Le nouveau pouvoir
- Par Régis Debray
Pages 259 à 306
Citer cet article
- DEBRAY, Régis,
- Debray, Régis.
- Debray, R.
https://doi.org/10.3917/mediu.052.0259
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- DEBRAY, Régis,
https://doi.org/10.3917/mediu.052.0259
Notes
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[1]
Ce dont n’eut pas à pâtir le Macron premier du nom, le célèbre préfet du prétoire sous le règne de Tibère. Pour avoir étouffé l’empereur, son patron, sous un oreiller, son successeur, lui intima néanmoins l’ordre de se suicider.
L’insolent dégagé du ménage de printemps a donné des aigreurs aux professionnels de la profession, ceux de la France d’avant. Et pour cause : la chose publique, dans l’hémicycle et les ministères, se féminise et saute une génération. Canada, Autriche, Italie, c’est partout le court-circuit des temps nouveaux. Ni le corps ni l’esprit des kids in town n’auront chez nous beaucoup sué. Valéry l’infaillible nous avait prévenu. « La vie moderne tend à nous épargner l’effort intellectuel comme elle fait de l’effort physique. Elle remplace, par exemple, l’imagination par les images, les raisonnements par les symboles et les écritures, ou par des mécaniques ; et souvent par rien. Elle nous offre toutes les facilités, et tous les moyens courts d’arriver au but sans avoir à faire le chemin. Et ceci est excellent : mais ceci est assez dangereux. » Cursus honorum squeezé, antichambres zappées, les digital natives expédient ad patres les septuagénaires, millénaristes retraités. Au musée !, les révolutionnaires has been, qui tantôt font rigoler et tantôt attendrissent avec leur deuil interminable. Ces rejetons du grand écran – les petits neveux du Cuirassé Potemkine et de Viva Zapata – avaient eu le Tiers Monde pour terre de salut. Rideau. Les quinquas qui ont du métier, gestionnaires provinciaux aux vues courtes, se voient remerciés sans politesse excessive. Ceux-là avaient grandi avec la télé – Léon Zitrone et la messe du 20 h – et une grande lueur à l’Est, l’Europe unie. Rideau. Nos trentenaires jurent par l…