Article de revue

« Write on »

Pour Mumia Abu-Jamal

Pages 99 à 102

Citer cet article


  • Derrida, J.
(2015). « Write on » Pour Mumia Abu-Jamal. Lignes, 47(2), 99-102. https://doi.org/10.3917/lignes.047.0099.

  • Derrida, Jacques.
« “Write on” : Pour Mumia Abu-Jamal ». Lignes, 2015/2 n° 47, 2015. p.99-102. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-lignes-2015-2-page-99?lang=fr.

  • DERRIDA, Jacques,
2015. « Write on » Pour Mumia Abu-Jamal. Lignes, 2015/2 n° 47, p.99-102. DOI : 10.3917/lignes.047.0099. URL : https://shs.cairn.info/revue-lignes-2015-2-page-99?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lignes.047.0099


Il y a près de 25 ans, je m’en souviens, et ce souvenir m’angoisse et me désespère encore, pendant l’été de 1971, nous nous étions ainsi mis en mouvement, hélas en vain, pour tenter d’arracher à une infernale machination juridico-carcérale quelqu’un qui représentait alors, aux États-Unis, dans ces années-là, précisément, l’une des figures exemplaires pour le jeune Mumia Abu-Jamal qui militait depuis quelques années, depuis 1968 (il avait à peine 14 ans à l’époque). La figure exemplaire, exemplaire aussi pour Mumia, de celui que nous n’avions pas pu sauver en 1971, c’était Georges Jackson. Avec Jean Genet et d’autres amis intellectuels et écrivains, nous avions décidé d’écrire et de parler, de nous battre pour Jackson. Certains d’entre nous, ce fut mon cas, venaient à peine d’écrire et de crier leur révolte, ils venaient à peine de dénoncer le crime imminent, quand nous apprîmes qu’il était déjà trop tard : Georges Jackson venait d’être assassiné dans des conditions ignobles.
Est-il temps d’interrompre l’immonde processus en cours ? Et en aurons-nous les moyens ? Sera-t-il assez puissant, l’immense mouvement qui a soulevé, à travers le monde, tant d’hommes, de femmes déterminés, tant d’organisations décidées à ne pas laisser se faire une injustice aussi barbare ?
[…] Mais nous ne devons pas pour autant désarmer. Nous devons au contraire accélérer et intensifier notre action. Et ce devoir nous est dicté sans doute et d’abord par la singularité d’une histoire, celle de Mumia Abu-Jamal lui-même, par ce destin qui reste unique, ne l’oublions pas, comme le serait sa mort, comme l’aura été une souffrance indescriptible, mais dicté aussi, à la fois par ce que cette terrifiante injustice révèle, exemplairement, dans sa généralité massive, d’un certain état de droit et de la politique pénale ou carcérale dont sont victimes, aux États-Unis, tant et tant de prisonniers, en grande majorité afro-américains…


Date de mise en ligne : 11/10/2016

https://doi.org/10.3917/lignes.047.0099

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