LE BAIL, Hélène, Migrants chinois hautement qualifiés au Japon, Paris : Éd. Les Indes savantes, 2012, 230 p.
Pages 219b à 220b
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/migra.149.0219b
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1 Interrompues pendant plus de 30 ans, entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin des années 1970, les migrations chinoises vers l’étranger ont connu une ampleur accrue au seuil des années 1990, ce qui est à l’origine d’une coupure entre les anciens immigrés (oldcomers) et les nouveaux arrivants (newcomers), eux-mêmes en constante recomposition.
2 Hélène Le Bail, chercheuse à l’Institut de recherche de la Maison franco-japonaise de Tokyo, analyse à travers ce prisme les migrations chinoises vers le Japon, un pays qui a besoin d’immigrés pour des raisons démographiques et économiques mais qui reste réticent à l’accès des immigrés à la nationalité japonaise, car il reste très attaché à l’homogénéité de la nation. Les Chinois qui ont émigré vers le Japon au cours des années 1990, analysés dans ce livre, maintiennent des liens forts avec la société de leur pays d’origine du fait de leurs pratiques transnationales et de la très grande mobilité des couches les plus aisées et instruites, ce qui questionne le Japon quant à l’opportunité de développer une politique d’intégration.
3 L’auteure analyse le phénomène des retours « partiels », « alternatifs » et de la circulation migratoire entre les deux pays grâce à un travail d’enquête approfondi avec des Chinois en provenance de Taïwan et de la République populaire de Chine vivant au Japon. L’économie japonaise dans la métropole de Tokyo a mis en relation deux marchés du travail, chinois et japonais, formant non plus des immigrés, mais des “expatriés” dans les domaines de pointe. La politique japonaise de segmentation des statuts des étrangers et de hiérarchisation des formes de sous-citoyenneté japonaise alliée à un discours sécuritaire et à des pratiques de discrimination, conjuguée à la politique chinoise de maintien des liens institutionnels avec sa diaspora qualifiée, notamment le maintien de la validité du hukou (cette sorte de “permis de résidence”) pour les étudiants et les émigrés très qualifiés, peut aussi favoriser cette installation dans la mobilité des Chinois. Pourtant l’enquête montre que les Chinois naturalisés participent fortement à la société japonaise, notamment en exerçant le droit de vote. Les Chinoises ayant épousé un Japonais jouent aussi le jeu de l’intégration, car elles voient souvent dans leur migration la fin de leur statut de paysannes ou d’ouvrières obligées de travailler toute leur vie et l’accès au statut de femme au foyer, fréquent au Japon après la naissance des enfants. Les Chinoises les plus qualifiées vivent parfois difficilement l’inégalité de statut entre hommes et femmes au Japon.
4 Ce livre, qui mêle à une connaissance approfondie de la migration chinoise une immersion très fine dans la société japonaise depuis plusieurs années, offre à la fois le produit d’un travail de terrain et une analyse approfondie de la politique japonaise à l’égard de son immigration de voisinage, dans un style limpide, malgré la densité des données recueillies.
5 Catherine Wihtol de Wenden