Article de revue

L’œuvre et le dispositif de son exposition

Dans l’avant-garde historique et dans l’art « non-officiel » des années 1960-70

Pages 238 à 251

Citer cet article


  • Prikhodko, N.
(2017). L’œuvre et le dispositif de son exposition Dans l’avant-garde historique et dans l’art « non-officiel » des années 1960-70. Ligeia, 157-160(2), 238-251. https://doi.org/10.3917/lige.157.0238.

  • Prikhodko, Natalia.
« L’œuvre et le dispositif de son exposition : Dans l’avant-garde historique et dans l’art “non-officiel” des années 1960-70 ». Ligeia, 2017/2 N° 157-160, 2017. p.238-251. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-ligeia-2017-2-page-238?lang=fr.

  • PRIKHODKO, Natalia,
2017. L’œuvre et le dispositif de son exposition Dans l’avant-garde historique et dans l’art « non-officiel » des années 1960-70. Ligeia, 2017/2 N° 157-160, p.238-251. DOI : 10.3917/lige.157.0238. URL : https://shs.cairn.info/revue-ligeia-2017-2-page-238?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lige.157.0238


Notes

  • [1]
    Jérôme Glicenstein, L’art : une histoire d’expositions. PUF, Paris, 2009, p. 14.
  • [2]
    Traduction d’Elitza Dulguerova, cité dans Usages et utopies. L’exposition dans l’avant-garde russe prérévolutionnaire (1900-1916), Les presses du réel, Dijon, 2015, p. 35.
  • [3]
    Jérôme Glicenstein, L’art : une histoire d’expositions, op.cit., p. 116.
  • [4]
    Lors de son intervention au colloque sur la responsabilité de l’artiste à l’École des Beaux-Arts de Paris le 28.04.2016, Yuri Albert remarque que dans le milieu du conceptualisme moscovite certaines œuvres pouvaient exister comme la description de leur concept sans jamais être réalisées : « Si j’avais l’idée d’une nouvelle œuvre, j’appelais mes amis et leur racontais cette idée, alors il n’y avait plus besoin de la faire car tous les spectateurs potentiels la connaissaient déjà » (ma traduction).
  • [5]
    Elitza Dulguerova, Usages et utopies…, op.cit., p. 29.
  • [6]
    Boris Groys, Gesamtkunstwerk Stalin [Staline. Œuvre d’art totale], AdMarginem Press, Moscou, 2013, p. 114.
  • [7]
    Dans cet article, je considérerai le rapport au public tel qu’il se manifeste au moment de l’exposition. Mais il faut noter que ce rapport évolue dans le temps. Par exemple, comme le remarque A. Kroussanov à propos des futuristes russes, après la Première guerre mondiale « le statut des bouffons et charlatans perd son actualité et les futuristes sont reconnus en tants qu’acteurs du milieu de l’art » avant 1915 le terme « futuriste » est assez large est comprend la majorité des artistes d’avant-garde notamment Larionov, Maïakovski, Bourliouk dans Andreï Kroussanov, Rousskyï avangard [L’avant-garde russe]. Vol.1. Livre 2., Novoe literaturnoe obozrenie, Moscou, 2010, p. 484.
  • [8]
    Elitza Dulguerova, « L’exposition : un espace public contingent chez les avant-gardes historiques (1910-1920) » in L’art contemporain et son exposition (2), L’Harmattan, Paris, 2007, p. 74.
  • [9]
    Jean-Marc Poinsot, « Large exhibitions : A sketch of a typology » in Thinking about exhibitions. Routledge, London – New York, 1996, p. 47.
  • [10]
    Jean-Marc Poinsot, Quand l’œuvre a lieu : l’art exposé et ses récits autorisés. Les presses du réel, Dijon, 2008, p. 33.
  • [11]
    L’exposition se tient au salon artistique de K. Mikhaïlova à Moscou du 23 mars au 23 avril 1915.
  • [12]
    Les descriptions des œuvres sont données et commentées par Elitza Dulguerova dans Elitza Dulguerova, Usages et utopies…,op.cit., pp. 326-330.
  • [13]
    Dulguerova cite les descriptions existantes de cette œuvre dans Elitza Dulguerova, Usages et utopies…, op.cit., pp. 315-317.
  • [14]
    Après la fameuse exposition « Bulldozer » en 1974 qui a eu une résonance dans la presse occidentale, évoquant les problèmes du statut des artistes « non-officiels » en URSS, les autorités soviétiques, parmi d’autres mesures de compromis, accordent aux artistes « non-officiels » la possibilité d’organiser quelques manifestations publiques dont la « démonstration des tableaux en plein air » au parc Izmaïlovo le 29 septembre 1974, une exposition de peinture au pavillon « Apiculture » à VDNKh les 19-26 février 1975, suivie par une autre exposition d’art « non-officiel » du 20 au 30 septembre 1975 à la Maison de la Culture à VDNKh.
  • [15]
    Andreï Chemchourine écrit dans ses mémoires : « On organisa une réunion. Je ne me rappelle plus qui, mais quelqu’un émis cette idée : « A quoi bon, une exposition ? A quoi bon, des tableaux ? Sans contredit, les choses réunies [ici] sont extraordinaires. Mais qui comprend l’art ? Toi et moi. Et le public, comprend-il quelque chose ? Il lui faut du bruit ! De la discussion ! Or, quelle exposition ce serait sans public ? ». Cité dans Elitza Dulguerova, Usages et utopies…, op.cit., p. 313.
  • [16]
    D’après les souvenirs d’Andreï Chemchourine, cité dans Elitza Dulguerova, Usages et utopies…, op.cit., p. 313.
  • [17]
    Léonid Bajanov, « A propos du groupe ‘Nid’. Entretien avec Olga Kholmogorova, août 2005-août 2007 » in Moscow Conceptualism presented by Vadim Zakharov : http://www.conceptualism-moscow.org/page?id=569, consulté le 11 avril 2017.
  • [18]
    Victor Skersis, « Au lieu d’avant-propos » in Moscow Conceptualism presented by Vadim Zakharov : http://www.conceptualism-moscow.org/page?id=563, consulté le 11 avril 2017.
  • [19]
    Elitza Dulguerova, Usages et utopies…, op.cit., p. 329.
  • [20]
    Olga Kholmogorova, « Gnezdo » [Nid] in Moscow Conceptualism presented by Vadim Zakharov : http://www.conceptualism-moscow.org/page?id=565, consulté le 11 avril 2017.
  • [21]
    Accessibilité relative car, selon les souvenirs de Léonid Talotchkine, le public a dû attendre dans la queue pendant trois heures, et, en plus, les autorités ne cessaient pas de mettre plusieurs obstacles durant toute l’exposition. Cf. Drougoe iskusstvo : Moskva 1956-1988 [Art autre : Moscou 1956-1988]. Galart, Moscou, 2005, pp. 219-221.
  • [22]
    Kazimir Malévitch, « Du cubisme et du futurisme au suprématisme. Le nouveau réalisme pictural » in Kazimir Malévitch, Écrits. Traduit par J.-C. Marcadé. Éditions Allia, Paris, 2015, p. 66.
  • [23]
    Ibid., p. 66.
  • [24]
    Alexandra Chatskih analyse le travail de Malévitch sur les modes d’exposition de ses œuvres dans Alexandra Chatskih, « Malévitch – kurator Malevitcha » [Malévitch – commissaire d’exposition de Malévitch] in L’avant-garde russe : problèmes de représentation et d’interprétation. Musée d’état russe, Palace editions, Saint-Pétersbourg, 2001, pp. 149-154.
  • [25]
    Traduction d’E. Dulguerova, cité dans Dulguerova, Usages et utopies…, op.cit., pp. 391-392.
  • [26]
    Cité dans Jean-Claude Marcadé, L’avant-garde russe 1907-1927, Flammarion, Paris, 1995, p. 167.
  • [27]
    Ilya Kabakov, 60-70e…Zapiski o neofitsialnoï jizni v Moskve [Années 60 – 70… Notes sur la vie non-officielle à Moscou], Novoe literaturnoe obozrenie, Moscou, 2008, p. 161.
  • [28]
    Par l’espace « illusionniste » Kabakov entend un espace imaginaire plutôt qu’un espace visuel construit selon les règles de la perspective linéaire. Ibid., p. 147.
  • [29]
    Le concept du white cube en tant qu’espace d’exposition isolé du monde quotidien où rien ne vient empêcher l’appréciation de l’œuvre est formulé par Brian O’Doherty dans ses essais publiés entre 1976-1981 et édités en français dans l’ouvrage O’DOHERTY Brian, White cube. L’espace de la galerie et son idéologie. Les presses du réel, 2008.
  • [30]
    Ilya Kabakov, 60-70e…Zapiski o neofitsialnoï jizni v Moskve, op.cit., p. 115 (ma traduction).
  • [31]
    Ibid,,p. 50 (ma traduction).
  • [32]
    El Lissitzky. 1890-1941. Architecte, peintre, photographe, typographe. Stedelijk Van Abbemuseum, Eindhoven, Fundacion Caja de Pensiones, Madrid, Musée d’art modern de la ville de Paris /ARC : Paris, 1991, p. 19.
  • [33]
    Cité dans Jérôme Glicenstein, L’art : une histoire d’expositions, op.cit., p. 47.
  • [34]
    La distinction des termes « exposition » et « démonstration » chez Lissitzky est analysée dans Maria Gough, « Constructivism Disoriented : El Lissitzky’s Dresden and Hannover Demonstrationsräume » in Situating El Lissitzky : Vitebsk, Berlin, Moscow. Getty Research Institute, Los Angeles, 2003, p. 89, chez Actions collectives dans Octavian Esanu, Transition in Post-Soviet Art : The Collective Actions Group Before and After 1989, Central European University Press, Budapest, 2013, p. 153.
  • [35]
    Kollektivnye deïstvia : Poezdki za gorod [Actions Collectives : Voyages en dehors de la ville]. Vol.1. Réédition. German Titov, Vologda, 2011, p. 12.
  • [36]
    Maria Gough, « Constructivism Disoriented… », op. cit., p. 89.
  • [37]
    Ibid., p. 93.
  • [38]
    Il distingue notamment les notions d’in situ et de « site specificity » : l’œuvre in situ contient en elle-même les éléments de la circonstance de sa mise en vue et ainsi est intégrée dans la pratique sociale alors que « site specificity » « maintient l’idée que l’œuvre appartient au site et non pas le contraire, et reste muette sur la circonstance de mise en vue ». Jean-Marc Poinsot, Quand l’œuvre a lieu…, op.cit., pp. 96-107.
  • [39]
    Ibid., p. 104.
  • [40]
    Ibid., p. 106.
  • [41]
    Elitza Dulguerova, « L’exposition : un espace public contingent chez les avant-gardes historiques (1910-1920) », op. cit., p. 75.
  • [42]
    Elitza Dulguerova, Usages et utopies…, op.cit., p. 30.

Le travail des artistes de l’avant-garde historique et des artistes « non-officiels » des années 1960-70 présente un intérêt considérable pour la pratique d’exposition. Comme le note Jérôme Glicenstein, « l’exposition, à la différence de l’œuvre d’art, s’adresse nécessairement à un public spécifique, dont l’expérience est confinée dans des limites de temps et d’espace ». Le type de lieu, aussi bien que le moment historique, la configuration de l’espace ou la communication qui accompagnent l’exposition, déterminent le cadre de la réception des œuvres par le public et jouent sur leur sens. L’exposition articule donc l’inscription de l’œuvre d’art dans un contexte matériel, institutionnel, discursif. Si l’artiste accorde une importance à la mise en vue de son œuvre et s’en occupe lui-même, c’est parce qu’il cherche à contrôler les modalités de son interaction avec l’espace, la temporalité, le public.
L’exposition temporaire devient le format le plus répandu et le mieux approprié aux manifestations des artistes de l’avant-garde. Son caractère transitoire pousse les artistes à en explorer toutes les possibilités pour produire un effet sur le public. Ainsi les artistes transforment l’espace et les normes de l’accrochage, ils publient des manifestes, organisent des conférences ou font des interventions inattendues pendant la durée de l’exposition. L’exposition est pour eux un lieu de débat et une forme d’affirmation et de légitimation d’un nouvel art.
Quant aux artistes « non-officiels » des années 1960-70, ils n’ont pas d’accès régulier aux lieux d’exposition publiques à cause de la censure idéologique, et de ce fait, ils présentent leurs œuvres dans des espaces qui échappent au contrôle des autorités, la plupart de temps dans leurs ateliers ou en plein air…


Date de mise en ligne : 05/01/2018

https://doi.org/10.3917/lige.157.0238

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