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Compte rendu

Vers un langage de l’altérité

Recherche sur le langage religieux en théologie catéchétique à partir d’une relecture de Michel de Certeau

Pages 99 à 101

Citer cet article


  • Chevalier, C.
(2013). Vers un langage de l’altérité Recherche sur le langage religieux en théologie catéchétique à partir d’une relecture de Michel de Certeau. Lumen Vitae, LXVIII(1), 99-101. https://doi.org/10.2143/LV.00.0.0000000.

  • Chevalier, Catherine.
« Vers un langage de l’altérité : Recherche sur le langage religieux en théologie catéchétique à partir d’une relecture de Michel de Certeau ». Lumen Vitae, 2013/1 Volume LXVIII, 2013. p.99-101. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-lumen-vitae-2013-1-page-99?lang=fr.

  • CHEVALIER, Catherine,
2013. Vers un langage de l’altérité Recherche sur le langage religieux en théologie catéchétique à partir d’une relecture de Michel de Certeau. Lumen Vitae, 2013/1 Volume LXVIII, p.99-101. DOI : 10.2143/LV.00.0.0000000. URL : https://shs.cairn.info/revue-lumen-vitae-2013-1-page-99?lang=fr.

https://doi.org/10.2143/LV.00.0.0000000


1 Le 16 mars 2012, Loreto Moya Marchant, de nationalité chilienne, a présenté à la Faculté de théologie de l’Université catholique de Louvain la défense publique de sa thèse rédigée en espagnol et intitulée Vers un langage de l’altérité. Recherche sur le langage religieux en théologie catéchétique à partir d’une relecture de Michel de Certeau. La qualité de ce travail et l’intérêt qu’il présente pour le public francophone – en particulier du fait qu’il porte sur plusieurs auteurs francophones, ou connus en francophonie – motivent la publication de cette chronique. Le choix de la problématique du langage religieux est justifié par l’auteure du fait de l’importance qu’y accorde la réflexion catéchétique : il s’agit de réfléchir à ce qui est en jeu quand on parle de langage en catéchèse.

2 La réflexion est structurée en quatre étapes. La première s’arrête à la crise du langage en théologie et les réponses qui y ont été données dans la théologie herméneutique et dans l’intégration de la réflexion sur la performativité du langage ; elle se termine en montrant comment le langage sur Dieu a pu être renouvelé quand il s’est appuyé sur les expériences des femmes dans la théologie féministe ou sur celles des pauvres dans la théologie latino-américaine.

3 La deuxième étape introduit à Michel de Certeau. Pour faire face à ce qu’il considère comme une rupture entre les formes de la conscience moderne et le langage socioculturel chrétien – ce qu’il appelle également « bilinguisme » –, cet auteur invite à développer une théologie de la différence qui repose sur l’acceptation de Dieu comme Autre et sur le besoin des autres pour grandir dans la foi ; cette théologie se traduit dans un langage qui fait place à l’altérité, qui accepte la pluralité et son caractère sans cesse provisoire. Loreto Moya met en relief que, pour son auteur, un tel langage doit faire place à trois dimensions de l’expérience religieuse :

  • la dimension personnelle, parce que le langage religieux naît d’une expérience personnelle de l’Autre ;
  • la dimension culturelle parce qu’il s’agit de traduire cette expérience dans des mots parlants de façon à entrer en dialogue avec nos contemporains ;
  • la dimension communautaire parce qu’une théologie de la différence construit l’unité sur base d’une reconnaissance mutuelle des différences.

4 Ces trois dimensions servent de base pour la relecture de la production catéchétique de trois théologiens de la catéchèse – Emilio Alberich, André Fossion et Thomas H. Groome – dans la troisième partie de la thèse. L’objectif est d’évaluer dans quelle mesure leur réflexion fait droit à l’altérité et offre ainsi des points d’appui pour dépasser le « bilinguisme » ; la présentation de l’apport de chacun de ces auteurs est suivie d’une évaluation de leur apport sur le plan du langage religieux à la lumière de cette grille. Loreto Moya fait ressortir avec finesse comment ces trois auteurs travaille cette problématique du langage dans ses différentes dimensions tout en faisant ressortir des accentuations spécifiques. Emilio Alberich met plus particulièrement l’accent sur la dimension communautaire parce que, selon lui, la catéchèse des adultes, en libérant la parole, permet la construction d’une Eglise renouvelée. Pour André Fossion, la dimension personnelle de la foi est centrale parce que la rencontre avec Dieu qui se donne gratuitement est un événement qui transforme la vie ; la catéchèse et son inculturation ont pour but de rendre cette foi désirable dans le monde d’aujourd’hui. La dimension culturelle est au cœur de la réflexion catéchétique de Thomas Groome parce que la démarche catéchétique vise selon lui à purifier la foi de visions dépassées et débouche sur une évangélisation de la culture par les valeurs chrétiennes.

5 La quatrième partie de la thèse montre comment la réflexion catéchétique peut être enrichie par les apports de Michel de Certeau, ce qui conduit Loreto Moya à proposer des orientations pour une catéchèse de l’altérité, une catéchèse de l’union dans la différence et une catéchèse des ruptures instauratrices. Dans sa conclusion, elle relève des questions à approfondir. Si la place de l’Autre et des autres est abordée par les auteurs étudiés, la question de l’altérité n’y est pas abordée de façon systématique ; le sentiment de menace que provoque la rencontre des autres demande à être travaillé pour pouvoir faire de la catéchèse un lieu où on apprend à vivre avec d’autres différents. La relation entre langage et participation culturelle mérite également un approfondissement : la relecture de l’œuvre du théologien jésuite fait dire à Loreto Moya que la catéchèse peut contribuer à développer la participation culturelle si elle est un espace de construction des libertés qui habilitent à participer à la construction culturelle et si elle suscite l’élaboration de langages religieux sur base des expériences qu’elle donne à vivre.

6 Comme l’auteure le souligne dans la conclusion de la quatrième partie, l’intérêt de l’approche de Michel de Certeau est qu’elle déplace la problématique du langage religieux : la question pour le chrétien n’est pas tant de parler de Dieu dans les relations humaines que d’être en relation avec Dieu, ses frères, sa culture. Inclure cette altérité dérangeante en catéchèse implique d’accepter de réinventer constamment langages et relations. Cet aspect des conclusions permet de faire ressortir les qualités de ce travail : tout en s’appuyant exclusivement sur un corpus théorique, il conjugue de façon intelligente et structurée théorie et pratique. En effet, la présentation construite et structurée d’un auteur exigeant et l’analyse des trois théologiens de la catéchèse débouche sur des conclusions fondées mais concrètes à tirer pour la réflexion et la pratique catéchétique. Les qualités de cette recherche ont été unanimement soulignées par les membres du jury composé des professeurs Jean-Pierre Delville (UCL, président du jury), Henri Derroitte (UCL, promoteur de la thèse), Walter Lesch (lecteur UCL) et Enzo Biemmi (Facoltà Teologica del Triveneto, Padoue, lecteur extérieur) qui en ont souligné la rigueur et la pertinence pour la réflexion catéchétique comme pour la théologie fondamentale.


Date de mise en ligne : 08/12/2019

https://doi.org/10.2143/LV.00.0.0000000