Compte rendu

Pierre-Marc de Biasi et Anne Herschberg Pierrot (dir.),. L’Œuvre comme processus. Paris, CNRS Éditions, 2017, 587p.

Pages 89b à 95b

Citer cet article


  • Gajiu, V.
(2018). Pierre-Marc de Biasi et Anne Herschberg Pierrot (dir.),. L’Œuvre comme processus. Paris, CNRS Éditions, 2017, 587p. Littérature, 189(1), 89b-95b. https://doi.org/10.3917/litt.189.0089b.

  • Gajiu, Vera.
« Pierre-Marc de Biasi et Anne Herschberg Pierrot (dir.),. L’Œuvre comme processus. Paris, CNRS Éditions, 2017, 587p. ». Littérature, 2018/1 N° 189, 2018. p.89b-95b. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-litterature-2018-1-page-89b?lang=fr.

  • GAJIU, Vera,
2018. Pierre-Marc de Biasi et Anne Herschberg Pierrot (dir.),. L’Œuvre comme processus. Paris, CNRS Éditions, 2017, 587p. Littérature, 2018/1 N° 189, p.89b-95b. DOI : 10.3917/litt.189.0089b. URL : https://shs.cairn.info/revue-litterature-2018-1-page-89b?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/litt.189.0089b


1 Ouvrage collectif, sous la direction de Pierre-Marc de Biasi et d’Anne Herschberg Pierrot, L’Œuvre comme processus rassemble les actes du troisième congrès mondial tenu à Cerisy en 2010. L’événement, dédié exclusivement à la critique génétique, a réuni soixante-cinq intervenants d’une vingtaine de domaines de recherche et de quinze nations différentes. Dans les neuf parties, qui intègrent des études sur la science, la linguistique, la psychologie, la photographie, l’histoire de l’art, la francophonie et les cultures d’Extrême-Orient, sont analysés le processus de la création et les problématiques posées par l’acte créatif. Les communications portent aussi bien sur l’histoire et la théorie de la génétique que sur l’esthétique du manuscrit, les archives linguistiques et littéraires, la situation des manuscrits francophones, l’approche des processus génétiques dans les arts et les sciences, la préservation des documents ou l’importance de la génétique littéraire dans le monde (Hongrie, Espagne, Portugal, Amérique latine, Taïwan, Chine).

2 L’introduction de Pierre-Marc de Biasi et Anne Herschberg Pierrot (p. 7-14) souligne la place qu’a su prendre la critique génétique ces dernières années par de nouveaux axes d’études. Dans la première partie, Daniel Ferrer présente la modélisation en critique génétique et, dans une longue note de bas de page, l’importance de sa dimension « critique » (p. 22). La question d’une genèse de la génétique est envisagée par William Marx qui indique l’indiscutable paternité de Valéry à cet égard, mais souligne aussi « l’intérêt général pour les manuscrits autographes au début du xxe siècle, la contestation de la notion d’œuvre par les avant-gardes et la pensée productiviste de l’art inspirée par la théorie économique » (p. 52). Kazuhiro Matsuzawa propose de son côté une réflexion sur les rapports entre génétique et herméneutique en prenant comme exemple la scène de la « dernière visite de Madame Arnoux » dans L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert.

3 La définition d’une esthétique du manuscrit est l’objet de la deuxième partie présentée par Jacques Neefs. La perspective génétique qui « permet de comprendre le travail d’élaboration comme strictement constitutif de la dimension esthétique propre de l’œuvre » (p. 71) rencontre la réflexion d’Henri Massis, un des premiers précurseurs de la critique génétique (Alain Pagès, p. 73-78). Par l’importance du projet d’édition génétique de La Nouvelle Héloïse, on découvre « comment on écrit un roman au milieu du xviiie siècle » (Nathalie Ferrand, p. 85) et l’intérêt croissant pour la construction des « discours de soi » et « le travail de la mémoire » conjugués à l’approche génétique (Catherine Violet, p. 87-95).

4 La notion de « style de genèse » est analysée dans la troisième partie présentée par Anne Herschberg Pierrot. Avec elle, d’autres intervenants étudient les liens entre génétique et stylistique. Les cas étudiés sont nombreux et concernent des écrivains bien connus comme Flaubert, Proust, Barthes, Camus, Leiris ou moins connus comme Antoine Albalat. Particulièrement intéressantes sont les contributions sur les fonds d’archives linguistiques et sur l’imaginaire intentionnel de la critique génétique (p. 183-229). Irene Fenoglio, par exemple, participe aux projets de l’équipe « Génétique et théories linguistiques » de l’ITEM, en particulier à ceux concernant le fonds Benveniste et les genres d’écriture théorique (p. 187-200). Rudolf Mahrer, après une étude attentive de la problématique de l’intentionnalité, part de « la conception énonciative de l’intention » pour analyser « le rapport entre intention et prévision ». Dans les conclusions de cette démarche peu abordée en génétique, il arrive à définir le document de genèse « non plus comme la trace d’une production du discours, mais comme un discours passible d’une interprétation spécifique » (p. 217).

5 L’Œuvre comme processus évoque aussi de nouvelles directions d’étude comme la génétique du manuscrit francophone ou la génétique de l’art et des sciences, auxquelles sont consacrées la cinquième (p. 231-282) et la sixième parties (p. 283-363) présentées par Pierre-Marc de Biasi. Est soulignée, une fois de plus, la portée considérable de plusieurs textes littéraires francophones (Marc Cheymol, p. 237-245), du processus d’une écriture plurielle (Albert James Arnold et Alex Gill, p. 247-259), de sa valorisation scripturale (Nicolas Martin Granel, p. 275-282) et de sa situation actuelle (Daniel Delas, p. 267-273). Dans la sixième partie, est présentée une série de contributions portant sur la question du titre chez Gauguin, Picasso et Magritte (Marianne Jakobi, p. 307-321), sur la relation entre l’écriture et la peinture en Occident et en Extrême-Orient, (Atsuhi Miura, p. 323-328), sur l’architecture (Olfa Mezziou Baccour, p. 329-339), sur la photographie (Monique Sicard, p. 341-351), sur la science (Marco Segala, p. 353-363) et, enfin, sur les fascinantes relations entre le texte et l’image dans les Poésies de Mallarmé illustrées par Matisse (Ximena Vengoechea, p. 365-373).

6 Présentée et introduite par Marie-Odile Germain, la dernière partie amplifie la thématique dédiée aux archives et à leurs publications en mettant en valeur l’importance des bibliothèques et de la recherche en général mais aussi de la critique épigénétique (Dirk Van Hulle, p. 415-430), de la transcription cinétique des manuscrits modernes (Nathalie Mauriac Dyer, p. 431-437) et de la transcription et l’interprétation (Julie André, p. 449-455) avec une attention particulière portée à l’œuvre de Proust.

7 La nécessité de garantir la sauvegarde des traces de l’écriture est au cœur de la dernière partie présentée par Pierre-Marc de Biasi. On a prêté, ces dernières années, une attention spécifique aux éditions numériques et donc à la digitalisation, à la transcription et à l’encodage des manuscrits anciens ou modernes. Tandis que Serge Linkès parcourt les traces du manuscrit moderne aux brouillons numériques (p. 471-478), Paolo d’Iorio réfléchit à la définition d’une édition génétique numérique (p. 487-494). Sont également présentées des études sur les éditions en ligne des fac-similés ou des transcriptions ultra-diplomatiques. Une des conséquences de la diffusion de la génétique par le numérique est sa valorisation dans le monde entier, objet de la dernière partie du recueil (p. 519-583). Elle témoigne de son importance au Japon bien sûr, mais aussi dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique latine.

8 L’Œuvre comme processus permet donc d’abord à ses lecteurs d’établir un bilan de l’approche génétique depuis sa fondation en France dans les années 1970. Parce qu’il découvre des formes nouvelles, des sciences à explorer, des textes à découvrir, cet ouvrage témoigne de l’intérêt que la critique génétique continue de susciter et, surtout, d’un savoir toujours en devenir.

9 Vera Gajiu


Date de mise en ligne : 28/03/2018

https://doi.org/10.3917/litt.189.0089b