient l’impression d’être dans deux camps opposés. La lecture des propos de l’anthropologue Frederick Barth sur les frontières ethniques m’a aidée à développer le terme « borderwork » : le travail sur les frontières.

21Au cours de ta carrière, tu as beaucoup œuvré pour intégrer la pensée féministe dans la sociologie conventionnelle. En 2002, tu as obtenu le Jessie Bernard Award de l’American Sociological Association, accordé chaque année en reconnaissance d’un travail érudit qui a élargi les horizons de la sociologie de manière à mieux couvrir la place des femmes dans la société. Pourrais-tu décrire certaines des stratégies que tu as mises en œuvre pour accomplir ce précieux travail ?

22Il serait plus juste ici d’utiliser le « nous », car l’effort d’introduire les idées et les pratiques féministes dans la sociologie a toujours été et continue à être un projet collectif. Au cours des quatre dernières décennies, des sociologues féministes ont cherché à changer la sociologie conventionnelle au moyen d’une critique des limites et des déformations des cadres théoriques traditionnels et la création de nouvelles formes de connaissance. Les sociologues féministes se sont toujours appuyées sur et ont dialogué avec d’autres types de sociologie ; nos perspectives se distinguent par leur façon de garder à l’esprit la diversité des vies et des expériences des femmes et de se servir du genre comme outil d’analyse.

23Diverses branches du mouvement des femmes ont fourni des éclairages utiles à la recherche et aux théories sociologiques. Les racines marxistes du féminisme-socialiste ont rendu ces outils politiques et intellectuels particulièrement intéressants pour des projets sociologiques. Mais nous sommes aussi redevables aux idées du féminisme radical, en commençant par Shulamith Firestone et en passant par les travaux ultérieurs des théoriciennes telles qu’Adrienne Rich, Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon. L’articulation de cette perspective a contribué à solidifier le féminisme (dont le « féminisme-socialiste ») et à mettre en pleine lumière des questions comme le viol, le harcèlement sexuel et les violences conjugales. Les sociologues du genre ont fourni un travail précieux en éclairant ces questions, tout comme l’aspect genré du travail, de la médecine, de l’éducation, des politiques publiques et de plein d’autres espaces de la vie sociale.

24Les sociologues féministes états-uniennes ont développé une infra-structure pour un soutien réciproque et une mobilisation politique, à la fois au sein et en dehors de la discipline, en créant des organisations comme la Sex and Gender Section de l’American Sociological Association et Sociologists for Women in Society (SWS [www.socwomen.org]), une organisation féministe autonome qui encourage de nombreuses formes d’activisme. Avec beaucoup d’autres groupes moins formalisés et des réseaux, ces organisations fournissent des espaces qui permettent aux chercheuses féministes de tester des idées, d’exposer des thématiques et d’obtenir du soutien pour intégrer des institutions et y développer des carrières. Nous avons nos revues spécialisées en sociologie féministe, notamment Gender & Society, sponsorisée par SWS ; des sociologues féministes publient également des articles dans des revues interdisciplinaires, telles que Signs et Feminist Studies, fournissant une multitude de matériaux pour la recherche et l’enseignement.

25La construction institutionnelle du féminisme a aussi eu lieu au niveau local, avec la création des départements d’études genre et d’études sur les femmes, des programmes et des instituts de recherche dans l’enseignement supérieur et les universités partout aux États-Unis. Souvent, les sociologues du genre relient leurs départements aux espaces interdisciplinaires ; un certain nombre, comme moi-même, ont des postes doubles. Pour reprendre une métaphore dont j’aime me servir depuis longtemps, ces espaces universitaires féministes sont des oasis dont nous pouvons nous servir pour irriguer les déserts qui les entourent, créer des outils de survie et nourrir la prochaine génération de chercheur·e·s et de professeur·e·s.

26Le symposium sur Dorothy Smith, que tu as organisé conjointement avec Barbara Laslett et publié dans « Sociological Theory » en 1992, a aussi bousculé la sociologie conventionnelle, n’est-ce pas ?

27À l’époque fougueuse de la deuxième vague du féminisme, nous avons organisé ce que nous appelions en anglais des « zap actions ». Par exemple, en 1970, un cinéma d’art et d’essai de Cambridge passait de la pornographie, justifiant prétentieusement que le cycle avait été conçu pour étudier les formes esthétiques d’un genre particulier du cinéma. Les femmes de notre groupe de prise de conscience, Bread and Roses, y voyaient davantage une occasion pour les garçons excités de Harvard de voir du porno sous un prétexte intellectuel fallacieux. Nous avons alors trouvé de jeunes hommes faisant la queue devant le cinéma et leur demandions : « Ta mère sait que tu es là ? » et « À ton avis, comment le porno traite-t-il les femmes ? » [rires] Nous avions aussi des autocollants avec les mots « C’est une insulte aux femmes ! » que nous collions sur les publicités sexistes dans les espaces publics et, à une occasion, nous avons peint à la bombe la voiture d’un harceleur sexuel très connu ! [rires]

28Le symposium sur les apports théoriques de Dorothy Smith était une zap action intellectuelle. Depuis de nombreuses années, un groupe de sociologues féministes avait cherché à pousser l’American Sociological Association (ASA) à mieux reconnaître la théorie féministe et à instaurer un dialogue avec elle dans sa Theory Section et sa revue. Pour y arriver, nous étions plusieurs à intégrer la Theory Section et à y jouer un rôle actif. Barbara Laslett et moi avons décidé que Dorothy Smith – une sociologue féministe de la même époque et une théoricienne féministe qui avait établi un dialogue génératif avec le marxisme, la phénoménologie et l’ethno-méthodologie – était la chercheuse idéale à promouvoir dans notre tentative d’irriguer cette sphère aride. Nous avons convaincu la chaire de la section théorique de parrainer une séance de l’ASA centrée sur les travaux pratiques de Smith (les contributions ont été publiées par la suite dans Sociological Theory, Laslett et Thorne, 1992). La séance suivait une autre séance théorique, très terne, marquée par des interventions presque exclusivement masculines auprès d’un public qui était principalement composé d’hommes ; ils furent nombreux à partir plutôt qu’à rester pour notre séance. La différence d’ambiance était phénoménale : la première séance s’éternisait dans sa monotonie ; la nôtre débordait de joie et de rires. Un engagement passionné est plus éloquent que tout.

29Tu as aussi recommandé que le livre « Our Bodies, Ourselves » soit reconnu comme un des livres les plus influents de la sociologie.

30C’était une zap action réalisée en 1995, que j’ai entreprise avec une historienne sociale féministe, Linda Gordon, une consœur de l’époque de Bread and Roses à Boston. Au milieu des années 1990, Linda et moi étions toutes deux membres du comité de rédaction de Contemporary Sociology, la revue de l’ASA qui publie des comptes rendus critiques de travaux de sociologie. Pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la revue, le rédacteur en chef, Dan Clawson, a organisé un forum qui rassemblait des essais sur les dix livres les plus influents en sciences sociales au cours des vingt-cinq années précédentes. Les 28 membres du comité de la revue ont tous sélectionné des livres et Dan a dressé la liste des résultats. Les livres les plus souvent cités comprenaient seulement deux ouvrages écrits par des femmes (Nancy Chodorow ; Theda Skocpol). Le seul livre féministe était The Reproduction of Mothering de Chodorow. Les livres cités en premier (Braverman, Geertz, Bourdieu, Said et Foucault) relevaient principalement de la théorie sociale. Et pourtant, comme Dan Clawson l’a constaté en présentant le forum, entre 1971 et 1996, c’est le féminisme qui, plus que tout autre facteur, a généré des transformations dans les sciences sociales. Linda Gordon et moi trouvions que les nombreux changements déclenchés par le féminisme devaient être pleinement reconnus et nous avons suggéré que Our Bodies, Ourselves soit placé parmi les dix premiers livres. Dan en a pris la décision en tant que rédacteur en chef de la revue, une décision qui a suscité la polémique. Dans notre essai (Gordon et Thorne, 1996), Linda et moi avons soutenu que Our Bodies, Ourselves démontre l’influence transformatrice du féminisme sur la connaissance à la fois populaire et universitaire. Il a ouvert la porte à une reconnaissance de la construction politique des corps, longtemps avant Foucault, et illustre la production collective de nouvelles connaissances dans le contexte des mouvements radicaux, à la différence du canon androcentré bâti par des « stars de la théorie » du monde académique.

31En revenant sur l’ensemble de ton travail critique des quarante dernières années, comment vois-tu ces combats ?

32Dans l’ensemble, cela est plutôt satisfaisant. Il reste beaucoup de problèmes dans le monde des femmes (et des hommes), surtout ceux liés au capitalisme mondialisé, au militarisme et à l’environnement, qui se dégrade. Mais nous avons fait des progrès en augmentant la visibilité des personnes marginalisées, de leur point de vue et de leurs problèmes. En revanche, il faudra être plus attentif aux relations entre le féminisme intellectuel et l’action militante. Le travail universitaire aux États-Unis, y compris le travail féministe, est beaucoup trop renfermé sur lui-même ; nous avons besoin de tisser des liens transnationaux plus forts.

33Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir occupé une série de postes en prétitularisation conditionnelle, certains avec des doubles affiliations en sociologie et en études genre et études sur les femmes. Quand je fais le bilan du paysage intellectuel local, je suis inquiète de la montée du contrôle des disciplines : par exemple, le Département de sociologie à UC Berkeley, connu depuis longtemps pour son éclectisme intellectuel et son appui à la sociologie publique, se professionnalise de plus en plus. Quand j’ai intégré la faculté, en 1995, 6 des 28 membres du corps enseignant en prétitularisation conditionnelle s’étaient spécialisés dans le thème du genre. En raison de départs à la retraite et d’un refus injustifié de titularisation, nous ne sommes aujourd’hui plus que trois, dont deux travaillent dans le département à mi-temps, et moi qui pars bientôt à la retraite. Certains membres du corps enseignant du Département de sociologie sont ouvertement hostiles à la sociologie féministe et ont bloqué nos efforts pour remplacer les sociologues du genre qui sont parties. D’un point de vue global et national, les sciences sociales féministes continuent à progresser et à se modifier au gré des nouvelles évolutions politiques et intellectuelles, mais il y a aussi des réactions d’hostilité.

34J’aimerais aussi noter que le Département des études genre et des études sur les femmes à l’UC Berkeley est en plein essor. Quand je suis arrivée il y a dix-sept ans, le département comportait moins de personnes, tous sauf une avec une double affiliation. Quand je suis devenue directrice du département, j’ai vu que les programmes d’études genre et d’études sur les femmes exigeaient un noyau dur de professeur·e·s à plein temps et très engagé·e·s dans le travail interdisciplinaire. Nous avons convaincu la direction de l’université de ce besoin de postes à plein temps et, aujourd’hui, nous avons six professeures travaillant à plein temps et trois avec une double affiliation. La prochaine génération de professeures en études genre et en études sur les femmes travaillent sur des études interdisciplinaires passionnantes et nous avons des liens étroits au niveau politique, intellectuel et organisationnel avec les études LGBT, les études afro-américaines et les ethnic studies, ce qui nourrit notre objectif commun de comprendre le genre dans son articulation avec d’autres rapports de pouvoir. Le département des études genre et des études sur les femmes de Berkeley a des spécialités fortes en théorie queer et féminisme transnational. En tant que féministe plus âgée de la deuxième vague, j’ai beaucoup appris en participant aux combats et à l’énergie créative liés aux transitions générationnelles.

35La créativité est clairement un thème qui anime ton travail et ton enseignement. Pourrais-tu nous dire comment tu vois son rôle dans des espaces interdisciplinaires comme les départements en études genre ?

36Je vois les espaces interdisciplinaires, tels que les départements d’études genre, comme des oasis qui servent à irriguer différents déserts. L’image des actions « irriguer » et « nourrir » décrit également ce qui se passe dans l’enseignement des idées féministes. Pour changer de métaphore, quand elles et ils sont exposé·e·s aux positions féministes, les étudiant·e·s s’enflamment souvent et développent un engagement intellectuel et personnel. Cela est en partie dû au fait que les thèmes et les idées féministes touchent à leur expérience, mais aussi parce que les idées s’étendent sur de nouveaux terrains. Les mouvements sociaux qui rompent avec les idées du passé produisent souvent de la créativité.

37La créativité et l’engagement peuvent aussi être déclenchés quand on tombe sous le charme d’une discipline, ce qui m’est arrivé quand j’ai découvert l’anthropologie et la sociologie ; elles m’ont ouvert les yeux et j’ai vu de nouvelles choses. Mais, après quarante ans dans le monde universitaire, j’ai aussi vu comment les disciplines peuvent devenir en quelque sorte des mots croisés, chacune indépendante, le travail intellectuel jouant le rôle de simple brassage des pièces déjà en place. Les disciplines – et la culture universitaire en général – sont aussi des lieux de construction de statut : on développe son CV, on se fait publier, on regarde le nombre de ses citations et on se fait du souci, du souci et encore du souci sur son classement. Ces pratiques brisent la créativité !

38Je pense souvent aux interrogations de mon défunt mari, Peter Lyman, sur les conditions favorisant la créativité. Nous devrions nous pencher plus attentivement sur cette question. L’enseignement peut ouvrir des espaces de créativité, en faisant appel à une approche ludique des idées. J’aimerais que les départements aillent davantage dans ce sens.

39Je trouve ta façon d’enseigner très inspirante : tu parviens à donner aux étudiant·e·s le pouvoir de penser de manière critique et de s’exprimer. Cela pourrait être perçu comme une autre forme de féminisme en action. Tu as reçu cinq prix pour ton accompagnement et ton enseignement de différentes universités et d’associations professionnelles et tu as contribué à la littérature sur la pédagogie féministe. Pourrais-tu partager tes réflexions sur l’enseignement ? Comment as-tu développé tes méthodes pédagogiques ?

40Quand j’ai débuté dans l’enseignement, j’ai longuement réfléchi à mon expérience personnelle dans des salles de classe et avec des enseignant·e·s que je trouvais autonomisants, ludiques et stimulants, par rapport à celles et ceux que je trouvais ennuyeux, troublants et/ou autoritaires. Peu après l’obtention de mon premier poste universitaire, à l’Université d’État de Michigan, une collègue féministe a proposé que nous assistions aux cours des autres pour voir comment elles et ils enseignaient. Je me suis rendue compte à ce moment-là que mon modèle d’un·e bon·ne enseignant·e était un homme très performant et autoritaire, qui prenait beaucoup d’espace quand il parlait. Comme ma consœur et moi l’avons constaté, les femmes le plus souvent ne bougeaient pas, se cachant presque derrière le podium.

41Au cours de mes premières années d’enseignement à la faculté, j’ai collaboré avec Nancy Henley, une psychologue féministe, à une étude sur les schémas genrés dans la communication verbale et non verbale (Thorne et Henley, 1975). Ce travail m’a rendue attentive à la dynamique genrée des salles de classe, tels que l’aménagement spatial et la répartition des places, les schémas de prise de parole et de silence ou les différentes combinaisons entre intervention et discussion. J’ai réfléchi à ma propre expérience quand j’étudiais à la fac où j’étais réduite au silence et où j’avais peur de prendre la parole. Cela alors que les autres – presque toujours des hommes – se sentaient autorisés à dire tout ce qui leur passait par la tête, même s’ils n’avaient pas fait la lecture préparatoire. Je me suis promise que cela n’arriverait jamais dans mes cours. Plus facile à dire qu’à faire.

42Dans mes cours auprès des étudiant·e·s de premier cycle, j’ai parfois lancé des discussions sur la prise de parole et le silence. Il arrive que des étudiant·e·s offrent des tranches d’autobiographie, décrivant leurs propres trajectoires en termes de répartition des places (devant, sur le côté, derrière) et de participation. J’encourage les étudiant·e·s silencieux à s’exprimer (« Si on écoutait les étudiant·e ·s qui n’ont pas encore parlé ? »). Si possible, j’essaie de réaménager les chaises en cercle et, pour les classes plus petites, autour d’une table rectangulaire, je m’assois sur le côté plutôt qu’au bout, pour qu’il y ait plus de chance que les participant·e·s dispersent leurs regards. Des études empiriques sur les grandes classes ont montré qu’après avoir posé une question, l’enseignant·e regarde souvent celles ou ceux qui ont déjà parlé, leur donnant ainsi le signal de reprendre la parole. Si l’on essaie de regarder une autre partie de la salle et qu’on repère quelqu’un·e qui semble vouloir dire quelque chose, on peut parfois les aider à libérer leur parole et à s’exprimer davantage. Mais il est important de ne pas humilier les étudiant·e·s ou les mettre sur la sellette. Si je suis devant une classe d’une cinquantaine d’étudiant·e·s ou moins, je leur demande de se présenter. Parfois, je leur demande de faire une étiquette avec leur nom. Dans les classes aux grands effectifs, je demande aux étudiant·e·s de dire leur prénom avant de parler. Ce sont des efforts pour faire en sorte qu’elles et ils se sentent présent·e·s et reconnu·e·s. Pendant les cours et les discussions, je partage souvent des détails et des récits de ma vie personnelle ; je cours le risque de trop partager et mes enfants ne l’ont pas toujours apprécié ! [rires] Je me dis que si je me rends vulnérable, les autres pourront faire de même. Mon but principal est de rendre les salles de classe plus personnelles et plus accessibles.

43Que dire de ton usage de l’humour ? Je n’ai jamais autant ri dans un cours.

44Je ne le fais pas exprès. Je suis contente quand les gens disent que je fais rire, mais je ne me vois pas comme une humoriste ! [rires] Mais j’ai, en effet, un sens de l’ironie à l’égard de certaines choses qui arrivent dans la vie et surtout dans le monde universitaire. Je trouve qu’il est utile de cultiver ce genre de sensibilité, car nos journées sont souvent si inutilement sérieuses et empreintes d’anxiété. L’humour, quand il n’est pas agressif, crée la convivialité. J’aime m’amuser quand j’enseigne.

45Tu vas prendre ta retraite l’été prochain. À quoi cela va-t-il ressembler ?

46Je ressens une certaine ambivalence au sujet de ma retraite, mais l’heure est certainement venue – j’aurai 70 ans au mois de mai 2012. Je fais des efforts pour anticiper l’idée de la retraite avant l’heure. Maintenant, c’est à la prochaine génération de prendre pleinement sa place et, étant donné les moyens de plus en plus limités dans l’enseignement supérieur aux États-Unis, je trouve l’idée de continuer à toucher un salaire moralement contestable.

47Après ma retraite, je continuerai à écrire des textes universitaires et je m’engagerai encore plus dans les actions organisées pour éviter la privatisation de l’éducation publique. En 2009, quand l’actuelle crise budgétaire s’est emballée, j’ai participé à la création d’un groupe de professeur·e·s de l’UC Berkeley qui s’appelle SAVE. Nous avons rédigé des prises de position et avons cherché à adresser des critiques aux médias sur la privatisation de l’éducation publique. Nous avons aussi travaillé avec des étudiant·e·s et des syndicats pour l’organisation de manifestations contre les réductions budgétaires et la montée en flèche des frais de scolarité. Nous avons déjà eu plusieurs débats animés au niveau du Sénat académique au sujet de la collaboration de l’université avec des grandes entreprises telles que Novartis et British Petroleum, une situation qui limite la liberté universitaire et favorise la privatisation grandissante des universités publiques. La présidence de l’Université de Californie, qui gère les dix campus de l’université, ne compte que quatre salarié·e·s avec une formation universitaire. Il y a en revanche des juristes et plein de personnes du monde du commerce ou de la gestion, ce qui érode les valeurs universitaires. Telles sont certaines des questions que notre groupe politique essaie d’aborder. Nous travaillons avec les étudiant·e·s et les employé·e·s (dont beaucoup sont syndiqué·e·s) sur notre campus et nous tissons des liens plus étroits avec des activistes sur les autres campus, les collèges communautaires, l’Université d’État de Californie et des enseignant·e·s des écoles publiques primaires et secondaires. Nous espérons aussi nous adresser aux parents. C’est le genre d’action que nous aimerions organiser et nous avons beaucoup de chemin à faire dans notre quête pour préserver et redynamiser les institutions qui travaillent dans l’intérêt public plutôt que privé.

48Mes recherches de terrain dans des écoles publiques de Californie m’ont sensibilisée aux conditions qui s’y dégradent, aux écarts grandissants entre les classes sociales et aux besoins non satisfaits des enfants et des jeunes issu·e·s de familles immigrées et de revenus modestes. Je tiens à l’éducation publique et, après ma retraite, j’aurai plus de temps pour me dévouer à ces luttes politiques. J’espère aussi pouvoir mener une vie plus calme et m’épanouir dans de nouvelles choses. Je passerai plus de temps avec mon fils et ma fille et leurs familles, y compris mes trois petits-enfants. Je suis reconnaissante d’avoir beaucoup d’ami·e·s et une famille, ce qui me fait revenir au tout début de notre conversation.

Références

  • Gordon, Linda et Barrie Thorne (1996). « Women’s bodies and feminist subversions ». Contemporary Sociology, 25 (3), 322-325.
  • Laslett, Barbara et Barrie Thorne (Éds) (1992). « Considering Dorothy Smith’s social theory : A symposium ». Sociological Theory, 10, 60-98.
  • Stacey, Judith et Barrie Thorne (1985). « The missing feminist revolution in sociology ». Social Problems, 32 (4), 301-316.
  • Stacey, Judith et Barrie Thorne (1996). « Is sociology still missing its feminist revolution ? ». The ASA Theory Section Newsletter, 18, 1-3.
  • Thorne, Barrie (1993). Gender Play. Girls and Boys in School. New Brunswick, NJ : Rutgers University Press.
  • Thorne, Barrie (1997). « Brandeis as a generative institution : Critical perspectives, marginality, and feminism ». In Barbara Laslett et Barrie Thorne (Éds), Feminist Sociology : Life Histories of a Movement (pp. 1-27). New Brunswick, NJ : Rutgers University Press.
  • Thorne, Barrie (2006). « How can feminist sociology sustain its critical edge ? » Social Problems, 53, 473-478.
  • Thorne, Barrie et Nancy Henley (Éds) (1975). Language and Sex : Difference and Dominance. Rowley, MA : Newbury House.

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Date de mise en ligne : 17/07/2015

https://doi.org/10.3917/nqf.312.0102