Mise en discours de l’événement. Le cas de l’immolation du chômeur de Nantes
- Par Marc Glady
- et Fabio Marcodoppido
Pages 105 à 125
Citer cet article
- GLADY, Marc
- et MARCODOPPIDO, Fabio,
- Glady, Marc.
- et al.
- Glady, M.
- et Marcodoppido, F.
https://doi.org/10.3917/nrp.019.0105
Citer cet article
- Glady, M.
- et Marcodoppido, F.
- Glady, Marc.
- et al.
- GLADY, Marc
- et MARCODOPPIDO, Fabio,
https://doi.org/10.3917/nrp.019.0105
Notes
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[1]
Tous les aspects méthodologiques de cette étude et la constitution du corpus analysé sont présentés en annexe en fin d’article.
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[2]
Selon l’expression de P. Ansart, 1983. Ce caractère de production discursive « à chaud » est visible dans les divers écarts à la norme (grammaticale, syntaxique, orthographique…) que Prospéro contraint à corriger mais que nous avons choisi de restituer ici dans les extraits mobilisés.
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[3]
Plusieurs études ont montré que les commentaires de ceux qui écrivent sur les forums et sur d’autres dispositifs en ligne ne sont pas représentatifs des opinions de la moyenne des lecteurs, du fait de l’hétérogénéité des engagements. G. Bronner (2013, p. 85) montre par exemple que les défenseurs de thèses (« les croyants ») se mobilisent beaucoup plus que les indécis pour saturer l’offre cognitive sur internet. Un petit nombre d’acteurs déterminés est à l’origine d’une proportion importante de prises de positions permettant d’infléchir durablement la concurrence informationnelle.
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[4]
Par exemple, le groupe des nationalistes xénophobes étudiés par l’auteur dans son travail sur la pensée xénophobe en Suisse se caractérise par des mécanismes socio-cognitifs propres tels que la réification morale, la généralisation, la fausse identification, la biologisation du social, la spatialisation, la psychologisation du social, le volontarisme, l’atomisation du social… (Bronner, 2013, p. 14).
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[5]
Ce que J.-B. Grize (1996) a appelé la « logique naturelle ».
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[6]
D’innombrables travaux soulignent cet aspect. Voir, à ce propos, les contributions au numéro 15 de la revue en ligne MediAzioni, « Les facettes de l’événement : des formes aux signes », sous la direction de E. Ballardini, R. Pederzoli, S. Reboul-Touré et G. Tréguer-Felten (Ballardini et coll., 2013).
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[7]
L’avantage heuristique de cette notion, c’est que, au lieu de proposer une liste formelle de circonstances prédéfinies comme marquantes, elle suggère d’aller étudier ce que les acteurs définissent comme tel.
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[8]
Il existe des rapprochements discursifs, qu’on ne pourra pas aborder ici, également entre le Pôle-Emploi et, d’un côté, la Caisse d’allocations familiales, de l’autre, La Poste.
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[9]
Sur les enjeux de santé au travail liés aux transformations d’organisations comme La Poste, France Télécom et Pôle-Emploi, voir Clot, 2010.
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[10]
« Hommes, femmes, vieux, jeunes, riches, pauvres… l’auto-immolation semble concerner tout le monde » (L’Hebdo, 28.03.2013).
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[11]
Nous ne reprendrons pas le terme de « paradigme » utilisé par l’auteur pour désigner ces modes d’explication. Lié à l’histoire des sciences, ce terme fait appel à une conception de la rupture épistémologique qui ne nous semble pas adaptée aux formes d’hétérogénéité de la pensée sociale.
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[12]
« En conclusion à mon message de 6:51 », « c’est pourquoi les services Pôle-Emploi… ».
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[13]
Les « réflexes compassionnels » sont dénoncés par quelques commentateurs qui s’attirent d’ailleurs les foudres des autres participants.
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[14]
Dans la suite du texte, les commentaires sont identifiés par les initiales des journaux (MD : Le Monde, FIG : Le Figaro, LNO : Le Nouvel Observateur) suivies d’un numéro désignant leur place dans la chronologie de publication en ligne du journal.
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[15]
« […] Le ministre du Travail et de l’Emploi Michel Sapin a lui aussi réagi, estimant que “tout a été fait” pour empêcher ce geste, sans y parvenir. “Il y avait ici ce matin tous les services de Pôle-Emploi et les services extérieurs en termes de police et de pompiers pour faire face à un drame dont on connaissait l’intensité : tout a été fait, ce qui s’est passé ici est exemplaire”, a jugé le ministre sur les lieux du drame […] » (Le Nouvel Observateur, 14.02.2013).
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[16]
Des commentaires contestent néanmoins cette causalité contingente : « Mais on peut (on doit même) légiférer sur le “mariage pour tous” et sur le chômage etc. : c’est le même combat ! » (LNO13).
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[17]
Nous ne parlons pas ici de contrainte sociale mais de contrainte sociétale, car il nous semble que l’argumentation du lecteur mobilise davantage une représentation dénonciatrice du système qu’une position d’analyse des rapports sociaux.
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[18]
On désigne ici l’adoption d’un point de vue impersonnel focalisant le processus combiné à une construction pronominale.
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[19]
Voir, par exemple, les travaux en cours de R. Huët sur « l’expérimentation de la contestation sociale » : http ://calenda.org/274407.
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[20]
Portant notamment sur des objets tels que les représentations sociales (Kalampalikis, 2003), les émotions (Carli et Paniccia, 2002) et les cultures professionnelles (Dolcetti et coll., 2006).
À partir d’un événement médiatisé par la presse française, les auteurs s’interrogent sur la mise en discours de la pensée sociale. Le cas choisi pour l’analyse est le suicide d’un chômeur par immolation devant une agence Pôle-Emploi le 13 février 2013 à Nantes. Après avoir constitué un corpus composé de 139 articles de presse publiés entre 2009 et 2013 et de 427 commentaires rédigés par des lecteurs, les auteurs font émerger deux points d’entrée qui permettent d’analyser ces matériaux : la temporalité et la causalité. Si, d’un côté, les acteurs évoquent des précédents et construisent une mise en série pour alerter, se souvenir, proposer des pistes pour le futur, de l’autre, ils cherchent des agents responsables pour condamner, dénoncer, hiérarchiser des problèmes sociaux. Penser l’événement relève alors d’un paradoxe, puisqu’un fait divers n’accède au statut d’événement qu’en tant qu’il est mis en relation chronologique ou causale avec plusieurs événements. Cette causalité inscrit l’événement dans un espace où l’impuissance face au système rend difficile l’ouverture du sens.
Mots-clés
- événement
- suicide
- chômage
- corpus
- temporalité
- causalité
- pensée sociale
Mots-clés éditeurs : causalité, chômage, corpus, événement, pensée sociale, suicide, temporalité
Development discourse of the event. The case of the unemployed immolation in Nantes
A man on the dole killed himself in front of a Pôle-Emploi agency (French governmental agency which registers unemployed people), on 13th February 2013 at Nantes. The authors discuss the development discourse of social thought about this dramatic national event. After creating a corpus composed of 139 articles published between 2009 and 2013, and 427 comments proposed by readers, the authors noted two points to analyse and interpret these materials : temporality and causality. On one hand, actors evoke past and build a serialization to alert, remembering, suggest ways for the future, on the other hand, they seek competent officials to condemn, denounce, and prioritize social problems. Thinking of event then, depends of a paradox, since a common event gets status of a national event when it is placed in chronological or causal relationships with several events. This causality enters the event in a space where the helplessness system hampers the meaning.
Keywords
- event
- suicide
- unemployment
- corpus
- temporality
- causality
- social thought
Mots-clés éditeurs : causality, corpus, event, social thought, suicide, temporality, unemployment