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Compte rendu

Lydie Salvaire, Pas pleurer, Seuil, 2014, 279 p., 18,50 €.

Pages 171g à 178g

Citer cet article


  • Renard, P.
(2014). Lydie Salvaire, Pas pleurer, Seuil, 2014, 279 p., 18,50 €. Nord' 64(2), 171g-178g. https://doi.org/10.3917/nord.064.0171g.

  • Renard, Paul.
« Lydie Salvaire, Pas pleurer, Seuil, 2014, 279 p., 18,50 €. ». Nord' 2014/2 N° 64, 2014. p.171g-178g. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-nord-2014-2-page-171g?lang=fr.

  • RENARD, Paul,
2014. Lydie Salvaire, Pas pleurer, Seuil, 2014, 279 p., 18,50 €. Nord' 2014/2 N° 64, p.171g-178g. DOI : 10.3917/nord.064.0171g. URL : https://shs.cairn.info/revue-nord-2014-2-page-171g?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nord.064.0171g


1 Lydie Salvaire, qui a déjà une longue carrière de romancière et de dramaturge derrière elle, se lance dans la littérature autobiographique ; elle, fille de réfugiés espagnols qui ont fui en France l’Espagne franquiste, est en effet présente dans Pas pleurer comme auditrice et interlocutrice de sa mère nonagénaire, Montse, qui raconte comment elle a vécu en Catalogne la Guerre d’Espagne : elle a découvert dans l’enthousiasme l’anarchisme des militants de la C.N.T., puis a connu les désillusions de la révolution : actions violentes des communistes contre les anarchistes, inorganisation et logorrhée de ces derniers. Par sa vie privée, elle est au centre du drame des républicains : son frère, qu’elle admire, est du côté du drapeau noir ; celui qu’elle est obligée d’épouser, parce qu’elle attend un enfant d’un militant français inconnu et disparu, est marxiste. Lydie Salvaire mêle à son propre style correct celui de sa mère qui parfois s’exprime en espagnol (non traduit) et déforme les mots de la langue française, ce qui donne un langage savoureux, voire comique.

2 Pas pleurer est un roman engagé, qui prend ouvertement le parti des anarchistes et dénonce violemment les exactions des franquistes soutenus par l’Église. Mais il n’y a pas de manichéisme : le frère de Lydia est écœuré par le meurtre gratuit perpétré par ses amis sur deux prêtres ; le beau-père de Montse, riche propriétaire terrien aux idées plutôt conservatrices, devient l’ami de la jeune Montse. La narratrice s’appuie dans sa dénonciation du camp franquiste et des ecclésiastiques sur Georges Bernanos, dont elle rappelle l’existence à ce moment aux Baléares et dont elle cite de nombreux passages des Grands Cimetières sous la lune, écrit de combat où le grand romancier catholique et monarchiste dénonce les crimes des franquistes et les compromissions du clergé, bénisseur de leurs exactions. Pas pleurer est aussi un roman engagé dans la mesure où l’auteure fait un rapprochement entre le drame de l’Espagne en 1936 et les menaces actuelles : elle a l’« appréhension de voir quelques salauds renouer aujourd’hui avec ces idées infectes qu’[elle] pensai[t], depuis longtemps, dormantes ».

3 Pas pleurer est un chef-d’œuvre où se mêlent harmonieusement trois voix, celle, baroque, de la mère et celles, classiques, de deux écrivains : Bernanos et Lydie Salvaire.

4 Paul RENARD


Date de mise en ligne : 01/12/2017

https://doi.org/10.3917/nord.064.0171g