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« L’infini de douceur qu’ont les choses brisées » Albert Samain et l’élégie décadente

Pages 23 à 39

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  • Piantoni, A.
(2025). « L’infini de douceur qu’ont les choses brisées » Albert Samain et l’élégie décadente. Nord' 85(1), 23-39. https://doi.org/10.3917/nord.085.0023.

  • Piantoni, Antoine.
« “L’infini de douceur qu’ont les choses brisées” Albert Samain et l’élégie décadente ». Nord' 2025/1 n° 85, 2025. p.23-39. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-nord-2025-1-page-23?lang=fr.

  • PIANTONI, Antoine,
2025. « L’infini de douceur qu’ont les choses brisées » Albert Samain et l’élégie décadente. Nord' 2025/1 n° 85, p.23-39. DOI : 10.3917/nord.085.0023. URL : https://shs.cairn.info/revue-nord-2025-1-page-23?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nord.085.0023


Notes

  • [1]
    — Léon Bocquet, Albert Samain. Sa vie, son Œuvre, Paris, Mercure de France, 1938, p. 116.
  • [2]
    — Albert Samain, « L’Hermaphrodite », Au Jardin de l’infante [1897], éd. augmentée, Œuvres poétiques complètes, éd. Christophe Carrère, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque du XIXe siècle », 2015, p. 103, v. 14. Désormais abrégé en OPC.
  • [3]
    — « Fin d’empire », ibid., p. 164, v. 2, v. 10 et v. 12.
  • [4]
    — « Luxure », ibid., p. 152, v. 99-100.
  • [5]
    — Léon Bocquet analyse sévèrement cette inscription dans la décadence : « Moitié à son insu, moitié par réflexion, il a subi l’inévitable entraînement. Selon la loi du jour, il a vécu dans l’hallucination, l’éréthisme intellectuel et s’est appliqué à un art de névrose et de décadence où le dilettantisme léthargique et l’amoralisme de la pensée l’emportent encore sur le byzantinisme modéré de l’écriture. Dépravation d’ordre purement imaginaire d’ailleurs, états cérébraux et intentionnels, jeu d’esthète qui, épris de passagers engouements, en arrive à substituer une émotion feinte et des manières d’emprunt à la naturelle spontanéité de son caractère véritable », Léon Bocquet, Albert Samain. Sa vie, son Œuvre, op. cit., p. 131.
  • [6]
    — C’est l’un des constats qu’il fait lorsqu’il analyse le sens du terme décadence : « Mais si Naturalisme et Symbolisme vont de pair, il convient aussi de rappeler que les contemporains, qu’ils soient favorables ou hostiles, ne distinguaient pas non plus entre Symbolisme et Décadence », Jean de Palacio, La Décadence. Le mot et la chose, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Essais », 2011, p. 38.
  • [7]
    — Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de l’élégie, Paris, Pocket, coll. « Agora », 2018, p. 129.
  • [8]
    — Hugues Laroche, « Élégie fin de siècle et mort du lyrisme », Babel, « Élégies », no 12, 2005, [en ligne], disponible sur URL : https://journals.openedition.org/babel/1049, consulté le 22 novembre 2024.
  • [9]
    — Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de l’élégie, op. cit., p. 41.
  • [10]
    — Louis Denise, « Albert Samain », Mercure de France, t. XXXVI, no 130, 1er octobre 1900, p. 8. Significativement, Alfred Jarry utilise une expression presque identique lorsqu’il évoque « l’âme du poète, suraigüe [sic] et douloureuse », Albert Samain (Souvenirs), Paris, Victor Lemasle, 1907, p. 20.
  • [11]
    — Léon Bocquet, Albert Samain. Sa vie, son Œuvre, op. cit., p. 135.
  • [12]
    — En ce sens, on s’éloignera quelque peu de la définition qu’en donne Michel Brix en s’appuyant sur Nietzsche : « […] les décadents (souvent confondus à l’époque avec les symbolistes) défendaient – en parfaite connaissance de cause – des conceptions erronées, présentaient comme des modèles des personnages souffrant de maladies mentales, prenaient le parti de la folie contre la raison », Michel Brix, « L’idéalisme fin-de-siècle », Romantisme, no 124, « Littérature et philosophie mêlées », 2004, p. 152.
  • [13]
    — Ferdinand Gohin, L’Œuvre poétique de Albert Samain (1858-1900), Paris, Garnier frères, 1919, p. 18.
  • [14]
    — On trouve une « Élégie » dans ce qui est devenu la première section d’Au Jardin de l’infante après sa réédition augmentée de 1897 et deux autres dans la section « Les Roses dans la coupe » du Chariot d’or.
  • [15]
    — « Comme une grande fleur trop lourde qui défaille », OPC, p. 266, v. 1-4 et v. 13-18.
  • [16]
    — « Comme un père en ses bras tient une enfant bercée », ibid., p. 268, v. 13-15.
  • [17]
    — « Une heure sonne au loin. – Je ne sais où je vais », ibid., p. 271, v. 24-25.
  • [18]
    — « Une douceur splendide et sombre », ibid., p. 269, v. 5-8. Le motif de la chevelure, qui n’est pas sans rappeler Baudelaire, est un puissant fixateur sensuel chez Albert Samain : « Certaines chevelures flottantes secouent dans l’air comme une nudité », « Notes – Sensations », Œuvres en prose, éd. Marc Béghin, Christophe Carrère et Bertrand Vibert, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque du XIXe siècle », 2020, p. 354 ; désormais abrégé en OPr.
  • [19]
    — « Blotti comme un oiseau frileux au fond du nid », OPC, p. 273, v. 3-8.
  • [20]
    — Sur ce sujet, voir Dominique Pety, Poétique de la collection au XIXe siècle. Du document de l’historien au bibelot de l’esthète, Nanterre, Presses universitaires de Paris Nanterre, coll. « Orbis litterarum », 2010.
  • [21]
    — « Je cherche les endroits où ta robe est allée », OPC, p. 275, v. 15-18.
  • [22]
    — Albert Samain a d’ailleurs réfléchi à la place du souvenir dans l’imaginaire de l’amant : « Ce qu’il y a de meilleur dans le souvenir, c’est son imprécision. Du moment que nous possédons une chose par cœur (je me sers à dessein de cette locution populaire), la moitié de son charme s’est envolée. L’évocation obsédante de la femme aimée puise toute sa poignance [sic] délicieuse dans l’indécision troublante de la figure évoquée », « Notes – Sensations », OPr, p. 343.
  • [23]
    — « Quand je suis à tes pieds comme un fidèle au temple », OPC, p. 276, v. 20-22.
  • [24]
    — « Comme une grande fleur trop lourde qui défaille », ibid., p. 266, v. 9-10.
  • [25]
    — « Dans le parc aux lointains voilés de brume, sous », ibid., p. 267, v. 9-14.
  • [26]
    — Jean-Nicolas Illouz, Le Symbolisme, édition mise à jour, Paris, Librairie Générale Française, coll. « Références inédit/ Le Livre de Poche », 2014, p. 124.
  • [27]
    — Ernest Raynaud cité par Francis Carmody, « Le Décadisme », Cahiers de l’AEIF, Paris, Société d’édition « Les Belles Lettres », no 12, juin 1960, p. 129.
  • [28]
    — On peut ici penser à certaines strophes de « Luxure » qui évoquent la « Caresse au long des nerfs », OPC, p. 149, v. 19, ou bien la série de distiques de la pièce métapoétique « Je rêve de vers doux et d’intimes ramages… » qui suscitent « De[s] vers de soirs d’amour énervés de verveine,/ Où l’âme sente, exquise, une caresse à peine,// Et qui au long des nerfs baignés d’ondes câlines/ Meurent à l’infini en pamoisons félines », ibid., p. 77, v. 11-14.
  • [29]
    — Laurent Jenny, La Fin de l’intériorité, Paris, PUF, coll. « Perspectives littéraires », 2002, p. 30.
  • [30]
    — Lettre à Francis Jammes datée du 18 mai 1897, Correspondance. 1876-1900, éd. Christophe Carrère, Paris, Classiques Garnier, coll. « Correspondances et mémoires », vol. II, 2021, p. 761-762.
  • [31]
    — « Une douceur splendide et sombre », OPC, p. 269, v. 3-4.
  • [32]
    — « Comme une grande fleur trop lourde qui défaille », ibid., p. 266, v. 3.
  • [33]
    — « Je t’aime, – loin de toi ma pensée obstinée », ibid., p. 274, v. 18.
  • [34]
    — « Comme un père en ses bras tient une enfant bercée », ibid., p. 268, v. 16.
  • [35]
    — Voir à ce sujet l’ouvrage de Mireille Dottin-Orsini, Cette femme qu’ils disent fatale. Textes et images de la misogynie fin-de-siècle, Paris, Grasset, 1993.
  • [36]
    — « Comme un père tient en ses bras une enfant bercée », OPC, p. 268, v. 1-4.
  • [37]
    — Voir respectivement Michel Brix, « Platon et le platonisme dans la littérature française de l’âge romantique », Romantisme, no 113, « L’Antiquité », 2001, p. 43-60 ainsi que Le Romantisme français. Esthétique platonicienne et modernité littéraire, Louvain-Namur, Peeters/Société des études classiques, coll. « Collection d’études classiques »,1999, et Filip Kekus, « Les Amours jaunes de Corbière, un canzoniere désenchanté », Tristan Corbière : relire Les Amours jaunes, Jean-Marc Hovasse et Henri Scepi (dir.), [actes du colloque en ligne organisé par le CRP19 de la Sorbonne nouvelle et le CELLF (19-21) de Sorbonne Université], 2019, [en ligne], disponible sur URL : http://www.crp19.org/atelier/les-amours-jaunes-de-tristan-corbiere.1.html, consulté le 22 novembre 2024.
  • [38]
    — OPC, p. 224.
  • [39]
    — « Panthéisme », OPC, p. 284.
  • [40]
    — « Réveil », ibid., p. 297-298.
  • [41]
    — « La Sagesse », ibid., p. 219-220.
  • [42]
    — « Nos sens, nos sens divins sont de beaux enfants nus », ibid., p. 294, v. 1, v. 6 et v. 8.
  • [43]
    — Dans un récent ouvrage où il reprend à nouveaux frais la question du sujet lyrique, Jean-François Puff s’appuie sur les postulations de Wittgenstein pour élaborer une anthropologie de la poésie : « C’est une chose fondamentale que de mettre l’accent sur l’“usage” que les “mots d’un poète” peuvent avoir dans notre vie : en-deçà des proclamations ambitieuses du romantisme, visant à l’éducation esthétique de l’humanité, Wittgenstein décrit un mode plus ordinaire d’existence de la poésie comme “forme de vie”. Ordinaire ne signifiant certainement pas : anodin, sans valeur – car Wittgenstein situe son analyse au fondement même de l’existence de la poésie pour l’individu et pour la communauté », Jean-François Puff, Le Gouvernement des poètes. La poésie dans la conduite de la vie, Paris, Hermann, coll. « Savoir lettres », 2020, p. 140.
  • [44]
    — « Paresse », OPC, p. 296.
  • [45]
    — On peut également citer l’un de ses carnets où Albert Samain s’interroge sur ses difficultés à trouver un sujet dramatique : « Est-ce incapacité foncière de mon intelligence à créer ? Je me le suis souvent demandé. Est-ce paresse ? J’inclinerais à le croire », « Notes diverses », OPr, p. 401.
  • [46]
    — Jean-François Puff, Le Gouvernement des poètes, op. cit., p. 153.
  • [47]
    — Christophe Carrère établit lui-même un lien entre tel passage des carnets du poète où ce dernier se voit « rance et moisi, finissant dans un rond de cuir indigent » et le poème « Ténèbres » du Chariot d’or, « Transcription Alicia Soulisse », OPr, p. 209.
  • [48]
    — Léon Bocquet, Albert Samain. Sa vie, son Œuvre, op. cit., p. 138.
  • [49]
    — « Hyacinthe », OPC, p. 280-281, v. 1-4 et v. 33-41.
  • [50]
    — Albert Samain lui-même, lorsqu’il réfléchit à la place du motif féminin dans la poésie occidentale, tient un discours aux accents platoniciens : « Peut-on évoquer, sans voir en elles l’expression la plus haute de leur cœur, toutes ces filles les plus merveilleuses de leur génie, sorties de leur cerveau vêtues de leur divine beauté de rêve, – Lénore, Una, Éloa, Hadaly, Salammbô –, dont les noms, passant et repassant sur mon âme à intervalles rythmiques, brodés dans le tissu de quelques harmonies lointaines et rêveuses, arriveraient vite à jeter mon cœur dans une sorte d’extase mystique où je vivrais un moment, ébloui, soulevé hors de la terre par les ailes d’or de ces créatures surhumaines ; et, vraiment, les évoquer me portait, dans un anéantissement, jusqu’aux portes mêmes d’un ciel », « Notes diverses », OPr, p. 411.
  • [51]
    — Léon Bocquet, Albert Samain. Sa vie, son Œuvre, op. cit., p. 139.
  • [52]
    — Martin Rueff, « De la rectitude des noms – note sur le pétrarquisme français », Po&sie, 2010/1, no 131-132, p. 293.
  • [53]
    — « Une douceur splendide et sombre », OPC, p. 269, v. 20.
  • [54]
    — « Comme un père en ses bras tient une enfant bercée », ibid., p. 268, v. 7-11.
  • [55]
    — Jean-François Puff, Le Gouvernement des poètes, op. cit., p. 211.
  • [56]
    — « Quand je suis à tes pieds comme un fidèle au temple », OPC, p. 276, v. 1-16.
  • [57]
    — « Je n’ai songé qu’à toi, ma Belle, l’autre soir », ibid., p. 277, v. 21-24.
  • [58]
    — « Élégie », OPC, p. 62, v. 31-32.
  • [59]
    — « Une heure sonne au loin. – Je ne sais où je vais », ibid., p. 271, v. 3-16.
  • [60]
    — « Élégie », OPC, p. 231, v. 1-2, v. 11 et v. 23-24 (les trois citations proviennent de la même page).
  • [61]
    — Ibid., v. 25.
  • [62]
    — Ibid., p. 232, v. 33.
  • [63]
    — Ibid., v. 52.
  • [64]
    — Ibid., p. 231, v. 3 et v. 13.
  • [65]
    — Ibid., v. 20-22.
  • [66]
    — On rappellera que la première élégie d’Au Jardin de l’infante met en scène un couple exemplaire et s’ouvre sur un instant crépusculaire où « pâle au balcon, de ton calme visage/ Le signe essentiel hors du temps se dégage », ibid., p. 61, v. 2-3.
  • [67]
    — « Nocturne provincial », ibid., p. 248, v. 41-43. Dans la suite de la lettre à Francis Jammes datée du 18 mai 1897, que nous avons citée plus haut, Albert Samain montre combien le motif de la fenêtre ouverte constitue un motif structurant à la croisée, si l’on peut dire, de ses imaginaires poétique et affectif : « Ah ! croyez-moi, être aimé ainsi, dans des coins ignorés, par des êtres qui, seuls dans un soir d’été, disent votre nom tout bas, en regardant la nuit par la fenêtre ouverte ; être aimé ainsi, de loin, mais de si près, et passionnément aussi quelquefois, rien ne peut passer cette douceur… », Correspondance, vol. II, op. cit. p. 762. Dans un de ses carnets, il fait de ce motif un point d’ancrage de son inspiration dramatique : « Donc, chercher des légendes et des “tableaux”, une femme accoudée à la fenêtre, – un soir tombant sur la campagne… », « Notes diverses », OPr, p. 402.
  • [68]
    — Marion Baudet, « Le jardin décadent : de l’intimité dévoilée à l’intimité dévoyée », in Jardins et intimité dans la littérature européenne (1750-1920), [actes de colloque, Université Blaise Pascal, mars 2006], Françoise Le Borgne, Simone Bernard-Griffiths & Daniel Madelénat (dir.), Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, coll. « Révolutions et romantismes », 2008, p. 362.
  • [69]
    — « Élégie », OPC, p. 232, v. 43-50.
  • [70]
    — Albert Samain, « Notes diverses », OPr, p. 391.
  • [71]
    — « Incantation », OPC, p. 292, v. 29-32.
  • [72]
    — Chez Ovide, l’hyacinthe qui naît de la blessure du personnage éponyme est rapprochée du lis : « […] plus brillante que la pourpre de Tyr, une fleur apparaît, qui ressemblerait au lis, si elle n’était pas vermeille et le lis, argenté », Ovide, Les Métamorphoses, X, 212-213, trad. Georges Lafaye, éd. Jean-Pierre Néraudau, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », 1992, p. 327. Albert Samain avait-il connaissance de cette proximité lorsqu’il compare l’âme du poète à un lis ?
  • [73]
    — « Comme une grande fleur trop lourde qui défaille », OPC, p. 266, v. 1.
  • [74]
    — « Je cherche les endroits où ta robe est allée », ibid., p. 275, v. 22-23.
  • [75]
    — Léon Bocquet, Albert Samain. Sa vie, son Œuvre, op. cit., p. 256-257.
  • [76]
    — « Orgueil », OPC, p. 110, v. 19-20.
  • [77]
    — « Orgueil », OPC, p. 110-111, v. 13-16 et v. 25-36.
  • [78]
    — Ibid., p. 102, n. 1.
  • [79]
    — « Je rêve de vers doux et d’intimes ramages », ibid., p. 77, v. 5-6.
  • [80]
    — Ibid., v. 10.
  • [81]
    — Michel Brix, « L’idéalisme fin-de-siècle », art. cité, p. 150.

Albert Samain demeure sans doute « le poète des soirs et de l’arrière-saison, le poète de l’agonie des êtres et des choses », héritier de Baudelaire et de Verlaine, mais nullement leur épigone. Une part de sa production poétique s’inscrit délibérément dans les poncifs du décadentisme : Albert Samain reprend entre autres les motifs de l’hermaphrodite, manifestation de la « Beauté suraiguë » et de la décadence latine dans « Fin d’empire », qui met en scène l’empereur « Arcadius, les yeux peints, les cheveux frisés », se délassant loin de « la terreur des batailles lointaines » sous le regard fixe de « l’aïeul de marbre au dur profil morose » ; il propose encore au lecteur une variation sur « Les Litanies de Satan » qui se clôt sur la consécration des turpitudes de l’Homme : « Je te salue, ô très occulte, ô très profonde,/ Luxure, Impératrice Immortelle du monde ». Un pan entier de sa production poétique, contenu principalement dans son premier recueil Au Jardin de l’infante paru en 1893, relève du décadentisme, tel que Jean de Palacio l’a longuement analysé.
Si Jean de Palacio a montré combien la distinction entre symbolisme et décadence est souvent discutable, il nous paraît cependant loisible de s’interroger à nouveaux frais sur le décadentisme d’Albert Samain à partir d’une forme poétique spécifique : l’élégie. La critique a certes abouti à un consensus sur la situation de l’élégie à la fin du XIXe siècle : Jean-Michel Maulpoix estime que le lyrisme élégiaque « ne vient plus chanter la disparition d’un être aimé, mais la dissolution-disparition du sujet lyrique lui-même »…


Date de mise en ligne : 11/08/2025

https://doi.org/10.3917/nord.085.0023

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