Article de revue

Ciné-malaise

Pages 157 à 158

Citer cet article


(2010). Ciné-malaise. La lettre de l'enfance et de l'adolescence, 80-81(2), 157-158. https://doi.org/10.3917/lett.080.0157.

« Ciné-malaise ». La lettre de l'enfance et de l'adolescence, 2010/2 n° 80-81, 2010. p.157-158. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2010-2-page-157?lang=fr.

2010. Ciné-malaise. La lettre de l'enfance et de l'adolescence, 2010/2 n° 80-81, p.157-158. DOI : 10.3917/lett.080.0157. URL : https://shs.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2010-2-page-157?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lett.080.0157


Notes

  • [*]
    Christine Poirier, administratrice de l’association « L’autre Cinéma » de Villefranche-sur-Saône (cinéma recherche, art et essai ), s’occupe de la programmation et des rencontres de cinéma francophone en Beaujolais (du 10 au 16 novembre 2010).

Petit exercice autour de la télé

1Dimanche 13 juin. Sur quatre chaînes, deux matchs de foot et deux films :

2Marie-Antoinette de Sofia Coppola et Épouses et concubines de Zhang Yimou. Deux époques, deux pays, deux cultures et surtout deux mises en scène bien différentes :

  • libre et enlevée (jusqu’à la musique rock) bien que fidèle historiquement chez Sofia Coppola ;
  • splendide huit clos étouffant comme pour dénoncer l’immobilisme de son pays chez Zhang Yimou.
Parce que je connaissais assez bien les deux films, j’ai osé zapper de l’un à l’autre et les ressemblances m’ont alors frappée.

3Tout d’abord le thème. Il s’agit de l’arrivée de la future reine pour l’un et de la quatrième épouse pour l’autre. « Sélectionnées » pour les besoins d’un roi ou d’un maître, raison d’état ou de traditions féodales, en tout cas les deux femmes seront sacrifiées : l’exil et la guillotine pour l’une, la folie pour l’autre.

4Elles se rebellent (frivolité qui frise l’état maniaque pour Marie-Antoinette, état dépressif pour Songlian plus profonde et cultivée que les autres épouses), elles s’opposent à des rivales (et à leurs chants !), elles jouent (les occupations de la cour, le majong), elles ne sont pas « bonnes », elles trahissent, elles essaient inconsciemment de sauver leur peau.

5Et puis il y a la question de l’héritier, monnaie d’échange et raison d’être, en face d’hommes faibles ou impuissants empêtrés dans leurs traditions. Elles y opposent leur folie et la part de leur « étrangeté » : l’Autriche pour l’une et région de Chine pour l’autre.

6Alors, le rapport avec le foot ? (à part le fait que je n’ai pas pu m’empêcher de zapper aussi sur les retransmissions pour voir où on en était !) Les chaînes (de télé) des femmes et celles des hommes, le pouvoir et la jouissance de ceux-ci, les luttes à mort de tous et toutes…

7Et puis ce petit clin d’œil sur les pieds : en effet avant de passer à la casserole dans le lit du maître, l’épouse choisie (dans le film de Yimou) a droit à un massage de pied pratiqué par une vieille dame à l’aide de petites boules au bruit très caractéristique ; et dans Marie-Antoinette il y a la drôle de scène d’étalage de chaussures d’époque avec au milieu une paire de « Converse »…

8Et les inoubliables lanternes chinoises d’Épouses et concubines, les ors et fastes de Versailles brillent comme les lumières d’un stade qui toutes à la fin s’éteignent et nous font découvrir un champ de ruines.

9Christine Poirier [*]

La peur
Matthias : J’ai peur de tomber, de renifler car je vais sentir mauvais, de faire des bêtises car on va me dire que je le fais exprès et j’ai un peu peur de l’eau froide. Quand j’ai peur, ça fait trembler tout mon corps ; j’ai peur d’être emporté comme une feuille, de ne pas exister. Quand j’ai peur, je me cache sous mon drap ; ça fait mal d’avoir peur. J’ai si peur que mon cœur bat.
L’écrivaillon. Le journal des enfants de l’hôpital de jour, Ateliers de philosophie, février 2010.

Date de mise en ligne : 16/11/2010

https://doi.org/10.3917/lett.080.0157