Compte rendu

Sous la direction de Agnès Vandevelde-Rougale et Pascal Fugier, avec la collaboration de Vincent de Gaulejac. Dictionnaire de sociologie clinique. érès, 2019

Pages 251b à 265b

Citer cet article


  • Viana Braz, M.
(2020). Sous la direction de Agnès Vandevelde-Rougale et Pascal Fugier, avec la collaboration de Vincent de Gaulejac. Dictionnaire de sociologie clinique. érès, 2019. Nouvelle revue de psychosociologie, 29(1), 251b-265b. https://doi.org/10.3917/nrp.029.0251b.

  • Viana Braz, Matheus.
« Sous la direction de Agnès Vandevelde-Rougale et Pascal Fugier, avec la collaboration de Vincent de Gaulejac. Dictionnaire de sociologie clinique. érès, 2019 ». Nouvelle revue de psychosociologie, 2020/1 N° 29, 2020. p.251b-265b. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2020-1-page-251b?lang=fr.

  • VIANA BRAZ, Matheus,
2020. Sous la direction de Agnès Vandevelde-Rougale et Pascal Fugier, avec la collaboration de Vincent de Gaulejac. Dictionnaire de sociologie clinique. érès, 2019. Nouvelle revue de psychosociologie, 2020/1 N° 29, p.251b-265b. DOI : 10.3917/nrp.029.0251b. URL : https://shs.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2020-1-page-251b?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nrp.029.0251b


1 La parution du Dictionnaire de sociologie clinique marque une étape dans le développement d’une histoire collective impliquant 131 chercheurs et intervenants liés, directement ou indirectement, à des réseaux institutionnels de sociologie clinique – Réseau international de sociologie clinique (risc), Comité de recherche 46 « Sociologie clinique » de l’Association internationale de sociologie (isa), Comité de recherche 19 « Sociologie clinique » de l’Association internationale des sociologues de langue française (aislf) et Réseau thématique 16 « Sociologie clinique » de l’Association française de sociologie (afs) – ainsi que de psychosociologie clinique – Centre international de recherche, formation et intervention en psychosociologie (cirfip) – ou encore de sciences de l’éducation (réseau RechercheAvec).

2 Dirigé par Agnès Vandevelde-Rougale et Pascal Fugier avec la collaboration de Vincent de Gaulejac, ce dictionnaire présente 245 entrées qui ambitionnent de couvrir un ensemble de concepts, méthodes, problèmes, objets et champs de recherche mobilisés par la sociologie clinique. Il est appelé à constituer un ouvrage de référence indispensable pour qui s’intéresse à cette approche importante et originale ou souhaite la pratiquer. Les différents contributeurs, issus de pays aussi divers que la France, le Brésil, l’Italie, la Suisse, le Canada, l’Argentine, la Belgique, le Chili, l’Allemagne, les États-Unis, la République d’Haïti, les Philippines, l’Afrique du Sud, l’Espagne ou la Colombie, témoignent en outre de la dimension internationale de la sociologie clinique.

3 En plus des articles rédigés pour chaque entrée, le dictionnaire comporte un avant-propos présentant le projet de « boîte à outils » socioclinique de ses deux coordinateurs et précisant les choix qui ont présidé à l’ouvrage. Il est suivi d’un chapitre introductif de Vincent de Gaulejac dans lequel sont retracées l’évolution et les principales influences de la sociologie clinique au cours de son histoire selon deux perspectives. La première fait référence à son institutionnalisation, associée à différents réseaux de recherche en sciences sociales cliniques. À cet égard, il est rappelé que le premier colloque de sociologie clinique a été organisé à Paris en 1992, au sein du Laboratoire de changement social de l’Université Paris 7. Ce moment est important car le colloque réunit plus de 150 participants venus d’une douzaine de pays et est à l’origine du livre Sociologies cliniques, publié sous la direction de Vincent de Gaulejac et Shirley Roy l’année suivante. Celui-ci a été complété plus récemment par deux autres ouvrages collectifs sur les enjeux théoriques et méthodologiques de la discipline : La sociologie clinique, dirigé par Vincent de Gaulejac, Fabienne Hanique et Pierre Roche en 2007, et La recherche clinique en sciences sociales, dirigé par Vincent de Gaulejac, Florence Giust-Desprairies et Ana Massa en 2013. Progressivement, la sociologie clinique développe ses propres outils de recherche et d’intervention, tels que, par exemple, les groupes d’implication et de recherche (gir) et l’organidrame, basé sur des analyses de récits de vie.

4 La seconde perspective adoptée dans le chapitre introductif porte sur les sources théoriques et épistémologiques qui ont influencé la construction de l’approche socioclinique et fondé ses prémisses conceptuelles. Dans le prolongement de la sociologie compréhensive de Max Weber, des études d’Émile Durkheim sur les phénomènes sociologiques-psychiques et de la sociologie psychologique de Marcel Mauss, la sociologie clinique part du principe que les phénomènes sociaux ne peuvent être compris que lorsqu’ils sont articulés aux manières dont les sujets les vivent, les représentent et les reproduisent. Le chapitre rappelle les contributions des précurseurs du Collège de socio-logie, en particulier Georges Bataille et Roger Caillois, souligne le processus de refondation de la sociologie dans l’après-guerre et met en relief les influences de l’École de Francfort, de l’ethnopsychanalyse de Georges Devereux ainsi que de la psychologie sociale, la psychanalyse, la psychosociologie, la socioanalyse et la sociopsychanalyse dans la construction de la sociologie clinique. Sur les influences croisées entre psychosociologie, psychologie sociale clinique et sociologie clinique, notons d’ailleurs que des pionniers de la sociologie clinique tels que Max Pagès ont contribué au Vocabulaire de psychosociologie, ouvrage collectif dirigé par Jacqueline Barus-Michel, Eugène Enriquez et André Lévy, publié en 2002 et réédité en 2013, et que de nombreux psychosociologues cliniciens ont contribué au Dictionnaire de sociologie clinique dont la publication a bénéficié, entre autres soutiens, de celui du cirfip.

5 En lisant ce riche dictionnaire, le lecteur comprendra que l’histoire et le développement de la sociologie clinique sont indissociables de la psychosociologie clinique. En partageant des projets, des recherches et des interventions, des espaces institutionnels, des fondements théoriques et méthodologiques communs, les deux courants s’unissent dans la lutte contre le cloisonnement disciplinaire, à travers une position anti-positiviste et pluraliste, et sont engagés dans le combat contre toute forme d’instrumentalisation et d’emprise sur l’être humain. Au fil des pages, chaque notice témoigne de l’importance et de l’acuité d’une clinique de la complexité et d’une coconstruction dans la dialectique permanente entre changement social et changement personnel.

6 La sociologie clinique envisage un champ de connaissances théorique et méthodologique ayant pour but la compréhension, systémique et intégrée, de l’interpénétration de processus sociaux et psychiques, à partir d’une multiplicité de champs d’action. En mettant l’accent sur les histoires de vie et sur l’historicité des sujets, elle cherche à comprendre les processus sociopsychiques en tenant compte du vécu individuel et des enjeux sociaux, sur la base d’une posture clinique qui favorise la construction collective du sens. En rompant avec la méthode expérimentale et en adoptant une identité plurielle, la sociologie clinique affirme sa position antisolipsiste, rejette l’opposition entre psychologie et sociologie, intériorité et extériorité, pensée et action, objectivation et subjectivation, et assume l’irréductibilité du social et du psychique. Autrement dit, bien que ces dimensions aient une autonomie relative, puisqu’elles obéissent à des logiques différentes, elles se nourrissent de façon permanente et indissociable ; cela met le chercheur et l’intervenant devant le défi de les comprendre en tant que processus en constante articulation dynamique.

7 La sociologie clinique s’est développée de façon que nous puissions comprendre nos conflits, trouver des médiations et créer des réponses aux contradictions de nos vies, sans tomber cependant dans les pièges du sociologisme, de l’économisme ou du psychologisme. Ses fondateurs se sont engagés dans la création d’une approche intégrant la connaissance intellectuelle et la connaissance sensible, c’est-à-dire le plan de la réflexion et celui du vécu. Si, d’un côté, elle s’éloigne de la pathologisation, de la totalisation et adopte une posture sensible sur la subjectivité et la souffrance psychique, de l’autre, elle propose une clinique du social qui s’éloigne de pratiques centrées sur le seul individu.

8 Les 245 entrées de ce dictionnaire offrent un accès privilégié, au sein d’un même ouvrage, aux principes, connaissances et pratiques qui soutiennent et irriguent ce fructueux champ d’écoute, d’implication et de changement. Bien que la compréhension des multiples déterminations de notre histoire ne puisse se réaliser qu’au plus près du vécu, le lecteur trouvera dans ce livre des outils conceptuels et méthodologiques qui l’aideront dans cette voie. Depuis les années 1980, chercheurs et intervenants liés à la sociologie clinique se sont mobilisés pour construire des pistes possibles d’intervention et de recherche sur une diversité d’objets. C’est la raison pour laquelle ce dictionnaire se distingue par son pluralisme et sa multiréférentialité, quand il envisage des domaines de recherche variés, des concepts, des méthodes, des problèmes, des dispositifs de coconstruction de savoirs, et prend en compte d’autres approches en dialogue avec la sociologie clinique. Puisse-t-il offrir aux lecteurs des clés pour la construction de leurs propres historicités dans leur quête à s’affirmer en tant que sujets.

9 Matheus Viana Braz

10 Psychologue et professeur

11 Université d’État de Minas Gerais (uemg), Brésil


Date de mise en ligne : 10/06/2020

https://doi.org/10.3917/nrp.029.0251b