Article de revue

Artaud, de l’appropriation symbolique à la neutralisation patrimoniale ?

Pages 117 à 145

Citer cet article


  • Bridet, G.
(2016). Artaud, de l’appropriation symbolique à la neutralisation patrimoniale ? Les Temps Modernes, 687-688(1), 117-145. https://doi.org/10.3917/ltm.687.0117.

  • Bridet, Guillaume.
« Artaud, de l’appropriation symbolique à la neutralisation patrimoniale ? ». Les Temps Modernes, 2016/1-2 n° 687-688, 2016. p.117-145. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2016-1-page-117?lang=fr.

  • BRIDET, Guillaume,
2016. Artaud, de l’appropriation symbolique à la neutralisation patrimoniale ? Les Temps Modernes, 2016/1-2 n° 687-688, p.117-145. DOI : 10.3917/ltm.687.0117. URL : https://shs.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2016-1-page-117?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ltm.687.0117


Notes

  • [1]
    Cet article constitue la réécriture actualisée de « Retour sur l’histoire d’une malédiction poétique et éditoriale. La réception d’Artaud dans Le Monde, Le Figaro et Libération de 1990 à 2002 », dans Olivier Penot-Lacassagne (dir.), Antonin Artaud « littéralement et dans tous les sens », Actes du colloque de Cerisy-la-Salle (30 juin-10 juillet 2003), Caen, Lettres modernes Minard, « Série Antonin Artaud », 2009, pp. 153-175.
  • [2]
    Etiemble, Le Mythe de Rimbaud. Genèse du mythe. 1869-1949. Bibliographie analytique et critique suivie d’un supplément aux iconographies, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Idées » (1954), 2e édition revue et augmentée, 1968, p. 10.
  • [3]
    Bertrand Poirot-Delpech, « La Passion selon Artaud », Le Monde, 8-9 mars 1998.
  • [4]
    C’est ce que permet d’établir l’ouvrage pionnier d’Alain et Odette Virmaux, Artaud. Un bilan critique, Paris, Belfond, « Textes et Critique », 1979.
  • [5]
    Yves Thréard, « [Carole Bouquet lira Artaud en septembre] », Le Figaro, 20 mai 2010 ; Armelle Héliot, « [Lecture. Lettres à Génica au Théâtre de l’Atelier] », Le Figaro, 5 octobre 2010 ; Armelle Héliot, « [Théâtre. Lettres à Génica à l’Atelier] », Le Figaro, 4 novembre 2010.
  • [6]
    « Artaud à la plume », Le Figaro, 14 avril 2000 ; « Antoine Marie-Joseph dit Antonin », Le Figaro, 12 mai 2000 ; Valérie Duponchelle, « Antonin Artaud et son double », Le Figaro, 24 avril 2004 ; « Çà et là », Le Figaro, 25 août 2011 ; Valérie Sasportas, « Antonin vu par Artaud », Le Figaro, 5 avril 2012.
  • [7]
    B. Poirot-Delpech, « Antonin et les jean-foutre », Le Monde, 15 janvier 1997 ; « La Passion selon Artaud » ; « Un théâtre contre le culte du texte », Le Monde, 8-9 mars 1998.
  • [8]
    « Antonin Artaud censuré », Le Monde, 7 mai 1999.
  • [9]
    « Quand Antonin Artaud “regarde” Loft Story » [citations rassemblées par Cécile Guilbert], Le Monde, 29 mai 2001.
  • [10]
    Pierre Daum, « Artaud crevait l’écran », Libération, 18 décembre 2002.
  • [11]
    Armelle Héliot, « Une suave cruauté », Le Figaro, 7 avril 2007 ; « Les Cenci, d’après Antonin Artaud », Le Monde, 9 avril 2007.
  • [12]
    Voir sur ce point, Alain et Odette Virmaux, Artaud. Un bilan critique, op. cit., pp. 174-175 et pp. 231-300.
  • [13]
    Valérie Cadet, « Artaud, l’apologie du risque total », Le Monde, 26-27 juillet 1998.
  • [14]
    B. Poirot-Delpech, « La Passion selon Artaud », art. cit.
  • [15]
    Jean-Pierre Thibaudat, « Les derniers jours de Monsieur Artaud », Libération, 21 février 1994.
  • [16]
    Cette conférence fait, en outre, l’objet d’un article qui lui est entièrement consacré : Jean Gillibert, « Au Vieux-Colombier, le 13 janvier 1947, une soirée capitale », Le Figaro, 6 novembre 2006.
  • [17]
    Manuel Carcassonne, « La rencontre de deux voyageurs : Antonin Artaud et Kenneth White », Le Figaro, 1er janvier 1990 ; Hervé de Saint-Hilaire, « Ecrivains : les affres de la folie », Le Figaro, 8 juin 1995.
  • [18]
    M. Carcassonne, « La rencontre de deux voyageurs : Antonin Artaud et Kenneth White », art. cit.
  • [19]
    Frédéric Ferney, « Un fiasco », Le Figaro, 24-25 juin 1995.
  • [20]
    Eric Bietry-Rivierre, « Van Gogh-Artaud : le bal des maudits », Le Figaro, 13 mars 2014.
  • [21]
    B. Poirot-Delpech, « Artaud et son double », Le Monde, 20-21 février 1994.
  • [22]
    Valérie Cadet, « Artaud, l’apologie du risque total », art. cit.
  • [23]
    Voir Jacques Derrida, « Une nouvelle “Affaire Artaud” ? », La Quinzaine Littéraire, no 885, 1er-15 octobre 2004, p. 31 ; « N’oublions pas Paule Thévenin… », La Quinzaine Littéraire, no 886, 16-31 octobre 2004, p. 31. La publication de ces textes n’empêche pas la revue de saluer la qualité scientifique de l’édition des Œuvres établie par Evelyne Grossman à travers un entretien avec Tiphaine Samoyault, qui paraît dans le no 886 (pp. 13-15).
  • [24]
    Laurence Vidal, « L’affaire Antonin Artaud : qui respecte ? qui abuse ? », Le Figaro, 13 janvier 1992.
  • [25]
    Patrice Bollon, « Artaud, des diamants dans la cendre », Le Figaro, 16 septembre 2004.
  • [26]
    C’est ce qu’indique la légende sous une photographie de l’universitaire, ibidem.
  • [27]
    Anne Muratori-Philip, « Son dernier combat », Le Figaro, 11 octobre 2004.
  • [28]
    Pour la publication du livre de Paule Thévenin, voir Francis Marmande, « Artaud en plein soleil », Le Monde, 5 février 1993 ; J.-P. Thibaudat, « L’oreille d’Artaud », Libération, 1er avril 1993. Pour le décès de Paule Thévenin, voir Jacques Henric, « Artaud en deuil », Libération, 28 septembre 1993 ; Denis Roche, « Adieu à Paule Thévenin », Le Monde, 1er octobre 1993.
  • [29]
    Florence Noiville, « A qui appartient la parole d’Artaud ? », Le Monde, 8 juin 1994 ; « Gallimard pourra reprendre la publication des Œuvres complètes d’Artaud », Le Monde, 8 juillet 1994 ; Marion van Renterghem, « Artaud persécuté », Le Monde, 12 juillet 1997 ; Josyane Savigneau, « Les méandres du droit moral », Le Monde, 16 septembre 1994.
  • [30]
    Nicole Zand, « L’édition des Œuvres complètes d’Antonin Artaud suspendue », Le Monde, 8 février 1991.
  • [31]
    D. Roche, « Adieu à Paule Thévenin », art. cit. Pour des propos comparables dans Libération, voir J.-P. Thibaudat, « Artaud, entre menace de censure et librairie », Libération, 12 septembre 1994 ; « L’oreille d’Artaud », art. cit. ; J. Henric, « Artaud en deuil », art. cit.
  • [32]
    J.-P. Thibaudat, « Paule Thévenin, des amis aux écrits », Libération, 30 avril 2005.
  • [33]
    François Meyronnis, « Antonin Artaud, l’incandescent », Le Monde, 24 septembre 2004.
  • [34]
    « Un long conflit », ibidem.
  • [35]
    « Jacques Derrida, Paule Thévenin et Antonin Artaud », Le Monde, 8 octobre 2004 ; « Polémique Artaud (suite) », Le Monde, 22 octobre 2004 ; Pierre Boulez, « Réformer la loi sur les ayants droit », Le Monde, 13 mai 2005.
  • [36]
    F. Meyronnis, « Antonin Artaud, l’incandescent », art. cit.
  • [37]
    P. Sollers, « L’affaire Artaud », Le Monde, 16 septembre 1994.
  • [38]
    N. Zand, « L’édition des Œuvres complètes d’Antonin Artaud suspendue », art. cit. ; D. Roche, « Adieu à Paule Thévenin », art. cit. ; « Artaud bloqué », Libération, 14 février 1991.
  • [39]
    Respectivement N. Zand, « L’édition des Œuvres complètes d’Antonin Artaud suspendue », art. cit. ; J. Savigneau, « Les méandres du droit moral », art. cit. ; J.-P. Thibaudat, « Artaud, entre menace de censure et librairie », art. cit.
  • [40]
    J. Savigneau, « Les méandres du droit moral », art. cit.
  • [41]
    J.-P. Thibaudat, « Artaud, entre menace de censure et librairie », art. cit.
  • [42]
    J.-P. Thibaudat, « L’affaire des manuscrits d’Artaud, thèse et antithèse », Libération, 21 mars 1995.
  • [43]
    Frank Eskenazi, « Si j’avais un Artaud », Libération, 11 juillet 1991. Il faut noter que le journal laisse entrevoir, dès 1989, ce même point de vue avec le témoignage d’Anie Besnard, amie très proche du poète à partir de 1928 (Anie Besnard, citée dans Jean-Jacques Samary, « Artaud et son double », Libération, 14 mai 1989).
  • [44]
    Ibidem.
  • [45]
    J. Henric, « Artaud en deuil », art. cit.
  • [46]
    F. Noiville, « A qui appartient la parole d’Artaud ? », art. cit.
  • [47]
    Respectivement P. Sollers, « L’affaire Artaud », art. cit. ; B. Poirot-Delpech, « Antonin et les jean-foutre », art. cit.
  • [48]
    Serge Malausséna, « L’affaire Artaud (suite) », Le Monde, 18 novembre 1994.
  • [49]
    Josyane Savigneau et Serge Malausséna, « Parti pris d’édition », Le Monde, 16 septembre 1994.
  • [50]
    P. Boulez, « Réformer la loi sur les ayants droit », art. cit..
  • [51]
    S. Malausséna, « L’affaire Artaud (suite) », art. cit.
  • [52]
    J.-P. Thibaudat, « L’affaire des manuscrits d’Artaud, thèse et antithèse », art. cit.
  • [53]
    Florence de Mèredieu, L’Affaire Artaud. Journal ethnographique, Paris, Fayard, 2009, p. 235. Le livre reproduit les deux lettres adressées par l’auteur successivement au Monde et à Libération (voir respectivement pp. 175-189 et pp. 237-252).
  • [54]
    J.-P. Thibaudat, « Jacques Prevel : “Je l’ai suivi, je l’avais reconnu” », Libération, 21 février 1994 ; B. Poirot-Delpech, « Artaud et son double », art. cit.
  • [55]
    Respectivement F. Marmande, « Artaud en plein soleil », art. cit. ; J. Henric, « Artaud en deuil », art. cit.
  • [56]
    Respectivement Isabelle Potel, « Antonin Artaud, nerfs à vif », Libération, 18 janvier 2001 ; B. Poirot-Delpech, « La Passion selon Artaud », art. cit.
  • [57]
    Respectivement B. Poirot-Delpech, « Artaud et son double », art. cit. ; « La Passion selon Artaud », art. cit. ; Geneviève Breerette, « Artaud en famille », Le Monde, 23 septembre 1994 ; et P. Boulez, « Réformer la loi sur les ayants droit », art. cit.
  • [58]
    Frédéric Ferney, « Les relents d’un désastre », Le Figaro, 4 avril 1997.
  • [59]
    Voir les articles de ces trois derniers chercheurs réunis dans Olivier Penot-Lacassagne (dir.), Antonin Artaud « littéralement et dans tous les sens », op. cit., respectivement pp. 9-14, pp. 15-31 et pp. 33-45.
  • [60]
    Respectivement J. Savigneau, « Les méandres du droit moral », art. cit. ; et F. Noiville, « Gallimard pourra reprendre la publication des Œuvres complètes d’Artaud », art. cit.
  • [61]
    Voir, sur ce point, Alain Virmaux et Odette Virmaux, Artaud. Un bilan critique, op. cit., pp. 177-182.
  • [62]
    Voir pour la place d’Artaud et celle de Paule Thévenin dans l’aventure de Tel Quel, Philippe Forest, Histoire de Tel Quel. 1960-1982, Paris, Le Seuil, « Fiction & Cie », 1995.
  • [63]
    J. Henric, « Artaud en deuil », art. cit. ; D. Roche, « Adieu à Paule Thévenin », art. cit.
  • [64]
    B. Poirot-Delpech, « Artaud et son double », art. cit.
  • [65]
    Respectivement P. Sollers, « L’affaire Artaud », art. cit. ; et B. Poirot-Delpech, « La Passion selon Artaud », art. cit.
  • [66]
    J.-P. Thibaudat, « Clévenot : “Ce qu’Artaud a voulu dire” », Libération, 22 juin 1995.
  • [67]
    P. Sollers, « L’affaire Artaud », art. cit.
  • [68]
    Claire Paulhan, « La folie Artaud démythifiée », Le Monde, 18 avril 1997.
  • [69]
    Ibidem.
  • [70]
    Voir Patrick Kéchichian, « Objet d’études et source d’inspiration », Le Monde, 2 août 2005 ; « La vraie vie d’Antonin Artaud », Le Monde, 17 novembre 2006 ; Jean-Louis Jeannelle, « Artaud et les jésuites », Le Monde, 12 juin 2009 ; « Essais. Zoom », Le Monde, 25 février 2011 ; Amaury da Cunha, « Artaud, dernières imprécations », Le Monde, 9 décembre 2011.
  • [71]
    P. Kéchichian, « Objet d’études et source d’inspiration », art. cit.
  • [72]
    P. Kéchichian, « La vraie vie d’Antonin Artaud », art. cit.
  • [73]
    J.-L. Jeannelle, « Artaud et les jésuites », art. cit.
  • [74]
    Jean-Noël Jeanneney, « Préface », dans Guillaume Fau (dir.), Antonin Artaud, Paris, Bibliothèque nationale de France/Gallimard, 2006, p. 9.
  • [75]
    Alain Salles, « La comète K éditeur dispersée chez Sotheby’s », Le Monde, 2 juillet 2004.

Sitôt qu’elle est publiée, toute œuvre tend à se doter d’une vie autonome et elle échappe à son auteur, d’abord pour partie, bientôt tout à fait lorsque celui-ci n’est plus. A qui appartient la mémoire des morts, et surtout à qui appartient celle de leurs œuvres — c’est-à-dire aussi de qui et de quoi les vivants se réclament-ils dans la construction de leur propre histoire ? La lecture des articles consacrés à Antonin Artaud par Le Monde, Le Figaro et Libération pendant vingt-cinq ans, entre le 1er janvier 1990 et le 31 décembre 2014, prouverait, s’il en était besoin, que la mort du poète, survenue le 4 mars 1948, n’a pas mis un terme aux violentes polémiques qu’il avait suscitées de son vivant et que celles-ci trouvent encore à s’exacerber plusieurs décennies plus tard. La figure et les œuvres d’Artaud sont en effet de ces objets particulièrement conflictuels qui cristallisent au plus haut point les passions, en même temps qu’ils suscitent les modes d’appropriation les plus sauvages. Aucune des modalités de la présence d’Artaud dans la presse ne peut être comprise sans prendre en compte la constitution d’un véritable mythe autour de la figure du poète. Si nous nous contentons ici d’étudier « l’aventure posthume d’un écrivain devenu Dieu » dans trois journaux français au cours de vingt-cinq années, et non « sur toute la planète » et durant « quatre-vingts ans », comme le fit Etiemble pour Rimbaud, nous pouvons cependant repérer ici et là des motifs comparables. Comme son aîné, Artaud incarne la figure du poète maudit que son génie surhumain fait passer pour fou, désigne à l’opprobre de la société et condamne à un destin de victime, avant l’élévation d’une statue posthume…


Date de mise en ligne : 21/03/2016

https://doi.org/10.3917/ltm.687.0117

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