Sursaut antiféministe dans les salons parisiens
Pages 88 à 100
Citer cet article
- ROSENDE, Magdalena,
- PERRIN, Céline,
- ROUX, Patricia
- et GILLIOZ, Lucienne,
- Rosende, Magdalena.,
- et al.
- Rosende, M.,
- Perrin, C.,
- Roux, P.
- et Gillioz, L.
https://doi.org/10.3917/nqf.223.0088
Citer cet article
- Rosende, M.,
- Perrin, C.,
- Roux, P.
- et Gillioz, L.
- Rosende, Magdalena.,
- et al.
- ROSENDE, Magdalena,
- PERRIN, Céline,
- ROUX, Patricia
- et GILLIOZ, Lucienne,
https://doi.org/10.3917/nqf.223.0088
Notes
-
[1]
Élisabeth Badinter est non seulement l’épouse de Robert Badinter, avocat, ancien ministre de la Justice et sénateur, mais aussi fille et héritière du fondateur de Publicis Groupe SA, quatrième groupe mondial de communication. Hervé Le Bras est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques et directeur du Laboratoire de démographie historique (CNRS-EHESS), laboratoire dans lequel Marcela Iacub est chargée de recherche.
-
[2]
Pour reprendre le titre de l’ouvrage de Mona Ozouf : Les mots des femmes. Essai sur la singularité française (1995). Avec cet essai, l’autrice a ouvert une porte à la comparaison entre les « modèles » français et américain, suggérant que les hommes et les femmes, en France, entretiennent des relations sans agressivité, reposant davantage sur la séduction et l’échange que sur l’affrontement.
-
[3]
Il s’agit de l’enquête Enveff, que l’équipe de recherche vient de publier à la Documentation française (Jaspard et al., 2003).
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[4]
Petit extrait de l’appel au congrès : « … Aujourd’hui combien d’hommes innocents sont en prison à cause de plaintes mensongères et de juges partiaux (plusieurs études démontrent que 40 % des plaintes seraient fausses) ? Combien d’enfants sont privés de leur père, dressés contre lui et pris en otages, perdant un repère essentiel, et sont fragilisés dans leur capacité à faire face à la vie ? Combien d’hommes dépouillés de leur argent et pire, de leur dignité, par des femmes parfois organisées en bandes dans ce but ? Et qui demandera sur les plateaux de télévision du respect au public féminin qui hue régulièrement les hommes ?… » Face à une telle aubaine, la presse suisse, grâce à des journaux comme Le Temps, Le Matin et Dimanche.ch, ne s’est pas privée de nous inonder de ces « paroles d’hommes ».
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[5]
Nouvelles Questions Féministes a d’ailleurs sorti un numéro sur ce thème l’année dernière (N° 21/3, 2002 : « Les répertoires du masculin »), et un autre en 1998, avec la revue Recherches Féministes (N° 19/2-3-4 : « Ils changent, disent-ils »), mais ce n’est pas ce genre de publications que la presse populaire privilégie.
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[6]
Citons pêle-mêle les résistances et attaques diverses contre le droit à l’avortement et à la contraception, les campagnes vantant les mérites de l’abstinence ou les moyens de « guérir » l’homosexualité, la persistance des discriminations salariales en dépit des législations sur l’égalité professionnelle, le diktat de l’esthétique, ou, en Suisse, le refus d’introduire une assurance maternité.
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[7]
Voir notamment le chapitre de Bard consacré aux antiféminismes de la deuxième vague (1999 : 301-328).
-
[8]
Voir Judith Ezekiel (1996). Christine Delphy (1993) a fait par ailleurs une analyse très pertinente de la misogynie de l’intelligentsia française pendant l’affaire Hill-Thomas, article où elle épinglait déjà Élisabeth Badinter.
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[9]
Badinter recourt d’ailleurs à la même logique de pointage en ce qui concerne les associations : elle s’attaque nommément à plusieurs reprises au Collectif féministe contre le viol, notamment pour mettre en avant la non-légitimité des chiffres qu’il avance. Mais ne s’agit-il pas de manière sous-jacente d’entamer la crédibilité de l’ensemble des associations qui prétendraient être d’utilité publique dans le domaine ?
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[10]
Se référer à l’article de Patrizia Romito dans ce numéro.
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[11]
Selon l’enquête Enveff, 24,2 % des femmes en France ont été confrontées dans l’année écoulée à des violences psychologiques exercées par leur conjoint, 2,5 % à des violences physiques, et 0,9 % à des violences sexuelles (Jaspard et al., 2003 : 61).
1Le battage médiatique autour du livre d’Élisabeth Badinter, Fausse route (2003), et de l’article « Homo mulieri lupus ? » qu’ont écrit Marcela Iacub et Hervé Le Bras dans Les Temps Modernes (N° 623, février-avril 2003) nous contraint à intervenir pour rectifier un certain nombre d’idées reçues présentées comme réflexions philosophiques ou scientifiques. Se réclamant d’un universalisme au nom duquel il faudrait se préoccuper du sort des hommes dans ce monde où l’on a tant fait pour les femmes, ces auteur·e·s ont entrepris de faire le procès public des féministes, celui des militantes comme celui des chercheuses. Sans en débattre, faut-il le préciser, avec les accusées – bien que cela eût été possible, voire souhaitable, mais difficile certes pour des auteur·e·s qui ne connaissent pas le terrain, celui des violences contre les femmes notamment. Par contre, leur point de vue s’est largement imposé dans la presse et sur les ondes, entravant ainsi pour un certain temps la possibilité d’un réel débat scientifique sur ces questions.
2Comment expliquer leur succès médiatique ? Tout d’abord, le statut que Badinter, Iacub et Le Bras occupent dans le champ intellectuel français leur ouvre les portes non seulement des médias écrits et parlés, mais également des salons parisiens [1]. Ensuite, enrobé d’un discours égalitariste et libéral, leur antiféminisme est plus subtil, plus discret que celui des masculinistes, très en vogue ces dernières années. Enfin, maniant avec adresse les généralisations et les raccourcis qui leur permettent de présenter une vision unilatérale et caricaturale du féminisme, les auteur·e·s vantent par exemple la « singularité culturelle » [2] française et dénoncent la montée de l’ordre moral qui nous viendrait des États-Unis. Les médias n’avaient plus qu’à se saisir de leur rhétorique, attirés par la polémique que ces publications étaient susceptibles de provoquer.
L’égalité est derrière nous
3La tentative du trio de jeter le discrédit sur le féminisme en général, et sur la première enquête française concernant les violences faites aux femmes [3] en particulier, est d’autant plus grave qu’elle s’inscrit dans une période historique marquée par la croyance que l’égalité entre les sexes est acquise et que les inégalités restantes ne sont plus structurelles, mais résiduelles. Plus encore, certain·e·s considèrent que les femmes ont pris le pouvoir et que les hommes ne savent plus ni qui ils sont, ni comment faire pour retrouver les droits dont ils estiment avoir été destitués au profit de ceux que les femmes auraient (injustement) conquis.
4Au cœur des discours masculinistes portés par des groupes d’hommes de plus en plus offensifs (Bouchard, 2003), ce « malaise des hommes » trouve des oreilles fort attentives : en décembre 2002, Le Nouvel Observateur (N° 49) sortait un hors-série sur « L’aventure de la paternité » ; en janvier 2003, Le Monde de l’Éducation (N° 310), inquiet pour tous ces garçons qui réussissent moins bien leur scolarité que les filles, titrait en première page « Mixité : il faut sauver les garçons ». À l’occasion du 8 mars 2003, l’hebdomadaire féminin Elle (N° 2984) prenait en charge l’organisation des « États généraux de l’homme », répercutant le « cri de rage » sorti de « ce qu’ils ont à nous dire … », et Genève accueillait de son côté le Premier congrès international de la condition masculine, intitulé « Paroles d’hommes » [4]. Bien loin des éclairantes recherches et réflexions théoriques sur la masculinité [5], de telles interventions médiatiques utilisent ce thème pour propager des discours clairement antiféministes (Bouchard, Boily et Proulx, 2003). Certain·e·s intellectuel·le·s les reprennent sans vergogne. C’est le cas de Badinter, Iacub et Le Bras : leur réflexion n’est pas restée insensible aux lamentations masculinistes et cautionne le statu quo voire le retour en arrière, arrivant à point nommé dans un contexte de backlash (Faludi, 1992) où les assauts antiféministes se multiplient [6].
5Il faut dire aussi que le phénomène n’est pas nouveau : comme Christine Bard (1999) l’a fort bien montré dans Un siècle d’antiféminisme, la levée de boucliers contre les mesures progressistes a des précédents historiques ; chaque étape de l’émancipation des femmes s’accompagne de sursauts d’antiféminisme [7]. Largement répandu dans tous les milieux, de droite comme de gauche, ce mouvement s’alimente en France d’un anti-américanisme prononcé, la France étant présentée comme une exception culturelle dans le monde occidental qui échapperait aux avatars du patriarcat [8]. Pour les tenant·e·s de ce discours, le féminisme contemporain alimente la « guerre des sexes » censée faire rage de l’autre côté de l’Atlantique.
Outils de l’antiféminisme actuel : anti-américanisme et amalgames
6L’antiféminisme a plusieurs outils à sa disposition, les plus utilisés étant le recours aux généralisations hâtives et aux amalgames, la manipulation des arguments et des faits, confortant ainsi le sens commun. Si Badinter laisse croire, dans un premier temps, à une réflexion fondée sur la littérature féministe, trois constats s’imposent au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture :
- son argumentation s’appuie surtout sur des articles de presse et des débats télévisés ;
- elle a mal lu une bonne partie des écrits qu’elle condamne, en particulier ceux d’Andrea Dworkin et de Catharine MacKinnon ;
- elle a « oublié » d’exploiter les travaux des principales théoriciennes francophones du féminisme radical anti-essentialiste, par exemple Christine Delphy, Colette Guillaumin et Nicole-Claude Mathieu (tout juste citées par Badinter : 63), probablement parce qu’elle ne voyait pas comment détourner leurs théories dans le sens qui l’arrangeait.
7L’impression finale qui se dégage de son ouvrage est celle d’un usage abusif de méthodes non scientifiques de la part d’une agrégée de philosophie. Alors qu’elle reproche aux féministes d’alimenter « une méfiance croissante à l’égard du sexe masculin » (13) au moyen d’amalgames, contradictions, omissions et généralisations, Badinter recourt à ces outils mêmes pour démontrer que le féminisme contemporain fait « fausse route ». Si elle a raison d’imputer au féminisme essentialiste le retour d’une idéologie naturaliste (quoiqu’il soit certainement faux de lui en attribuer l’entière responsabilité), elle s’égare dangereusement ensuite. Alors qu’elle signale en introduction s’attacher aux conséquences désastreuses de ce courant, elle se garde bien par la suite de préciser qu’il se limite à quelques théoriciennes, faisant ainsi l’impasse sur la diversité féministe en matière de productions théoriques et de revendications politiques. En bref, sa critique de la pensée essentialiste s’appuie principalement sur des arguments puisés dans le « discours féministe médiatisé » (20) sans jamais questionner la manière dont le féminisme est traité dans les médias. Pire, elle enrobe les arguments de ce discours d’un semblant de scientificité auquel son statut d’intellectuelle peut lui permettre de prétendre. Cet amalgame entre le traitement médiatique du féminisme et le féminisme universitaire et associatif contribue ainsi à dénigrer et incriminer le mouvement dans son ensemble.
8D’après Badinter (23-28 par exemple) et Iacub/Le Bras (126), le féminisme qui a permis la diffusion de l’idéologie « victimiste » en France trouve son origine outre-Atlantique. Plus précisément, la « nouvelle morale féministe » (Badinter : 123) qui a gagné les côtes françaises, ce féminisme qui a retrouvé « les accents moralisateurs du vieux judéo-christianisme » (119) et qui voudrait « domestiquer le désir » et « contraindre la sexualité masculine » (166), nous vient de deux « philosophies » (159) : l’essentialisme et le culturalisme, le second ayant pris le relais du premier sous « les appels répétés du féminisme lesbien et séparatiste » (159). Badinter se trompe de cible dans sa traque du féminisme essentialiste étasunien : les théoriciennes qu’elle cloue au pilori – Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon — ont développé des travaux qui s’inscrivent dans une perspective attribuant les inégalités à un système social qui crée des groupes de sexe – les femmes et les hommes – et les hiérarchise en leur assignant des fonctions, des identités et des statuts différents ; leur démarche est donc radicalement éloignée d’une orientation différentialiste et essentialiste. En outre, leurs écrits ne sont pas à l’origine des analyses auxquelles elle les associe, celles de Luce Irigaray, Antoinette Fouque et Sylviane Agacinski notamment – les tenant·e·s du « féminisme français » selon Badinter. Ainsi, l’on s’aperçoit assez rapidement que ses connaissances du féminisme radical états-unien proviennent plus d’articles de presse que de la lecture des œuvres incriminées. Son manque de rigueur scientifique ne s’arrête toutefois pas là. Dans sa quête d’un pendant féminin de la violence masculine, Badinter assoit par exemple la progression de la violence des adolescentes sur des articles journalistiques empruntés à la rubrique Faits divers. De même, un article publié par le magazine Elle l’autorise à « constater la montée en puissance de l’idéologie féministe » (182), puis à la dénoncer.
9Cherchant à démontrer le « pouvoir réel du féminisme dans des sphères de pouvoir non négligeables », Badinter mentionne pêle-mêle « l’alourdissement des peines concernant le viol », « la création de nouveaux délits sexuels », et le « vote des lois en faveur des femmes (parité ou nom patronymique) » (183). Autre aspect de la puissance de ces dernières, la magistrature se féminise à grande vitesse, les femmes devenant ainsi les juges des hommes (183). Ou encore, Badinter, et d’une manière plus voilée Iacub et Le Bras, signalent, dans la droite ligne d’un certain nombre de discours masculinistes, que les droits à l’avortement et à la contraception ont mis fin à la domination masculine et que les femmes ont un « pouvoir sans partage sur la reproduction » (Badinter : 111), que la philosophe qualifie d’« abus de pouvoir ». Enfin, alors qu’en son temps elle a fait voler en éclats le mythe de l’instinct maternel, force est de constater ici des glissements naturalistes, lorsqu’elle avance l’existence de « pulsions » (165) sexuelles pour rendre compte de la sexualité masculine et de l’impossibilité de la « domestiquer ».
10Au final, c’est le vieux mythe des femmes castratrices en puissance qui resurgit sous la plume du trio. Non seulement Badinter, Iacub et Le Bras confortent les stéréotypes traditionnels dont sont affublées les féministes, mais en renversant les thèses en présence, elles et il contribuent à invalider les luttes pour l’égalité des sexes. Plus précisément, leur rhétorique revient à dissuader les femmes de lutter, exorciser l’angoisse des hommes face à leur perte de pouvoir, et masquer la persistance du sexisme.
Le procès des victimes, ou quand dénoncer une injustice revient à infantiliser les personnes qui la subissent
11Arrêtons-nous un instant sur la notion de « féminisme victimiste », avancée de concert par Badinter (23 par exemple), Iacub et Le Bras (112). Pour dénoncer cette nouvelle posture du féminisme français, qui donnerait de la femme l’image d’un être impuissant appelant protection (Badinter : 17), le trio pointe du doigt tant les avancées légales en matière de reconnaissance du harcèlement sexuel que la démarche des associations et des chercheuses qui travaillent sur les violences envers les femmes. L’enquête Enveff est particulièrement mise à mal (voir les deux autres articles dans ce même numéro) et l’on peut se demander si, à travers elle, ce n’est pas l’ensemble des recherches sur les violences masculines qui est visé. En effet, nombre de ces enquêtes sont confrontées à l’exploration de domaines où les méthodes ne sont pas définitivement assurées (la mesure de la violence psychologique, par exemple) et où, par conséquent, l’on prend des risques. Plus encore, n’est-ce pas toute intervention des associations sur les problèmes de violences contre les femmes qui est mise en cause [9] ? Car si l’on soutient que la violence ne peut pas être mesurée par des indicateurs précis et « objectifs », l’on suggère du même coup qu’il est impossible d’agir collectivement dans le domaine. Qui tente néanmoins de le faire par le biais d’enquêtes ou d’interventions est dès lors soupçonné·e de « fabriquer » des victimes. Un bien curieux retournement, en vérité, où la mise au jour d’une injustice devient, on ne sait comment, la cause même de cette injustice ; retournement qu’on a vu aussi dans le cas de l’inceste, un mal qui serait apparu avec sa dénonciation…
12Le trio oserait-il soutenir que les lois contre le racisme, par exemple, font des personnes qui le subissent des êtres impuissants appelant protection, des êtres infantilisés de surcroît ? Dans un tel cas, nul doute qu’il serait taxé de racisme de toutes parts. Mais Badinter, Iacub et Le Bras ne sont pas taxé·e·s de sexisme (du moins pas par tout le monde), ce qui montre bien que le chemin sera encore long pour faire reconnaître le patriarcat comme élément structurant des rapports sociaux.
13Il aura pourtant fallu des années pour que la violence à l’encontre des femmes, dans les espaces professionnels, publics ou domestiques, soit révélée et dénoncée, pour qu’elle soit comprise comme un phénomène social, et non comme le résultat d’une déficience individuelle dont la victime (oui, nous utilisons et revendiquons ce terme) serait responsable. Quoi qu’en disent Badinter, Iacub et Le Bras, cette mise en lumière des victimes, et des blessures cachées et non visibles qui leur sont infligées, représente l’honneur d’une société qui refuse de continuer à se voiler la face sur une réalité quotidienne que d’aucun·e·s préféreraient oublier. Et ce sont au contraire l’occultation et le déni des violences qui contribuent à victimiser davantage les personnes qui en sont l’objet ; tou·te·s les spécialistes [10] le disent : la victime doit d’abord être reconnue comme telle pour pouvoir dépasser sa situation.
14La conviction avec laquelle le trio refuse d’admettre une telle évidence nous amène à le soupçonner d’avoir compris au moins une chose : le travail de nomination et de définition des violences est en soi une action politique et sociale (voir Smyth, 2002). Ceux et celles qui ne veulent pas que les choses changent s’attaquent donc au travail accompli en amont. Ce que font Badinter, Iacub et Le Bras de façon très sommaire : de leur point de vue, on ne peut définir par exemple la violence psychologique (vraiment trop subjective), donc « soyons autonomes », « sachons dire non », cessons de nous plaindre et de mobiliser les tribunaux, associations et pouvoirs publics. En un mot, vivons « libres » d’avoir les rapports (hétéro) sexuels que l’on veut, avec qui on veut, comme on veut, et tant pis si l’exercice de la « liberté » des un·e·s en met d’autres dans une position de faiblesse, de contrainte, de dépendance et de souffrance.
15Faut-il avoir une conception individualiste et libérale du monde, être aveugle sur les rapports de pouvoir qui traversent la société, en particulier lorsqu’il s’agit des rapports sociaux de sexe, pour prendre de telles positions ! Quand Badinter suggère que, dans une situation de harcèlement sexuel entre collègues sur le lieu de travail, la personne harcelée n’a qu’à flanquer une gifle à son agresseur (37), elle ignore (par manque d’expérience ?) ou nie (par mépris ?) les rapports de pouvoir au sein des entreprises qui délimitent le champ des réactions possibles.
« Si toutes les femmes risquent un jour d’être harcelées, elles ne disposent pas des mêmes ressources pour y faire face. Certaines parviennent immédiatement à riposter lors du premier acte déplacé, tandis que d’autres, en raison de leur statut et de leur fonction dans l’entreprise, de leur état de santé, de leur situation familiale, de leur propre perception de leur valeur ou du statut du harceleur, sont dans l’impossibilité de mettre un terme au harcèlement. »
17Il ne s’agit donc en aucune façon de dire que les femmes n’auraient pas, par essence, les moyens de se défendre, mais de prendre acte du fait que les structures sociales placent nombre d’entre elles dans des positions qui restreignent leur marge de manœuvre individuelle. Mais alors, puisque tant Iacub et Le Bras que Badinter reconnaissent l’existence de rapports de domination des hommes sur les femmes, comment expliquer leur acharnement à décrier l’élargissement de la notion de harcèlement sexuel à des rapports non hiérarchiques, que les législations française et européenne contre le harcèlement sexuel ont intégré (Badinter : 30-31 ; Iacub et Le Bras : 119) ? De même, si les auteur·e·s appellent, à juste titre, à modifier les conditions structurelles qui limitent l’indépendance des femmes, à faire en sorte que les femmes qui « ne peuvent pas quitter leur compagnon violent faute de moyens matériels […] acquièrent une autonomie analogue à celle dont jouissent les hommes et d’autres femmes » (Iacub et Le Bras : 129), pourquoi cet objectif devrait-il impliquer de renoncer à des lois progressistes ? Pourquoi le fait de considérer l’existence de femmes qui « voudraient dire oui » mais n’osent pas par pudeur (Badinter : 148-151) devrait-il avoir pour corollaire le refus de donner des outils à celles qui veulent dire « non » mais sont prises dans des situations sociales où ce non ne peut se faire ni respecter ni même entendre ?
18Ne voit-on pas poindre ici la crainte d’une judiciarisation de la société, et surtout la peur des abus ? Très présente dans le contexte néo-libéral actuel, à différents niveaux – pensons notamment aux chômeuses et chômeurs et aux requérant·e·s d’asile – la traque aux abus en vient à discréditer ou à faire peser le soupçon sur l’ensemble des personnes placées dans des situations de faiblesse sociale (et non de victimes faibles et sans défense). C’est bien mal connaître le sort réservé, dans les faits, à l’application des lois : en matière de harcèlement et de violence conjugale notamment, les gens font peu usage de leurs droits formels, parfois parce qu’ils les connaissent mal, parfois en raison du prix à payer (perte de l’emploi, retournement de l’accusation contre la plaignante pour diffamation par exemple, mise au courant de tout l’entourage, longueur de la procédure, etc.). Sans compter que beaucoup de plaintes n’aboutissent pas. Si les luttes collectives restent nécessaires pour que les choses changent réellement, les lois ont au moins un mérite, celui de faire exister certains comportements comme problématiques aux yeux tant des personnes qui les adoptent que de celles qui les subissent. Le parallèle avec l’évolution de la conception du viol conjugal – passage du « devoir conjugal » à un acte illicite – est tout à fait instructif à cet égard.
Il y a violence et violence…
19Outre cette crainte de la judiciarisation de la société qui justifie la mise en cause de certaines lois, Badinter, Iacub et Le Bras développent un argument imparable pour dépolitiser les rapports sociaux de sexe : il y a violence et violence – la violence physique, la vraie, celle qui peut se mesurer et qui, justement, s’exerce le moins souvent ; et la violence psychologique qui, du fait qu’elle est nettement plus fréquente et plus difficilement mesurable, est suspecte – elle serait le résultat d’une interprétation subjective qui ne reflète pas la réalité [11].
20Le trio remet en effet fortement en cause l’extension du concept de violence aux agressions verbales et autres atteintes à l’intégrité psychique. Même si cela fait bien longtemps qu’il n’est plus restreint au seul usage de la force physique (voir Garver, 1977 ; Goldberg, 1989) et qu’il est établi que les violences psychologiques peuvent être tout aussi destructrices que les violences physiques (voir entre autres Gillioz, De Puy et Ducret, 1997 ; De Puy, Gillioz et Ducret, 2002), Iacub, Le Bras et Badinter se demandent tout à coup où commence et où finit une humiliation. Les mêmes mots selon le ton sur lequel ils sont prononcés, selon le contexte dans lequel ils s’insèrent et selon la finalité visée peuvent être pris comme une injure ou comme une boutade. Sans doute, mais alors, comment le savoir si ce n’est en le demandant aux intéressées ? Les trois auteur·e·s mettent ainsi en cause l’intégration dans le concept de violence d’actes tels que critiquer, dévaloriser, faire des remarques désagréables sur l’apparence physique de la femme, ne pas tenir compte ou mépriser ses opinions, prétendre lui expliquer ce qu’elle doit penser, cesser de lui parler ; il n’en reste pas moins que l’enquête Enveff (comme toutes les autres enquêtes) met en évidence qu’une forte proportion de femmes subit ce type de comportements. Qu’on les nomme violences ou non n’enlève rien au fait que ces comportements, lorsqu’ils se répètent, révèlent un rapport de pouvoir, des tentatives d’imposition et de modelage de l’autre, une volonté de la ou le dominer et de se l’approprier. De même, ces auteur·e·s reprochent à l’équipe Enveff d’avoir intégré dans un indice global des violences conjugales les violences sexuelles, physiques et psychologiques. On pourrait certes discuter dans le cadre d’un débat scientifique du bien-fondé d’une telle option. Toutefois, les chercheur·e·s de l’enquête Enveff ont toujours pris soin de fournir les différentes mesures ayant servi à la construction de cet indice, ainsi que le pourcentage de chaque type de violence. C’est donc être d’une mauvaise foi certaine que d’imputer à l’équipe d’Enveff la responsabilité du traitement de ces chiffres par certain·e·s journalistes. Badinter, il est vrai, aurait eu quelque peine à incriminer la logique médiatique puisque son argumentation se base largement sur les faits divers et les sondages répercutés par la presse écrite et parlée.
Pathologisation, essentialisation et symétrisation des violences
21Badinter fournit une définition très explicite de sa conception de la violence : « Quel que soit leur sexe, les violents – même beaucoup plus nombreux chez les hommes – révèlent une inadaptation, d’aucuns diront une méchanceté, qui relève de la pathologie » (108). La violence a donc deux caractéristiques : elle est perpétrée par des personnes « souffrant de carences psychologiques graves » (108) ; elle relève d’un problème individuel et n’a rien à voir avec la division sexuelle et hiérarchique de l’humanité. Poursuivant ce raisonnement, Badinter attribue la violence à la nature (« la violence appartient à l’humanité »), sur laquelle nous n’aurions aucune emprise : « La violence échappe à notre contrôle, au pire par les gestes, au mieux par les mots » (108). Sa conception individualiste et libérale des relations humaines devient ici carrément naturaliste, et signifie clairement que la lutte politique, collective et féministe contre les violences n’a aucune légitimité, car aucune efficacité contre la « nature ».
22Qui sont donc ces hommes violents ? se demande Badinter (sans doute à l’appui des trois interviews d’hommes battus diffusées par TF1 qu’elle « analyse » pp. 106 et 107) : « Des psychopathes ? Des sadiques ? Des salauds ? Ou faut-il penser, au contraire, que la violence est inhérente à la masculinité qui se définit toujours par le désir de domination ? En d’autres termes, la violence masculine est-elle une pathologie ou le dérapage d’une pulsion propre aux hommes ? » (84). Badinter plaide clairement pour la première solution. En effet, après avoir décrié la dérive du féminisme qui consisterait à faire des femmes l’innocence même et des hommes le mal incarné, elle construit à son tour une opposition duale entre deux conceptions : ou l’on pense les individus masculins comme violents par essence (dérapage d’une pulsion) – vision qu’elle attribue aux féministes – ou on les voit comme affligés d’une pathologie – vision qu’elle va faire sienne dans la suite de l’ouvrage. La possibilité de penser la violence masculine ne peut dès lors que se situer dans cette alternative. Ainsi, si l’on ne conçoit pas la violence comme une pathologie individuelle, c’est qu’on la considère forcément comme une essence de la masculinité. Soutenir que cette violence trouve sa source dans un rapport de domination et d’inégalité entre deux groupes (de sexe) qui la légitime devient par un tour de passe-passe intellectuel une forme d’essentialisme. Pourtant, ce que nombre d’analyses féministes ont pu mettre en évidence, c’est que l’organisation sexiste de la société – la subordination des femmes aux hommes – autorise certains hommes à avoir recours à des pratiques violentes pour manifester et asseoir un pouvoir. C’est parce que les femmes, en tant que catégorie, sont infériorisées socialement dans les pratiques comme dans les représentations, que certains hommes, ayant particulièrement bien intégré l’idéologie patriarcale, se sentent légitimés à exercer ce pouvoir de diverses manières. Nous disons bien certains hommes. C’est là le continuum que certaines féministes ont tenté de révéler, celui de la construction normative de la masculinité (voir Harne, 2002) qui, dans une société encore sexiste et inégalitaire, justifie l’usage de la violence pour maintenir une suprématie.
23La philosophe évoque ensuite l’existence d’une violence féminine « historique » en se référant aux génocides perpétrés en Allemagne nazie et au Rwanda (90-97). Elle qui critique l’amalgame en produit ici un magnifique. En effet, dans une perspective prenant en compte les rapports sociaux, on ne peut analyser en parallèle la violence principalement masculine qui s’exerce dans le cadre de relations genrées, et la violence exercée par les femmes dans un contexte racial et de guerre. Ceci non pour dire que les femmes ne seraient pas violentes elles aussi, mais pour rappeler la nécessité d’examiner et d’analyser, dans chaque cas, le système de rapports sociaux où prennent place les violences. Chose que ne fait pas Badinter. Comparant des pratiques extraites de leur contexte, l’amalgame fait son petit effet : la seule conclusion possible est que la violence est inhérente à la nature humaine. Pour nous en convaincre, elle rappelle que les enfants et les personnes âgées sont également victimes de violences. Or, insinue-t-elle, « les enfants et les vieux ne sont-ils laissés qu’aux soins des hommes ? » (78). Non, effectivement. Mais pour comprendre ce type d’agressions, il faudrait analyser le rapport social spécifique qui s’exerce entre les groupes en question et mettre en évidence la hiérarchie qui structure leurs relations et qui légitime les personnes investies de pouvoir – y compris des femmes – à recourir à la violence. Il est donc faux d’établir mécaniquement une symétrie entre les violences féminine et masculine. Ainsi, dans un contexte précis tel que celui du couple ou de l’entreprise, marqués par des rapports structurels de domination des hommes sur les femmes, parler principalement de violence masculine est tout à fait pertinent. Ce qui n’exclut pas, dans d’autres contextes, des violences féminines.
24Le refus d’expliquer les violences contre les femmes par la structure patriarcale de la société conduit aussi bien Badinter (35) que Iacub et Le Bras (127) à reprocher à l’enquête Enveff (et, entre les lignes, aux enquêtes similaires) de n’avoir interrogé que des femmes sans avoir confronté leur « simple témoignage » (Badinter : 35) à celui du conjoint, ce qui aurait été nécessaire « pour des raisons de symétrie et de comparabilité » (Iacub et Le Bras : 127). Leur souci commun est de s’assurer que les données recueillies (donc la parole des femmes) soient dépouillées de toute « subjectivité ». Dans une situation conjugale conflictuelle, la comparaison des points de vue des conjoints serait le garant de l’objectivité. Traduit par nous : il faut être sûr·e que les femmes ne se font pas des idées, voire disent bien la vérité. Le garant de cette vérité est-il donc l’homme du couple ? Non seulement c’est encore une manière de jeter le discrédit sur la reconnaissance et l’existence même des victimes, mais cette critique démontre aussi une méconnaissance du champ de la recherche sur les violences conjugales, plus généralement sur la conjugalité ; en effet, les multiples recherches sur le partage du travail domestique, par exemple, montrent que ces comparaisons entre les versions des deux conjoint·e·s n’aboutissent à rien. Et s’agissant des violences, peut-on raisonnablement penser qu’un conjoint violent reconnaît les faits ? Ce qui se passe dans les cabinets de magistrats instruisant ces affaires est révélateur : les hommes violents – comme les parents violents, comme tout auteur d’une agression – nient, et maintiennent contre toute évidence et jusqu’au bout que la femme (l’enfant, le passant agressé) s’est heurtée dans une porte, est tombée dans l’escalier par accident. Si Badinter, Iacub et Le Bras peuvent se permettre cette critique fondée sur une vision symétrique des rapports femmes-hommes, c’est bien parce qu’elles et il n’envisagent jamais ceux-ci comme des rapports sociaux sous-tendus par des enjeux de pouvoir. Et c’est aussi parce qu’elles et il tiennent à préserver ce qui leur paraît essentiel dans les relations (hétéro)sexuelles : le désir.
Désir sexuel ou désir de pouvoir ?
25Le trio semble en effet craindre le muselage de toute expression du désir. C’est l’argument choc, et il n’est pas mobilisé par hasard. Au nom du désir et d’une culture de la séduction, tout pourrait se justifier ? Drôle de conception.
26De plus, ce n’est pas l’expression du désir en tant que telle qui est visée par les lois mises en place, mais la non-prise en compte du refus réitéré qui lui est opposé. À ce propos, le trio, avec un bel ensemble, reproche au féminisme de confondre ou d’amalgamer violence et sexualité, violence et désir. Or, dans l’article de Iacub et Le Bras, certains arguments illustrent fort bien l’existence de cette confusion, jusque et y compris dans leurs propos, à leur insu sans doute. C’est le cas lorsqu’ils critiquent le questionnaire de l’enquête Enveff (116), qui « ne spécifie pas si la femme a été suivie dans une rue sombre et déserte par une bande de loubards ou sur une corniche d’une station balnéaire, un après-midi d’été, par un jeune homme un peu timide ». Et, ajoutent-ils, « que peut-il y avoir de commun entre un homme qui espère ainsi se faire remarquer d’une femme et un groupe de violeurs, sinon, peut-être, qu’ils partagent également un certain désir sexuel ? ». Premier glissement, première confusion entre sexualité et violence. Bien que condamnant, évidemment, le viol et sa tentative, Iacub et Le Bras les font entrer dans l’ordre du désir et de la sexualité plutôt que d’y voir l’une des manifestations les plus extrêmes de la domination masculine. Là encore, le raisonnement révèle une méconnaissance ou un mépris des analyses féministes qui, justement, ont eu le mérite de montrer que le viol (et plus largement les agressions sexuelles) constitue un acte motivé par un désir de pouvoir et de domination.
27Plus loin dans leur article, le glissement se confirme : à leurs yeux, les items relatifs aux violences sexuelles, allant du fait d’être suivie à la tentative de viol et au viol, en passant par le pelotage de force et les attouchements sexuels, sont des « étapes de la montée de l’instinct sexuel » (124). Mais de la sexualité de qui parle-t-on ici ? Certainement pas de celle de la personne violentée, à moins d’en revenir à l’adage : « Elles aiment ça, elles l’ont bien cherché. » En outre, comment peut-on qualifier les attouchements sexuels non désirés, la tentative de viol et le viol, d’étapes de la montée de l’instinct sexuel d’un côté, et de l’autre dire que le féminisme confond sexualité et violence ? Qui confond quoi en l’occurrence ? Qui crée l’amalgame ? Il ne s’agit pas de dire que la sexualité et la violence sont une seule et même chose, mais bien au contraire de dénoncer une conception selon laquelle ces actes de violence seraient de l’ordre de la sexualité et de l’instinct, ce qui revient alors à les essentialiser. Il s’agit de mettre en évidence que la sexualité est traversée, comme le reste de la culture, par des rapports de pouvoir ; que la plupart des femmes et des hommes ne négocient pas plus à égalité dans ce domaine-là que dans d’autres. En matière de viol, de tentative de viol, d’attouchements forcés ou de harcèlement sexuel, en somme de tout acte imposé sous la contrainte, nous soutenons l’idée qu’il s’agit de désir certes, mais du désir d’exercer un pouvoir : que ce désir de pouvoir puisse parfois être sexualisé, érotisé, c’est bien là le problème de la sexualité masculine socialement construite – pas de la nature humaine comme les auteur·e·s voudraient le croire.
Épilogue
28À l’issue de notre lecture des écrits de Badinter, Iacub et Le Bras, nous nous demandons toujours ce qui a pu les pousser à s’attaquer à des problèmes dont elles et il ne sont pas des spécialistes. Pourquoi avoir mis en œuvre une telle entreprise de délégitimation de la première recherche sur les violences faites aux femmes conduite en France ? Fallait-il sauver à tout prix le désir, ce piment du quotidien qui fait de nous des êtres pas toujours rationnels, parfois vulnérables mais vivants ? Fallait-il pour cela nier l’existence du pouvoir et refuser d’envisager l’apport féministe de ces trente dernières années : le désir est lui aussi façonné par le système de genre. De la part d’universitaires, les procédés utilisés pour mener le « débat » ou plutôt la bataille ressemblent à une escroquerie scientifique. De la part de citoyen·ne·s, la critique s’apparente à un appel à la démobilisation. Surtout sur le terrain législatif, ce qui, si l’on se souvient que l’un des auteur·e·s fait l’objet d’une plainte pénale pour harcèlement sexuel, laisse pour le moins songeuse, quelle que puisse être par ailleurs l’issue de la procédure judiciaire en cours. L’attaque contre les avancées du droit est une stratégie des dominant·e·s, utilisée par des hommes comme par des femmes (tout dépend des positions qu’elles et ils occupent, les écrits du trio en étant une belle illustration), qui vise à préserver les privilèges des mieux nanti·e·s contre les mesures visant à atténuer les inégalités entre les groupes. Autrement dit, c’est une manière de légitimer les inégalités sociales, et, en l’occurrence ici, de soutenir la montée de l’antiféminisme.
Références
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Date de mise en ligne : 24/07/2015
https://doi.org/10.3917/nqf.223.0088