Article de revue

Cosmopolitique de la laideur

Pages 173 à 182

Citer cet article


  • Sarafidis, K.
(2016). Cosmopolitique de la laideur. Nouvelle revue d’esthétique, 18(2), 173-182. https://doi.org/10.3917/nre.018.0173.

  • Sarafidis, Karl.
« Cosmopolitique de la laideur ». Nouvelle revue d’esthétique, 2016/2 n° 18, 2016. p.173-182. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-nouvelle-revue-d-esthetique-2016-2-page-173?lang=fr.

  • SARAFIDIS, Karl,
2016. Cosmopolitique de la laideur. Nouvelle revue d’esthétique, 2016/2 n° 18, p.173-182. DOI : 10.3917/nre.018.0173. URL : https://shs.cairn.info/revue-nouvelle-revue-d-esthetique-2016-2-page-173?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nre.018.0173


Notes

  • [1]
    Héraclite, Fragments, trad. Conche, Paris, Puf, 1998, DK 124.
  • [2]
    Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, « L’origine de l’œuvre d’art », tr. fr. Brokmeier, Paris, Gallimard, 1967, p. 35.
  • [3]
    Héraclite, op. cit., DK 54.
  • [4]
    Héraclite, op. cit., DK 123.
  • [5]
    Héraclite, op. cit., DK 52.
  • [6]
    Héraclite, op. cit., DK 30.
  • [7]
    Héraclite, op. cit., DK 51.
  • [8]
    Parménide, Le Poème : Fragments, trad. Conche, Paris, Puf, 1996, fr. VI, 5.
  • [9]
    Héraclite, op. cit., DK 102.
  • [10]
    Nicolas Copernic, Des révolutions des orbes célestes, tr. fr. Koyré, Paris, Alcan, 1934, p. 41-42.
  • [11]
    Georg Wilhem Friedrich Hegel, La Philosophie de l’esprit (1805), tr. fr. Planty-Bonjour, Paris, Puf, 1982, p. 95 : « Dans l’Antiquité, la belle vie publique était les mœurs de tous – la beauté était l’unité immédiate de l’universel et du singulier, une œuvre d’art où aucune partie ne se sépare du tout. »
  • [12]
    Hegel, L’Esprit du christianisme et son destin, précédé de L’Esprit du judaïsme, tr. fr. Depré, Paris, Vrin, 2003, p. 90.
  • [13]
    Quand la beauté fait l’objet d’une promotion excessive et d’un culte frénétique, elle devient même un facteur de réussite. Voir Jean-François Amadieu, Le Poids des apparences : beauté, amour et gloire, Paris, Odile Jacob, 2002.
  • [14]
    Platon, République 460 c, trad. Pachet, Paris, Gallimard, 1993.
  • [15]
    Immanuel Kant, Critique de la faculté de juger, tr. fr. Philonenko, Paris, Vrin, 1993, p. 293-294.
  • [16]
    De cette question traite un article de David Shier qui souligne à juste titre l’impossibilité du jugement de goût négatif : « Why Kant finds nothing ugly », British journal of Æsthetics, 38, 4, 1998, p. 412-418.
  • [17]
    La laideur ne plaît pas immédiatement, mais elle peut devenir agréable lorsqu’elle est rapportée à une fin particulière et qu’elle constitue par exemple une marque de caractère. En effet, l’asymétrie et la dysharmonie ont souvent plus de charmes que la platitude neutre d’une pure beauté.
  • [18]
    Voir Kant, Critique de la faculté de juger, trad. Philonenko, Paris, Vrin, 1993, p. 103-104.
  • [19]
    Dans « The Body and the archive » (in R. Bolton, The Contest of Meaning : Critical Histories of Photography, Cambridge, MIT Press, 1992, p. 384), Allan Sekula écrit : « The “average man” can be regarded as a bastard child of Kant », tout en prenant soin de les distinguer : Quételet confond le normal et l’idéal, érige l’empirique en universel, et fusionne esthétique et morale. Cf. Quételet, Du système social et des lois qui le régissent, Paris, Guillaumin, 1948, p. 38-39. Voir aussi tout le chapitre IV (« Des qualités physiques de l’homme ») de la première section (« De l’homme »), p. 30-46. Quételet pose deux principes : « l’Homme moyen, type de notre espèce, est aussi le type de la beauté » et « les limites se resserrent d’autant plus chez un peuple, qu’il se rapproche davantage de la perfection. »
  • [20]
    Même s’il rejette l’innéité de cette forme idéale du beau puisque le type reste fondé empiriquement. Cf. Adolphe Quételet, Du système social et des lois qui le régissent, op. cit., p. 40.
  • [21]
    Voir Alphonse Bertillon, Les Races sauvages, Paris, Masson, 1883, p. 2-4 où les Sans (Bochimans) sont décrits comme hideux et stupides.
  • [22]
    La hiérarchie des intelligences et de la beauté se traduit en chiffres : les Grecs sont supérieurs au moins de deux degrés par rapport aux Anglais tandis que les Africains leur sont inférieurs au mieux de deux degrés.
  • [23]
    Konrad Lorenz, « Durch Domestikation verursachte Störungen arteigenen Verhaltens » (« Désordres causés par la domestication du comportement spécifique à l’espèce »), Zeitschrift für angewandte Psychologie und Charakterkunde, 59, 1940, p. 58-59 (nous traduisons) : « L’opinion des anciens Grecs selon laquelle un bel homme ne peut jamais être mauvais et un homme laid ne peut jamais être bon s’applique parfaitement à l’oie sauvage pur sang. Ceci n’est hélas plus le cas même avec les peuples européens les plus homogènes racialement. J’imagine que même au temps des Grecs ce n’était plus tout à fait le cas. »
  • [24]
    Héraclite, op. cit., DK 102.
Français

Tandis que l’ensemble de la tradition philosophique interroge l’idéal de beauté à partir du concept de pureté, Héraclite nous donne à penser un beau impur et contrarié, comme caractéristique d’un monde fait de mélanges désordonnés. Dans leur aspiration à une pure beauté, les penseurs font abstraction de cette dimension cosmologique. Or, ce geste est lourd de conséquences politiques dans la mesure où il contribue à la condamnation de la laideur et de la diversité humaines, et de ce fait à la clôture du monde.


English

Cosmopolitanism of ugliness

Cosmopolitanism of ugliness

While the whole philosophic tradition questions the ideal of beauty from the concept of purity, Heraclitus gives us an impure and upset beauty to think about, which is a characteristic of a world made up of disorderly mixtures. In their quest for pure beauty, thinkers ignore this cosmological dimension. Yet this gesture has heavy political consequences as it contributes to the condemnation of human ugliness and diversity, and thereby to the world closure.


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Date de mise en ligne : 21/06/2017

https://doi.org/10.3917/nre.018.0173