L'effet génération
- Par Régis Debray
- et Paul Soriano
Pages 2 à 9
Citer cet article
- DEBRAY, Régis
- et SORIANO, Paul,
- Debray, Régis.
- et al.
- Debray, R.
- et Soriano, P.
https://doi.org/10.3917/mediu.039.0002
Citer cet article
- Debray, R.
- et Soriano, P.
- Debray, Régis.
- et al.
- DEBRAY, Régis
- et SORIANO, Paul,
https://doi.org/10.3917/mediu.039.0002
Avons-nous jamais parlé d’autre chose depuis notre venue au monde ? Depuis que nous nous efforçons de faire du transmettre un sujet de réflexion distinct et consistant, entendu comme l’acte de transporter une information dans la suite des temps.
Lignée, descendance, postérité … Régénération, dégénérescence, résurgence … Ce qui se transmet, ou non, d’une époque à une autre, le fait d’évidence à travers ce qu’il est convenu d’appeler les générations. Mais, notion-coqueluche, fuyante et proliférante, prolifique et triviale, c’est devenu un mot-valise dont raffolent sociologues, enquêteurs et sondeurs. Génération par-ci par-là, en voici en voilà. Cette omniprésence est en soi un signe des temps. En prenant enfin ce taurillon un peu fou par les cornes, ce numéro de Médium entame une session de rattrapage. Il y en aura d’autres, tant le mot est riche, complexe et sédimenté.
On se doute bien qu’un terme, qui court des premières litanies de la Genèse jusqu’à la dernière enquête de France 2, a ramassé en lui plus d’une connotation, comme emporté par la dynamique générative qu’il évoque : à partir d’une fonction, la reproduction, il engendre (ou génère ?) une multitude de notions, parfois inattendues. La genèse, le génital, le gène, le genos et le genre, bien sûr, mais aussi le gendre (en général sans lien génétique avec la famille) et le généreux (noble, bien né). L’ingénu, à l’origine un homme libre, se renverse en naïf – sans doute parce qu’il s’exprime trop librement dans un monde qui se donne aux tartuffes…